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HOC ALTARE FUIT ERECTLM

1\ SOLEMNITATE NaTIVITATIS

Aperçu historique et description

partie de ce Chapitre, évcquedu diocèse, en concurrence avec Claude de Husson, candidat de l'autre partie, mourut avant que le parlement de Paris se fût prononcé entre eux; et tout naturellement le siège épiscopal resta à son concurrent. Ce Florent d'Alemaignc ou d'Aleraagne fat l'un des derniers abbés réguliers du monastère qui en i53o tomba en commende sous Aimery de Rochechouart. (Manuscrit de D. Esiiennot, bénédictin de Nouaillé.)

La dernière inscription est gravée en capitales carrées, sur une des grandes dalles, à l'entrée de la nef principale. Elle constate l'ensevelissement, dans l'église, de messire Charles Foucqueteau des Mortiers, conseiller du Roi, échevin de la commune de Saint-Savin en

Les peintures murales de Saint-Savin.

Tous les archéologues qui ont feuilleté l'atlas des peintures murales de Saint-Savin dû à M. Gérard- Séguin, et le texte annexé aux planches par M. Mérimée, de l'Institut, savent qu'elles sont méthodiquement distribuées dans les diverses parties de cet édifice (i).

(i) < Les beaux dessins polychromes de Gérard-Sc!;uin ont été publics ea 1843, à la suite du rapport de Mérimée, dans un splendide volume in-folio, de l'Imprimerie royale, sous le titre de Peintures de l'cf;lise de Saiut-Savin . C'est là qu'il faut les voir et les admirer; rien ne peut rendre l'etVet sai&issantde ces grandes peintures hiératiques où rivalisent la richesse de la composition, l'élégance des draperies, l'expiession variée et la noblesse des têtes. Si on se reporte par l'imagination au jour où ces fresques sortirent des mains de l'arlistj, dans toute leur fraîcheur, au milieu de ce temple, jeune comme elles, où tout concordait avec reflet quelles devaient produire, on comprendra quel dût être

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A rentrée de l'église, sous le porche ou narthex ouvert à la base de la tour de façade, sont peintes, sur le mur droit du fond et le pourtour de la voûte en berceau partagée en deux par un arc-doubleau, les scènes empruntées à TApocalypse de saint Jean.

A l'étage supérieur à ce rez-de-chaussée, auquel on accède par un escalier en spirale pratiqué dans une tourelle accolée à la tour carrée du clocher, une grande salle, très haute d'étage, montre ses quatre murs ornes de fresques se référant toutes à la vie et à la Passion du Sauveur.

Le murde cette salle qui correspondu la nef del'église était jadis ouvert en forme de haute baie cintrée ; et par cette ouverture le regard plongeait dans la grande nef à moitié hauteur de sa grande voûte en berceau (i). C'était la salle de la tribune, du haut de laquelle on pouvait assister aux ofikcs, et qui dans ce monument

à ce premier moment leur incomparable éclat. Depuis, le temps qui les a assombris et en a dcnaturc les couleurs, en a du moins respecté les grandes lignes et les belles proportions, et nous les a transmises radieuses encore de la pensée relij^ieuse qui les a fait naître. » — Extrait d'un article du Journ.il officiel de la Républicjue française, ô juin 1873. — Dans sa monographie sur l'éi^lise de Saint-Savin, Prosper Mérimée avait écrit déjà (1845): « L'existence d'une vaste église conservant encore un ensemble immense des peintures murales, qui remontent à une époque fort reculée du moyen âge, est une espèce de prodige aujourd'hui^ aussi l'on n'en cite plus qu'une seule en France, c'est Sainî-Savin. Après huit siècles, ses fresques subsistent, et, bien que dégradées, elles offrent toujours un vaste sujet d'étude à l'artiste et à l'antiquaire. i>

Monseigneur Chevalier, dans une visite récente qu'il a faite avec beaucoup d'intérêt, dans notre église, a découvert, dans la frise qui sépare les tableaux des tres.]ues de la grande nef, un blason qui pourra servir un jour à en déterminer la date précise. Ce blason est de gueules à trois bandes d'or. — L'abbé Lebrun

(i) Cette tribune est ouverte aujourd'hui (1887).

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foriitié devait avoir en même temps servi de salle des gardes et de manœuvre pour les bras de levier de l'ancien pont-levis.

Sur la voûte de la grande nef de l'cglise se déroulent, sur un double rang, garnissant ses deux retombées depuis laclefde voûte jusqu'aux tailloirs des chapiteaux des colonnes qui la supportent, les nombreux tableanx rappelant les principaux épisodes de TAncien Testament. — Sur le revers du mur de la porte d'entrée de cette nef, et encadrée sous une arcade aveugle, a été peinte la Vierge triomphante, honorée par des anges et implorée par de saints Religieux. — Sur les colonnes engagées des premiers pilastres ont été figurés des bestiaires symboliques, dont une partie seulement est ancienne, et dont l'autre est une restauration moderne; dans l'entre-deux des arcades jetées d'une colonne à l'autre qui soutiennent la grande voûte en berceau de la nef principale, on distingue quelques figures de patriarches.

Aux abords dos transepts et de l'abside prennent place plusieurs figures indépendantes de cet ensemble biblique, comme celle en bas-relief peint de Fange Gabriel, de facture romane, celle de St. Nicholas {sic), évèque, fresque du xiii'' siècle, et Tébauche, effacée en grande partie, de saint Christophe, portant l'Enfant Jésus sur son épaule, peinture du xiv° au xv^ siècle.

Le pourtour de Tabsidiole principaledite, à tort sans doute, chapelle de Saint-Marin, était, paraît-il, com- jj plètement peint et semble avoir été surtout consacré à îI l'histoire de la Sainte Vierge et de sa famille. I

Il est à croire également que la voûte du sanctuaire : était décorée de fresques et probablement de la figure 1 du Christ triomphant dans le ciel, entouré dcssymboles I

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vangéliques. Mais rien n'apparaît plus sur celte lartie de l'édifice. Sur les faces des piliers de rentrée lu chœur, on distingue encore de grandes figures l'évêques revêtus du pallium. La voûte de la crypte [ui s'enfonce sous le sanctuaire et les murs en retour lont couverts des peintures murales principalement •elatives à la vie et au martyre de saint Savin et de îaint Cyprien, et représentant accessoirement les tigures de divers Saints, au-dessus desquels trône le Christ dans sa gloire, entre les symboles évangcliques. Tels sont les groupes nombreux et variésdes peintures murales qui décorent les murs des diverses parties de la remarquable église romane de Saint-Savin, que nous allons successivement passer en revue, et dans lesquels nous ne rencontrerons plus les fantaisies de costumes donnés par les artistes des derniers siècles du moyen âge aux personnages des scènes familières oa des drames bibliques.

