SAINT-SAVIN-SUR-GARTEMPE
Ampla et ornata. cathedralique haud impar. — Vaste, belle, et point inférieure à une cJlhéJrale.
(Dom Estiennot.)
Au sortir d'Antigny et en continuant à suivre la rive gauche de la Gartempe, on rencontre, après un trajet de trois kilomètres environ, la petite ville de Saint-Savin. A peu près à moitié chemin, la route vicinale croise à angle droit Tancienne trace de la voie romaine (indiquée sur la carte de l'état-major), qui descend du coteau voisin pour traverser la Gartempe, au lieu dit le Gué de Sciaux, à hauteur de Saint-Cyprien, vieille localité autourdelaquelle on a exhumédes débris caractéristiques de cette épo."|ue et trouvé notamment une borne milliaire. C'est sur ce point même de la voie antique de Poitiers à Argenton qu'eut lieu, suivant la tradition, Tépisode du martyre de saint Cyprien, qui a donné son nom à cette localité, et de son frèrti saint Savin, sous le vgcable de qui tut érigée,
12 Aperçu Iiistoi-iqtic et Licscripti(jn
dans la suiie, la remarquable église dont nous allons bientôt nous occuper.
De quelque côté qu'on aborde la ville de Saint-Savin, on est averti de bien loin qu'elle est tapie, à Tabri du vent de galerne, au pied de la berge escarpée de la rivière, par la flèche déliée de la tour d'entrée de son église, qui détache sur le bleu du ciel sa blanche silhouette. Quand on aborde la cité, le corps principal de Tédifice et la tour carrée qui surmonte la croisée des transepts s'élèvent eux-mêmes bien haut audessus des habitations groupées à Tentour. Vu de près, ce colosse de pierre écrase le spectateur, et son œil se lasse à mesurer la distance du parvis au sommet de l'aiguille^ qui va percer la voûte duciel, à près de trois cents pieds de hauteur. Si on jette les yeux sur le sol de la vaste place qui s'étend devant l'église, on voit encore les affleurements delà partie ouest de l'ancienne enceinte de Tabbaye et des tours qui la flanquaient dans toute sa largeur. Les bâtiments actuels de la gendarmerie placés à la hauteur du transept du sud, du côté delà rivière, et qui étaient un des corps de logis du monastère, permettent de mesurer en outre la profondeur qu'avait cette enclôiure. On peut au reste s'en faire une idée bien exacte sur la vue à vol d'oiseau de cette abbaye (i), gravée dans le recueil intitulé Monasticon gallicaimm, réédité tout récemment, et sur les planches duquel nous avons également retrouvé la vue perspective de la vénérable abbaye de Saint-Cyprien-les-Poitiers.
(i;M. l'abbé Lebrun a eu l'heureuse pensée de la faire reproduire par un habile photographe de Poitiers. — De Longueinar.
de riigltse Abbatiale de S.-Savin-sur-Gartcmpc i 3
La gravure dont nous parlons constate que les tours et les remparts de l'ouest et du nord étaient crénelés ; et à voir les deux étroites et longues ouvertures encore en partie biantes que l'on aperçoit dans la façade d'entrée de la tour du clocher, au-dessus de la porte, on croirait que ce sont les restes des coulisses d'un ancien pont-levis, dont les leviers se manœuvraient dans la salle haute que nous décrirons sous le nom de pièce de la Tribune.
L'église de Saint-Savin a l'avantage assez rare d'avoir été construite, à peu près d'un seul jet, dans la première période de l'architecture romane, dont elle offre un des types les plus précieux à étudier, à l'exception toutefois du couronnement et de l'aiguille de sa tour d'entrée, dont la construction est attribuée aux architectes anglais, et qui, détruite par la foudre, vers 1820, si notre mémoire est fidèle, fut reconstruite dans le même style (i). L'église de Saint-Savin a 240 pieds de longueur.
Non loin de sa vénérable église, la ville de Saint- Savin peut encore montrer une autre construction du moyen âge : c'est le vieux pont en dos d'àne, étroit comme ceux des xiii'" et xiv^ siècles, avec de nombreux dégagements latéraux au-dessus des piles, arc-boutant ses arches en cintre brisé ou de forme ogivale. C'est un des types les plus complets qui restent encore dans la Vienne de ces sortes de ponts. Sa longueur est de 95 mètres, et sa largeur totale de 4 mètres, avec cinq dégagements de 4 mètres chacun. Ses arches ont 12
(i) Cette tour vient d'être surhaussée de trois mètres, et de recevoir une complète restauration, dont la dépense s'élève à plus de cent mille francs (,1 8 Sô).
mètres d'ouverture; ses piles, terminées carrément en aval, forment l'éperon ou le demi-cercle du côté d'amont pour rompre le fil du courant.
Il est aujourd'hui le voisin un peu délaissé du pont neuf qu'on a jeté, il y a peu d'années, sur la Gariempe, dans des conditions mieux appropriées aux besoins de la circulation moderne.
