CHAPITRE I La dernière abbesse
C'est d'Antoine de La Balme, que tenait, sans doute, la dernière abbesse de Sainte- Aphrodise.
Jeanne-Irmine-Sylvie-Antoinette de La Balme était jeune encore à la Révolution. Elle était belle. Devenue libre, elle se maria; elle épousa un homme pour qui, depuis longtemps, elle éprouvait une secrète sympathie, mais qui n'était pas noble.
Son frère, Pierre-Jean-Balthazar-François de La Balme, comme il seyait à un bon g-entilhomme, avait émigré. Il servait dans l'armée de Condé. Il ne lui pardonna pas d'être infidèle à ses vœux de religion, et^ moins encore, peut-être, de se mésallier.
Antoinette de La Balme ne se repentit jamais du parti qu'elle avait pris. Son mari, Vincent Ghaillard^ avait du mérite : il a laissé quelque renom comme archéologue. Elle mourut veuve, fort âgée, en mai 1848, toute heureuse, disait-elle à ses petits -enfants, que, par la voix d'un errand poète, la France eût rappelé d'exil la République trop longtemps proscrite.