Les fresques de la salle de la tribune.

Ce qui reste d'intact aujourd'hui de ces anciennes peintures est fort peu de chose, par la raison que cette pariie delé-lifice n'a pas été favorable à la conservation des nombreuses scènes iracécs sur ses murs. Ce n'est qu'à force de persévérance, pendant mes divers séjours à Saint-Savin, dans l'hospitalière demeure de mon vieil et bien regretté ami de la Coussaye, que je suis parvenu à deviner les sujets d^un certain nombre de ces tableaux répandus sur des parois de i8 à 20 mètres ■|d'élcvation et sur la voûte qui couronne cette salle. Seules les peintures du mur qui répond à la grande

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nef, liuiiont encore assez visibles il y a 25 ans, pour qu'on pût en distinguer nettement les figures. — Le pourtour de la grande arcade est cerclé d'un bandeau élégant, orné d'une grecque rouge encadrée entre deux bordures de mume couleur, rehaussées de points blancs et simulant un double rang de perles que l'on retrouve sur l'encadrement de presque toutes les fresques anciennes et les orfrois des draperies àts personnages principaux.

Autour de ce premier bandeau ondulent des festons de diverses couleurs, puis des courants de feuillages ; et l'ensemble de cet encadrement est terminé extérieurement par une large torsade blanche à spirale rouge, ensemble du meilleur effet. Les deux retombées de cette arcature peinte reposent sur deux larges pilastres ornés d'enroulements doubles, symétriques, qu'on retrouve fréquemment sur le pourtour ou même sur les Joues des baies de nos églises romanes, à Saint-Hilaire de Poitiers, par exemple.

Au sommet du cadre demi-circulaire que nous venons de décrire, une corniche saillante sépare en deux partiesle tympan supérieur de Tarcade. Au-dessus d'elle et le long de la torsade extérieure du cintre sont peintes deux figures d'anges indiquant du geste la scène delà descente de Croix développée à la partie supérieure des murs.

Huit personnages, y comprisle Christ descendu de la croixetlesbras soutenus d'une part parMarieetde l'autre

(i) Dans cette- tribune aujourd'hui ouverte, le spectateur a la tête prcsqu'au niveau des chapiteaux des colonnes de l'église ; au-dessus de lui la voûte de la tribune est élevée à 20 mètres, et l'église lui ofFre un aspect qu'il faut voir, et qu'on ne peut dé-

crire. — I/abbé Lebrun.

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par Joseph d'Arimathie. composent cette scène. Tous îon t vêtus de robes tala ires, saulle Crucifié, bien entendu, qui porte une simple draperie ou jupon descendant des hanches jusqu'aux genoux. Joseph, monté sur un îscabeau, soutient le corps de Jésus, et la Vierge Marie saisit son bras droit et le couvre de baisers.

Le mur ou plutôt la mince cloison au-dessous de ce premier groupe de peintures dressée à l'affleurement extérieur du gros mur de la tour, forme, pour ainsi dire, le fond d'une grande niche dont les faces en retour sont également couvertes de fresques disposées sur cinq rangs dans la hauteur. A la clef de voûte du cintre supérieur de la niche, on distingue un grand médaillon à fond bleu de ciel entouré d'un cercle rouge étoile et traversé par une large croix pattée jaunâtre, au centre de laquelle une large tache ne laisse plus distinguer le symbole qu'elle reproduisait autrefois ; c'était sans doute la main divine bénissant le Crucihé.

Ce médaillon ou gloire est supporté de chaque côté par deux grandes figures d'un beau dessin, largement drapées d'amples manteaux jaunes et rouges, recouvrant leurs robes talaires blanches. Bien que leurs ailes ne soient pas apparentes, ce sont bien là deux anges aux nimbes d^or, qui, de leurs bras élevés, soutiennent le médaillon symbolique au-dessus de la scène placéeau-dessous.

Sous les pieds de ces deux figures et au niveau du tableau de la descente de croix sont deux petits tableaux en regard l'undeTautre et dont les cadres sont en forme de porche recouvert d'une toiture, disposition assez fréquente sur nos fresques de l'Ouest (i) et que nous

(i) Voûte du sanctuaire de Notre-Dame et chapelles de Saint- Hilaire de Poitiers.

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retrouverons notamment encore autour des scènes de la nef et de la crypte de Te'glise de Saint-Savin.

Du côté gauche, un personnage en robe talaire, re- i couverte d'une chlamyde, est assis sur un siège élevé. : C'est vraisemblablement Pilate; car du côté droit, en \ face de lui, le traître Judas s^est pendu à un arbre.

Les autres tableaux occupant les faces droites de i l'épaisseur du mur de l'arcade, autant qu'on peut en juger encore, représentent d'autres scènesde la Passion, parmi lesquelles nous avons reconnu d'un côté les soldats regardant le sépulcre vide, de l'autre les saintes femmes placées du côté opposé. Au-dessous viennent des disciples de Jésus désignés par le mot Xristicou tracé en abrégé au bas de la fresque, et l'apparition de Jésus à Madeleine placée en face d'eux (i).

Au-dessus de la grande niche que tapissent ces diverses peintures, deux anges planant dans le ciel soutiennent dans une auréole l'Agneau nimbé, figure de la victime sacrifiée pour le salut des hommes, et de chaque celé d'eux se dressent deux autres figures d'anges dessinées avec une élégance très remarquable.

Six étages de peintures se partageaient jadis le pourtour des trois autres murs de cette salle. Il n'est plus possible aujourd'hui d'en distinguer quelques-uns que sur la grande paroi du midi. Le rang le plus élevé était consacré aux Apôtres, dont les figures sont encadrées dans une série de niches simulées et contiguës, à plein cintre soutenu par des colonnettes.

Parmi les scènes sous-jacentes encore saisissables,

(O^e sont deux tableaux de maître, et le temps a donné aux couleurs une transparence qui semble couvrir les sujets de ces tableaux comme d'une gaze mystérieuse. — L'abbé Lebrun.

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citons Jésus mort sur les genoux de Marie entourée des saintes femmes apportant des parfums pour l'ensevelissement, puis la mise au tombeau du Christ^ et entin audessus, de saints personnages tenant des banderoles déployées et figurant sans doute les prophètes qui avaient annoncé d'avance la douloureuse Passion du Sauveur. Ces scènes sont les plus rapprochées de la grande arcade du fond, et les autres compartiments qui les suivaient ne paraissaient avoir été remplis que de figures des saints papes et des saints évéques, dont quelques-unes sont encore saisissables à l'œil, et sont revêtus du pallium (i). La grande voûte paraît avoir été également recouverte de grandes figures devenues absolument indistinctes aujourd'hui et réduites à destachesdemeuréessur Penduit des murs.