Avantde décrire dans tous ses détails la belle église abbatiale de Saint-Savin. — et nul ne s'étonnera que nous nous y arrêtions longtemps, — nous allons em.prunter à Tune de nos publications antérieures le croquis historique que nous avions fait de son origine reculée et des épreuves subies par le monastère et par ce précieux type de l'architecture romane du xi" siècle.
Charlemagne avait fait élever sur la Gartempe, au lieu appelé les Cerisiers, une forteresse, et son projet bien arrêté était d'y joindre un monastère et une église sousl'invocation^spécialede saint Savin et saintCyprien. Baidillo, riche seigneur de sa cour, dota ce monastère avec ses propres biens, et y fit transporter avec pompe les restes vénérés des saints martyrs, enterrés sur le mont des Trois-Cyprès (aujourd'hui le mont Saint- Savin), près la chapelle dédiée à saint Vincent.
A son retour d'Espagne, Charles y déposa même les reliques de plusieurs saints qu'il avait rapportées avec lui; et les tablettes des autels des diverses chapelles de l'abside semblent attester que ces reliques furent inhumées dans la première église (f).
(i) Entrcajtres, après celles de saint Marin, martyr veniiéen du m" siècle, dans l'île d'OIonnc, et qu'il y avait déjà envoyées, les reliques du poète saint Prudence. Nous avons son nom inscrit sur un dç nos gulelsçn caractères du xi'^ siècle, et son por-
de VÉglisc Abbatiale de S.-Savin-sur-Gartempe. i5
Préoccupé par ses grandes entreprises et surtout par rénergique répression des re'voltes incessantes des peuples de la Saxe, dociles à la voix du fougueux Vitikind, Charles négligea sans doute d'achever son ouvrage. L'abbaye ne fut entièrement terminée que par les soins et la munificence de son fils Louis le Pieux, déjà roi d'Aquitaine avant de succéder à son illustre père à l'empire d'Occident( i).
Il nomma Witiza, fils du comte de Magdelonne 'qui avait pris le nom d: B:noît), premier abbé de Saint- Savin : ce réformateur, connu depuis sous le nom de saint Benoît d'Aniane, y établit d'abord vingt moines bénédictins.
On a trouvé enfoui dans le sol de l'église de Saint- Savin le tombeau de DoJon, second abbé de Saint- Savin. Son épitaphe atteste qu'il édifia le monastère, réforma ses religieux (sans doute sous la direction de saint Benoît d'Aniane!, et mourut le 4-^ jour des ides de juin (10 juin) 853.
Voici cette inscription d'après dom Fontcneau:
IN HoCTvMvLo RtQviESCiT DoD"ABBA...
AFvNDMENTS MoNASTERiA CONSTRVXiT...t MIGRAViT A SCLO II II ID IVNS ANNo IN- CARNATIONIS DNi : DCCGLIII (2).
trait en pied, dans la crypte de Saint-Savin, avec son nom dans le fond du tab:eau : Prudencius.
(i) Ce résumé de i'histoirs de l'abbaye de Saint-Savin a été fait sur les manuscrits de dom Fonteneau et sur les données d'un manuscrit qui m'a été obligeamment communiqué par M. Deliile, juge de paix de Saint-Savin. J'ai consulté également l'ouvragede M.Mérimée qui s'est autorisé du Gallia Christiana <cl de la Chronique de Saint-Maixent.
(i) In hoc tumuio rcquiescit Dodo Abbas... a fundamentis
ï6 Aperçu historique et description
Les ix" et x^^ siècles nous montrent celte forte abbaye, entourée de remparts et de larges fossés, devenant le refuge assuré des populations et du clergé du voisinage, qui accouraient chargés de leurs richesses ou des reliques des églises pour se soustraire au pillage et aux sévices des bandes de pirates venus du Nord (Normands). Une première fois, la vieille forteresse du monastère résista à toutes les attaques que ces pii'ates dirigèrent contre elle (i). Mais le danger devint si pressant vers la fin du ix^ siècle (860), que les dépouilles des saints martyrs furent envoyées à Bourges, où elles restèrent près de trente ans.
L'abbaye fut livrée aux flammes, et quand elle sortit de nouveau de ses ruines, vers le xi* siècle, on trouva enfouies dans le sol de Tancienne église les reliques qu'on avait ainsi essayé de soustraire à toute profanation ultérieure, quand les religieux les eurent rapportées du Berry.
Ces religieux suivaient la règle de saint Benoît. Charlemagne en avait fait venir une copie authentique du monastère du Mont-Cassin, fondé par saint Benoît lui-même.
On cite un trait extraordinaire de la sévérité de cette règle et de la soumission inébranlable des religieux de cet Ordre à ses prescriptions. Un des religieux de Siint-Savin, ayant été rencontré et surpris un soir
monasteria construxit -f ; migravit a seculo quarto die idus junias, anno incarnationis Domini dcccliii. (Manuscrit de doin Fonteneau.)
