‹ L'abbaye de Typhaines. [Par] comte de GobineauChapitre 101 sur 169 · CHAPITRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIEME

•3ieu de s'en détacher pour s'élever vers le ciel ! Allons, allons, il faut faire réunir un concile et je me fais fort d'y parvenir.

— Quoi ! un concile ? s'écria messire Jean, A la vérité, l'affaire mérite considération en ce moment où chacun pense si fort à soi. Croyez-vous pouvoir...

— Je suis de l'avis du seigneur évêque, s'écria l'abbé. Le courage et la fermeté, soutenus par le ciel, peuvent tout I Demandons secours à nos frères 1 Non, le ciel ne veut pas livrer ses pontifes à la sédition et à la convoitise des fils du péché. Non, soyez-en sûrs, je verrai, comme je l'ai prédit, je verrai ce maître Simon, le plus exécrable des hommes, je verrai ses amis, ses suppôts, ses soutiens, et tous les manants de Typhaines, ramper sous ma crosse abbatiale I Ils élèvent des murs, ils construisent des t-ours ; ils se glorifient dans leurs richesses et leur obstination. Croyez-m'en, de leurs propres mains, ils déferont ce qu'ils font aujourd'hui ; et ainsi ils épargneront à leurs âmes l'éternité des tortures méritée si bien par leur rébellion !

Les yeux de l'abbé, étincelants d'un enthousiasme sauvage, avaient frappé de respect et le chevalier et même l'évêque. Tous deux, bien convaincus de la grande sainteté de maître Anselme, ne doutèrent pas qu'il n'eût à ce moment déchiffré le livre de l'avenir, et ils puisèrent dans cette idée un redoublement d'énergie pour mettre à exécution le projet difficile qu'ils venaient de former avec lui.

Ce n'était pas, en effet, une tâche aisée, du moins il le semblait. Dans ce temps où les conciles étaient d'ailleurs assez fréquents, il n'était pas ordinaire de les réunir pour des causes aussi spéciales que celle d'un couvent en particulier. S'il s'était agi d'un point de foi, d'une discussion sur la nature de la Trinité, d'un docteur à dénoncer, rien n'eût été plus naturel et plus simple ; mais qu'il fût question de se mettre en querelle avec le roi de France et un de ses plus puissants vassaux pour servir les intérêts d'une abbaye, cela ne s'était point encore vu. Néanmoins, le parti des trois alliés était bien pris, et, dans leur résolution de marcher en avant, rien ne pouvait désormais les faire hésiter. Ils recherchèrent donc ciuels étaient les prélats les plus capables à les aider dans leur entreprise, et ils passèrent ainsi en revue les noms des plus puissants membres du haut clergé. Puis, leur plan arrêté, ils sortirent et se mirent en campagne pour

aller visiter les personnages influents : chanoines, abbés, docteurs et moines, propres à contribuer à leur succès.

Ainsi, les débuts de la pauvre commune de Typhaines étaient menacés de l'attaque la plus terrible que l'on pût avoir à redouter dans ces temps-là, et au moment où les députés rentraient dans les murs de la cité naissante, au moment où Eudes, à cheval avec les autres mandataires du bourg, pénétrait dans la grande rue et s'acheminait vers le Parloir-aux-Bourgeois, suivi de la foule attirée sur les pas de ses députés et s'enquérant à grands cris des nouvelles rapportées par eux, un orage terrible grondait déjà dans le lointain.

Avec cet air d'importance qui, depuis, a toujours été remarqué chez les magistrats bourgeois, avec cette dignité un peu boursouflée qui leur est propre, Eudes et ses compagnons traversèrent la ville au pas de leurs chevaux. Leur contenance joyeuse, bien que digne, faisait assez connaître qu'ils revenaient satisfaits de leur ambassade, et avant même qu'ils fussent arrivés auprès des consuls, et, par conséquent, qu'ils eussent dit le moindre mot sur leur mission et la manière dont elle avait été accomplie, le bruit courait déjà, parmi les nouvellistes du bourg et les bonnes femmes, que non seulement le roi de France avait accordé une charte de garantie à la commune, mais encore qu'il avait été si ravi d'apprendre la résolution des bonnes gens, que lui-même, avec sa femme et ses deux fils, avait voulu jurer leur commune et qu'il était prêt à marcher à leur aide, avec toute sa chevalerie. On peut croire que ces bruits heureux ne firent pas peu de plaisir et n'augmentèrent pas médiocrement le courage.

Cependant, Eudes et les autres députés avaient été introduits dans la salle du conseil que nous connaissons déjà pour y avoir vu commencer le procès de monseigneur Philippe de Cornehaut.

Simon était à la place d'honneur, au milieu de la table ; Payen, le bras toujours en écharpe, siégeait à côté de lui, puis Antoine et Jacques venaient ensuite.

— Quelles nouvelles nous rapportez-vous de Paris, confrères ? dit Simon. Le seigneur roi s'est-il montré débonnaire ? Vos présents ont-ils été bien reçus ? Les Nivernais. vous ont-ils aidé franchement ?

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