Quoi qu'il en soit, tout ce qui précède atteste une concentration remarquable de peintures murales, scènes variées ou figures isolées de Saints régulièrement distribuées sur plusieurs rangs sur le pourtour des murailles; comme les églises d'Orient ou celles de l'Italie, décorées par des artistes grecs, en présentent seules l'exemple (2) ; et c'est là un argument puissant que M. Mérimée aurait pu faire valoir à l'appui de l'opinion qu'il a émise que les fresques de Saint-Savin avaient été exécutées sous la direction et avec la coopération d'artistes grecs. Ajoutons, comme nouvel argument en faveur de cette appréciation, que le dessin élégant et châtié de plusieurs figures de ces tableaux évidemment dessinées par le maître de ces décorateurs,

(i) L'un d'eux est le pape Gélase, dont le nom est inscrit sur le fond de la fresque à la hauteur du nimbe. j) Saint-Marc de Venise, par exemple.

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et dont les équivalentes se retrouvent sous le berceau de la grande nef, ferait honneur même à des tableaux religieux de nos meilleures écoles de l'Occident.

Peintures du Narthex de Saint-Savin.

Dans la distribution adoptée par les peintres de l'école byzantine pour les décorations muralesdeséglises de l'Orient, les scènes tristes ou menaçantes sont constamment réservées au porche ou narthex qui les précède, et cette loi est également observéedans l'Occident, comme on peuts'en assurer sur les tympans des portails de Saint-Pierre de Poitiers : celui du milieu représente, en effet, le jugement dernier, et les deux portails laté- < raux la mort ou dormition de la Vierge et la mission j donnée à saint Pierre par le Christ. A Saint-Pierre i d'Aulnay, nous avons vu à cette place, sur le portail, j le crucifiement de l'apôtre martyr et patron de cette j église. j

A Saint-Savin, les voûtes et le tympan du narthex qui ji remplacele portail absent, offrent une série de tableaux Ij qui rentrent plus directement encore dans- le génie des | décorations de TOrient. Le jugement dernier y est [i plutôt figuré symboliquement qu'avec les détails dont n nous l'avions vu accompagné sur quelques murs des U précédents édifices religieux, et les diverses scènes de [3 TApocalypscontété par prédilection étagées sur le pour- ^ tour des voûtes en berceau. Sur le devant de cette curieuse série de peintures, se courbe un arc-doubleau sur lequel sont peints les douze signes du zodiaque, emblèmes des mois de Tannée qui se renouvelle et se perpétue dans tous les âges etqui rappelle avec l'apôtre,

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que le Christ était hier, qu'il est encore et qu'il sera dans tous les siècles (i).

Les signes de ce zodiaque de Saint-Savin n'ont pas été alternes, comme cela a lieu à Civray, à Aulnay, à Saint-Pompain, etc., avec des scènes figurant lestravaux rustiques de chaque mois, genre d'illustration propre à l'école d'Occident et directement imité d'ailleurs des zodiaques romains (arc de triomphe de Reims, par exemple). Ils sontsimplement la reproductiondesfigures symboliques du zodiaque antique, et débutent comme lui parle signe du Bélier (aries) qui marquait le commencement de l'année ancienne, ce qui correspondait d'ailleurs à peu près à la manière de compter en France pendantles premiers siècles delà 3c race, puisque l'année s'ouvrait, en Aquitaine notamment, le 25 mars.

Les ligures du zodiaque de Saint-Savin esquissées en rouge, sont encadrées dans de petits médaillons à fond blanc, reliés les uns aux autres par de petites rosaces et se détachant sur un champ d'écaillés jaunes imbriquées, resserré entre deux larges bordures rehaussées d'un cordon de perles blanches.

Sur le tympan occupant la partie supérieuredu mur du narthex dans lequel s'ouvre la porte d'entrée de la nef, on voit le Christ la tête entourée du nimbe crucifère, assis sur un trône et les pieds appuyés sur le scabellum (2), signe traditionnel de la suprême puissance, attribué presque exclusivement aux personnes

(i) Jésus Cliristiis heri et lioiie et in sœcula. Il faut remarquer d'ailleurs que, sur les monuments antiques figurant des zodiaques, le centre du cercle zodiacal est également occupé par une divinité ou un empereur déirié, avec la même signitication symbolique.

(■2) Tabouret ou marchepied.

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divines. Cette figure largement drapée dans une robe talaire et un ample manteau, relevé par ses bras étendus pour rendre la sentence solennelle de la fin des temps, se détache sur le fond d'une grande auréole bordée d'un arc-en-ciel découpé en festons sur ses bords. Il est à remarquer que les doigts de la main droite du Sauveur sont disposés à peu près de la même manière que celle adoptée par les peintres grecs en forme de XP et particulière à l'Orient.

A la droite du Christ, un ange, debout, tient la croix qui rappelle le grand sacrifice ; à sa gauche trois autres figures se tiennent debout et groupées ; ce sont sans doute des anges pretsà exécuter les ordres de Dieu.

La voûte qui aboutit à ce tympan est partagée en deux parties par un ressaut du mur sur lequel se déroulent les plis réguliers et symétriques d'une bordure ou méandre multicolore, qu'on retrouve assez fréquemment sur les fresques de cette époque, à Saint- Hilaire et à Saint-Jean et jusque sur les vignettes du manuscrit de la vie de sainte Radégonde de la bibliothèque de Poitiers.

Le tambour ou pourtour circulaire du compartiment de la voûte qui touche immédiatement à la scène du tympan, est partagé en huit panneaux d'égales dimensions. Sur chacun des quatre panneaux occupant la partie supérieure du tambour, un groupe de trois anges, nimbés et drapés avec élégance, s'incline respectueusement, à l'orientale, du côté du Christ — et il faut remarquer que les très petites ailes qui accompagnent leurs nimbes sont pluiôtfaitespourpréciser leur caractère, que capables de les aider à se soutenir dans les airs. Nous reviendrons tout à l'heure sur ce point en examinant d'autres tableaux du narthex.

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Les quatre compartiments inférieurs, c^est-à-dire les deux qui garnissent chacun des côtés de la retombce de la voûte, sont occupés par autant de groupes de trois apôtres assis, comme sous la coupole du sanctuaire de Notre-Dame de Poitiers, sur des disques accolés l'un à l'autre. Le dernier groupe à gauche du Christ est complètement effacé.

