Charte du mois de mars 1*56. Cart. d'Aubigny, f
» leur. » Bauduin se soumit et prit l'engagement d'observer cet arrangement dont l'acte fut dresse" par Bauduin de Quinchy, clore de l 'officiai d'Arras (1).
En 1261, Pierre, évoque d'Arras, reconnut et installa comme chapelain, Arnouts de Boiry, que lui avait présenté l'abbé du Mont-Saint-Eloi, pour desservir la paroisse de tous les saints vers Aubigny (2).
On voit par les bulles d'Alexandre IV, combien l'abbé Jean était en faveur auprès du saint siège. Déjà en 1262 le pape Innocent IV avait, sur sa demande, accordé trente jours d'indulgence à tous ceux qui, s'étant approchés du tribunal de la pénitence et ayant une contrition parfaite , viendraient prier dans l'église de Saint-Vindicien. (Ikilum XV kal. februarii , 1252).
Les religieux du Mont-Saint-Eloi avaient demandé- au pape Alexandre, chaque fois qu'ils achèteraient du blé, du vin, du bois ou autres choses nécessaires à leur entretien . de ne payer aucun droit de péage, vinage ou rouage (mania), droit que les séculiers exigeaient ordinairement. Quelques-uns d'entre, eux en effet n'osant contester le privilège dont jouissaient les religieux , prélevaient injustement de? droits sur leurs charriots, prétendant «qu'ils ue les faisaient pas peser sur les » choses du monastère, mais sur les marchandises contenues dans les charriots. » Ces exactions portèrent les religieux à réclamer de nouveau l'autorité du souverain pontife. Alexandre IV défendit d'une manière encore plus expresse, qu'à l'avenir on cherchât à leur faire souffrir de semblables exactions, et menaça même de l'excommunication ceux qui violeraient les prescriptions de cette bulle (3). (Don m 1 à Lnlrnn le. 8 des ides d'arril. In deuxième année dit pontificat!.
Le même pontife déclara, en 1260, que dorénavant le couvent du Mont-Saint- Eloi ne serait tenu à recevoir ni à héberger qui que ce fût. même envoyé par lui de Rome, si sa réception n'était publiquement ordonnée par un mandement.
Jean était également en très-haute considération et avait une très-grande influence auprès des princes et de la noblesse de son temps. Les plus illustres seigneurs du pays venaient implorer sa bénédiction ; tous tenaient à l'honneur de contribuer à l'accroissement des revenus du monastère, et c'était surtout par les liens de l'amitié que le révérend abbé s'était attiré d'aussi puissants appuis. La douceur et l'aménité de son caractère, son] humilité profonde lui attirèrent l'affection du roi de France et de la comtesse de Flandre et du Hainaul. Saint Louis
(1) Chartes du mois de juin 1263. Cartuiaire à "Aubigny, f« C9 et 70.
(2) Cartuiaire d'Aubigny, t' 69, verso.
(3) Cartuiaire d' Aubigny, t" 71.
restituait beaucoup et aimait à le consulter dans les choses difficiles. Jean reçut de ce prince, en 1261, uue épine de la couronne du Sauveur qu'il avait rapportée de Terre-Sainte, et des ornements d evise fleurdelisés (1).
Déjà l'année précédente, 1260, il avait accordé aux religieux du Mont-Saint-EIoi l'exemption par terre et par eau de tout péage, tonlieu, ponlage, vinage ou attires droits d'exactions pour toutes 1rs choses qui devaient servir à leurs usages (2). [Fait à Paris en 1260, au mois de juin}.
La comtesse Marguerite gratifia l'abbaye des mêmes avantages, et le comte (iuy, son fds, les ratifia (3). En 1270, elle confirma la vente de dix mencaudées de bois faite par Jelnm du Maisnil. Cette généreuse princesse ajouta à tous ces bienfaits le. don de cent livres d'argent pour la continuation des murailles qui renfermaient le grand enclos du mouastere , et pour la construction d'une infirmerie.
Il serait bien long d'énumérer tous les privilèges qui fureul accordés à l'abbaye du Mont-Saiiil-Eloi par les seigueurs de la coutrée. Nous rappellerons la donation de Robert de Tliérouanne et de sa femme, qui, il leur mort, laissèrent au couvent tous leurs biens situés à Bouvignies.
