RICHARD II
grande influence, et il sut mettre à profit pour le bien de son couvent la faveur dont il jouissait. En 1221 , l'évêque d'Arras Pontius confirma dans une cbarle {1) la vente de la dîme de la (erre de Fraipôl, sise à Magnicourt- en -Comté, doni s'était dessaisi en faveur du monastère un seigneur du nom de Bauduin. Le même évêque ratifia la vente de la dîme de Camblain , cédée par Iluard de Fevring cl Marguerite sa femme, et l'amortissement de cette dime, accordé par Gamelon (2). L'année suivante, Nicolas Boufflers vendit à l'abbaye une petite dîme qu'il possédait à Humièrcs, et qu'il tenait en fief de Renaud Damions. Ce dernier en lit la remise aui religieux avec exemption de toute seigneurie et service séculier (3). Plus tard, en 1253, Hugues de Caumont et Elisabeth sa femme, cédèrent pour être possédée à perpétuité, librement et sans aucun service ni charge, une autre dime située de même à Humièrcs. Hugues de Rollencourt abandonna celle dont il jouissait sur les territoires de Magnicourt et de RoCllecourt. Hugues Bouteiïs, seigneur de Bomy, dont le chevalier de Bollencourt était le vassal, confirma celle vente dans une charte de 1223 (4). Raoul, évêque d'Arras, y donna son approbation peu de temps après à la prière de l'abbé et de ses religieux (5).
En 1225, Thierry de la Lichue et Willelme Rohart de Marets (de Mariscoj, avaient vendu à l'église du Mont-Saint-Eloi toute la dîme qui leur appartenait dans la paroisse de Divion. Cette dime qu'ils tenaient en fief de Gilles, chevalier, seigneur d'Ourton, avait été remise par ce dernier à Hugues d'Houdain,en qualité de premier seigneur (6). Deux ans après, 1225, quelques jours avant Pâques, Sarra et Nicolas son mari « vendirent à l'abbaye du Mont-Saint-Eloi la dîme qu'ils » possédaient au terroir de Bajus, dîme qu'ils tenaient en fief de Hugues de Gand , » seigneur d'Houdain. Les vendeurs la remirent en présence des pairs et hommes » de fief de la seigneurie d'Houdain, entre les mains d'Arnould, curé du lieu, qui » était présent comme délégué par l'évêque Poutius, pour la recevoir. Le sei-
(1) Voir pièces justificatives, xxxv.
(2) Voir pièces justificatives , xxxvi.
(3) Mémoire det abbés et religieux du Mont-Saint-Eloi contre le curé de Camblain. 1766. («) Voir pièces justificatives, xxxvii.
(5) Voir pièces justificatives, xxxviu.
(6) P. Ignace, Mém. t. vu, p. UO-UI.
1Î23. Hugues, premier du nom , seigneur d'Houdain , donna trois lettres ou chartes en faveur de cette abbaye. La première fut passée à la maison seigneuriale de Doudain, la vigile de Saint- Matthieu, 20 septembre 1983 , en présence de Jean, seigneur de Ollehain, de son fils et de Thierry d'Alennes , tous trois chevaliers. Celte charte est scellée de son sceau avec les armes do Gutnes en plein.
» gneur Hugues déchargea cette dhnc à perpétuité de toute servitude et justice séculières. Eu foi de quoi jurèrent les vassaux, les hommes de fief suivants : » Pierre de Brakoncourt, Hugues Escaliers, Nicolas de Grandcort (Grandcourt), » Renelme du Vieux-Bourg (deVeteri-Burgo). Les présents à cet acte, pour servir » de témoins, furent : Richard, abbé du Mont -Saint -Eloi, Walter, prévôt de * la même abbaye, Simon, prieur de Hebreuves; Hugues de Carenchy, chanoine ; ■ Arnould, prêtre, curé de Houdain; Anselme, prêtre de Fresnicourt ; maître Jeau » de Cannoy et plusieurs autres (1). »
Richard resserra les liens d'affiliation qui attachaient un grand nombre d'églises à celles du Mont-Saint-Eloi. Par un acte de l'an 1224, il contracta avec l'abbé de Prémontré une solidarité confraternelle. Son nom est mentionné dans le cartulaire de Marœuil. aux années 1225 et 1228 (2). Il assista a celte époque à la cérémonie de la translation des reliques de sainte Bertille dans une nouvelle chasse. I/évêquc d'Arras, Pontius, vint lui-même a Marœuil présider cette cérémonie (3) ; il était assisté des abbés, Richard du Mont-Saint-Eloi, Pierre de Marœuil, Wicard d'Hénin- Liéiard et PieiTe d'Arrouaise.