Le tambour, encadré entre le cordon de méandres et le cercle zodiacal, n'est divisé qu'en six panneaux, entièrement consacrés à reproduire diverses scènes correspondant aux chapitres principaux de TApocalypse de saint Jean ; mais l'une d'elles, voisine du groupe des Apôtres, effacé, n'offre également plus que quelques traits indistincts des têtes d'une grande multitude d'hommes assemblés.

Voici l'ordre dans lequel ces scènes apocalyptiques se succèdent, en commençant à la gauche, puis à la droite du spectateur et de bas en haut :

I" Triomphe, dans le ciel, de la Vierge, le scabellum sous les pieds. Elle est assise au milieu d'une large auréole, encensée par deux anges, et entourée d'une nombreuse assemblée dans laquelle on remarque deux saints personnages nimbés, des rois, des hommes, des femmes et des religieux qui par leurs gestes semblent réclamer son arbitrage ou son intercession. Ce tableau est l'un des plus fatigués de cette série.

Peut-être le tableau, également effacé, placé au bas de Tautre retombée, représente-t-il l'assemblée des vieillards et des esprits, dont il est question dans le manuel de l'iconographie grecque, au début des scènes de TApocalypse et qui en furent les témoins, au rapport de saint Jean.

La scène placée au-dessus de la précédente montre

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«la femme revêtue du soleil, le croissant de la lune sous ses pieds » ; au lieu d'une couronne de douze étoiles, elle a un large nimbe ailé, autour de sa tête, et ces ailes lui ont été données pour fuir au désert et échapper à la poursuite du dragon à sept têtes qui la menace et qui s'apprêtait à dévorer le fils qu'elle tenait sur ses genoux, si un ange n'était venu l'enlever pour le porter au ciel, figuré par la Jérusalem céleste. Entre le formidable dragon dont la tête nimbée annonce la puissance, et le groupe de la femme, coule le fleuve vomi par ce persécuteur et qui devait la faire périr, mais que la terre engloutit aussitôt en s'entr'ouvrant. Dans le coin de gauche du tableau, saint Jean, assis, contemple avec un geste d'effroi cette vision qui lui est révélée.

En regard de cette curieuse peinture est placée la lutte victorieuse de saint Michel et de la milice céleste, avec la lance, l'épéeet le bouclier, montés sur d'ardents coursiers, contre le terrible dragon combattant à la tête des mauvais anges, aussi formidablement armés que leurs adversaires, et nimbés comme eux au moment du combat. Les deux derniers tableaux sont la traduction des divers versets du chapitre XII de l'Apocalypse.

Les deux tableaux placés au sommet de la voûte se réfèrent aux verscis du chapitre IX.

Celui de gauche traduit assez exactement les versets I à 12: « une étoile tombe du ciel au son de la trompette du S'^ange; le puits de l'abîme est ouvert, et il en sort desfigures hybrides, de'signées sous le nom desauterelles (i),à qui il est donné mission detourmenter

(i) Probablement en souvenir de l'une des anciennes plaies d'Egypte.

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les hommes. Ces sauterelles étaient semblables à des chevaux ailes, portaient sur leurs têtes à visages d'hommes, à longs cheveux et à dents de lion, des couronnes d'or ( ornées de pierreries ) , des cuirasses (en mailles) de fer, et leurs queues se terminaient par un aiguillon»; au-dessous de ces monstres sont renversés et foulés aux pieds dans l'attitude de la douleur un grand nombre d'hommes qui n'avaient pas le signe de Dieu au front.

Ces six tableaux, empruntés aux visions de saint Jean, sont loin de représenter toutes les scènes de TApocalypse, et nous sommes portés à croire que des scènes aujourd'hui disparues des murs du narthex à sa partie antérieure, les développaient plus complètement. Nous ne saurions toutefois être affirmaiif à cet égard, car les scènes peintes sur le narthex de Sainr-Savin ne sont pas toujours assez complètes pour rappeler tous les détails de chaque vision, et le décorateur a parfois jugé suffisant d'en retracer seulement quelques traits principaux.

La belle suite de tapisseries du sacre d'Angers est beaucoup plus complète à cet égard que les fresques de Saint-Savin ; mais, par contre, ces tableaux ont le défaut commun à toutes les représentations figurées du XI® siècle, de donner aux personnages de l'Apocalypse les costumes et les allures de cette époque. Toutefois, cette anomalie mise à part, chacun des épisodes reproduits sur les tapisseries dites du Roi René, traduisent tidèlement et complètement les versets de l'Apocalypse. Ainsi la scène de la femme revêtue du soleil y est couronnée de douze étoiles, et le dragon entraîne avec sa queue la tierce partie des étoiles du ciel ; dans Tépisode de l'ouverture du puits^ de l'abîme,

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Apollyon, l'exterminateur, est placé à la tête des sauterelles hybrides, et la clef du puits et l'étoile sont toutes deux figurées, tombant du ciel, détails absolument omis dans les fresques de Saint-Savin (i).

Notons, au sujet de ces dernières, que le champ ou fond des tableaux est partagé en zones horizontales, de couleurs variées, comme nous Tavons observé déjà sur des peintures de diverses époques dans notre contrée, et cette disposition est singulièrement accentuée pour la scène des anges combattant les esprits du mal. La bande supérieure es» vert-pâle ; au-dessous vient le bleu de ciel, puis le vert revient, cède à son tour la place au jaune, et enfin celui-ci au rose. Ces deux dernières couleurs semblent plus particulièrement aflfectées au sol et sont rayées de traits d'un rouge foncé, nouvelle similitude avec les fresques de Saint-Hilaire de Poitiers.

Les figures de Saint-Savin n'étant peintes qu'avec des teintes plates sur lesquelles des traits, les uns vigoureux et les autres blancs, dessinent les plis des vêtements, les décorateurs, pour éviter la confusion entre les personnages d'un même groupe, ont fait alterner le rouge, le jaune, le verdâtre et le blanc dans leurs draperies et même dans le champ des nimbes, sans paraître s'être préoccupés toujours de la signification symbolique des couleurs pour ces derniers attributs caractéristiques de la sainteté. C'est ainsi que dans les groupes des apôtres répartis par trois, un nimbe rouge se trouve entre deux jaunes qui lui sont contigus, ou un jaune entre deux rouges, etc.

(1) Cette belle série des tapisseries d'Angers a été gravée au trait par le regretté M. de Joannis.

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Les costumes des personnages sont reproduits sur les vignettes des manuscrits jusqu'à latin du xti« siècle ; les couronnes sont de forme polygonale et ornées de perles, comme toutes celles des souverains, sur les fresques de Saint-Jean, de Saint-Hilaire ; le harnachement des chevaux est pareil à celui qu'on retrouve sur la célèbre tapisserie de Bayeux (xi<= siècle).