L'an 126S, Hugues II, seigneur d'IIoudain céda à l'abbé Jean de Baraslre quelques droits qu'il revendiquait à Houvclin, du consentement de Marie de Gaves
(I) Ces orncmenls se composaient de deux tuniques et d'une chasuble : ils s'appelaient les ornements de saint Louis, et l'on s'eu servait tous les ans à la messe de saint Louis. André Lk
Visitur corpus S. Vindiciani episcopi Cameracensis. — Corpus H. Ilooorali priedicti Vindiciani archidiaconi %neo ferctro inaurato inclusum.
Ibidem adoratur spina una coron»>I)uniini à divo Ludovico francorum rege dono accepta. Litter.irum lestiiwmialiiim tenorrm hic subjicio.
• 126I.Ludovicusl)ei gr.itia francorum rex, dileelt! sibi in Christo , Priori et convenlui montis » sancli Eligii ordinis beati Augustini salulcm et dilectionem.
> Kcrlesiam vestram vrnerahilem nobis venerando volentis exenio decorarc. dileclo nobis iu » Christ o ahbati moiiaslcrii vesli i preliosum munus, unius videlicrt ex spinis sacro-sancla: coronft'
• Domini nostii Jesu Chrisli nomme ecclcsiaj ipsius contulimus, et assignavimus per eamdem ad » ipsam ecclesiam deferendam, et ex parte nostrù specialiler praasentendam. Dilectionem vestram
• rogantes, attenli quatcnùs ob rcvcrciitiam salvatoris ipsius eamdem recipere velilis hononlir,. » ac revereuter in posleriim conservare , et pro noliis cl nostris continuais intereussitinum suf- » fragiis, altissimum exorari devoli. Actum t'arisiis, anno D»' 1Ï01 , die lunœ ante fcslum beati
> Malthen* npostoli et cïangelist». > fUtâSiLS, Trésor (1rs Reliques de Belgique, p. 207. (i) Cartutaire d'Aubigny. (« 71, verso.
<3) Celle charte est imprimée dans Fi>ppf.ns , D>plomata Belgiai, tom. III, f» 000. Carlulaire d'Aubigny, P> 72.
Vaillant.
son épouse et de Hugues son fils, appelé* Huon dans l'acte qui esl conservé dans le trésor des chartes du monastère (1).
En 1267, Hugues du Mont-Saint-Eloi, chanoine d'Amiens, ordonna qu'après sa mort une chapelle fût érigée à son intention. Sa sœur exécuta fidèlement les volontés du donateur; deux messes étaient dites chaque, semaine par le prieur et le prévôt de l'abbaye, pour le repos de l'âme du défunt. L'année suivante, au mois de décembre, Robert, comte d'Artois, exempta l'abbé et le couvent du Mont-Saint-Eloi de tous droits de péage, tonlieu, pontage, vinage et autres redevances pour tout ce qu'ils feraient venir à leur usage par terre ou par eau (2). Au mois de mars 1269, il autorisa les religieux a acheter dans le comté d'Artois des terres et d'antres propriétés jusqu'à la valeur de cinq cents livres parisis de revenu annuel pour en jouir tranquillement . de telle façon que toute justice temporelle qui appartiendrait aux vendeurs, reownerait au domaine du comte, et si quelques-unes de ces terres étaient tenues en fief, le fief seulement resterait aux vendeurs afin que le service compétent du fief puisse toujours se faire.
L'abbaye fut tenue de payer a perpétuité aux comtes d'Artois un denier de reconnaissance annuelle par mencaudées, le jour de naissance de ce seigneur, et de présenter ses lettres d'acquisition au bailli d'Arras, qui devait y apposer son scel (3).
Nicolas de Coudé, chevalier, sire de Baillcul, de Moreaumes et de Carency et Catherine sa femme, déclarèrent le 15 juillet 1272, que « Johans du Maisnil, leur » homme , avait vendu , pour cause de pauvreté prouvée et jugée en plein plaid des « aloiers de Carenchi, aux religieux de Saint-Eloi, dix mencaudées de bois, situées » au lieu dit de Hutkimont , près de Villers en Oreillemont. » Cette vente fut faite avec cession de tous les droits auxquels les acquéreurs pouvaient prétendre ; toutefois, le sieur de Condé se réservait la justice du sang (sanc), de laron , de les tracer et de borine (4). Le même seigneur fit savoir dans ses lettres de 1272,
(1) P. Ignace, Mém., tom. vu, p. 140 et 111.
(2) Premier Cartulaire d'Artois, lom. H, p. 103. (3t Premier Cartulaire d'Artois, lom. il, p. 257. Inventaire des chartes déposées à Lille, p. 178.
