PIERRE LEROY
Le roi Louis XIV, à la recommandation de Monseigneur de la Tour, gouverneur d'Arras, avait conféré la même abbaye à Pierre Leroy, chanoine régulier et infirmier au couvent de Saint-Victor de Paris et supérieur du collège de Boncourt. Son brevet de nomination porte la date du 15 avril 1654 (2). La mort de son compétiteur mil fin au schisme, et le laissa libre possesseur du siège abbatial. Son élection fut confirmée le 4 mai et il fut béni à Saint-Victor par le cardinal de Grimaldi.
En 1681, le parlement de Paris rendit un arrêt contre Pierre Leroy, trenteneuvième abbé du Mont-Saint-Eloi. B lui défendit d'officier pontificalement dans les lieux du patronat de l'église d'Arras , sans la permission du chapitre qui lui avait intenté ce procès.
Le roi Louis XIV avait appelé ce religieux à la tète du monastère , sans qu'il eût
(1) Registre aux placards du conseil d'Artois à Saiot-Omer, p. Î77.
(J) Provisions en faveur de Pierre Leroy de l'abbaye du Mont-Saint-Eloi . en remplacement de Pierre Busquet. — Voir pièces justificatives, lxiv. 5* registre aux commissions , f* 541 .
été auparavant élu par la communauté. Cille infraction aux privilèges de la province que ce prince avait promis de conserver , ainsi que le roi son père, engagea les religieux à présenter, en 1664, une requête à Sa Majesté, pour la supplier de les maintenir dans la liberté d'élire leur abbé par les formes canoniques.
Celte requête contenait, entre autres griefs, que dans l'article dix de la capitulation d'Arras, en 1640, il est dit « qu'il sera pourvu aux abbayes et prélatures en la forme a et manière accoutumées , c'est-à-dire par élection, laquelle est d'autant plus fa- » vorablc, que ceux qui sont élus ne peuvent être confirmés sans la permission du roi; » qu'un titre si privilégié a été iuviolablement exécuté et autorisé par Sa Majesté, » car eu 1646, elle agréa l'élection qui avait été faite par les religieux de Saint- « Vaast, de dom Maximilien de Bourgogne, et en 1652, celle de Jeanne de Tramc- » court pour abbesse d'Avesnes, ce qui s'est observé jusqu'en 1654, pour toutes » les autres prélatures vacantes, celle du Mont-Saint-Eloi étant de ce nombre.
• Ceux qui avaieut surpris des brevets de Sa Majesté pour les abbayes d'Artois, » autant de fois que les instances de complaintes en ont été portées au grand » conseil, y ont été condamnés. Ainsi, Claude des Essarts ayant obtenu un brevet » pour l'abbaye du Vivier, fat débouté après complainte par arrêt de ce tribunal , » et Elisabeth Roguet, élue par les religieuses, maintenue. De même, en juillet 1653, » F. Jean Hibon, religieux élu par ceux d'Ilénin-Liétard , avait été maintenu, et » F. Charles Le Meusnier, chanoine régnant de Saint -Victor, qui avait surpris
• un brevet de Sa Majesté, avait été condamné aux dépens. »
Dans leur plainte, les religieux alléguèrent aussi que l'abbaye n'avait reçu cette année que trois cents livres, qu'elle était composée de vingt prêtres, deux diacres et deux sous-diacres , et qu'elle devait entretenir une garnison française.
Celte requête fut imprimée, mais le roi n'y eut point égard. Sa Majesté nomma Pierre Leroy, qui fut abbé trente ans (1).
Les Espagnols, pour qui la perle d'Arras était d'une grande importance, résolurent de reprendre cette place. Ils savaient que les habitants n'avaient pu encore s'attacher à leurs nouveaux maîtres. En conséquence, le prince de Condé vint former le blocus de la ville avec une armée forte de 45,000 hommes. Les assiégeants avaient installé a l'abbaye du Mont-Saint-Eloi l'hôpital de leurs blessés. Déjà ils en avaient retiré les principaux , dans la crainte de ne pouvoir plus longtemps conserver ce poste. Turenne se détermina à l'attaquer. Il le fit en effet investir par le maréchal de la Ferlé, qui sortit de son camp de Pclve avec quatorze escadrons de ca-
(1) P. Ignace, Dictionnaire du diocètedArras, lom. i, p. 5S7.
valerie pour soutenir l'infanterie II prit la roule de Leus afin de mieux cacher sa marche. L'attaque fut de courte durée ; dès que l'abbaye fut prise , d'Hocquincourt y campa. Turenne l'y laissa avec les troupes qu'il avait amenées de Péronne, venant de Stenay. Il s'y retrancha avantageusement pour couper les vivres aui assiégeants et les incommoder dans leurs mouvements.