Les attitudes des hgures sont graves et dignes, leurs gestes sobres et modérés, et les personnages principaux ont des physionomies expressives en harmonie avec le rôle qui leur est attribué. Quand l'un d'eux est une personne divine, sa taille est toujours beaucoup supérieure à celle des hgures qui l'entourent, règle dont l'école romane ne se départit presque jamais.

Les nimbes sont larges, de forme parfaitement circulaire comme les auréoles, et enveloppent complètement les tctes, règle générale pour l'ensemble des tableaux de Saint-Savin.

Enfin, un fait sur lequel nous revenons est la petitesse exceptionnelle des ailes des anges répartis dans les tableaux apocalyptiques, disposées en outre de telle sorte, qu'elles semblent plutôt une annexe des nimbes que des moyens réels de locomotion dans les airs pour ces figures célestes. N'v aurait-il point dans ce fait, renouvelé partout dans l'église de Saint-Savin, quelque intention de symbolisme pour les nimbes, attestant surtout la nature spirituelle de ces messagers divins ?

Fresques de la nef et de l'abside de Saint-Savin.

Ces fresques comprennent :

1° Un série de tableaux disposés sur dtux rangs

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surperposés de chaque côté de la clef de voûte de la grande nef. Leurs sujets sont exclusivement puisés dans l'Ancien Testament.

2" Des bestiaires disposés veriicalement sur deux rangs parallèles et conii:;us, occupant la face occidentale de deux pilastres placés à l'entrée de la nef principale.

3" Des figures de prophètes garnissant les enire-deux des arcatures de cette nef.

4° Le tableau du triomphe de la Vierge peint sur le tympan d'une arcade aveugle au-dessus de la porte d'entrée,

5° Les figures isolées qui décorent quelques parties soit des bas-côtés, soit des murs de l'abside principale ou des absidioles.

C'est dans cet ordre que nous allons les examiner.

Tableaux du berceau de la nef. -- Un mot, d'abord, sur Tordre dans lequel les curieuses fresques interprètes de diverses scènes de l'Ancien Testament ont été disposées sous cette voûte. r

Nous avons dit qu'elles formaient deux rangs super- 1 posés, à compter du sommet de la voûte, de chaque |i côté de ses retombées. 1:

Les scènes qui les composent sont distribuées dans || cet ordre particulier que les Grecs appelaient boustro- 'I p/iedon, parce qu'il rappelle le va-et-vient des bœufs |; de labour ouvrant un premier sillon et traçant ensuite ;! un sillon parallèle et contigu en revenant sur leurs pas : ; en un mot, c'est à peu près ce que nous désignons au- il jourd'hui sous le nom de lignes disposées en lacet. '\ Cette remarque appartient à M. Mérimée, qui l'a faite J le premier.

Les tableaux de la création jusqu'à l'expulsion du i;

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Paradis terrestre occupent les deux lignes de la seconde travée peinte à gauche du spectateur, à l'entrée de la nef (i'"'" lacet), puis la série reprend dans le rang d'en haut par Adam bêchant la terre, scène effacée, suivie de Toffrande d'Abel et de Gain, jusqu'au sacrifice de Noc à la sortie de Tarche et à ses premiers travaux, quand les eaux du déluge se furent retirées, scène qui termine ce premier rang supérieur de gauche du côté de Tabside, et dont la suite reprend dans le rang supérieur placé en face de Tautre côte de la voùte^ pour continuer la série jusqu'à la bénédiction d'Abraham par Melchisédech, du côté de l'entrée de la nef ; — puis la série reprend de nouveau au rang inférieur et se continue par la mort de ce patriarche et l'histoire de Joseph, et le surplus des tableaux, reproduisant celle de Moïse, retourne vers l'abside, dans le rang inférieur du côté gauche. Un certain nombre de scènes font lacune, et d'autres sont en partie effacées dans ces diverses séries, par suite du mauvais état des enduits que des inhltrations et le salpêtre ont causé.

Quelques mots rapides sur ces tableaux bibliques.

I" La création du ciel et de la terre occupe un compartiment entier. Dieu sous la figure de Jésus, reconnaissable à sa tête environnée du nimbe crucifère, suspend le globe du soleil et celui de la lune dans l'espace indiqué par des cercles concentriques. Le soleil est figuré par un cercle rouge au milieu duquel se dessine un buste d'homme, et la lune par un cercle jaune avec un buste de femme ayant une croix sur la tête. Autour du Créateur la terre est déjà couverte d'arbres.

Une remarque avant de passer outre.

Les peintres chrétiens de l'école grecque ne figuraient jamais Dieu le Père sous des traits humains, et le

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remplaçaient toujours par la figure de son Fils dans leurs tableaux, comme pour attester sa mission divine et sa coexistence avec lui de toute éternité. Cette règle est fidèlement observée sur les fresques de Saint-Savin ; et la seule main divine, sortant des nuages, atteste, de loin en loin, l'intervention directe du Créateur. Dans l'Occident, la même règle subsiste jusque vers la fin du moyen âge.

2° Un tableau disparu dans lequel on voyait sans doute une autre scène de la création.

3" Le tableau placé au-dessous du précédent montre la création d'Adam, puis d'Eve qui lui est donnée pour compagne, et sa tentation par le serpent : trois épisodes dans le même cadre, sans séparation entre eux (i).

4° A la suite du précédent, Adam et Eve se cachent, honteux de leur nudité, avouent leur péché, puis sont expulsés du paradis, en punition de cette première faute qui pèsera sur toute leur postérité.

5° Ici encore, un tableau effacé, et probablement Adam condamné désormais au travail, et bêchant la terre, scène qui figure toujours dans l'iconographie grecque.

(i) Dans le premier tableau, le Verbe fait chair lire Eve d'une côte d'Adam ; dans le second, le Verbe présente Eve à Adam qui lui tend les bras en disant : a Voici l'os de mes os et la chair de ma chair. » C'est le premier mariage de la race humaine béni par Dieu lui-même ; dans le troisième tableau, Eve cause avec le serpent dressé sur sa queue et succombe à la tentation. Chacun de ces tableaux n'est séparé des autres que par un arbre symbolique, et les deux Eves s'y tournent le dos, n'ayant entre elles que cet arbre. Eve innocente a de la barbe comme Adam, Eve coupable n'en a pas. Tout dans la première, la physionomie, l'attitude, respire l'innocence; tout dans l'autre exprime le contraire. — L'abbé Lebrun.

de V Église Abbatiale de S.-Savin-siir-Cartempe. 5 i

6" Abel offre au Seigneur le premier- né de ses agneaux, it, comme signe que son offrande est agréée, sa tête est Drnéed'un nimbe. Jésus, tourné de son côté, Taccueille d'un geste bienveillant, tandis qu'il tourne le dos à Oain qui apporte à son tour la première gerbe de sa moisson.

