‹ L'Abbaye et l'église de S.-SavinChapitre 5 sur 18 · FRESQUES DE LA LEGENDE DE SAINT SAVIN ET DE SAINT CYPRIEN · texte numérisé non relu

FRESQUES DE LA LEGENDE DE SAINT SAVIN ET DE SAINT CYPRIEN

Nous avons dit que cette confession était divisée dans sa longueur en deux parties par un arc-doubleau ou par une arcade saillante à plein cintre, comme la voûte en berceau qui règne dans toute la crypte, et la partage ainsi en une petite nef sur le mur de laquelle se déroulent les scènes de martyre, et une abside ou sanctuaire qui contient l'autel.

Le sommet de la voûte de ce sanctuaire est occupé par une grande fresque représentant le Christ triomphant au sein d'une large auréole flanquée, à ses quatre angles, des symboles évangéliques: l'ange et l'aigle, à la partie antérieure, le lion et le bœuf du côté opposé, le tout contenu et limité dans un cadre rectangulaire.

Le Christ, largement nimbé, vêtu d'une robe talaire, d'une longue tunique à larges manches ornées d'orfrois et sur laquelle se drape un manteau, bénit de la main droite étendue, et soutient de l'autre le livre divin.

Assise sur un trône et les pieds nus appuyés sur un scabellum, cette figure, pareille au Christ du narthex, se détache sur le fond bleuâtre qu'encadre l'auréole ; et sur son pourtour on lit encore quelques mots incomplets de l'inscription qu'il portait et dont le sens parait être : « le souverain Juge accorde aux saints la récompense due à leurs vertus ».

Au sujet des figures évangéliques qui accompagnent l'auréole, nous renouvelons l'observation déjà faite pour les anges du narthex. C'est que leurs ailes sont plutôt un accessoire, un accompagnement du nimbe qui entoure leur tête et dont elles suivent le contour, que de véritables ailes propres à les soutenir dans les

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airs, fait confirmé d'ailleurs par la figure de l'aigle qui se trouve ainsi pourvu de deux paires dailes, l'une naturelle et l'autre symbolique.

Au-dessous de ce triomphe du Christ, se dessinent sur chacune des retombées de la voûte trois figures de saints encadrées sous des niches peintes que supportent des colonnettes torses, ou simulant l'agate, et de plus le mur de chaque côté de la baie ouverte au fond de la crypte porte encore deux autres figures de saints nominativement désignés par deux inscriptions tracées à hauteur de leurs tètes. Ce sont FERCINCTA et Pru- DENciLs. L'une et l'autre, largement drapées comme les meilleures figures du berceau de la nef, soutiennent de leur main gauche voilée d'un pan de draperie une sorte de coffret à parfums, carré, orné de pierreries et de cordons de perles. L'ne partie de ces figures a disparu par suite de l'ancienne inondation.

La voûte delà partie antérieure, ou nef de la crypte, est décorée de quatre rangs de fresques séparés entre eux par de larges bordures perlées, de couleurs variées, et dont l'une, celle de la clef de voûte, est enjolivée d'un ruban gris à revers jaune ourlé de filets blancs, qui détache son double zigzag sur un fond brun.

La partie inférieure du mur au contact du dallage est couverte de draperies grises et jaunes symétriquement relevées en baldaquins par des nœuds qui les rattachent à une large bordure formée de lignes alternativement jaunes et rouges, perlées de points blancs. Ces draperies élégantes, dont les plis sont marqués par des traits foncés et clairs selon les exigences de l'effet, sont en outre ornées d'orfrois richement brodés, dont on peut saisir quelques traces, malgré les dégradations que les peintures ont subies parla cause que nous avons rappor-

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tée déjà et la persistance de l'humidité dans ce caveau profond qui depuis si longtemps n'était plus aéré. Ce même effacement a atteint surtout les tableaux de la rangée, inférieure, ettoutparticulièrementducôté droit en entrant (i).

Les scènes de la partie gauche de la voûte vue de l'entrée reproduisent la première série de la légende douloureuse de saint Savin et de saint Cyprien, dans laquelle figure le juge Ladicius jusqu'au moment où il périt victime des flammes dans lesquelles il avait vainement fait jeter ces deux saints.

La seconde série développée sur la retombée opposée complète les scènes de supplice ordonnées et présidées par Maximus, second juge et chef de la province.

Au contact de la clef de voûte, le rang supérieur des tableaux de gauche montre successivement:

1° Saint Savin et saint Cyprien haranguant le peuple pour le convertir à la foi chrétienne : cette première scène se passe sous le péristyle d'un édifice à pignon surbaissé et à toit imbriqué de tuiles disposées en écailles remontantes comme celles des clochetons de Notre- Dame et de Montierneuf, et des manuscrits du xn" siècle. Les colonnes qui supportent les murs ont des fûts cannelés ou peints comme des marbres veinés.