(i) Cœnobium sancti Savini et Castruin, in quo Karolus niagnus jussitaediticari, inviolabile mansit solum, ciEteris dcstructis. (Manuscrit de dom Esticnnot.) — De Longuemar-
de l'j'.'flisc A bbatialc de S.-Savin-sur- Gartctnvc. 1 7
par les Normands aux environs de Châtellcrauli, garda un silence obstiné, malgré les mauvais traitements qu'ils lui infligèrent pendant toute la nuit pour le faire parler et lui arracher quelques renseignements ; mais l'heure de prime arrivée, il sembla recouvrer la parole et leur apprit que sa règle lui défendait de parler depuis Compiles Jusqu'au lendemain matin, et qu'il eût plutôt souffert le martyre que de la violer. Pleins d'admiration pour ce stoïcisme religieux, les Normands le laissèrent partir sans rançon.
Les abbés de Saint-Savin et les principaux religieux eurent l'insigne honneur d'être choisis à plusieurs reprises, du ix'^ au xi" siècle, pour r'éformer ou pour fonder des abbayes célèbres, et entre autres celle de Saint-Martin d'Autun et celle que Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine, fonda à Cluny, près Mâcon; puis celle de Saint-Cyprien de Poitiers, en 836, après la translation dans cette ville des reliques du Saint qui reposaient à Saint-Savin à côté de celles de son frère.
Vers 1023, Gombaud, abbé de Saint-Savin, fut même appelé à réformer les religieux de l'abbaye de Charroux, que Charlemagne avait fondée vers la fin du vni'^ siècle. Pendant cette mission, Odon, qui le remplaçait dans ses fonctions au monastère, retrouva les reliques enfouies, suivant la coutume, dans le sol même de l'église.
A cette occasion, la comtesse Adelmodie (Adèle ?), épouse en secondes noces de Guillaume le Grand, duc d'Aquitaine, fit présent à l'abbaye d'une somme importante pour aider à la relever, et la tour du clocher fut construite: elle daterait par conséquent de la première nioitié du xi*^ siècle. L'église fut reconstruite sur
i8 Aperçu historique et description
un plan plus vaste, par Odon II , dans la seconde moitié de ce même siècle (i).
Gervais, abbé de Saint-Savin, et Raynaud (2), abbé de Saint-Cyprien de Poitiers, furent chargés par Urbain II de recueillir les secours des fidèles pour leurs frères d'Orient; Gervais ayant été choisi pour les potter lui-même en Palestine, la chronique rapporte qu'il y périt dévoré par un lion (logb): une vision révéla immédiatement cet événement déplorable au pieux Bernard, qui suppléait Pabbé de Saint-Savin pendant son absence dans la conduite du monastère, et qui, aidé par Pierre Steilis, ermite, fondateur de Fontgombaud, se déroba par la fuite à Thonneur d'être élu lui-même abbé de Saint-Savin.
Au xii" siècle, la chronique deSaint-Savin est muette pendant la lutte des seigneurs aquitains contre la puissance anglaise, introduite sur le sol par lo mariage d'Aliénor avec Henri, comte d'Anjou et duc de Normandie, qui devint bientôt roi d'Angleterre, sous le nom de Henri II.
Au XIII- siècle, Alphonse, frère de saint Louis, comte de Poitiers et de Toulouse, combla de bienfaiis Tabbaye de Saint-Savin.
Les religieux devaient célébrer chaque année quatre services solennels pour les fondateurs et les bienfaiteurs de l'abbaye, à savoir: Charlemagne, Adelmodie, Alphonse et la Dame de Toyray.
(1) Ampla et ornata, cathcdralique haud impar. (Dom Esticnnot.)
(2) lA'pitaphe de cet abbc a été récemment exhumée de son tombeau retrouvé sur l'emplacement de l'église romane de l'abbaye de Saint-Cyprien, et publiée dans le iiulictin du !«■• trimestre de 1874 ^^ ï^ Société des Antiquaires de l'tJuest.
de l'Eglise Abbatiale de S.-Savin-sur-Gartempe. 19
Ilcxsie, aa sujet de cette dernière, une louchante tradition. Ella avait perdu ses enfants par la dent des bêtes féroces qui infestaient la contrée: dans sa douleur, elle légua tous ses biens à l'abbaye, à la condition d'être enterrée sous le parvis de l'église (i), voulant, disait-elle, que les fidèles n'oubliassent pas de prier pour elle, et se rapp;.'lassent sans cesse son infortune en la foulant chaque jour aux pieds.
Dans la seconde moitié du xiv'^ siècle, nous trouvons un abbé du nom de Jansclinus, élu visiteur des monastères de Poitiers, Luçon et Muillezais, véhémentement soupçonné par les bons religieux de Saint-Savin, d'être un grand partisan des Anglais; il fut dépossédé de son siège par les seigneurs français auxquels la forteresse fut remise. En vain Chandos essaya-t-il de la reprendre par surprise la même année (iSjo). Il fallut que, Tannée suivante, le prince de Galles, à la tête de forces considérables, l'ernportât d'assaut. La garnison fut massacrée et le monastère livré aux flammes.