7" Dans le tableau suivant, Gain, en tuant son Irère avec une massue, s'est vengé de la préférence donnée à l'offrande d'Abel ; puis le Seigneur reproche son crime au meurtrier et le maudit. Une simple ligne verticale dans le tableau sépare ces deux épisodes coniigus.

8° Le compartiment qui suit montre une figure vue par le dos, les deux bras élevés, dans l'attitude de la prière, vers le ciel figuré par un arc nué de diverses couleurs. C'est Enos, fils de Seth et petit-fils d'Adam, qui, le premier, commença à invoquer le nom du Seigneur.

9° Le Seigneur prévient Noé, homme juste au milieu des hommes pervertis de son temps, qu'il a résolu de faire périr le genre humain, et lui donne ses instructions pour la construction de l'arche.

10" Figure de Tarche, vaisseau à trois étages, renfermant, outre la famille de Noé, les souches des divers animaux, et flottant sur les eaux du déluge. La lorme de cette nef est celle des anciens vaisseaux des pirates normands, de la tapisserie de Bayeux. Il esta remarquer que le fond de ce tableau est le seul de toutes les séries peintes sur la voûte de la nef qui soit divisé en zones alternativement vertes, bleues et jaunes. Le peintre a-t-il voulu par là faire allusion à la perturbation causée par le grand cataclysme sur la terre? Généralement, dans les autres tableaux, des tons différents suffisent à distinguer le ciel du sol que foulent les per-

Aperçu historique et description

sonnages mis en scène : mais d'un tableau à un tableau voisin, la couleur du fond change, pour mieux les faire distinguer l'un de l'autre.

Il" Dieu parlant à Noé lui dit : « Sortez de Tarche avec votre famille » ; gestes expressifs des diverses figures.

12° Noé dresse un autel au Seigneur, et lui offre'un holocauste ; le Seigneur le bénit, lui et ses enfants, et leur dit : « Croissez et multipliez- vous et remplissez la terre. »

i3° Noé, appliqué à cultiver la terre, taille sa vigne nouvellement plantée.

14° Ayant bu du vin, il s'enivra et se coucha dans sa tente ; ce qu'ayant vu, son filsCham le tourna en dérision ; mais Sera et Japhet le couvrirent de leurs manteaux. Cette scène est rendue avec une naïve grossièreté sur cette fresque.

15" Noé, instruit à son réveil de ce qui s'était passé, maudit Cham et sa postérité. — A ce côté se trouve une fresque difficile à interpréter.

16° Au moment de se séparer, les hommes élèvent la tour de Babel. Ce tableau, assez développé, montre le» ouvriers occupés à construire le monument qu'ils vouf laient élever jusqu'au ciel, en témoignage deleur gloiret seulement ce ne sont pas des briques, comme l'indiqu^ le 3^ verset du ch. xi de la Genèse, qu'ils emploient, mais de grosses pierres d'appareil, comme celles employées à la construction de l'église de Saint-Savin et des monuments contemporains. L'un des ouvriers, d'une taille gigantesque, soutient à bras tendus une de ces pierres, et la passe à l'un des maçons juchés au sommet de la tour. Cette taille et ce tour de force indiquent l'orgueilleux inspirateur de cette œuvre ; mais, du côté

Je r Église Abbatiale de S.-Savin-sur-Gartempe. 53

opposé, le Seigneur, l'ayant examinée, confond le langage de tous ses coopiratturs, ce qui les oblige à se disperser en laissant le monument inachevé.

A la suite de ce tableau viennent ceux qui sont consacrés à rhistoire d'Abraham.

Le 17* rappelle l'alliance du Seigneur avec Abraham; le 18*, la séparation d'Abraham et de Lot, qui alla habiter les villes des bords du Jourdain. L'une d'elles est figurée par une tour carrée et crénelée, au sommet de laquelle une sentinelle sonne de l'oliphant ; le 19", la victoire d'Abrahan) et de ses serviteurs sur les rois qui avaient capturé la famille de Lot. L'un des rois vaincus tient une lance, au sommet de laquelle flotte un pennon de chevalier, comme on les retrouve sur la tapis erie de Baveux. Le 20*, Melchisédech, roi de • Salem et pontife du Très-Haut, bénit Abraham après sa victoire ; le 21'^ Abraham refusant généreusement ia part du butin repris sur les rois ; enfin le 22^, les funérailles de ce patriarche.

A la suite àtce. petit nombre de scènes, qui sont loin de reproduire toutes celles indiquées dans la Genèse, viennent les tableaux consacrés à l'histoire de Joseph, sans qu'il soit fait mention de l'histoire d'Isaac. Le 22* compartiment montre Jacob envoyant Joseph vers ses frères, dans le pays de Sichem ; dans le 23% les frères de Joseph le vendent, moyennant vingt pièces d'argent, à des marchands Ismaélitesqui l'emmenèrent en Eg\-pte. Dans le 24% ces marchands le cèdent à Putiphar. général des troupes de Pharaon; dans le 25% Joseph est accusé par la femme de Putiphar, et mis en prison : dans le 26% il est conduit devant Pharaon, lui explique ses songes et devient son ministre tout-puissant : dans le 27% les frères de Joseph viennent en Egypte dont ils

avaient besoin, en raison de la famine qui régnait partout ; dans le 28°, Joseph se fait reconnaître par Jacob et par toute sa famille qui l'avait accompagné en Egypte ; sur le ig" et dernier tableau de cette rangée, Joseph, couronné comme un roi et le sceptre à la main, est monté sur un char de triomphe.

La dernière série se réfère au texte de l'Exode ; mais elle débute par une grande lacunede la voûte qui représentait sans doute l'enfance de Moïse, les miracles opérés par lui devant Pharaon, et la célébration de la Pâque. Le oo" tableau restant représente le passage de la Mer Rouge, au moment où les chariots et la cavalerie de l'armée égyptienne vont être engloutis sous les eaux, sur un signe de l'ange protecteur des Hébreux. A la suite de ce passage, le décorateur ne reproduit aucun des miracles opérés dans le désert par Moïse, ni la victoire de Josué sur Amalec. Le Si" et le 3 2« représentent le peuple hébreu assemblé et debout, et devant lui Moïse à genoux recevant du Seigneur les tables de la loi au milieu du tonnerre et des éclairs.

C'est à cet avènement de la loi du Décalogue que s'arrête la série de la mise en scène de TAncien Testament, et qui sera remplacée par la loi évangélique, sa descendance directe et son complément.