Rien n'échappait au zèle vigilant de Richard , il ne négligeait aucune occasion d'enrichir sou abbaye. Eu 1225, il reçut de Daniel, seigneur de Réthune, des marques de munificence (4). Deux ans après, Jean d'Aubigny vendit au monastère la dinic qu'il tenait en fief du sieur Pierre de Malo-Alvilo, au terroir de Frévin- Capcl.
Les choses les moins importantes préoccupaient l'abbé Richard auUml que les plus grandes affaires. C'est ainsi qu'en 1254 il obtint de Guillaume, châtelain de Saint-Omer, l'exemption du droit de forage (5) pour quinze tonneaux de vin. destinés à la consommation des religieux, qui devaient traverser chaque année les localités soumises à sa juridiction (6); en 1255. Guillaume de Clarkcs fil remise au couvent du Mont-Saint-Eloi de tout le rouage ;7) qui lui appartenait à Saint-Omer, pour toute espèce d'achat , vente ou contrat que les moines auraient pu contracter eu celle ville (8). Richard reçut, en 1238, de lc\êi|ue de Thé-
(1) Père Ignace, mém., lom. vu, p. 110-111.
(2) Gallin Christiana, lom. m, p. 458.
Ci) VMw Pauenty, Histoire de sainte Bertille, v , 02. ( Il Voir pièces justilicjlives, xxxix.
(ô) Forage : Drnii seigneurial qui se prélevait sur les \in«. (fi) Voir pièces juslificalives, XL.
(") Rouage : Droit seigneurial établi mit les transaclions. |S) Voir pièces jusliiicalives, xt.i.
rouanne, des lettres de Vitlimus, approuvant toutes les exemptions précitées (1).
Passant sous silence un grand nombre de privilèges accordés au monastère, nous rappellerons que cet abbé acheta l'autre partie de la dîme d'Ambrincs et obtint pour les prieurés de Rebreuves et d'Aubigny de grandes immunités cl de nombreux avantages.
La gestion de Richard II dura vingt aus; ce prélat mourut le 18 mars 1258. Ses soins vigilants avaient beaucoup contribué au bien de la maison. U s'était plu a embellir le sanctuaire qu'il avait terminé. Il y avait fait déposer, le 18 novembre 1212, les reliques de saint Honoré, archidiacre, et celles de saint Vindicien et de sainte Emérautienne , renfermées dans des chasses magnifiquement ciselées. Sa piété lui avait valu une parcelle de la couronne d'épines du Sauveur, rapportée de Palestine par le roi saint Louis. Il fut enterré au milieu de son église. Un marbre, placé près du pupitre des chantres, portail l'inscription de sa sépulture (2).
Richard ramena dans la communauté l'harmonie la plus parfaite, en s'enlourant de religieux aussi remarquables par leurs vertus que par leurs talents. Après avoir cité les grands prieurs Walter et André, le prévôt Jean de Bcaumetz et maître Guislain de Pas, qui devint chanoine d'Arras, nous ferons une mention toute particulière de Pierre de Colmieu.
Né en Italie dans la Campanie, il fut le dixième pré\ot de la collégiale de Notre- Dame de Sainl-Omer et chapelain des papes Ilouorius Ul et Grégoire IX. Il refusa plusieurs évéchés, entr'autres celui de Thérouanne. En 1227, il quitta l'abbaye d'Ourscamps pour devenir chanoine régulier au iMont-Sainl-Eloi. Il fut nommé successivement évfque de Rouen et d'Albe, par le pape Innocent IV, qui plus tard lui conféra le litre de cardinal.
Pierre de Colmieu passe pour l'homme le plus savant et le plus capable de son siècle. Il fut employé dans plusieurs négociations auprès du nonce Paudolfe , et en Languedoc contre les Albigeois (3). Il contribua à soutenir la belle renommée de l'abltaye du Mont-Saint-Eloi , pour laquelle il conserva toujours la plus vive affection. Nous citerons ici les propres expressions d'André Le Vaillant, dans sa chronique : « Icelluy Colomcdio portait une singulière affection à cette maison et » l'enrichit et amplifia de beaucoup, nous faisant plusieurs beaux dons, en argent, » privilèges, livres et ornements d'église, estant d'autant plus incité il ce faire pour » la preudhoniic et bon zèle qu'il avait remarqué en cet abbé Richard. »
(I) Voir pièces justificatives, XLll.
(î) Chronique d'ANDRE Ix Vaillant.
(3) P. Ignace, Dict., t. II, p. 3îi.
Les prieurs S. Gérard, 1226, S. Pierre de Montégus, 1256, et les religieux Théobald, Jean et Bauduin furent envoyés au couvent de Rebreuves.