A dater de cette terrible catastrophe, et au milieu des luttes continuelles qui désolèrent la France, cette riche abbaye vit ses propriétés envahies et dilapidées par les seigneurs du voisinage, devenus des abbés comtncndata ires.
Les catholiquesetles h-iguenots, pendantlexvi- siècle,
(i) Dans les premiers siècles chrétiens, on n'inhumait pas dans les églises, réservées aux dépouilles des martyrs et des saints. Conitantin le Grand fut inhumé sous le porche de Sainte-Scphic ; Benoît VIII et Nicolas I" (857-867), sous le parvis de l'église de Rome. Le concile de Tihur permit en 8q5 d'enterrer les prêtres à l'entrée des églises, et celui de Meaux Cqbi) étendit cette permission aux laïques. Les tombeaux des comtes de Toulouse étaient placés même en dehors des églises. — De Longucmar.
Aperçu historique et description
engagèrent sous ses murs des luttes sanglantes ; enfin ils furent définitivement rasés par les soins d'un sieur Champagne, capitaine sous les ordres du vicomte de la Guierche, gouverneur de Poitou et chargé de cette mission, au rétablissement de la paix. Dans Texcès de son zèle, il tenta même de miner le superbe clocher ; mais ce beau projet échoua fort heureusement ; il fit seulement découvrir sous les fondations un long souterrain qui, aboutissant à la Gartempe sous la protection des remparts, empêchait autrefois la garnison de manquer d'eau {i5gi).
Les souterrains, comme on le sait, jouent un rôle important dans toutes les constructions des forteresses du Poitou.
Nous arrivons au dernier épisode curieux de l'histoire de Saint-Savin
La tour ilu clocher-donjon était prédestinée à devenir le théâtre d'un drame singulier dont les dernières scènes vinrent aboutir aux cachots de la Bastille. Comme il est propre à donner une idée des dernières luttes de la féodalité expirante sous l'étreinte terrible du grand ministre qui s'est appelé Richelieu, le lecteur me permettra de clore ce résumé par cette dernière esquisse.
Un sieur des Francs, seigneur de N..., était devenu, par succession ou par alliance, propriétaire, ou, comme on disait alors, abbé commendataire de l'abbaye ruinée de Saint-Savin, et sans doute a ussi d'une partie des terres qui en dépendaient encore; ses droits avaient même été reconnus pendant les Grands Jours de Poitiers, tenus en 1634.
Menant une joyeuse vie, le peu canonique seigneur ne mettait guère démesure à faire valoir ce qu'il croyait
de l'Eglise Abbatiale de S.-Savin-sur-Gartempe. 21
sans doute faire partie de ses droits, pour faire lace à ses nombreux besoins : il eut donc souvent maille à partir à ce sujet avec les habitants du voisinage, comme on le pense bien. Mais, retranché obstine'ment dans la tour du clocher, dont il avait muré toutes les issues dangereuses pour lui, il narguait, à l'abri de ses fortes murailles, les sommations qui pleuvaient/'ar Jiuissier sur ce Roger-bon-temps.
Avec le temps, la querelle s'envenima au point qu'un voisin puissant, le seigneur de Nalliers, dénonça cette affaire au cardinal, qui n'aimait guère les plaisanteries à l'endroit de ses ordonnances. Un beau jour, Tordre fut donné à la compagnie d'archers du grand-prévôt de happer le galant à la première occasion favorable. Cet ordre fut exécuté par une bellenuit quele sieur de N..., oubliant sa prudence ordinaire, s'était retiré dans une de ses maisons de campagne à Saint-Cyprien, hameau voisin de Saint-Savin. Les archers le surprirent etl'emmenèrent tout garrotté à Saint-Savin, où l'attendait, comme c'estl'ordinaire pour les vaincus, un haro général. De là, conduit à Poitiers et jugé, il alla apprendre àses dépensdansles cachotsdelaBastilieoùilmourut, qu'ilne faisait pas bon de se jouer du terrible ministre. Richelieu, on le sait, ne marchanda guère la liberté, ni même la vie des plus grands personnages de l'Etat, pour affermir l'autorité royale et soustraire le peuple aux tiraillements de l'anarchie. Cependant les habitants de Saint-Savin célèbrent, eux aussi, le 14 juillet, la prise de la Bastille, qui pourtant, on vient de le voir, leur a été un jour de quelque utilité fiSS/).
Ici finit la chronique de dom Nozereau sur Saint- Savin, chronique qui date de 1640, époque à laquelle les religieux de la congrégation de Saint-Maur prirent
iû Aperçu liistoriquc et description
possession des ruines de cette abbaye pour la relever. Leurs paisibles et pieux travaux succédèrent aux péripéties des guerres civiles. jl
En terminant ce croquis historique de l'abbaye de Saint-Savin, nous ne pouvons guère passer sous silence i l'énigme que présente son sceau gravé sur les cloches i de l'église ; il porte :
De France à une palme d'or et un coutelas d'argent, ]. la poignée d'or posée en sautoir, cantonné de trois I /leurs de lys d'or avec un E couroJiné d'or en chef, \ le tout timbré d'une crosse et d'une mitre et entoure I de deux palmes de sinople.
