CHAPITRE VI
De la contenance queat Aphrodise quand elle fat avec le prince Jfasi.
Jfast se jeta aux pieds d' Aphrodise.
« Madame, dit-il, excusez uq téméraire... non... un lâche. Ma témérité ne vient que de ma lâcheté. Je sais toute la bassesse de ma conduite. Mais je craig-nais tant vos mépris que j'ai hâté la cérémonie de notre mariage.
— Eh quoi . seigneur, demanda Aphrodise. sommes-nous mariés?
— Ah, madame, reprit Ifast, ne vous en doutiez- vous pas ?
— Non, seigneur; je ne connais pas les rites de vos cultes. Le Dieu à qui j'appartiens, le seul maître de la terre et des cieux, le Dieu juste, le Dieu vrai les ignore.
— Eh bien, dit Ifast, vous êtes ma princesse. Me pardonnez-vous? »
Aphrodise n'eut pas d'hésitation. Elle répondit:
(( Je vous pardonne. Vous n'aviez que des intentions pures, je le devine. Vous n'êtes pas, comme le farouche Anquisée, la proie des désirs violents. Je vous pardonne, prince. »
Ifast se releva. Aphrodise reprit :
(( Ne croyez pas, seigneur, que notre union vaille aux yeux du seul être qui
voie. Elle vaut d'autant moins que, dès l'instant du baptême, lui-même, en la personne adorable de son fils, m'a élue pour épouse; je ne puis avoir aucun époux ici-bas. Renoncez donc, prince, à de vaines espérances.
— Ah, madame, s'écria le prince, qu'exig-ez-vous d'un malheureux qui vous adore?
— Oubliez votre amour, seig"ueur : il est sacrilège.
— Hélas! soupira Ifast, je n'éprouve, à vous écouter, qu'un douloureux étonnement.
— Bientôt vous comprendrez mes paroles et mes actes. Je me ferai votre institutrice, et j'ouvrirai vos regards aux vérités divines. Fiez-vous en moi, comme je me fie en vous. Car, si je refuse la
LA VIE DE SAINTE APHUûDISt I27
dignité que, selon vous, je devrais as^réer, j'accepte, du moins, que vous soyez mon défenseur. Vous me protégerez contre les entreprises d'une cour perverse. Et je vous le dis, seigneur, soyez fier du ran»où je vous élève. Vous êtes mon frère, je suis votre sœur. »
Le prince Ifast s'inclina devant Aphrodise, et il dit :
« L'éclat de votre visage est trop pur pour que l'on ne croie pas aveuglément en vous. Je vous obéirai, madame. »