Les religieux, cherchant un abri contre les désastres de la guerre, avaient abandonné le couvent. Quelques jours après , don Fernando de Solis y posta un corps d'environ cinq cents hommes. Mais le maréchal d'Hocquincourt s'y étant porté avec un nombreux détachement, força l'enceinte et les obligea de se rendre à discrétion. Les Français se retirèrent ensuite dans leurs retranchements (1).
Turenne s'en empara le 20 août 1654, quelques jours avant la levée du siège d'Arras. Il s'y trouvait trois cents fantassins et quarante officiers de l'armée d'Espagne, qui mirent bas les armes.
Il est fait mention, dans l'Histoire générale de la ville de Paris, à la date du 10 juillet 1664, de l'abbé Leroy et de François de Lières abbé de Saint-Martin, tous deux supérieurs et proviseurs du collège de Boncourt, dépendant de l'université de cette ville. Us firent de nouveaux règlements pour les boursiers de ce collège le 5 septembre 1668.
Pierre Leroy jouissait d'une grande faveur auprès de Louis XIV. Le 21 décembre 1654, ce monarque lui accorda, par forme de représailles, la jouissance de tous les biens meubles et immeubles, rentes et revenus situés en France et appartenant à l'abbaye de Chocques en Flandre (2). 11 obtint de la reine Catherine de Médicis, par le crédit du cardinal Mazarin , un brevet daté du 20 juin 1556, qui l'autorisait à tenu* en commeude l'abbaye de Marœuil. Son procès avec Nicolas de la Tour, chanoine régulier de l'abbaye de Cysoing, nommé aussi à l'abbaye de MarœuU par Philippe IV, fut terminé en 1661. Ce dernier prévalut le 6 février 1660. Le conseU privé du roi rendit un arrêt, a la requête de l'abbé Pierre Leroy, qui le déchargeait de l'assignation à lui donnée par les religieux de Marœuil, de comparaître au grand conseil touchant sa nomination (3). Le 6 juillet 1661 il reçut sa commission de conseiller d'Etal (4).
Cette distinction fit surgir quelques difficultés pour son admission aux Etats d'Artois; mais des lettres patentes du roi du 24 novembre 1662, l'autorisèrent à
(1) A. d'Hébicourt, Sièges d'Arras, p. 275.
(t) 6* Registre aux commissions, f* 4.
(3) 6* Registre aux commissions , t« 37.
(«) ibii. f- 100, verso.
exercer les deux charges, et défendirent de le troubler dans la possession de ses droits.
Sous son administration, la dame de Saint-Estienne , dame de Savy, voulant obtenir du curé de Savy le privilège d'être recommandée seule dans les prières publiques, présenta une requête au conseil d'Arras le li janvier 1665. Les abbé et religieux du Mont-Saint-Eloi et le prieur d'Aubigny intervinrent dans ce procès. Par sentence rendue le 5 novembre 1669, la dame de Saint - Eslicunc fut déboutée de sa requête avec dépens.
L'abbaye du Monl-Sainl-Eloi était soumise à la juridiction de l'évêque d'Arras. Ce prélat avait droit de visiter, non-seulement l'abbaye, mais encore les églises curiales qui en dépendaient dans la circonscription de son diocèse. Les prieurs et les curés étaient obligés de lui payer un droit de procuration de la valeur de douze livres par visite de chaque église. L'abbaye, tout en reconnaissant ce droit, prétendit, en 1678, que cette visite devait être faite par l'évêque en personne et non par les doyens ruraux en son nom, ou bien alors que le droit ne devait être que de quinze à vingt sols. Les deux questions suivantes furent posées ; savoir :
L'évêque d'Arras a-t-il le droit de Taire visiter les églises curiales par les doyens ruraux?
S'il est eii droit de le faire, les prieurs-curés ne peuvent-ils lui refuser le paiement des douze livres?
Trois avocats de Paris, consultés à cet effet, délibérèrent, le 20 juin 1678, que l'évêque d'Arras pouvait, en cas de légitime empêchement, donner commission particulière à son grand vicaire, a l'archidiacre ou au doyen rural, mais que si l'un d'eux se présentait en vertu d'une commission générale, l'abbé aurait le droit de s'y opposer (1). Par arrêté du conseil d'Elat du 24 novembre 1682, rendu exécutoire le même jour par lettres -patentes du roi, l'exercice de ces deux charges fut accordé à l'évêque d'Arras, cl défense fut faite de le troubler dans la jouissance de ses droits (2).