Quelques-uns avaient pensé que cet E couronné se i référait au vœu de Charlemagne de construire autant » de monastères et d'églises que l'alphabet comportait de \ lettres (i), et que cette lettreétait celle qui correspondait \ à l'abbaye de Saini-Savin ; mais,véritication faite sur un | manuscrite des archives des Bollandistes, en date de | 1 165, contenant la liste des fondations du grand em- [ pereur, c'est la lettre I qui est celle de notre abbaye, et \ la lettre E appartient à Sti-MAXENTII. |
Dans nos chroniques populaires du Poitou, nous avons fait la remarque qui précède, et propose une autre explication de la présence de TE couronné sur le sceau qu'entoure cette légende :
Sigillum monasterii sancti Savinimartyris.
Cet E serait plutôt, à notre avis, l'initiale du nom d'Edouard III, roi d'Angleterre, qui portait également des fleurs de lys dans ses armes, et au moment où Jean Chandos vint recevoir dans l'Aquitaine la toi et Thum-
(i) Bcllcforcst, Jacques Cliarrcau, S. Lazare Scnonais, etc. (Mérimée.)
de l'Eglise A bbadale de S.-Savin-siir- Garlcnipc. 2 3
mage que chacun devait au souverain anglais en i366, c'était précisément Jansélinus, homme tout dévoué aux intérêts de ce monarque, qui était abbé commendataire de Saint-Savin et qui, à ce titre^ avait dû rendre la loi et l'hommage requis (Manuscrit de D. Estiennoty. De cet acte à l'apposition d'un sceau fabriqué tout exprès, il n'y a que la main ; et cette hypothèse nous semble plus vraisemblable que la précédente, si l'on considère surtout que la (lèche de la tour d'entrée de l'église est de construction anglaise et qu'ellerenfermait alors les cloches ( i).
Lorsque le voyageur, parti de Chauvigny, est sur le point d'atteindre l'extrémité du plateau qui aboutit à la vallée de la Gariempe, son œil est tout à coup frappé par l'aspect imprévu d'un obélisque délié qui pointe à l'horizon sans que rien semble encore justifier sa présence. Cet obélisque, pareil à ces gigantesques monolithes que l'Egypte dressait à Tentrée des temples du désert pour diriger les pas des pèlerins, c'est la flèche élevée du clocher de l'église de Saint-Savin.
Une tour carrée, d'une grande élévation, sert de pié-
(O La seule remarque en faveur de l'opinion opposée est la couronne fermée surmontant l'E, couronne d'empereur et non de Roi. — De Longuemar. — Cette opinion est la mienne, et cette preuve a sa valeur. J'ajouterai une autre preuve toute matérielle, et convaincante : à savoir que cet E se trouve gravé sur un grand nombre de pierres des parties de notre Hèche des ix" et xu'' siècles, et nullement surcelles de la partie du xiv^ siècle, qu'on suppose avoir été construite par les Anglais, sujets d'Edouard II), vers i366. Nous avons donc dans notre blason, avec l'écu de France et les insignes du martyr, le diadème impérial de Charlemagne. Le blason de Saint-Cyprien de Poitiers est le même que le nôtre, excepté la couronne impériale qu'il n'a pas et qu'il ne pouvait pas avoir, l'abbaye n'étant pas de fondation de Charlemaiine. — L'abbé Lebrun.
Aycrcîi historique et dcscriptinn
destal ù cette flèche, dont la construction primitive remonte à Toccupation anglaise du Poitou, et se termine au sommet par deux étages de baies. Des clochetons reliés par une riche balustrade ceignent le front de ce socle gigantesque, et du milieu de son gracieux bandeau s'élance dans les airs l'obélisque à huit pans aux arêtes brodées de fleurons, dont l'imprudente audace va détier la foudre dans les airs (i). Les contreforts puissants qui accotent les faces et les angles de la tour, les longues meurtrières qui pourfendent les murs et qui jadis donnaient passage aux bras de quelque pontlevis, ces hautes salles voûtées, cet escalier étroit qui se soude et se visse à l'un de ses flancs, tout rappelle l'aspect d'un vieux donjon du moyen âge ; il fut réuni, sans doute à une époque postérieure à sa fondation, au corps même de la nef placée en arrière.
La différence de niveau entre la base de la tour et le sol de l'église, diflférencecombléepar un double escalier, et surtout le désaccord évident de l'axe général de la nef avec celui des trois dernières travées qui rejoignent la tour, portent cette opinion jusqu^à Tévidence. C'était du reste l'habitude des xr et xii« siècles de dresser les tours des clochers un peu en avant de l'entrée des basiliques (2).
