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CHAPITRE II

La vision.

Antoinette de La Balme, était, ellemême, fort savante. Son intellig-ence, sa modestie, son enjouement lui défendaient de trop publier sa science, mais, en le particulier, elle ne réussissait pas toujours à la cacher entièrement. Son mari avouait volontiers qu'elle était la collaboratrice la plus précieuse et la plus aimable qu'on pût rencontrer. Ses amis, quoi qu'elle fit, la savaient bonne latiniste et même bel-

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léniste passable. Dès l'enfance, elle avait été studieuse, et, par amusement, elle avait lu les auteurs de l'antiquité.

« Il fallait bien racheter, disait-elle en riant, les infidélités que leur faisait mon frère! Et plus tard, au temps de ma captivité, comment, sans ces bons compag-nons, aurais-je pu charmer mes loisirs forcés ? »

Elle s'amusait souvent à raconter une sorte de vision qu'elle avait eue un peu avant de quitter les ordres, et qui l'avait lon2:temps divertie.

(( Je me plaisais fort à contempler, disait-elle, la belle statue de sainte Aphrodise qui ornait notre cloître. Je ne pouvais m'empêcher de trouver étrange qu'on eût représenté nue une sainte très pieuse

et très chaste, et je n'ig-aorals pas que les Grecs anciens donnaient à notre Vénus le nom d'Aphrodite. Et la pensée malig-ne me venait, parfois, que c'était devant Vénus, la plus impure, et, si l'on peut dire, la plus païenne des déesses que s'étaient naïvement prosternées tant de vierg-es pures, et du plus étroit christianisme.

« Un joli soir de printemps, il me sembla que, dans la pénombre, la statue s'animait, et qu'elle me parlait : — Tu ne t'es point trompée, me disait une voix favorable; je suis la g"rande Immortelle qui préside aux mystères amoureux, celle qui garde des vents obscurs le flambeau sacré de la vie universelle. Je suis Vénus. Des peuples tristes oDt cru me proscrire ; ils m'ont enfouie,

ils m'ont brisée; leur œuvre est vaine. On ne me voit plus, on ne m'enseig-ne plus; OQ me devine. Le monde aspire à la joie; le monde me cherche, le monde va me délivrer. Ici, vous me tenez prisonnière, vous qui n'êtes que des prisonnières; mais le jour approche où l'on rompra vos chaînes, et je retrouverai toute ma gloire, tandis que passera sur la terre le grand souffle de la liberté ! — La statue parla encore. Elle se répétait un peu, — comme, parfois, nous nous répétons dans nos rêves. Elle aurait continué lons'temps, sans doute, si la fraîcheur de la rosée, et deux de nos sœurs, qui me cherchaient dans la nuit, ne m'avaient éveillée d'un somme où peu à peu j'étais tombée.

« Et c'est ainsi, concluait gaiement

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Antoinette, que je fus le témoin unique du seul miracle, peut-être, qu'ait jamais fait sainte Aphrodise. »

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