‹ L'Abbaye de Sainte-AphrodiseChapitre 9 sur 37 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le songe que fit Aphrodise.

Une nuit, la princesse Aphrodise eut an song-e.

Des hommes et des femmes erraient à travers des champs sauvages et des forêts perfides. Ils étaient vêtus de peaux grossières ; ils ne mangeaient guère que des racines ; leurs festins étaient de dévorer, crues, les bêtes frais écorchées; ils vivaient tristement, parmi les rapts, les viols et les meurtres; et, parfois, la peur

les agenouillait devant des pierres, étrangement taillées par la nature, et dont leur ignorance faisait des dieux.

Ce spectacle passa, et Aphrodise vit un roi et une reine qui chantaient joyeusement les louanges du Seigneur. Une jeune princesse était entre eux ; elle priait. Aphrodise reconnut son père et sa mère ; la princesse lui ressemblait.

Puis, ce furent, de nouveau, les peuplades misérables. Mais le roi Denys était au milieu d'elles, et les hommes féroces écoutaient sa parole. Déjà, leur aspect était moins sombre ; de vagues sourires éclairaient déjà leurs lèvres.

Enfin, aux yeux endormis d'Aphrodise apparut une vigne merveilleuse;, elle couvrait un vaste territoire, et chaque cep portait de lourdes grappes,

5o l'abbaye de sainte-aphrodise

prêtes pour la vendang-e. Mais, auprès de la vig"De, g-isait Denys, sang-lant, la tête coupée.

Tout s'effaça. Un ange se dressait; il parlait à la princesse Aphrodise :

« Aphrodise, souviens-toi que tu es l'épouse du Seigneur. Ta foi doit être active. Ton père, bien qu'il soit encore dans toute la force de l'âge, jouit paresseusement d'un facile bonheur. Prends garde qu'il ne défaille à sa tâche. Tu sais ce que le Seigneur attend de lui : c'est à toi de réveiller son pieux courage. Et ainsi tu entreras dans une noble voie, où tu trouveras la joie impérissable et le triomphe. »

Aphrodise, au matin, était plus belle et plus riante que jamais. La science de son devoir l'avait transfigurée, et celles

LA VIE DE Sainte aphrodise oi

qui ia servaient, quand elles péne^trèrent dans la chambre, sentirent qu'elles étaient en face d'une sainte.

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