Franchissons maintenant le seuil du vestibule qui s'enfonce à la base du clocher, et arrêtons-nous un instant au sommet de ces marches qui s'arrondissent
(1) Le clocher de Saint-Savin a effectivement élc renversé par la foudre il y a cinquante ans environ. Il l'a été encore cette année 1687, sans occasionner aucun dcgùt.
(2) Les cloches de Saint-Savin sont placées aujourd'hui dans la petite tour du clocher qui surmontu la croisée du transjpt. — De Longicmar.
Je r Eglise Abbatiale de S.-Savin-sur-Gartempc. ib
avec grâce en s'abaissant doucement Jusqu'au niveau lIu sol de la nef.
Une porte élevée encadre de son cintre et de ses solides jambages l'intérieur de cette auguste basilique : pareille à une longue avenue d'arbres gigantesques dont la tige s'élèverait immédiatement du sol, et dont la tête irait s'épanouir en palmes, en capricieux enroulements propres à l'école romane, une superbe colonnade se dresse devant nous. Des arcades jetées d'une colonne à l'autre soutiennent une voûte courbée en berceau qui conduit Tocil jusqu'aux profondeurs de l'abside arrondie dans le lointain de cette perspective et supportée par dix colonnes. A droite et à gauche se prolongent les bas-côtés, que recouvrent des voûtes d'arête appuyées au sommet des colonnes et des pilastres à demi engagés dans les murs latéraux, et qui versent, par leurs fenêtres élevées, un jour doux et mystérieux dans l'intérieur de l'édifice, surtout depuisque M. l'abbé Lebrun a fait placer dans les baies, des verrières en grisailles dont les dessins sont d^une merveilleuse élégance (i).
Soit que le regard élevé vers la voûte s'abaisse avec ses lignes élégantes, soit qu'abaissé d'abord surles dalles du sol, il remonte leur longue perspective, soit qu'il
(i) Aujourd'hui toutes les verrières de l'église de Sainl-Savin sont posées. — Lorsque j'ai enlevé de notre chapelle terminale la terre à la hauteur de 5o centimètres, quy avaient apportée les... Ne les nommons pas 1... J'y ai trouvé un grand nombre de débris des anciennes verrières de notre église : des grisailles, des verres peints de belles couleurs, rouges et bleus, même de petits sujets, entre autres une tète du Sauveur portant, appliquées sur le front, trois pointes de cheveux : symbole, dit-on, de la très sainte Trinité. Ces débris de verrières ont une valeur archéologique.— L'abbé Lebrun.
.\BBÉ LEBRUN. I**
26 Aperçu historique et description
parcoure cet étroit cordon de draperies peintes qui rehausse les murs et se ploie comme de souples tapisseries autour des pilastres comme en un jour de fcte, il aboutit toujours par une pente naturelle à cette abside sous laquelle gît la crypte de saint Savin et au centre de laquelle s'élève Tautcl.
L'unité, l'harmonie de l'ensemble est un des caractères les plus remarquables de l'église de Saint-Savin ; c'est au point qu'on serait tenté de croire qu'elle a été moulée d'un seul jet comme une chasse immense, et cependant son architecture accuse quelques remaniements. Nous aurons l'occasion de faire la même remarque en parlant de ses curieuses peintures murales. Pénétrons dans l'église; approchons-nous duchocu!-, et les transepts vont élargir le temple ; les piliers puissants qui en soutiennent la croisée et font seuls disparate avec la colonnade de l'c-^lise, ne nous masqueront plus une partie duchœur; les détails de l'abside deviendront accessibles à l'œil : les cinq curieuses chapelles aux antiques autels, dont les fenêtres cintrées font converger les rayons du jour autour du tabernacle, nous offriront mille détails curieux qu'on étudie avec tant d'intérêt sur les chapiteaux romans.
Encore quelques pas, et en face de la chapelle dite de Saint-Marin, s'ouvrait jadis l'escalier étroit et mystérieux qui descendait dans la crypte placée au-dessous du maître-autel. C'est là un souvenir des cruelles épreuves qu'a subies la religion dans la personne des premiers confesseurs de la foi, et que l'église actuelle aime à se rappeler comme un titre de gloire (i).
(i) Telle était, en effet, la disposition des lieux au moment où nous avons public nos Chroniques populaires, c'est-à-dire en
de l'Eglise Abbatiale de S.-Savin-sur-Gartempe. 27
Cryptes profondes, autels antiques, abside romane, nef immense et pareille, à la voûte près, aux basiliques des premiers chrétiens, vieux donjon que couronne son aij^uille gothique, tout dans l'architecture de Téi^lisc de Saint-Savin excite à un haut degré l'intérêt et l'admiration, en outre que ses peintures murales sont un sujet d'étude tout particulier pour Tarchéologue.
