‹ L'abbaye de Typhaines. [Par] comte de GobineauChapitre 79 sur 169 · CHAPITRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME

l'incomparable beauté de ses chefs et maître Simon, prenant des mains du clerc un grand rouleau de parchemin, commença la lecture de la charte communale :

— Bons bourgeois de Typhaines, cria-t-il d'une voix éclatante, voici ce que nous avons trouvé à propos de régler pour vous et ce qui sera désormais la loi de cette ville.

Chacun dans la commune se conjure pour la défense publique ; si quelqu'un des bourgeois est attaqué ou offensé, tous les autres le défendront et le vengeront.

De grands applaudissements, accueillirent cette disposition première, déjà inscrite au fond du cœur de tous les bourgeois. Le consul poursuivit :

— Vous ne payerez à votre seigneur d'autre cens que celui qui est dû pour chaque tête, et il ne pourra vous imposer ni taille, ni corvée.

L'approbation générale salua encore cette clause non moins chaudement que la première et les trépignements de joie recommencèrent.

— - Mes bonnes gens, cria Jacques, si vous interrompez à chaque instant maître Simon, nous pourrons bien passer quinze jours à lire votre charte et encore n'aurons-nous pas fini. Tenez-vous en repos, écoutez paisiblement, et si vous n'êtes pas satisfaits, vous le ferez savoir ensuite ; au contraire, si vous êtes content, vous applaudirez à votre aise quand on vous aura dit tout ce qui est tracé sur le parchemin.

Cette observation fut applaudie, et maître Simon poursuivit au milieu du plus profond silence -la lecture de la charte :

— Les bourgeois de Typhaines pourront épouser les filles des serfs de quelque seigneur que ce soit, excepté des terres de l'église de Typhaines notre maîtresse, ni des gentilshommes qui auront juré avec nous la présente charte, sous peine de devenir serfs eux-mêmes.

Messire Baudouin de Pornes fit un sourire de satisfaction. Cette clause avait été insérée à la requête du comte de Nevers et à la sienne, ainsi que la suivante :

— Nul ne pourra être admis à faire partie de cette commune qui ne pourra y acheter un héritage ou y bâtir une maison ; car, si un bourgeois fait mal et réussit à s'échapper, la raison veut qu'on ait son bien pour le punir.

Sous cette clause se cachait aussi, ce que les consuls ne

L'ABBA^^ DE TYPHAINES

pouvaient dire, un moyen sûr d'écarter les paysans pauvres de leur république. Après ces dispositions générales, maître Simon en lut encore un assez grand nombre d'autres relatives aux intérêts des marchands, à ceux des artisans, à la police de la cité ; puis il en énuméra plusieurs dont la profonde sagesse fut reconnue par les balancements de tête approbateurs des vieillards de Typhaines::

— Les marchands à qui il sera dû, et qui ne pourront obtenir payement, pourront saisir eux-mêmes les meubles de leurs débiteurs et se payer de leurs propres mains. Ils devront pourtant laisser les habits, les instruments de labour et les portes pour fermer la maison.

Si un procès intervient entre deux bourgeois, ceux-ci pourront se battre pour faire connaître leur droit par le duel ; le plus fort aura gain de cause ; si Fun des plaideurs. refuse le combat, il payera une forte amende.

Cet article plut très généralement ; il donnait aux bonnes gens de Typhaines un air de gentilshommes; mais il fut suivi d'un autre qui n'obtint qu'une approbation médiocre de la part des femmes :

— Tout bourgeois pourra battre sa femme et sa fille mente mariée, son fils et ses valets jusqu'aux blessures exclusivement ; quand la correction se sera trouvée^ trop forte, il fera serment d'avoir agi à bonne intention. >L'usage du fer émoulu est interdit.

— Si un bourgeois se querelle avec un serf, ou même nn ouvrier libre, il pourra l'appeler voleur, ribaud et l'apostropher d'autres injures ; mais il ne lui sera pas loisible :d-e le frapper.

La cliarte était longue, et pour d'autres que pour des bourgeois de Typhaines, elle n'aurait peut-être pas un grand intérêt dans tous ses articles ; la lecture en dura bien plusieurs heures, et le soleil commençait à incliner .sensiblemeilt vers l'horizon, quand maître Simon atteignit la fin de sa lecture. Il termina par ces quelques mots :

— Il ne nous manque plus, i)onnes gens, que d'avoir l'aveu de r{d>bé de Typhaines pour notre charte et la garantie de monseigneur le Roi ; mais, croyezrmoi bien, nous obtiendrons l'un et l'autre de ces avantages, sans qu'il nous coûte beaucoup de peine. Ne vous tourmentez point de ces grandes affaires et qu'il vous suffise de savoir que rmonseigneur de

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