La personne du Seigneur, toujours sous la figure du Christ, est encadréedans une auréole elliptique, entre deux groupes d'anges sonnant de l'oliphant, et, à la suite de ces groupes, une nouvelle lacune fait penser qu'il manque encore une dernière scène de ce côté pour terminer l'Exode.

Il résulte clairement de cette analyse fidèle des fresques de cette voûte, que les décorateurs ne s'astreignaient pas à reproduire au complet tous les épisodes des lé-

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gendes bibliques, et se contentaient de les rappeler par quelques scènes, choisies à leur gré dans leur manuel d'iconographie.

La pantomime de leurs personnages, sans se départir d'une certaine réserve, est convenablement appropriée à leurs rôles dans les divers tableaux. — Certaines figures, et notamment celles des anges et de Dieu sous la figure de son Fils, sont dessinées avec une remarquable élégance ; et si toutes les autres n'ont pas le même mérite, c'est qu'elles sont dues aux aides du maitre décorateur, qui s'était réservé sans doute les principales.

Comme dans toutes les peintures murales antérieures au xvi= siècle, la perspective est fort maltraitée sur les fresques de Saint-Savin, et tout particulièrement quand l'artiste a voulu représenter des édifices ou des chariots. Quant aux draperies des vêtements des principales figures, elles sont dessinées avec soin ; et, sans s'éloigner absolument de lasymétriedes plis de Técole romane, le décorateur a su leur donner delà grâce et faire même sentir le nu sous leurs voiles. Peut-être faut-il lui reprocher seulement les attitudes trop étudiées de certaines figures qui semblent presque poser avec affectation devant le spectateur pour attirer son attention.

Bestiaires de la nef. — Au-dessous des tableaux de la grande voûte consacrés aux scènes de la création, une série d'animaux de toute espèce est peinte sur deux rangs, développés du haut en bas sur des pilastres de l'entrée de l'église. Ils forment, par suite, dans l'intention des décorateurs, le complément naturel des tableaux supérieurs.

L'habitude d'orner de plantes, de fleurs et de figures d'animaux principalement les bordures et accessoirement le champ des peintures, est venue de lOrient ;

56 Aperçu historique et description

mais c'est l'Occident qui paraît en avoir composé ces groupes condensés qu'on désigne sous le nom de bestiaires et qui admettent même les animaux fantastiques ou hybrides, copiés sur les anciens monuments de Textrême Orient.

L'école romane, comme nous l'avons signalé plusieurs fois déjà, disperse volontiers ces figures sur les ' chapiteaux, les modilions, les métopes des portails, des nefs et des absides, souvent péle-mêle avec les signes zodiacaux, ou les dispose en séries continues sur quelques archivoltes, en donnant la préférence aux animaux que la symbolique adopte comme des types facilement reconnaissables des vices de l'humanité, et parla elle atteint un double but : rappeler l'œuvre de la création et stigmatiser nos imperfections. j

A Saint-Savin, les figures des bestiaires peints sur i les deux pilastres indiqués ne remontent qu'en partie à I Tancienne décoration de l'église, et se concentrent sur l'un des deux seulement ; Tautre est une imitation i récente datant des dernières réparations de l'église, dans • le but de rétablir la symétrie de son ornementation.

Chacune des figures d'animaux, bipèdes ou quadru- 1 pèdes, occupe un compartiment séparé, et a pour pen- i dant, dans le compartiment qui lui correspond horizon- I talement, un animal du même ordre face à face avec lui ou tourné dans le même sens ; des courants de ; feuillage leur servent d'élégants encadrements. |

La voûte en berceau de la grande nef, couverte des i peintures bibliques que nous avons énumérées, est ' limitée vers le bas par une corniche qui la sépare des j arcatures jetées d'une colonne à l'autre sur tout son I développement. Il y avait donc entre ces arcatures des espaces libres, des tympans, que les décorateurs de

de V Eglise Abbatiale de S -Savin-sur-Gartempe. 5j

Saint-Savin ont utilisés pour peindre les figures des patriarches et des prophètes, afin de compléter Thistoire de [^Ancien Testament.

Malheureusement presque tous les personnages ont disparu, et il ne reste plus guère qu'un seul spécimen intact de tous ceux qui occupaient ces vides. Sa figure se dresse de toute sa hauteur au-dessus de l'un des chapiteaux et occupe Tentrce de deux arcatures voisines s'écartant en sens inverse, ce qui a permis au peintre de le représenter les bras étendus et les deux pans de son manteau largement déployés. De Tune de ses mains il tient l'extrémité d'une banderole sur laquelle on lit en capitales onciales superposées de haut en bas :

JONAS IN VENTRE (ceti).

Les médaillons encadrant les bustes des autres personnages appartenant à la même période de Thistoire sainte, s'étageaient évidemment le long des tambours des arcades, comme il en reste des spécimens sous la voûte du sanctuaire de Sainte-Radégonde ; mais ils ont disparu à Saint-Savin.

Vierge du mur occidental de Vcglise. — Nous avons dit que, dans le tympan en retraite qui surmonte la porte d'entrée de Téglise, du côté de l'occident, était peint le triomphe de la Vierge ; il serait peut-éire plus exact de dire qu'on retrouve sur cette partie de l'église de Saint-Savin un tableau équivalent à celui qui figure dans lés couvents grecs du mont Athos au revers du mur sur la porte d'entrée du monastère, et qui pour cette raison est appelé le tableau de la Vierge portière.

Ici nous sommes en présence d'une peinture que M. Mérimée attribue avec juste raison, à notre avis^ à la fin du xin>^ siècle, tant elle rappelle, par son attitude surtout, lesVierges du Giotto, qui commençait à

Aperçu historique et description

peindre à latin de ce siècle, et qui continua dans le premier tiers du siècle suivant.

La tête de cette Vierge, entourée d'un nimbe bleu, est couverte d^une coiffure élevée, et surmontée, autant que l'état de la peinture permet de le distinguer, d'une couronne assujettisant un voile blanc dont les plis se drapent sur ses épaules en festons réguliers. Elle est vêtue d'une robe talaire jaunâtre, que recouvre un ample manteau rouge brique retombant des épaules jusqu'au bas de la robe. L'Enfant Jésus^ en robe blanche, est placé à la manière byzantine sur les genoux de sa mère dans l'attitude de bénir. Autour de sa tête on distingue un nimbe blanc à croisillons bleus.

Ce groupe est assis sur un trône de forme antique^ pareil à ceux des figures royales de nos manuscrits de la première race, et s'encadre dans une grande auréole bilobée, fréquente dans les décorations romanes. Son pourtour est dessiné en festons imitant des nuages, et de chaque côté sont deux anges ou saints patrons de Féglise (saint Savin peut-être et saint Cyprien) entouré d'un arc-en-ciel, et qui élèvent leurs bras en signe de vénération vers le groupe divin. Au-dessous d'eux se montrentagenouillésdeuxsaintsabbésde('Saint-Savin?), reconnaissables aux crosses qu'ils tiennent à la main. Une, grecque, élégante, sert décadré à cette peinture, à peine distincte aujourd'hui (i).

