‹ L'Abbaye du MontSaintEloi, 10681792Chapitre 19 sur 60 · ETIENNE DU FERMONT · texte numérisé non relu

ETIENNE DU FERMONT

l'acquisition de plusieurs terrains afin de continuer la muraille d'enceinte commencée par Hugues, troisième abbé du monastère, et qui s'étendait du côté d'Ecoivres. A celte époque remonte sans doute la construction de la porte appelée porte Malescamp, qui existait encore de nos jours et dont l'arcliilecturc nous a paru digne d'être retracée.

La famille d'Etienne du Fermont voulut contribuer a l'ornementation de l'église du Mont-Saint-Eloi. Sa sœur fit présent des grands chandeliers d'argent que les novices portaient aux grandes fêtes ; elle y ajouta une rente annuelle de cinquantehuit mencaudées de blé et d'autres largesses. Des prières de fondation furent dites pour cette famille jusqu'au XVII e siècle.

Les possessions, dîmes et revenus de l'abbaye se multiplièrent sous la sage administration d'Etienne. Eu avril 1275, Pierre, chevalier, sire de Goy-en-U-- Gauhère (Gouy-en-Gohclle), déclara que Jehan Caignières, son homme, avait vendu pour cause de pauvreté à l'abbé du Mont-Saint-Eloi . trente-six mencaudées de terre , qu'il tenait de lui en fief. Il ajouta dans ses lettres qu'ayant assemblé ses hommes-pers, ceux-ci reconnurent que ledit Caignières ne pouvait plus rien réclamer sur ce flçf, et qu'en conséquence il en mettait en possession le prévôt de l'église du Mont-Saint-Eloi , moyennant certaine redevance à chaque mutation d'Abbé (1).

En septembre 1277, Ernould, comte deGuines, accorda aux religieux l'cmnption sur sa terre de tout vinmje, péage et autres droits de coutumes pour les choses qu'ils achèteraient , vendraient ou feraient mener dans leurs terres et pays, pourvu qu'elles servissent à leur nourriture et usage (2). L'abbé Etienne acheta les dîmes d'Agnières et de Savy et dix bonniers de bois au terroir de Guarguetelle , près Ostricourt (3). En 1278, il fit avec Hrochart , abbé de Marœuil, une commutation de biens, du consentement de l'évêque d'Arras (4). Au mois d'août de l'année suivante, Helluin de Wavring, chevalier, sénéchal de Flandre, en qualité de sire de la Tenance, confirma la donation du marché et du rendage de six mencaudées de terre situées à Ucbreuves sous les 3Ionts de la Gaulière, (pie Michel de Fromentel et Mahaut sa femme avaient cédées à l'église du Mont-Saint-Eloi (5).

(1) Orig. en pareh. auquel ne pend plus qu'un morceau du scel du chevalier.

(2) Voir pièces justifiratiTes, un.

(3) Hameau de Carvin.

(4) Parenty, Histoire de sainte Bertille, p. 7» et 77.

(5) Archifes du Pas-de-Calais, titres de Saint-Eloi.

Jean Paycn déclara, en 1231, avoir donné a l'abbaye, pour le rachat de son ame, tout ce qu'il avait acheté du seigneur d'OUchain au territoire de Rebreuves (1). O. dernier, de concert avec son frère Hues, reconnut cette vente au mois de juillet de la même année. Trois ans après. Robert, comte. d'Artois, enjoignit à ses érhev'ms d'Arras de rembourser au couvent du Mont- Saint -Eloi cinq cents livres parisis qui lui avaient été. prêtées

Depuis la plantation faite sous l'administration de l'abbé Didier, on cultivait avec succès la vigne au Mont-Saint-Eloi. Nicolas de Condé prenait dans ce monastère le vin nécessaire à sa consommation , durant le séjour qu'il faisait au château de flarency ; on le voit par un acte passé entre ce seigueur et l'abbé Etienne du Fermont, en 1286. Nicolas y reconnaît que celte fourniture se fait par pure grâce, de la part de l'abbé , qui demeure libre de la faire cesser quand bon lui semblera. L'abbé Doresmieux fait remarquer, dans son intéressante clironique , qu'en ce icmps-la , la rasière de blé valait quatre sols , l'avoine un sol quatre deuiers et un chapon huit deniers (5).

