‹ L'Abbaye du MontSaintEloi, 10681792Chapitre 33 sur 60 · ANDRÉ LE VAILLANT · texte numérisé non relu

ANDRÉ LE VAILLANT

André Le Vaillant, né a Douai, bachelier en théologie, prieur conventuel depuis vingt-cinq ans, fut appelé à remplacer Adrien Duquesnoy le 9 septembre 1624. Laprinrcsse Isabelle-Clairc-Eugénic, infante d'Espagne et gouvernante des Pays- Bas, confirma son élection le 15 septembre suivant. Le nouveau prélat se rendit a Bruxelles pour la remercier et obtint une diminution dans les charges dont le monastère était accablé. Pendant son voyage, il fut atteint d'une fièvre qui mina sa santé et le fil mourir a Arras, le 10 mars 1625, avant qu'il ait pu être béni. Il était âgé de cinquante-sept ans. Son corps fut reporté à l'abkiye et inhumé dans la chapelle des abbés.

André Le Vaillant était d'une économie excessive, et qui eût pu devenir blâmable s'il n'avait fait le plus généreux usage de ses épargnes qu'il partageait entre le soulagement des pauvres et l'embellissement de son église; déjà, avant d'être abbé, il l'avait ornée d'une statue de saint André , d'un ciboire et de deux calices d'argent.

P est l'auteur du manuscrit dans lequel nous avons puisé de si précieux documents pour la composition de cet ouvrage. Cette chronique, dédiée a l'abbé Duquesnoy, s'arrête à l'année 1606, sous la prélature de ce dernier.

Jérôme de Warlincourt était grand prieur en 1625.

FRANÇOIS DORESMIEUX.

Le prévôt de l'abbaye, François Doresmieux fut élu en remplacement d'André Le Vaillant. Issu d'une ancienne famille d'Artois, il se fit religieux au Mont-Saint - Eloi vers la fin du XVI e siècle. Dépensier, chapelain, grainetier, receveur et enfin prévôt, il avait l'administration du temporel depuis sept ans, lorsqu'il fut appelé

a la dignité abbatiale , l'infante Isabelle ratifia son élection le 6 août 1625 (1), et il fut béni dans l'église abbatiale, le 21 du même mois, par l'évêquc d'Arras, Ilerman Otteniberg.

Le nouvel abbé ût balir à Arras, en 1630, le petit refuge de Saint-Eloi, près de l'église Saint- Aubert, vis-à-vis le presbytère On l'appela le Petit -Refuge pour le distinguer du graud , qui était au pouvoir de Chaulnes et avec lequel il y avait communication a l'aide d'un pont jeté sur le Crinchon au-dessous du moulin et au-dessus de l'abreuvoir du Welz-d'Amin. U établit à Rullecourt, lieu de naissance de saint Vindicien, uue chapelle contigufi à l'église paroissiale , qu'il dédia lui-même sous le vocable de ce saint. Il l'enrichit d'ornements et y fonda un office double qui devait se célébrer à chacune des fêtes du saint évèquc avec une messe solennelle. Un vol sacrilège , dout il a raconté lui-même les circonstances eu terminant la vie de saint Vindicien, fut commis dans son église, en 1627, par les habitants d^coivres et de Marœuil. Ces malfaiteurs enlevèrent une partie de la trésorerie , qu'on avait laissée sur le grand autel le jour de l'Assomption. Cinq d'entre eux furent punis de mort quelque temps après.

Au mois de juillet 1631 , l'évêquc d'Arras , Paul Boudot , vint visiter l'abbaye du Mont-Saint-Eloi, où étaient réunis tous les religieux. La confrérie du Saint-Nomdc-Jésus fut établie la même année dans l'église de la commune. On en célébrait la fêle le premier dimanche de mai. Le 8 mai 1635 l'abbé Doresniieux assista avec le prélat d'Eaucourt, dans la chapelle de l'évêque d'Arras, à la nomination de l'abbé d'Arrouaise , Adrien Leroy.