(■I) Orig. en parch. On nn peut voir que le scel de la dame de Carcnei ; ec scel est assez bien conservé. 11 est de forme oblongue, représentant une femme tenant de la main droite une fleur de lis. Deux écussons qu'il est impossible de blosonnerse trouvent i droite et à gauche de cet acte. Autour du srrl , on lit : katkmne de c/i\e.... (Le scel est ici brisé.) dame de mauriacmes, que l'on peut rétablir ainsi : carexci dame.... (Arch. du Pas-de-Calais, lit. d> Saint-Eloi).
que maître W Ma urne hnt* . son homme, avait rendu à l'abbaye du Mont- Suint-Ehn. soi.rante. mencaudres de Ihhs , situées au terwir de Y Mers , tenues de lui en fief, et que ledit M Muume arail remises entre les mains dudit Micatas b'x droits qui y existait M, et que aiui-ii en avait fxjurvu l'abbaye. Guillaume et sis fils déclarèrent en outre qu'ils ne troubleraient point l'abbaye dans la jouissance de ses droits (1).
A la demande de l'abbé Jeau, le comte Robert déclara prendre sous sa protection les personnes , les choses et les biens dç ses religieux ; à cet effet , il enjoignit à ses baillis d'avoir à les protéger (3). En 1273, il approuva dans une charte toutes les acquisitions faites par l'abbaye.
L'abbé Jean soutint ardemment les intérêts contestés de sou monastère. En janvier 1200. Alelnic, chevalier, seigneur du Maisnil, ayant causé des dommages à l'abbaye, dut les réparer. Il déclara qu'après avoir fait, en présence de Simou, ablK- de Clairmarais, un accord avec le couvent et les religieux du Mont-Saint- Eloi, par lequel ils devaient respecter réciproquement leurs propriétés sous peine de cent livres d'amende, il avait manqué à sa parole et causé préjudice aux terres (jue les religieux possédaient a Ruils. D'après le couseU de personnes nobles et pieuses, dont il indiqua les noms, il consentit à payer une somme de quarante livres (3).
La bonne harmonie qui avait toujours régné entre les seigneurs de Careney et l'abbaye du Mont-Saint-Eloi , et qui avait valu à cette dernière de si nombreuses donations, fut un moment troublée. Au mois de juin 1261, sur la notification faite à Jean de Harastre par le sieur Colarl de Railleul, sire de Careney, d'assister personnellement trois fois chaque année aux plaids du seigneur, celui - ci répondit qu'il n'y était (mini tenu et que ses prédécesseurs se faisaient représenter par un sergent. Colart ajouta que, si le sire de Réthune lui réclamait un aide pour payer sa rançon ou (jour autre cause, l'abbé devait y contribuer. Ce dernier répondit qu'il ne l'avait jamais fait et qu'il ne s'y croyait nullement obligé. De plus, Jean soutint que les sergents chargés de la garde des bois de l'abbaye n'étaient point tenus de prêter serment au seigneur de Careney (4). Le droit de seigneurie
(11 Arch. du Pas-de-Calais. Al.bayc du Monl-Sainl-Etoi, orig. en pareil., donl les sceaux sont perdus.
Ces lettres furent confirmées par Rohert, avoue d'Arras, par charte du mois de mai 1572, reposiint aux mêmes sources, tii Cartulaire d'Aubigny, f« 51, verso.
(H) Archives départementales, orig. en pardi., ti|res de Sainl-Kloi.
(I) Les sergent* de l'abbaye du Mont-Saint-Eloi recevaient chacun dcu\ sols, loitqu'ils pre- .
sur différeuts chemins et pièces de lerre fut également l'objet de prétentions de la part de ce prélat.
Colart de Ilaillcul, après avoir examiné les chartes faisant mention de ces questions, reconnut qu'il ne pouvait réclamer aucun aide ou octroi de l'abbé du Mont- Saiut-Eloi, que celui-ci était libre de mettre tel sergent qu'il lui plairait pour la garde de ses bois, et qu'il pouvait envoyer un représentant aux plaids de la reine. Colart demanda de pins au comte de Flandre, seigneur de Béthime, de qui il tenait la terre de Carency, de coufirmer ses lettres (1).
