‹ L'abbaye de Typhaines. [Par] comte de GobineauChapitre 86 sur 169 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

un moment où il vous donnera, sans être coupable envers son Église, deux fois plus que le fief de Cornehaut n'a jamais valu. Allez, mon fils, je vous bénis I

Foulques fit le signe de la croix en levant les épaules, combinant ainsi sa piété et sa mauvaise humeur, puis voyant auprès de lui un jeune garçon d'une quinzaine d'années, qui le regardait curieusement :

— Que veux-tu, maraud I lui dit-il d'une voix à faire reculer le diable.

— Seigneur écuyer, c'est moi qui vous servirai de guide, s'il vous plaît, jusqu'au château du Cornouiller.

— Il me plaît, répondit Foulques; mais où est ton cheval?

— Je n'en ai point, dit l'enfant, mais je marcherai très vite à côté du vôtre.

— Que le ciel écrase cette misérable maison et ceux qui sont dedans, s'écria Foulques, de ne pouvoir me donner un guide convenable I çà, viens, je vais remédier au mal.

En parlant, il s'était déjà hissé sur sa selle ; quand il y fut solidement établi, il se baissa quelque peu, ouvrit sa large main et prenant l'enfant par le cou, il l'enleva comme une plume, et le campa derrière lui, puis, sans se soucier de sa grimace :

— Où tournons-nous ? à droite, à gauche ?

— A gauche 1 cria le jeune homme épouvanté et se cramponnant au corps de son rude compagnon.

Foulques mit ses éperons dans les flancs du pauvre clieval, et sans saluer personne, partit au grand galop.

Une demi-heure après, messire Jean, l'abbé et une douzaine de cavaliers bien montés prenaient, à l'opposite, la route de Paris, laissant la maison forte sous la garde d'une petite garnison d'élite. Messire Jean se promettait d'amuser les loisirs de la route au moyen d'une discussion sur quelques idées récemment émises à Laon par un chanoine de la cathédrale touchant la Trinité.

C'étaient là les passe-temps des érudits de l'époque.

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