‹ L'abbaye de Typhaines. [Par] comte de GobineauChapitre 125 sur 169 · CHAPITRE VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-TROISIÈME

— Suivons ce sentier jusqu'au bout, comme si nous voulions aller au bourg ; puis, arrivés sur la lande, nous tournerons à droite et nous monterons à l'abbaye. Peut-être pourrons-nous y rester à souper. Qui jamais irait s'imaginer que nous ayons cherché un refuge si près de nos ennemis ? Peut-être je retrouverai Rudaverse, et je t'avoue que tant que cette épée me manquera, je ne vivrai qu'à moitié.

— Quand je vous entends parler ainsi, repartit Foulques, je comprends que l'on vous tienne parfois pour un être raisonnable. Moi non plus, je ne me sens pas à l'aise depuis que je ne vois plus cette pauvre Rudaverse pendre à votre côté. Allons à l'abbaye ! Ce n'est pas que le séjour m'en ait été agréable ; mais, maintenant que le vieux abbé n'y est plus on doit mieux souper que le jour où nous y sommes arrivés, jour maudit, le diable l'emporte 1

En devisant ainsi, le chevalier et son compagnon se mirent en route, en ayant soin de marcher fort lentement pour laisser le temps à la nuit de les couvrir de ses ombres discrètes. Ils arrivèrent à une heure convenable à la porte de l'abbaye. Dans le bas du vallon brillaient les lumières du bourg de Typhaines ; le monastère était sombre. Ils frappèrent à la porte, on ne leur répondit pas. Ils redoublèrent ; alors, à travers les fentes du bois, ils aperçurent une lanterne qui traversait la cour, et se dirigeait de leur côté. Ceci leur rendit bon espoir.

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