CHAPITRE XXIV
Bientôt un bruit de pas s'approcha de la porte, et les deux cavaliers virent sur le seuil passer la trace joyeuse de la clarté. En même temps, une voix cassée et tremblante par l'effet de quelque émotion (la peur sans doute), prononça ces paroles pleines de douceur :
— Mes bons chrétiens, si vous n'êtes pas des païens mahométans, passez votre chemin et ne nous forcez pas d'ouvrir, vous trouverez au bourg de Typhaines tout ce qu'il faut à des voyageurs.
— Mon bon père, répondit le chevalier, nous sommes gentilshommes et n'avons rien à chercher à la commune. Ouvrez-nous donc pour l'amour de Dieu.
— Je n'en ferai rien, répondit la voix, car on ne sait plus aujourd'hui qui est le pire, pour la sainte Église, du gentilhomme ou du bourgeois révolté. Que le ciel vous conduise et ne nous tourmentez pas davantage.
En voyant cette obstination, le chevalier, déjà chagrin et inquiet, fut tout près de s'emporter, ce qui n'aurait nullement avancé ses affaires ; mais Foulques lui mit la main sur le bras, et prenant une voix de tête qui annonçait l'intention d'être douce et insinuante :
— Ouvrez-nous, bon père, dit-il, et vous n'aurez pas lieu de \ ous en repentir ; nous vous apportons des nouvelles du père abbé de Typhaines.
A cette parole il ne fut rien répondu, mais, au contraire, il sembla que la lumière s'éloignait avec celui qui la portait. Tout à coup, du haut d'un des créneaux de la muraille, la clarté tomba en plein sur les deux visiteurs nocturnes, et le frère portier, qui avait ainsi usé de ce moyen de reconnaissance, s'écria d'une voix satisfaite :
— Quoi, monseigneur, est-ce bien vous que je revois l Et vous aussi, honnête et courageux Foulques ?