La déviation si souvent signalée dans Taxe des églises n'est nulle part ailleurs plus sensible qu'à Saint- Savin, si on en excepte l'exemple déjà cité par nous de
i.S5i. Depuis lors, M. l'abbe Lebrun, aujourd'hui curc-doycn de Saint-Savin, a restitué à l'entrée du fond son rôle primitif de simple baie ouverte sur le déamb.ilatoire, et rétabli la double entrée primitive de la crypte par deux escaliers étroits débouchant du côté opposé, et s'ouvrant dans la nef de chaque côté du sanctuaire ; il a en outre rétabli la crypte où se trouvait primitivement le tombeau de saint Marin etqui est situéeàun niveau inférieur à celui de la crypte de Saint Savin et de Saint Cyprien. N'ousavons, en i86(), rendu compte de cette intelligente restauration dans un feuilleton du Journal de la Vienne.
Ce tombeau ou plutôt ce coftre en pierre, de petite dimension, qui contenait les ossements du saint martyr, avait été signalé antérieurement dans la chronique de D. listief.nût sur l'église de Saint-Savin, dans les termes suivants :
<( In.'cntttm fuit Ir.ij.is S.xiicti sepulcrum, anno MDCLXX. lapidcum et catenulis circumscptum, cinn Itac inscriptione : Hic reqiiicscit Marinus iiiclylus martyr, etc. »
11 y a bien près de trois cents ans qu'on descendait dans la crypte de saint Savin en passant par la fenêtre, croyant que c'était la porte. Mérimée lui-même y avait passé, et bien d'autres. Bien plus, dans la splendide Monographie de Téglise de Saint- Savin et de son abbaye, publiée aux frais de l'Etat, texte de Mérimée, peintures des fresques par VioUet-le-Duc, Gérard-Séguin... Mériméi cherche une raison pour expliquer la position de celte pi étendue porte : a On descend dans la crypte de Saint- Savin, écrit-il, par un escalier pratiqué dans l'axe du chœur, en face de la chapelle terminale. L'entrée de cet escalier, recouverte par une espèce de trappe, rétrécit ou plutôt envahit le passage
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l'église de Notre-Dame de Montmorillon ; et nulle part aussi, nous n'avons trouvé une explication plus dégagée de toute préoccupation symbolique dans cette déviation. Si on examine, en effet, le plan de cet édifice, on voit son axe général conserver une direction perpendiculaire à celui des transsepts jusqu'à une certaine distance de la tour du clocher, puis dévier brusquement en s'inclinant un peu à l'O.-O.-S. pour se mettre en rapport avec la direction de l'axe du narthex et des trois premières travées de la nef qui s'y rattachent. 11
entre le chœur et les chapelles, et il me paraît très probable que l'architecte, pour adopter une disposition aussi peu commode, a dû obéira des uâcessités résultant de la sainteté particulière de ce lieu... » Vue de cette entrée insolite, la crypte, qu'il juge fort mal, « n'a d'autre ornement que ses peintures. C'est une salle basse, voûtée en plein cintre, qui occupe à peu près tout l'espace entouré par les colonnes du chœur. •>
Or, en m'appuyant sur les principes les plus élémentaires de l'archéologie chrétienne, après l'inspection et l'étude des lieux, j'ai été assez heureux pour trouver les vraies entrées de cette crypte, et aujourd'hui que tout y est à sa place, les portes, la nef, le sanctuaire, l'autel rebâti sur ses anciennes bases et recouvert de sa table du XI" siècle; aujourd'hui que la fenêtre n'est plus porte et qu'elle est redevenue fenêtre, cette chapelle souterraine offre un des types les plus complets et les plus intéressants des cryptes du w" siècle : sans parler de ses fresq^ues qui lui donnent une véritable célébrité, à cause de leur parfait état de conservation. — (Voir sur cette restauration l'article de M. de Longuemar, dans le Journal de la Vienne, 24 sept. i8ô').)
Mérimée n'a pas été plus heureux dans la crypte de saint Marin, où il a pris pour « une sorte de puits » la chapelle du tombeau du saint que nous avons découverte, et dans laquelle nous l'avons replacé : sepulcrum lapideum et catenulis circvmseptum. — Nous reviendrons en son lieu sur notre restauration de cette crypte, à cause de données personnelles que nous avons dans l'esprit, et qu'il est bon de fixer; à cause aussi de documents d'un certain intérêt et qu'il ne faut pas laisser perdre. — L'abbé Lebrun. — Voir sur cc'te restauration l'article de M. de Longuemar, dans IcJounialde la Vienne du 27 septembre 1S74.
de l'Eglise Abbatiale de S.-Savin-sur-Gartempe. 20
est donc clair que la tour du clocher de façade avait ctc primitivement construite isolément, probablement en même temps que l'abside de l'église, sans qu'on se fut préoccupé de mettre leurs axes en rapport direct : de là l'obligation, quand on termina la nef, de les raccorder par une brisure. A partir du point de soudure jusqu'à la tour d'entrée, on peut remarquer que des piliers formés de quatre fûts de colonnes accouplés en croix remplacent dans cette partie de l'cdilicc les colonnes à fûts isolés qui régnent dans le surplus de la grande nef du sanctuaire. Tout accuse donc ici des constructions divergentes.