2° Les deux Saints amenés devant Ladicius, les uns et les autres désignés par leurs noms écrits soit horizontalement, soit dans le sens vertical, en capitales rustiques, refusent de sacrifier aux faux dieux. Les deux Saints sont debout et indiquent leur refus par leurs gestes. Ils ont la tête nue, mais nimbée, portent une

(i) Cette crypte n'est point humide, et je crois qu'elle n'a point été envahie par les eaux delà Gartempe. — L'abbc Lebrun.

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courte tunique étroitement plissée autour du torse ; un ample manteau ou chlamyde est fixée par un nœud de rubans sur leur épaule gauche ; et leurs chaussures à la modecarlovingienna sont maintenues pardts courroies lacées en croix autour de leurs jambes.

Ladicius assis sur le coussin d'un trône, et ses pieds reposant sur un escabeau, meubles exactement pareils à ceux des vignettes coloriées de la vie de sainte Radegonde (xii'' siècle), est vêtu de la même manière que les deux Saints, à Texception que sa robe est plus longue que leur tunique et que sa tête est coiffée d'une sorte de bonnet d^Atys, comme ceux figurés sur les manuscrits de la même époque.

Comme cela a lieu pour les tableaux successifs de la nef, la couleur du fond de chaque scène varie du gris au jaune et au vert pâle, sans doute pour les rendre plus distinctes les unes des autres, etle sol ou plancher, également d'un ton différent de celui de chaque fond, est en outre rayé d'une couleur plus accentuée.

3° Par l'ordre de Ladicius, saint Savin et saint Cyprien, saisis par les tortionnaires et dépouillés de leurs vêtementSj sont soumis au supplice des crocs de fer avec lesquels on leur laboure cruellement les chairs.

4" A l'issue de cette épreuve qui n'a pas lassé leur constance dans la foi, ramenés devant Ladicius, ils persistent dans leur refus de sacrifier aux idoles.

5" A la suite de ce nouveau refus, ils sont reconduits en prison. Dans le rang de scènes inférieures du même côté, fort éprouvées par l'humidité des murs, on distingue principalement celle où les Saints, en présence de Ladicius stupéfait, et de tout le peuple, rendent hautement hommage à Jésus-Christ. Le milieu du tableau est occupé par une grande auréole, au milieu

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de laquelle le Sauveur, debout et les bras étendus et couverts des deux pans de son large manteau, recouvre et abrite sous leurs plis saint Savin et saint Cyprien agenouillés à ses pieds.

Les autres scènes, devenues indistinctes, reproduisaient sans doute Tépisode du supplice du feu qui fut infligé aux Saints et dont Ladicius fut victime avec un grand nombre de ses satellites (i).

Du côté droit, le rang supérieur de tableaux représente successivement :

1° Les deux Saints amenés par cinq geôliers ou accusateurs devant Maximus, vêtu comme était Ladicius; et les noms des trois personnages sont tracés auprès de chacune de leurs figures.

2° et 3° A la suite de cette comparution, saint Savin et saint Cyprien, condamnés au supplice de la roue, subissent isolément ce nouveau martyre, qui semble^ d'après la mise en scène adoptée par le peintre, consister seulement dans Tassujettissement de leur corps à travers les raies d'une roue fixée au sommet d'un poteau, et à laquelle les bourreaux impriment un mouvement rapide de rotation autour de son essieu.

Sous ces deux scènes on distingue encore ces mots de la légende tracée au bas : tormenta laborant.

Cette disposition particulière des suppliciés dans la roue, au lieu d'être attachés sur le pourtour et lacérés pardes crochets aigus ou des lam.es tranchantes, nous a rappelé la même attitude donnée à Ixion sur un sarcophage antique du musée Pio-Clémentin de Rome, et confirmé dans l'opinion que les fresques de cette crypte

(0 L'une d'elles reproduit très distinctement un miracle de p^rison opéré par nos deux Saints, — L'abbé Lebrun.

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avaient tité composées d'après d'anciennes illustrations de manuscrits des premiers siècles du moyen âge.

Le dernier tableau de ce même rang montre les deux Saints exposés à la voracité des lions du cirque, et la stupéfaction des juges et de ses acolytes en voyant ces bctes féroces, au lieu de déchirer leurs victimes, ramper à leurs pieds commedes animaux familiers et caressants, et de très petite taille.

Le rang inférieur, que nous avons dit avoir été le plus maltraité par l'humidité, ne laisse apercevoir que la dernière scène de la décollation des deux martyrs au bout de leurs épreuves. Le bourreau, armé d'une épée formidable, à large lame, semble devoir trancher leurs têtes d'un seul coup.

L'un des deux martyrs tient à la main un vase à long col en forme de tiole, et le renverse, comme pour indiquer que sacarrière mortelle est arrivée à son terme. Vers le haut du tableau, la main divine sort d'un nuage et bénit le saint martyr (i). Il est à remarquer que cette main n'est pas nimbée, comme cellequi figure sur l'un des chapiteaux du chœur de Saint- Pierre de Chauvigny. Dans la crypte, comme dans les autres parties de l'église de Saint-Savin décorées de fresques, le nombre des couleurs employées par les peintres est toujours borné au jaune, au rouge-brun ou lie de vin, au vert pâle, au gris et au blanc, et la majeure partie des esquisses est accentuée à la sanguine ou au brun rouge.