La guerre qui éclata en 1635 entre la France et l'Espagne vint troubler le gouvernement paisible de François Dorcsmicux. A la lin du mois de mars 1636, les Espagnols assemblèrent un corps de troupes au Mont-Saint-Eloi, qui était, ainsi que Avesnes-le-Comte, uu de Jeurs principaux campements. Il était important pour eux de s'opposer aux incendies que le duc de Chauues commettait du côté de Bapaume De Villcqukr. gouverneur du Boulonnais, vint avec un détachement de Français vers le Mont-Saint-Eloi , mais il s'en retourna sans attaquer ce poste (2).

Le 24 septembre 1639, le maréchal de la Meillera ye vint attaquer l'abbaye, occupée par les Espagnols. Ceux qui défendaient ce monastère ne se retirèrent qu'après quelques décharges. La vue de six pièces de canon et les paroles de con-

(I) Provisions en fareur de sire François Dorcsmieuï de l'abbaye du Mont-Saint-Eloi, en remplacement de feu André Le Vaillant.

5» registre aux commissions, n° 23.

Ci) P. Ignace, tom. vu. p. 843.

ciliation du P. Cyrille, récollet, aumônier de l'armée , firent impression sur les Espagnols. Ils se rendirent, et les Français, sur les remontrances de ce religieux, respectèrent les filles et les femmes qui s'étaient réfugiées dans le couvent. Les moines furent tous conduits à Arras par ordre du maréchal (1).

L'abbé Doresmieux mourut peu de temps après, le 26 octobre 1639. Il avait vaillamment défendu les intérêts de sa maison, qui avait été grevée en 1626 par l'évéque Urbain, d une pension en faveur de Barthélémy de los Rios, chanoine de l'ordre de Saint-Augustin.

Nous lui sommes redevables d'une nouvelle vie de saint Vindiclen , évéque de Cambrai et d'Arras. Doresmieux l'enrichit de plusieurs notes curieuses et très-recherchées. Les bollandistes , c'est-à-dire les jésuites qui continuent à Anvers les actes des saints, l'ont rapportée en entier à la date du 11 mars (2). Cette œuvre, dont l'auteur a pris le fond dans la chronique de Baldéric et dans la vie du saint composée par Gauthier, abbé du Saint -Sépulcre à Cambrai , est écrite eu latin. On en trouve l'analyse avec un savant commentaire dans les Acia sanctorum Belgii, de Gbesquières, t. V. Doresmieux consacra une partie de sa vie à rédiger les annales des prieurés de Rebreuves, d'Aubigny et du Perroy. Elles sont restées manuscrites. De plus , cet abbé composa la chronique des abbés et hommes illustres de son monastère. Cet ouvrage est inédit.

On fait sur le prélat Doresmieux une curieuse remarque : Né le 28 octobre 1576, il se fit religieux au Mont-Saint -Eloi le 28 octobre 1592 , chanta sa première messe le 28 octobre 1601 . fut béni le 21 octobre 1625 et mourut le 25 octobre 1659.

On trouve dans l'épitaphicr du sieur Daubrometz les armes de cet abbé.

« En la huitième arculle dudit clastre (des carmes chaussés d'Arras), auquel y » est pourtraict les armes de l'abbé du Mont-Saint-Eloy en Artois. Sire François » Doresmieux, cousin issu de germain quand est aussi ses frères et sœurs à M. Dau- » brometz, auteur de ce recueil avec son dictum qui estait tel, Meliora sequaniur, » qui a donné la peinture quand et aussi celle servant au grand autel du chœur » de cette église conventuelle où sont scmblablcment ses armoiries dépeintes avec » ses mêmes dictums et devises, ayant croche et mitre au-dessus. »

Nous citerons sous son administration le receveur sire Bernard Patinier, le curé de Gouy, sire Robert Alexandre, et les prieurs de Grand-Rullccourt sire Etienne Ramecy et sire Adrien Lobigeois.

(t) P. ICNACS. Mém., tom. vu. p. 868.

(î) P. Ignace, Mém., tom. v, p. 627.

JÉRÔME DE WARLINCOURT.

