CHAPITRE PREMIER
— A moi, Rigauld I
A ce cri, les paysans répondirent par une exclamation d'épouvante, et soudain prirent la fuite. Rigauld, laissant retomber son bras sans frapper, lâcha l'homme qu'il étranglait, et celui-ci, aussitôt, profitant de sa liberté inespérée, se dégagea et, agile comme un daim, s'enfonça dans la profondeur du bois. Pour le garde, il resta la bouche ouverte, les yeux à iemi sortis de la tête, la figure bouleversée, et incapable de faire un pas.
Mais ce n'était pas la crainte d'un ennemi de race mortelle qui aurait pu le troubler à ce point. Il venait de se précipiter sans effroi sur un antagoniste soutenu de douze camarades; un champion de plus à combattre n'aurait pu le faire reculer. Non I mais la voix qu'il venait d'entendre était si rauque, si étranglée, si étrange ; cette masse gisante danj l'herbe, et qu'avec des yeux épouvantés il ne parvenait ^as à reconnaître, présentait un aspect tellement sinistre, e1 de plus, circonstance redoutable 1 le lieu était si malfam', la fontaine de Saint-Procule était si proche, qu'on aval peine à s'étonner des plus funestes apparitions. Voilà ce qxi glaçait le sang dans les veines de Rigauld.
Cependait le terrible fantôme, retombé sur lui-même, n'articulai plus de paroles, mais faisait entendre seulement des gémissements sourds et plaintifs. Après un moment, Ri^uld, ne se voyant pas assailli, reprit à peu près courage, e d'une voix tremblante :
— Es-ti homme?... murmura-t-il ; es-tu diable?
Qu'es-tu "î
— Du secours 1 répondit la voix lugubre... Je suis un malheurexx moine égorgé !
Le foretier soupçonneux se dit entre ses dents :
— Ces une ruse du démon ; que j'approche, il se jettera sur moi ei m'étranglera.
S'il avit osé faire retraite, il aurait très probablement, sans rien approfondir, pris le parti de s'en aller ; mais il s'en gardiit bien, craignant la poursuite. Faisant un nouvel effort, il2ria :
— Mone, qui t'a tué ?
— La troupe des voleurs de bois N'es-tu pas Rigauld ?
— Je suis Rigauld, répondit alors le garde, qui à la fin.
perdit sa peur et du moins respira. Il eut l'audace de faire trois pas, se trouva à portée de mieux examiner l'objet de ses terreurs, et, rassuré, il s'écria tout surpris :
— C'est le père Nicolas !
Alors il contempla un des plus affreux spectacles qu'il eût jamais vus. Le pauvre religieux avait son froc blanc déchiré en mille endroits et souillé de terre, de bfins d'herbe et de débris de ronces ; on l'avait traîné sur je sol, et il n'avait pas succombé sans lutte. Sa poitrine, mise à nu, était ouverte d'un coup de cognée ; des plaies nombreuses sur le visage et sur la tête le rendaient presque méconnaissable par le sang qui en découlait en abondance. Sur ses bras, sur ses mains, sur ses jambes, l'œil de Rigauld n'aperçut partout que blessures profondes ; les meurtrie] s avaient haché leur victime.
— C'est le père Nicolas, se dit encore le forestier ; je le reconnais à sa longue barbe grise.
L'aspect de ce moine coupé en morceaux et horrible à voir n'était rien, pour le sauvage chasseur, en conparaison de la vue du m.oindre diableteau.
Il se mit à genoux dans les fougères à côté du religieux, et lui dit :
— Vous êtes-vous donc battu avec les manlnts, mon père ?
— Non ; je passais sur ma mule... ils abattaient un beau sapin... J'ai voulu les frapper... ils m'ont tu... je vais mourir...
— Qui a î)orté le premier coup ? dites, je vousvengerai.
— C'est, dit le moine d'une voix faible, c'est Pierre, le charron du Grand-Clos.
— J'ai reconnu aussi Eustache le charretier.
— Oui... il était aussi là... Ah Jésus mon Diei 1 je vais mourir sans confession ! I
— Si vous aviez pris patience encore un momert, dit Rigauld, j'allais tuer Pierre ; mais tous les manants à votre vue, se sont enfuis, croyant sans doute que vous ressuscitiez !
— Oh I dit le moine avec des yeux déjà ternes, ^^ quoi faut-il que je meure ici ?... Où est l'abbaye ?... M I... je voudrais mourir dans ma cellule 1 Mes fautv ^t grandes... mais je les ai expiées... Miserere mei Dot,
rH\PITRE PREMIER
flreux et croisant ses mains ensan-
^^' Orris, reprit le l?,^^^^^:^^^.^^^'^^ ,engé?Les nranants de Typ^amj/p,„^ „, ,, l,.sera pas
votre mort 1 Le pardonne...
^-L^ÏU . répondit le ^ine avec un^-«,^^^i ^^^ ,,Ociie je suis maintenant ^°f^ ^^^Ji'Jgnlge.
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ne^pSett^oTas recommença à prier^ ,, „ p,,, ,, pa-
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'° Rmauld regarda encore autour <i;J-;„:,';:„se clairière,
^Sl^p'SfSÏolafouvritlesyeuK.
LABBAYE DE TYPHAINES
— Donne-moi à boire, dit-il
répandu s„r le visa"" et sur I. ',' r"^" "" ^''"^ '= ^^"g fit mieux voir les bressure?.normo^ ! '"'" ""'"^' ""' ">' paysans, lui persuada nue s nfen" /,"■'"' '^ '""■'"' 'J«^ exprima sur-le''-ehan,p\"uSsir'drs'Se'r""' '""'""' '' «
vo^Isu^o" rH:n'''"L'e"nlroU e^r ^■'™' '■™" "^^ = ^^ et vous, dans un insl-m. ™?' '"""''•■"' P'""'l'=^ vivants,
Laissez-'n,oi do" o Srl't ur Vrir-^^^ï^iS ' ""'"""' tners auront leur punition m nott ^^^'^"fiuillité ; vos meur-
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il verra que j'ai remnli nn tl^- '"^^^ ''" rcvcrend abbé; réussir... Va-fen n,a,ôr,'?" ' ■"•"■''"' ™ulu mieux <lcs erimes... La m'ai on du sL ,f T '= '^""""éncenient à l'abbé que je mèu^s crovant ^ry "' "" "S"»"- Tu diras Tu lui diras Va-i^T, " J ?'=''"'=' '^8''''"' enseigne...
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qui circulait soufleïLlnc . 't- ^^l 'f ^'-^"/"^ '^'"'^"'^^^"^ il s'engagea dans un dédale obscVro^^ '^','^' '^"' '^^'^'t^^' plus à l'aise ,u-auprès t^'^'^Z Ziïï::''''' ' " ^^^"^^
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