CHAPITRE I
De l'enfance dWpkrodise.
La princesse Aphrodise grandit, et elle ne donnait au roi Denys et à la reine Ariane que des sujets de contentement. De jour en jour, elle devenait plus charmante; et toutes les mères du royaume donnaient en exemple à leurs filles sa sag-esse et sa piété, qui tenaient du miracle. Elle avait cinq ans à peine qu'elle savait toutes les prières rituelles, et en imaginait de nouvelles qui expri-
L ABBAYE DE SAIXTE-APURODISE
massent la force de sa jeune ferveur.
Elle composait des hymnes pour Jésus.
Souvent, la nuit, une colombe planait sur l'innocence de son sommeil.
Ses joues avaient l'éclat des lys et la fraîcheur des roses; sa chevelure était douce et blonde; ses yeux brillaient.
En tous ses actes, en tous ses gestes, elle gardait la modestie qui sied aux vierg-es.
Elle priait long-u^ment, ou chantait les louang-es de Dieu. Le temps que lui laissaient libre ses pieux exercices, elle l'employait à des aumônes, et à visiter les vieillards et les infirmes.
Elle atteignit l'âge de dix-sept ans.
On n'eût pu voir au monde plus belle princesse. Mais le roi ni la reine ne songeaient à la marier : tous deux se rappe-
LA VIE DE SAINTE APHRODISE l\-J
laient quel glorieux époux l'avait prise, à l'instant même où son front recevait Teau du baptême ; jamais l'anneau miraculeux n'avait quitté le doigt d'Aphrodise ; aucun désir profane n'avait ému la princesse, et Denys, comme Ariane, était trop pieux pour donner à quelque mortel, et contraindre au sacrilège, la virginale épouse de l'époux immortel.