Jérôme de Warlincourt, né à Arras, élu par la communauté, reçut ses provisions du pouvoir espagnol, le 24 mars 1640 (1). Les religieux avaient alors le droit de choisir un abbé, dont l'élection devait être ratifiée par le prince régnant. L'évêché d' Arras étant vacant, Jérôme de Warliucourt fut béni à Tournay le 50 mai suivant.

La guerre de 1635 causa de nouvelles pertes à l'abbaye ; les Français, pendant le siège de Bois-le-Duc, lui imposèrent une contribution de 12,000 livres. Lors de celui d'Arras, en 1640, les maréchaux de Chatillon et de Ghaulnes, dont le quartier général était établi à Bray (2), étendirent beaucoup leurs lignes (3). L'armée de Chatillon fut celle qu'on aperçut la première sur les hauteurs du Mont- Saint-Eloi ; vers deux heures de l'après-midi, le guetteur sonna l'alarme, mais on crut que c'étaient des fourrageurs. Peu après la cloche fut de nouveau agitée, et le guetteur cria qu'il voyait deux armées, l'une du côté du Mont-Saint-Eloi, et l'autre s'avançant par la route de Cambrai; c'était celle du maréchal de la Meilleraic. A celte nouvelle, l'effroi se répandit dans Arras; le peuple monta sur les remparts, et il acquit bientôt la certitude qu'il était assiégé. Un chef des Croates, nommé Ludovic, ayant pris avec lui 400 cavaliers, se mit en embuscade dans le bois du Mont-Saint- Eloi , et tomba sur les fourrageurs des assiégeants du côté où étaient campés les Allemands, alliés de la France ; il leur eut causé de grands dommages, mais le colonel de Bouillon et plusieurs officiers à la téte de 300 chevaux , les chargèrent si rudement qu'ils les rompirent et les poursuivirent plus d'une lieue au delà des quartiers de l'armée française , du côté de Lens. Les Croates perdirent plus de cinquante des leurs, dont trente restèrent sur la place. Parmi les vingt autres, qui furent faits prisonniers , se trouvaient un cornette et le secrétaire de Ludovic. Ce dernier eut môme le bras cassé d'un coup de pistolet. La ville ayant dû se soumettre à la domination française, les bourgeois présentèrent le 7 août à la couronne de France des otages, parmi lesquels figurait Pierre Busquet, prieur de l'abbaye du Le 19 août suivant , les abbés de Marœuil, du Mont-Saint-Eloi

(1) Provisions en foreur de Jérôme de Warlincourt de l'abbaye du Mont-Saint-Eloi, en remplacement de feu François Dorrsmieux. 5" registre aux commUsions , f» 313, Terso. (!) Hameau dépendant de la commune du Mont-Saint-Eloi. (3) A. d'Héricourt, Sièges d'Arras, p. 164 et suivante».

et de Cercamp, député du chapitre, et les abbé et religieux de Saint -Vaast vinrent, dans le grand réfectoire de cette dernière abbaye, prêter serment au gouvernement français. Le conseil d'Artois s'y fit représenter par trois de ses membres. Les élus, les officiers de la gouvernance, le magistrat et enfin les principaui bourgeois, au nom de tous les autres , y vinrent pareillement pour la même fin (1). Le roi de France avait délégué pour cette cérémonie Claude Robelin et Nicolas Brctel, sieur de Grémonville, conseiller du roi en ses conseils, intendant de justice, police et finance en Artois, etc. Voici la formule du seraient :

« En la présence du sieur de Saint-Preuil, gouverneur, nous jurons et promettons » au roi très-chrétien de France et de Navarre de le bien et fidèlement servir envers » et contre tous comme le doit faire tout bon et fidèle sujet ; et de ne faire ni périt mettre qu'il soit fait aucune entreprise contre son service sans en donner avis • a Sa Majesté ou à ceux qui commanderont en cette ville et cité d'Arras ; nous » jurons et promettons tout ce que dessus sur la foi que nous devons à Dieu. »

L'abbé Jérôme de Warlincourt, recommandable par sa piété , mourut le 7 février 1651 (2).

Le prieuré de Grand-Rullecourt était administré, en 1647, par sire Grégoire Desfontaines et sire Jacques Fouquier, et en 1648 par sire François Haudouart.

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