CHAPITRE XXIII
Il était midi ; le soleil lançait des rayons étincelants d'or et de chaleur, au milieu d'un ciel bleu et profond. Les insectes chantaient dans les herbes de la lande, quelques oiseaux sautillaient sur les buissons au long de la rivière. Deux troupes de cavaliers parurent à chacune des extrémités de la plaine. Leurs lances et leurs boucliers étincelaient comme autant de flammes. Dans le milieu du groupe qui venait du manoir, Damerones était à cheval, entre Mahaut et un chevalier. Norbert se tenait près du chanfrein du coursier. Au milieu de celui qui venait de Typhaines, monseigneur Philippe, les bras attachés avec de grosses cordes, s'avançait sur un méchant mulet, surveillé de près par Payen et par maître Simon, tous deux couverts de mailles, coiffés de heaumes et vêtus d'amples manteaux rouges. Les hommes de leur suite n'étaient pas moins bien, armés et équipés que les chevaliers de Mahaut.
Les deux partis détachèrent chacun un homme d'armes en éclaireur pour observer si toutes les conditions du pacte avaient été remplies. Ces vedettes cheminèrent chacune jusqu'au petit pont rustique jeté sur le ruisseau par les paysans, examinèrent avec défiance les dispositions des adversaires et n'y trouvant rien à redire regagnèrent au galop leurs troupes respectives, qui alors se dirigèrent vers le lieu du rendez-vous. Lorsque les cavaliers du Cornouiller et ceux de Typhaines se trouvèrent chacun à cinquante pas du pont, Norbert fit signe qu'il fallait s'arrêter et, passant ]a rivière, il invita Simon et Payen à accompagner seuls leur prisonnier, tandis que Foulques et Mahaut conduiraient, sans autre escorte, Damerones jusqu'à la planche.
— Quoi ! s'écria Payen, un écuyer et une femme 1 non, non, saint père, les consuls de Typhaines ne sont pas des^