Pierre Leroy fut l'une des lumières des Etats de la province , et plusieurs fois il obtint l'honneur d'être député en cour pour le clergé. Au commencement du mois de novembre 1662, le roi de France donna à Paris l'audience de congé aux députés d'Artois. L'abbé du Mont-Saint-Eloi porta le premier la parole. Louis XIV avait eu la bonté de s'informer auparavant des besoins de cette province nouvellement
(1) Archives du Pas-de-Calais. Orig. en papier. Tilres de Saint-Eloi. (î) Arcb. du Pas-de-Calais. Tilres de Saint-Eloi. Orig. en parchemin.
conquise, et qui avait été le théâtre de la guerre pendant vingt-six ans. D les assura de son affection particulière et leur en donna des marques très-sensibles par la remise d'une partie du don que ces députes étaient venus lui offrir au nom des Etats (1).
Pierre Leroy eut le tort de mieui servir les intérêts du siècle que ceux du monastère, qu'il laissa chargé de dettes lorsqu'il mourut, le 17 février 1685. 11 fut inhumé dans son abbaye par Gui de Sève, évêque d'Arras. Le conseil d'Artois assista en corps à ses funérailles. On lui doit toutefois la construction du bâtiment, dit l'Administration, qui subsiste encore de nos jours et la porte d'entrée du monastère donnant sur le parc, du côté de Berthonval. Cette porte, très-forliflée, armée de créneaux et portant la date de 1675, vient d'être démolie.
Le chœur de l'église de Mingoval fut rétabli , en 1664, aux frais de Pierre Leroy, qui y fit apposer ses armes extérieurement, ainsi que celles de l'abbaye. La tour était carrée, la flèche hexagone avec les angles dentelés ; toutes deux étaient en pierres de taille.
Le 29 janvier 1684, ce prélat avait passé bail au nommé Alphonse Martin pour la ferme de Chinchy, près d'Ecoivres. On voit par ce bail que le fermier était chargé de fournir deux cents warats pour servir aux réparations du presbytère, ce qui était contre l'usage de la province; caries religieux, en qualité de décimateurs, étaient chargés de l'entretien et de la reconstruction du presbytère d'Ecoivres, qui fut reconstruit par l'abbaye. On voit encore dans cet acte, que le fermier de Chinchy devait rendre chaque année au curé d'Ecoivres « du » bled, de la pamclle, des poix , un porc gras, des warats, des vesches, des jar- » bées, lui charier son bois qui sera pris dans les bois de l'abbaye, demeurant en » outre audit curé les droits qu'il a coutume prendre audit Chinchy, » ce qui fait voir que Chinchy était composé de l'ancien patrimoine des curés d'Ecoiv res.
Le 26 juillet 1669, une enquête eut lieu à la requête de S. Jean Accolct, prieur d'Aubigny, en présence de M. Philippe Hourdequin, procureur général d'Artois et de M. Jacques Géry, avocat près ce conseil, dans le but d'obtenir, avec le consentement de l'abbé du Mont - Saint - Eloi , la permission de prélever une somme de trois mille francs à rente, pour rebâtir le chœur incendié et pour réparer le prieuré. Cette pièce contient le chiffre exact des revenus du prieuré d'Aubigny et le détail de toutes ses charges.
Les grands prieurs contemporains de Pierre Leroy furent : Thomas de la Chapelle,
(I) P. Ignace, Addition ni mém., tome tv, p. 43.
ancien prieur de Gouy, 1658 ; Jacques de Beaurains, qui abdiqua pour reprendre ses anciennes fonctions de prévôt, 1667 ; Nicolas de Braye , qui fut prieur d'Aubigny et de Gouy-Ternas, 1667; cl Martin Dclignc, né à Vimy, ancien maître des novices et prieur d"Eeoivres, 1679. En 1684, la cure de Savy-Berlette était desservie par S. Nicolas Leguct, religieux du Mont-Saint-Eloi; celle de Mont-Saint- Eloi , en 1679, était gérée par S. Louis-Joseph Philippe et S. Philippe Hémart.
Nous citerons aussi le grainetier Antoine Lefebvrc; les prieurs du Perroy, S. Hubert Dupay et S. Prévost ; ceux de Grand- Rullecourt, S. André Picquart, 1662; S. Joseph Goubet, S. Vindicicn Deladerrière , 1673 ; et enfin les religieux d'Aubigny, S. Nicolas Dehray, prieur ; S. Jacques Beaurains, S. Louis Binet , S. Amhroise de Lœuvacq, S. Eloy Fievet , S. Adrien Dambrines et S. Ignace d'Izcrin, curés.