Déjà en 1278, Etienne du Fermont avait érigé eu paroisse la chapelle de Mingoval. Les autres dépendances et prieurés du Mont-Sainl-Eloi se ressentirent de la sagesse de son administration. Véritable père pour les religieux confiés à sa sollicitude, ce prélat refusa constamment d'occuper des charges qui l'auraient éloigné de son troupeau. Un sentiment d'humilité lui ût refuser le siège épiscopal d'Arras, devenu vacant en 1280. Pierre de Noyon, évèquc d'Arras, accablé par l'Age et les infirmités, obtint avec beaucoup de peine , du pape Nicolas IU, l'autorisation d'abdiquer le pouvoir épiscopal ; l'ayant résigné entre les mains de Guillaume, évêque d'Amiens, de messire Eslienne, doyen de Notre-Dame d'Arras et de l'abbé du Mont-Saint-Eloi , députés â cet effet par le souverain pontife, il se retira dans cette maison. L'évoque démissionnaire connaissant les hautes capacités d'Etienne du Fermont, le proposa pour son successeur. Agréée par la plus grande partie des membres du chapitre de Notre-Dame, son élection trouva cependant quelques opposants. Comme on en appelait à Rome, Etienne résista aux sollicitations pressantes des chanoines, qui vinrent le prier a genoux et les mains jointes d'accepter la prélature. Persistant dans son refus, il leur répondit par un acte passé pardevant Henry de Condaco, notaire public, et ainsi conçu : Ego Stephatws, abbasmontis

|1> Archives du Pas-de-Calais, titres de Saint-Eloi. Celte pièce n'est qu'une copie non authentique. 12) Inventaire des Charles d'Artois, tom. i", p. 500. (?.) Voir pièces justificatives, liv.

sancti Eligii , ordinis S. Avgusiini, diocesis Atrebatensis, si guident ha/titans utrum pwlati élection i absque superioris licenliâ pure ralram , aul debeam consent ire, maxime cion ipsius eleclionis negotiion per appelUitioncm aliisquc de cmisis ad sedem apnsttdicam translation sit, ac délation, electioni ad pus non dissensio negue consentio. volens potins humiliter ipsius sedis apostulica' expectore judici ton, quant temerè et anibiliosè prosilire in consensum cet dissension, licenliâ non obtentâ, ut démuni de tpsins sedis licenliâ fnciam guod sedes eadem super hoc decrererit faciendum. Actum, auno domini 1280 in die sancttt Trinilatis (1).

Guillaume d'Isiaco, doyen d'Orléans, fut élu évéque d'Arras.

Après dix-sept ans, cinq mois et sept jours d'une administration aussi sage que vigilante, Etienne du Feruiont fut appelé au ciel l'an du Christ 1291. Il avait toujours désiré quitter cette terre le jour de la féte de l'Assomption de la bienheureuse, vierge Marie; Dieu exauça son désir; il mourut le 15 août. Son corps fut déposé sous l'une des arcades du cloître, devant le dortoir, après la porte du chœur.

Plusieurs gentilshommes se vouèrent a l'état religieux sous sa prélature : Messire André d'Orchies et ruessire Jean de Mareolo, grâce a son habile direction , devinrent docteurs en théologie. Il en fut de même du moine Servais, qui devait lui succéder. Mathieu de Rullecourt, en 1277, et Robert de Sainte -Marie furent grands prieurs de son temps, et les religieux S. Gilles de Hénu et S. de Drencourt administrèrent les maisons de Rebreuves et du Perroy.

(1) « Moi, Elicime, abbé du Mont-Sainl-Eloi de l'ordre de Saint-Augustin, au diocèse d'Arras, i dans le doute où je suis, si je peu* ou je dois consentir à l'élection d'un prélat , sans la per- » mission du supérieur, d'autant que celte affaire d'élection est soumise et déférée par appel et » pour diverses autres causes au siège apostolique. Je ne me refuse ni ne consens & rien, ai- • mant mieux attendre en toute humilité le jugement du siège apostolique, plutôt que de me » jeler témérairement et par ambition dans un refus ou consentement , sans autorisation préa- » lable de telle sorte que finalement je fasse , avec la permission de ce même siège , ce que » dans sa sagesse , il jugera convenable devoir être fait a ce sujet.

» Fait l'an de N. S. 1380, en la féte de la saiolc Trinité, dans la chambre de l'abbé, en pré- » sence de Mathieu, prieur de ce monastère, de Jean de Férctin. Guillaume Godart, lléluin de » Bélhune, chapelains, et de Jean de Nigelle , clerc , témoins appelés à cet acte. »

(Chronique cTAndbé Le Vaillant).

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