Tous ces avantages, toutes ces faveurs ne détournèrent jamais l'abbé Jean de la libéralité qu'il montrait envers les pauvres. Ou le trouvait sans cesse au chevet des malades ou dans les prisons, cherchant par les consolations et les bons avis à adoucir leurs infortunes, l'n sentiment profond de piété était la source de toutes les œuvres saintes du vénérable abbé du Mont-Sainl-liloi , et cette piété se trahissait encore eu lui par d'autres témoignages bien touchants. Favorisé des dons les plus précieux de la grâce et fidèle a y correspondre, sa ferveur était si grande, que plusieurs fois on le vit Tondre en larmes pendant qu'il célébrait les divins mystères (2-). Marie était aussi l'objet d'un culte tout particulier de la part de Jean de Barastre; sa confiance en la mère de Dieu était sans bornes; invoquant sans cesse saint Jean l'évangélisle sou patron, sainte Catherine et les autres saints du paradis, il disait devoir à leur intercession les divines inspirations qui le guidaient et le faisaient réussir dans toutes ses entreprises.
Le pape Grégoire X connaissant l'éniinente vertu et la sagesse de l'abbé du Moul-Saiut-Eloi, l'invita à se rendre au concile général convoqué à Lyon eu 1272. Affaibli par l'âge et les infirmités, Jeau délégua à sa place deux religieux, Etienne du Fermont et Jacques Desfonlaines ; le souverain pontife les reçut avec beaucoup de distinction et, contre l'usage ordinaire, admit le premier au kiiser de paix.
naient et concluaient prisonnier au corps. (Jn.ES Pems, avocat. Thèse de licence. Paris, 1859.»
(1) P. Ignace, Mom., tora. vin, p. 159.
L'an 1361 , au mois de juin, se fil une transaction entre Jean de Barastre. abbé du Mont- Saint-Eloi, d'une part, et Colart de Dailleul , tire de Carency, à cause de sa femme Catherine de Caycux , fille de Guillaume de Caycux, deuxième du nom , seigneur de Carency, par si mère Elisabeth de Bèthune. L'acte est au trésor des chartes de l'abbaye. On y voit encore le sceau ; il représente d'un coté la figure d'une femme qui lient un oiseau sur les doigt*, et autour sont écrits ces mots : s. Catherine domicel nr. carenci ; de l'autre coté du sceau sont les armes de Béihune a une face avec ces mots à l'enlour : s. nicolai de conoeto bailleii.. En effet, Colart ou Nicolas de tlailleul prenait aussi le nom deCondé.
(2) Parentt, Vie de saint Eloi , p. 273.
Jean de Barastre, quoique adonné tout entier a la piété, ne négligea jamais les intérêts de son couvent. Il contribua beaucoup a l'embellissement de l'église et augmenta les bâtiments du monastère. Il mourut, selon l'opinion générale et selon la chronique d'Aubigny , en odeur de sainteté (i). Son âme s'envola vers la céleste patrie le 14 mars 1274, vingt-cinquième année de sa prélalurc. Son corps fut déposé dans la chapelle des abbés.
Outre les deux religieux que nous avons cités plus haut, nous mentionnerons les grands prieurs HoI>ert de Magnicourt, en 1267, et Michel de Petra, qui devint prévôt de Wallon, où il mourut eu 12i>5. le sous-prévôt Pierre de Canin, 1257, et enfin le prieur de llebreuvcs, Walters d'Hénin-sur-Cojeul.
Elieiine du Fermont que nous avons vu dans le chapitre précédent représenter l'abbé Jean de Barastre , au concile général de Lyon , enseignait publiquement la théologie à l'Université de Paris, lorsque les religieux, ses collègues , l'appelèrent â la tôle du monastère.
Issu d'une famille noble, Etienne de Firomont ou du Fermont (de Firomonte) (2) avait été prévôt de l'abbaye ; son instruction et ses vastes connaissances lui méritèrent la prélature. Désireux de voir sortir les moines de l'ignorance où ils étaient si souvent plongés , il s'appliqua à leur donner le goût des études sérieuses. Doux envers les bons, ferme sans rigueur et rigide sans faiblesse envers les récalcitrants, grand observateur de la discipline monastique, il couservait avec les religieux une retenue sévère, suivant cette sentence du sage : Filiœ tibi simt, serva corpus iUarum et ne ostmdas facitm tuam hilarem ad illns. En dehors du monastère il était un modèle d'affabilité. Ses soins vigilants pourvurent à tous les besoins de la maison. Le parc de l'abbaye était sans clôture du côté de Berlhonval ; il lit
(1) Caenobis XV abbas, rir sane laudabilis et boncslissimœ comersalionis, obiit anno redemptionis humante 1274, pridiè est martis.
(Tbcsaurus S. rcliquarum Bclpii, auctore Arnoldo Rayssio, p. 207).
Dan» son Auctarium ad nnlaln sanctorum Belgii , RAISSIUS le qualifie de vénérable et de bienheureux, p. 'M et 37.
(2) Gatlia Christ inna . ton), m, p. iïX.