Peintures des transepts et de Vabside. — Sur le pilier de Tune des chapelles s'ouvrant sur le transept du Nord, est sculptée en bas-relief une figure décapitée dont on n'aperçoit plus que le nimbe, à côté duquel on

(i) Cette fresque est ornée de verroteries de diverses couleurs. - L'abbé Lebrun.

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lil en lettres onciales disposées sur trois lignes, le nom de Gabriel. Celte figure ailée, vêtue d'une robe et d'un manteau à plis symétriquement étages, tient de sa main droite une longue croix terminée intérieurement par un fer de lance. La base mutilée de ce bas-relief ne permet pas de reconnaître si l'archange foulait aux pieds le dragon terrassé. C'est un des exemples, devenus rares, de la statuaire revêtue de couleurs variées qui la rapprochent des fresques contemporaines (i).

Du côté opposé, sur le mur d'une chapelle latérale, on distingue sur un fond étoile une longue figure d'évêque, dont les équivalentes se dessinent encore vaguement sur quelques-uns des piliers du sanctuaire. Celle dont nous parlons se détache, largement nimbée, sur un fond étoile, coiffée d'une de ces mitres basses des xiii*^ et xiv siècles; elle est vêtue d'une robe talaire recouverte d'une ample chasuble relevée sur les bras et décorée sur la poitrine du saint personnage de la croix en forme d'Y, qu'on remarque également sur les figures d'évêques peints de Saint-Hilaire de Poitiers, d'une époque plus ancienne. De la main gauche elle tient une longue crosse posée transversalement, la volute tournée à Tintérieur, ce qui paraît une anomalie, car le nom de S. Nicolaus est écrit sous ses pieds ; ce n'est donc pas un simple abbé de monastère.

Tout à côté, sur un des montants de la chapelle du transept du sud, autre figure à peine distincte, mais que nous avons reconnue, il y a bien des années déjà, pour être celle de saint Christophe passant le torrent, l'Enfant Jésus sur son épaule gauche, et s'appuyant de

(i) Nous avons redonné à cette statue une tête et des pieds, sous lesquels elle foule le dragon infernal. — L'abbé Lebrun.

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la droite sur une longue gaule ; il est enveloppé dans un ample manteau aux larges plis, qui annonce le faire du xv"" siècle.

Ce doit être aussi à cette époque un peu sans génc et souvent grivoise, que remonte le récit de la légende tel qu'il a été conservé dans les souvenirs populaires de la contrée. Ce géant païen, sur le conseil d'un bon ermite, s'était fait passeur d'un torrent, et mis ainsi au service de tous les voyageurs, dans l'espoir qu'en récompense de cette œuvre charitable, Jésus-Christ se manifesterait à lui.

Un jour, un jeune enfant se présenta sur l'autre rive, réclamant le secours du géant pour franchir le torrent. Christophe s'empressa de le charger sur Tune de ses épaules, et se mit en devoir de lui taire passer l'eau ; mais plus il avançait dans le torrent, et plus l'enfant se faisait lourd et le gênait dans ses mouvements ; surpris et impatienté de cette charge extraordinaire comparée à l'exiguïté du passager, le grossier géant, tournant la tête de son côté, s'écria: « Sais-tu, petit... » (ici un trop gros mot pour le reproduire) « que tu es bienlourd !» — « Ne t'étonnes pas, lui fut-il répondu, car tu portes le monde et celui qui l'a créé : c'est moi qui suis le Christ. » Le géant se convertit et convertit des multitudes à la vue du miracle plusieurs fois renouvelé de sa longue gaule plantée en terre et se couvrant immédiatement de feuilles, de fleurs et de fruits, et ce fut depuis lors qu'il porta le nom de Christophe (qui porte le Christ).

Sauf les figures de saints personnages encore saisissables sur les revers des piliers du sanctuaire, on n'aperçoit aucune trace de peintures murales sur la partie centrale du chœur. La voûte notamment en est dépour-

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^ue ; mais elles ont sans Joute disparu par le fait de quelques réparations peu soucieuses de ce genre d'orlementation. C'était en effet la place du Triomphe de a Vierge ou du Christ. Il est à remarquer que la leule baie ogivale de l'édifice est celle qui éclaire le ond de la coupole du sanctuaire, qu'elle doit être une ■nodification plus récente que la construction primi- ;ive de rédifice, et que c'est alors peut-être qu'auront iisparu ces peintures *. C'est également à cette époque xiv=ou x\"= siècle) qu'il faut rapporter la fausse chamelle ou décharge de la sacristie, aux voûtes ogivales 1 nervures entrecroisées.

Le pourtour du mur de la chapelle absidale dite de saint-Marin était entièrement peint à fresque ; à léfaut de moulures sculptées, ce sont des cordons de "euillages ou de grecques qui courent au bas de la :oûte et de son arc d'entrée, et qui ceignent le pourtour ie ses trois baies. Au-dessous de ses fenêtres romanes, ie déroule une série d'arcatures aveugles et contiguës portées sur des colonnettes, dont les intervalles sont )ccupés par des figures d'anges, tandis que, sur leurs ympans en retraite, sont peintes les figures de divers ;aints et saintes. Les noms de quelques-unes de ces igures se lisent encore en onciales à la hauteur de eurs nimbes, et notamment les suivants: Zacharia, Kelisabeth {sic) et Rosalia. Toutes ont une physiolomie singulièrement austère et dure. Enfin sur le Tiur de retour de la même chapelle, vers l'entrée, lous avons relevé, il y a longtemps, une scène assez

(r) Cette baie ogivale n'existe plus : elle a été' remplacée par rois baies romanes, qui ont rétabli cette partie de notre église lans son état primitif. — L'abbé Lebrun.

ABBÉ LEBRLN. 2**

6i Aperçu historique et description

semblable à l'une de celles que nous a fournies une des chapelles du transept sud de Saint-Hilaire, figurant la mise au tombeau d'une sainte femme par deux autres figures, au milieu d'une nombreuse assistance dont tous les personnages sont nimbés, comme ceux du premier plan. A la partie supérieure de cette scène, dont le champ est partagé par des bandes multicolores, apparaît la main divine bénissant la morte. Est-ce la dormition de la Vierge?

La face extérieure du tombeau est ornée de cannelures en forme de strigiles et sa perspective est très fautive, comme sur les fresques delà nef avec lesquelles elle a plus d'an rapport.

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