‹ L'abbaye de Typhaines. [Par] comte de GobineauChapitre 82 sur 169 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Foulques et l'abbé n'avaient pas éprouvé trop de peine à percer les rangs épais des bourgeois et à sortir du monastère. Quelques bons coups de masse d'armes et plus de menaces encore que d'elTets, avaient suffi à l'écuyer pour fendre la presse des assaillants, et tandis que son malheureux maître traçait autour d'Anselme un cercle égal pour le moins à deux fois la longueur de Rudaverse, Foulques s'était emparé de la bride du cheval qui portait le moine, et enfonçant ses éperons dans le ventre de son destrier de guerre, il s'était élancé au galop sur la pente du mamelon pierreux, en criant d'une voix rauque : Cornehaut I Cornehaut I — Quelques viretons d'arbalètes, deux ou trois flèches étaient venues siffier à ses oreilles ; mais, attaques impuissantes, flèches et viretons avaient jonché le chemin sans l'atteindre, non plus que son compagnon.

La première et la plus terrible difficulté était dès lors vaincue ; mais, dans l'état d'exaspération où se trouvaient les gens de Typhaines, Foulques ne se faisait pas illusion ; son vénérable compagnon courait les dangers les plus grands tant que les limites du domaine abbatial ne seraient pas franchies ; il continua donc de presser ies deux chevaux.

Foulques était un vieux batailleur, un homme qui avait manié l'épée et la dague dans plus d'un pays ; qui savait, et savait bien et par principes, enfoncer une porte, décrocher une grille, escalader une nmraille ; il avait mis à sac, en compagnie de bien d'autres, au moins dix villes, quinze bourgs fortifiés et trente châteaux, sans compter les mosquées et les villages sarrasins ; à un tel champion, une fuite, si vive qu'elle fût, une déroute même, si l'on veut, ne pouvaient ôter le sang-froid. Il était de ces gens qui, aux plus terribles événements, i)euvent répondre : J'ai vu mieux 1

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