DIDIER
avait renoncé à la dignité Je chanoine et de doyen de Saint-Pierre de Lille, pour embrasser la règle de saint Augustin. 11 était venu au Mont-Saint-Eloi se livrer tout entier à la pratique des vertus et de la vie religieuse. Modèle de conduite pour ses compagnons, il ne tarda pas à être appelé aux fonctions de prieur de Rcbrcuvcs. puis de l'abbaye même et d'Auhigny où il se trouvait lorsqu'il fut élu abbé.
Profitant des années de paix et de tranquillité qui suivirent la bataille de Douvines (1214), si fatale au comte de Flandre Ferdinand, Didier mit tous ses soins à l'achèvement de la nouvelle église commencée par son prédécesseur.
Il résolut de remettre en vigueur la loi monastique et les règlements du couvent. En effet, la première ferveur des moines du Mont-Saint-Eloi n'avait guère duré plus d'un siècle , et Didier, à son avènement à la prélat ure avait rencontré de grandes difficultés pour faire observer à ses religieux les règles de leur institut.
Il existait vers le XI e siècle un usage généralement reçu et qui fut bientôt réprouvé. Les parents consacraient leurs enfants à la vie claustrale sans consulter leurs goûts, leurs dispositions et leurs forces, et dans un âge. où ils ne pouvaient pas savoir eux-mêmes s'ils étaient appelés à cette sainte vocation.
Pour rétablir la discipline dans son monastère, « laquelle, dit Le Vaillant , de la nonchalance d'aucun de ses prédécesseurs et négligence des sujets, commençait ii tomber en décadence ; » il se servit de deux moyens qui lui réussirent. Le premier fut, continue l'historien, « tant qu'il a pu de recevoir à religion honnête et vertueux personnage. » Le second, de donner à ses religieux tous les jours a midi el au soir une portion de vin ; et à cet effet il fit planter sur le coteau du Mont- Saint-Eloi , un vignoble qui subsista plus de trois cents ans.
Les grandes vertus de Didier lui avaient acquis une grande influence auprès des souverains et des évêques. Sou administration, pleine de zèle et d'habileté, contribua beaucoup a la prospérité du monastère, et il fit terminer avantageusement plusieurs procès. A sa demande, l'official d'Arras contraignit Jehan de Tavel à payer à l'abbaye le droit de dîme qu'elle percevait sur ses pâtures sises à Maguicourl (1), 1210. L'abbé Didier mit fin à un différend entre son monastère et le cure de Lignereuil et de Givenchy , avec l'intervention de l'évéque d'Arras Kobert (2)* 1214. Celte même année la maison du Bnrcq, située en la cité d'Arras, fut donnée à l'abk.ye.
Didier mourut le 15 février 1219. Lorsque cet homme de rare mérite s'en alla
(I) Voir pièces justificatives, xxxiii.
(S) Voir pièces justificatives, xxxtv.
vers Dieu, il laissa le. Mont-Saint-Eloi florissant lani dans les choses lemporelles que dans les spirituelles (1). Sou corps fut inhumé contre le mur de la chapelle de Saint-Jacques , du côté droit du chœur de l'église.
Sous son administration, Guillaume, en 1213. et Simon deGivenchy, en 1218i lurent successivement grands prieurs de l'abbaye. Le prieuré de Rebreuvcs Tut administré par les religieux Walter de Leos et Eubert.
Richard, deuxième du nom , né àSailly-la-Bourse (2; . sous-pré\6t du monastère, succéda à Didier. Plein de zèle et d'habileté , la maison lui dut de nombreuses améliorations; il suivit en tout la marche et les instructions de son prédécesseur. Après avoir assuré le maintien de la discipline monastique, rendue si florissante par l'abbé Didier, il s'occupa d'augmenter les biens temporels de son couvent. C'est par ses soins que fut terminée l'église commencée par Asson. Ce monument, qui subsista jusqu'en 1750 ne fut pas achevé d'après le plan sur lequel on l'avait commencé. Elle n'avait qu'un chœur sans nef, surmonté d'un vaste sanctuaire, sous lequel se trouvait une petite église basse, soutenue par deux rangs de colonnes en pierres bleues. Les deux nefs, tronquées comme le chœur, renfermaient quatre chapelles. Si cet édifice eut été lini complètement, ses dimensions eussent égalé celles de Notre-Dame d'Amis. La construction en était hardie ; deux rangées de fenêtres d'une hauteur démesurée étaient superposées, et, chose étonnante , on remarqua lors delà démolition, qu'eu certains endroits les fondations avaient à peine trois pieds, là où le bâtiment reposait sur le sable
Sa réputation de sagesse et ses éminentes vertus acquirent à l'abbé Richard une
11) l'urmi les hommes célèbres du Mont-Saint-fcloi , on a souvent oublié le nom de Didier, à qui est dû l'usage journalier et salutaire d'une portion de vin. La reconnaissance obligeait les moines à donner une place honorable dans leur liste à cet tbbe philosophe, qui connaissait si bien les hommes et surtout ceux qu'il avait à gouverner. l.e tombeau de ce prélat , orne de pampres, de vignes et de raisins, réclamera toujours contre l'ingratitude de ceux qui gardeni le silence sur sa personne.
(2) Village du canton de Caml.irin, arrondissement de bel hune.
(3) DoRESMiEiN, Chronique manuscrite du Mont-Sdint-Kloi.