‹ L'abbaye de Typhaines. [Par] comte de GobineauChapitre 74 sur 169 · CHAPITRE QUINZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIEME

rain si hardi qui oserait accepter ouvertement des domaines volés à l'Église ? Vous n'avez donc rien à craindre. Aux demandes qu'on va vous faire, n'opposez que des refus ; soyez fermes, inébranlables en vos réponses, mais, en même temps, soyez doux et modérés ; contre les glaives et les lances, vous êtes les plus forts, mes frères. Ayez donc, avec la prudence de la couleuvre, ayez la douceur de la colombe. Votre abbé peut seul ordonner ici ; refusez-vous à rien entendre aussi longtemps que son absence durera.

Les moines remercièrent Norbert de ses avis. Ils reprirent tout à fait leur calme extérieur et, sortant sur ses pas de l'église souterraine, ils allèrent rétablir un peu d'ordre dans le préau. Les cadavres furent enlevés, lavés et déposés dans l'église. Les convers s'occupèrent de rétablir les portes brisées, et un moine fut envoyé au bourg afin d'avertir les rebelles que s'ils voulaient pour leurs morts une sépulture honorable, la communauté était prête à leur prêter le secours de ses prières. Cette démarche toute d'humilité avait semblé à Norbert et aux moines d'un très heureux effet et propre à faire succéder le règne des négociations à celui de la violence. Le chanoine recommanda encore mille fois au prieur de ne pas se départir d'une ligne de conduite toute passive, puis ayant béni les bons pères et leur aj'ant aussi recommandé de ne jamais perdre la règle de vue dans leurs plus grandes tribulations, il se hâta de revenir vers le bourg. Monseigneur Philippe pouvait, si par hasard il était repris, avoir besoin de son soutien.

Comme le chanoine passait dans la rue, où chacun à sa rencontre se jetait humblement à genoux, il aperçut maître Simon qui, l'air radieux, quittait sa fille et qui, sans apercevoir le saint homme, s'approchait de Jacques et lui parlait avec vivacité et une ardeur dont Norbert se défia. Il hésita un instant : mais s'abandonnant soudain à une de ces inspirations intérieures que son zèle ardent lui avait appris à respecter comme des avertissements du ciel, il hâta le pas et rejoignit Damerones.

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