‹ L'Abbaye de Sainte-AphrodiseChapitre 28 sur 37 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Comment se conduisit A rée.

Il fut assez habile pour revoir Aphrodise, et plusieurs fois, sans se démasquer jamais. Elle commençait même à oublier sa défiance première. Mais le jour arriva que le prince s'était fixé pour révéler le vrai de ses sentiments.

Dès qu'il fut entré, il se jeta aux g-enoux d'Aphrodise ; il lui saisit les mains ; il s'écria :

« Ah, madame, que n'avez-vous con-

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tinué à me bannir de votre présence?

Quand je vous écrivis, j'étais sincère; aujourd'hui, si je vous assurais encore que je ne sens pour vous qu'un fraternel respect, je ne serais, hélas! que le plus lâche des imposteurs.

— Prince Arée, interrompit Aphrodise, n'oubliez pas qui vous êtes, n'oubliez pas qui je suis.

— Je ne sais que trop, reprit Arée, qui, tous les deux, nous sommes. Long-temps, j'ai lutté contre moi-même; mais le destin est plus fort que nos volontés, je vous...

— N'achevez pas, » dit Aphrodise, tout bas.

Elle roug-issait des paroles entendues, et, comme elle était pieuse, elle aurait voulu épartj^ner au prince la honte d'ex-

LA VIE DE SAINTE APHRODISE iSy

primer le plus vil de ses pensées. Elle tâchait de se dé^'ag-er, mais elle n'en avait pas la force. Arée avait décidé qu'il vaincrait toutes les résistances ; rien ne l'arrêta; et c'est d'une voix téméraire qu'il cria :

(( Je vous aime^ madame, je vous aime ! ■>

Il lui couvrait les mains de baisers.

Elle n'avait aux yeux que des larmes.

'( Ah, que faites-vous, cruel? Vous vous perdez à jamais ! »

Elle était près de s'évanouir, et elle n'entendit pas le bruit d'une porte, qu'on ouvrait brusquement et qu'on refermait; elle n'entendit pas le bruit d'un pas qui boitait, et elle ne reprit connaissance qu'au moment où un filet de métal,

souple et solide, l'enserrait dans ses mailles, avec le prince Arée.

« J'ai fait une belle pêche, disait Ifast, riant à la fois et pleurant. Ainsi^ le roi notre père avait raison ! C'est g'râce à sa prudence que je vous ai surveillés l'un et l'autre. Vous, mon frère, il n'y a rien dans votre conduite qui soit pour me surprendre. Mais vous, madame, vous que je croyais la pureté même, vous qui sembliez ne prononcer que des mots célestes... ah. madame, quelle perfidie était la vôtre! »

Il s'arrêta pour s-émir. Arée ne songeait qu'au ridicule qui lui resterait de l'aventure. Aphrodise était si douloureusement émue qu'elle ne pensait même pas à dire une parole de justification.

Ifast ajouta :

LA VIE DE SAINTE APURODISE l3f)

(d Maintenant, madame, c'est à la justice des lois que je commets le soin de me vensrer. »

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