CHAPITRE X
Comment mourut sainte Apltrodise .
Jovien ne s'attrista guère du malheur d'ifast; on dit même que, tout bas, il en rit. Il défendit qu'on inquiétât le prince Arée- Comme il n'était pas méchant, il eût volontiers soustrait Aphrodise à la rigueur de la loi, mais la jalousie farouche et vindicative de son fils ne lui permit pas la clémence. Les ju^es instruisirent sans retard le procès de la malheureuse princesse. Arée eut beau jurer
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qu'elle était innocente, on vanta sa générosité, mais la réputation qu'il s'était faite d'un homme à qui les femmes ne savaient point résister empêcha qu'on le crût. Au pays de Jovien, la femme adultère était punie de mort : c'est donc à mort que fut condamnée Aphrodise ; néanmoins, en considération de son rang-, on lui accorda qu'au lieu d'être, selon la rè!?le, lapidée elle aurait la tête tranchée.
Elle marcha au supplice d'un pas ferme. Son visag-e était un sourire. Elle allait fuir le monde où l'on souffre, et sié2rer à jamais parmi les élus. Dans la nuit suprême, elle avait eu un songe. Sa mère, transfigurée, lui était apparue ; elle lui avait parlé :
((. Aphrodise, demain tu seras au para-
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dis, el nulle voix ne saurait décrire les félicités qui t'v attendent. Et sur la terre de douleur, ton reuvre n'aura pas été vaine. Déjà Anquisée, repentant, a voulu connaître la vraie foi, et c'est pour elle maintenant qu'il combat. La sainteté de ta mort convertira le prince Ifast,et plus tard Jovien lui-même ni Arée ne résisteront à la grandeur de ses enseig-nements. Réjouis-toi, ma fille ; épouse du Seig-neur, réjouis-toi I >>
Elle était bienheureuse. On lui banda les 3'eux. On l'agenouilla devant le billot. On lui releva les cheveux, le bourreau abattit la lourde épée. La tête tomba.
Une colombe traversait le ciel.
C'est ainsi que mourut, dans la fleur de la jeunesse et de la beauté, sainte Aphrodise. Tous ceux qui lui furent
dévots obtinrent de grandes prospérités.
Ici finit !a vie de sainte Aphrodise, écrite par dom Barthélémy, chapelain.
A\'ERTISSEMENT
Au sommet d\ine colline, dans an bois d'oliviers doit l'on entendait le rire et le grondement de la mer, s'élevait Vabbaye de Sainte-Aphrodise.
Jadis, il y avait ea là une église, consacrée à la sainte. Elle avait été bâtie dans des siècles anciens, au temps où les peuples, égarés encore, vénéraient les faux dieux. Elle avait échappé — comment ? on ne le savait plus — à la fureur persécutrice des empereurs mauvais ; puis, après les
années troubles, avaient lui les années calmes^ et Von disait qii alors, par la bienfaisante piété des fidèles, il s'était accumulé dans V église de vastes richesses. Mais, un jour, les Barbares étaient venus du nord; la vraie foi ne les illuminait point; ils avaient pillé le trésor sacré, ils avaient dévasté le sanctuaire, ils avaient détruit les murs adorables ; et, longtemps, des fûts de colonnes, çà et là, parmi les arbres pâles, avaient seuls attesté la gloire de sainte Aphrodise.
Dans les villages voisins, pourtant, la sainte n était pas oubliée, et il arrivait qu'on se racontât, pendant les veillées, des moments de sa vie. Et, an jour, le chapelain du comte Balthazar — ce seigneur régnait sur la con-
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trée — conçut le pieux dessein d'écrire tout ce c[uon savait d'Aphrodise.
Doni Barthélémy avait une amitié sincère pour le comte et pour sa famille ; il pensait que la vie de sainte Aphrodise servirait, plus tard, à l'édification de la petite comtesse Irmine, et il mit à la composer un zèle attendri. Doni Barthélémy était un savant homme; il avait étudié, disait-on, dans les universités d'Italie ; il n'ignorait rien de la langue latine, il citait sans cesse les Pères de VEglise, et il avait lu certains auteurs païens dont il admirait le style. Aussi, au bout de quelques années, put- il oj/rir à la jeune comtesse Irmine un beau manuscrit où il racontait la vie et les actes de sainte Aphrodise, vierge et mar-
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tyre. Et il fat heureux, car, grâce à sa patience, les actes précis d'une grande sainte vivraient dans la mémoire des hommes.
Le pieux chapelain ne tarda guère, d'ailleurs, à constater que son œuvre ne serait pas vaine. Irmine, en effets lut le manuscrit ; elle le relut; elle le médita ; elle résolut d'imiter Aphrodise, et de ne se donner qu'au Seigneur. Elle pensa qu'il serait glorieux pour elle de relever l'église ancienne, et d'y adjoindre un monastère où, sous la sauvegarde de la sainte, prieraient de douces filles. Le comte Balthazar approuva le projet de sa fille, et sereine fut la joie de dom Barthélémy.
Et voilà comment, au sommet d'une
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colline, dans un bois doliviers, s^éleva Vabbaye de Sainte-Aphrodise , qiilrmine, fille da comte Balihazar, fut la première à gouverner.