CHAPITRE XVIII
Le voyage fut rapidement exécuté et aucun accident ne le troubla ; on était dans les jours de la trêve de Dieu. Dans ces temps reculés on ne trouvait ni auberge ni hôtellerie sur les routes ; mais, pour les voyageurs du rang de l'abbé et du sire Jean Bcrniot, les prieurés, les chapelles et les manoirs avaient toujours leurs portes ouvertes. Le récit du malheur survenu à la communauté de Typhaines excita auprès des religieux et des nobles une indignation égale ; partout le maître Anselme entendit répéter que Dieu certainement ne laisserait pas les bourgeois de Typhaines dépouiller leurs seigneurs de leurs droits séculaires.
Ce fut, soutenus par ces témoignages nombreux de bon vouloir que les deux voyageurs et leur suite arrivèrent un samedi, vers le milieu du jour, au-dessus des collines qui entourent Paris du côté du sud-est.
C'était peu de chose que cette cité devenue si grande, si nous voulons juger son état d'alors en le comparant à ce qu'il est devenu depuis, et cependant la civilisation en avait déjà fait pour l'Occident et le Nord de l'Europe un de ses foyers les plus actifs. Au sommet des coteaux descendant vers la Seine, l'abbaye de Sainte-Geneviève élevait ses murs crénelés ; plus bas, sur les pentes, l'abbaye de Saint- Victor, celle de Saint-Germain-des-Prés semblaient rivaliser avec elle de force guerrière et de gravité ecclésiastique. Les restes encore importants de l'ancien palais romain des Thermes rappelaient l'antique splendeur de la Lutèce gauloise, et, au milieu de ces illustres monuments, des groupes de maisons semés sur le liane de la colline, bourgeonnaient sans ordre comme des champignons qui sans cesse voyaient pousser à leurs côtés de nouvelles masures, de nouveaux logis. C'était la science qui là, au miUeu des bouquets d'arbres, des vignes