L'une des preuves les plus irrécusables de l'origine reculée de l'église de Saint-Savin est fournie par les légendes des dédicaces gravées en caractères rustiques, avec de nombreux adossements, accouplements, enclaves et abréviations, sur latranche desdiverses tabiettesrecouvrant les autels deschapelles a bsidales et des transepts.
Nous les avons publiées en presque totalité dans l'Epigraphie poitevine en 1864 ; et depuis, par suite de diverses modifications utiles dans l'emplacement occupé par ces autels, M. l'abbé Lebrun a pu mettre au jour quelques noms qui alors étaient masqués parle scellement de ces tablettes dans les murs.
Elles apportent donc la preuve évidente du grand nombre de reliques que le monastère avait recueillies et qui dans l'origine furent déposées sous les tablettes de ces autels, à l'époque de leur consécration solennelle au xi'' siècle (i).
(0 Nous reparlerons de ces intéressantes inscriptions et nous les imprimerons dans un supplément à la suite de cette notice. — L'abbé Lebrun.
Aperçu historique et description
L'épigraphie du xii'" siècle est représentée à Saint- Savin par deux inscriptions funéraires mutilées, qui se réfèrent à des personnages dont les noms manquent, et une troisième complète mais fort biève, ainsi conçue :
HIC REQUIESCITSCISSIMA SAVINA VIRGO (ici UUe Croix) (l).
De ces trois inscriptions, l'une irés mutilée et incomplète a été incrustée au fond de la piscine du déambulatoire voisin du maître-autel ; les deux autres étaient, à l'époque où nous les avons relevées, gisantes et déia chées dans la crypte de saint Savin.
Peut-être n'est-il pas inutile de faire remarquer ici, comme nous l'avons fait déjà dans l'Épigraphie poitevine, que le nom de S"=^ Savina ou sainte Savine, vierge martyre, qui voyagea et mourut en odeur de sainteté au iv"^ siècle, figure deux fois dans les légendes gravées sur la pierre (2) dans cette église, tandis que ceux de saint Savin et de saint Cyprien ne sont rappelés que par les légendes des fresques de la crypte. ~ Lcurs reliques devaient cependant faire partie de celles d'une église consacrée sous le vocable de l'un d'eux. Il semble qu'il y ait là une énigme à deviner, un point de l'histoire de ce monastère à éclaircir, et digne de tenter quelque docte hagiographe (3).
(i) L'un des autel.s des absidioles le porte effectivement encore avec ceux d'.Agathe, d'Agnès, de Fercincta, etc. —De F.onguemar.
(2^ Nous avons lait photographier cette inscription placée à la tête d'un sarcophage en pierre, et nous en avons envoyé une épreuve à Rome, au fameux archéologu:; Rossi, pour en déterminer \cg, dans virgo.
(3) (Juantaux reliques de saint Savin, on croit qu'elles ont été etées aux vents ou brûlées par les huguenots. Mais dans la restauration de notre maiirc-aulei, remplaçant un autel à ventre du XVIII» siècle par un autre autel en rapport avec le style de
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Nous passerons en revue les inscriptions tracées au pinceau sur le champ des fresques des diverses parties de l'église de Saint-Savin, en même temps que nous en ferons la description, et nous ne mentionnons plus ici que la dernière en date de toutes, incrustée dans l'un lies murs de la sacristie, et celle d'une pierre tumulairc de la nef. La première serétèreàla date de i5io, et s'abrite sous une niche de forme ogivale. Elle est gravée en caractères gothiques brisés, et relate la mort de Florent d'Alemaigne, abbé de Saint-Savin, doyen du Chapitre de Saint-Pierre de Poitiers, qui, élu par une
l'église, j'ai trouvé dans un petit casier, arrangé tout exprés, de l'autel du xyiii"-' siècle, un vase antique de belle forme, en verre bleuâtre, orné symétriquement en saillie de filets et de boutons blancs émaillés. Ce vase était plein de reliques, sans inscriptions, les seules reliques de l'autel. Je pense que ces reliques étaient celles de l'autel-majeur du xi" siècle, ainsi transmises, et par conséquent des reliques de saint ?avin. J'ai gardé ce vase antique, comme document, plus une pirtie des reliques, et j'ai placé le reste dans l'autel-majeur actuel, où elles se trouvent maintenant avec celles des saints raartys Fidèle et Boniface, que notre ICvêque, Mgr Pie, y a ajoutées le jour de la consécration de cet autel, le z avril 187G. — L'abbé Lebrun.
Inscription du nouvel autel dont il vient d'être question.
Anno D. N. J. C. MDCCCLXVII
PlO NONO PoNTIt ICE MAXIMO NaPOLEONE III GaI.LIARU.M IMl'EKATORE
LuDovico Eduardo Pie
plctaviensis diœ.esis .\\tistite
Amato Petro Lebrin
SaNCTI SaVINI PAROCHI.t EMISENS RECTOR
HUJUSCE i:iVITATIS A. DE MlLOX AUJORE