M. Mérimée, dans le texte qui accompagne l'atlas polychrome des fresques de Saint-Savin, œuvres de

(i) Les tableaux représentant le martyre de saint Savin et de saint Cyprien sont distincts et sépares l'un de 1 autre. - L'abbé Lebrun.

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peintres grecs, pense que les peintures de la tribune, du narthex, de la nef et de la crypte sont contemporaines et peuvent être rapportées à la première moitié du xi"^ siècle, au moment même où l'église venait d'être achevée; que celles dont on n'aperçoit plus que des traces dans le chœur, dataient de sa reconstruction par Odon II au milieu du même siècle; que celles de la chapelle de Saint-Marin les suivirent d'assez près, et qu'enfin la Vierge portièreavait les caractèresd'une peinture de i25o à i3oo.

Nous pensons qu'en raison de la similitude des attitudes, des attributs et des vêtements des diverses figures delà majorité des fresques dans la tribune, le narthex et la nef^ il y a lieu, comme l'a fait M. Mérimée, de les attribuer etîectivement à des peintres d'une école plus habile que ne l'étaient celles de l'Occident au xi* siècle ; mais, en ce qui concerne les tableaux de la crypte, nous trouvons plus d'analogie entre leurs figures et celles des vignettes de nos manuscrits du xn'' siècle, et nous croyons qu'elles en sont une imitation directe. Il y a en effet une assez grande différence entre la désinvolture des personnages principaux des scènes de la Genèse et de PExode de la nef et la roideurou les gestes compassés, mécaniques, des fi{.'ures du martyre de saint Savin et saint Cyprien, qu'on retrouve exactement les mêmes sur les vignettes des manuscrits de la Vie desainte Radegonde, que nous avotis plusieurs fois mises en parallèle avec ces fresques.

Quoi qu'il en soit, c'est l'ensemble des décorations murales de cette remarquable église qui reste dans l'Ouest comme le type le plus complet à étudier pour les XI" et xii" siècles, tandis que, dans les autres édifices religieux contemporains, on ne peut guère saisir qu'à

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la dérobée quelques épisodes de fresques anciennes se rapportant aux mêmes dates.

Disons en terminant. — et peut-être cette opinion surprendra-t-elle bien des lecteurs, — que les chromolithographies de l'atlas de M. Mérimée ne sauraient être regardées comme une fidèle reproduction des fresques de Saint-Savin, parce que l'artiste, certainement éminent, qui les a dessinées ne s'est pas suffisamment astreint à les copier avec une fidélité assez scrupuleuse, ce qui était absolument indispensable au point de vue de leur étude archéologique.

Enfin, puisque nous sommes en train de tout dire, regrettons que le patron de ce grand ouvrage n'ait pas jugé à propos de multiplier davantage les scènes dont il a fait choix, et surtout n'ait pas fait exécuter par son dessinateur des tableaux d'ensemble de chacune des parties de Tédifice. comme il l'a fait pour la voûte de la nef, ce qui permet au lecteur de suivre d'une manière satisfaisante la liste des sujets décrits dans le texte. Nous regrettons particulièrement cette omission pour le narthex, la tribune et la crypte.

Redisons qu'en arrière d'elle, à un niveau plus inférieur encore, existe un second caveau dans lequel a été placé le coffret ou châsse de pierre qui contenait les ossements de saint Marin et qui est encore enveloppé des chaînes qui attachaient jadis son couvercle. A la voûte de cette seconde crypte on aperçoit des ouvertures ménagées qui correspondent à Testrade de l'autel de la chapelle absidale supérieure, disposition observée autrefois afin de permettre à l'officiant de se mettre en communication avec le tombeau du martyr, en récitant ses prières. Sur Tun des côtés de la table supérieure de l'autel rappelant plusieurs noms de Saints vénérés

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dans cette église, on lit notamment : inclitus m. r. (martyr) marinus hic requiescit. Or dans l'inventaire latin de Tabbaye de Saint-Cyprien que nous a transmis D. Estiennot, on lit expressément : inventumfuit hiijiis Sancti sepulcrum anno mdclxx lapideum et catemilis circumseptum ciim hâc inscriptione : hic requiescit marinus inclytus martyr. Il y a donc corrélation entre l'autel et le tombeau ; seulement l'inscription n'a pas été retrouvée sur le coffre de pierre qui était placé derrière l'autel et qui est aujourd'hui dans la crypte inférieure. Elle a dû être enlevée au moment où les reliques du Saint furent placées dansunechàsse de bois doré, pour être exposées à la vénération des fidèles (i).

Dispersées au inoment de la révolution de 1793, elles ont été récemment réintégrées, du moins en partie, dans leur ancien asile, gràceauzèlede M. l'abbé Lebrun, en présence de Monseigneur Pie, évêque de Poitiers, et d'un nombreux concours de membres du clergé.

Nous ne saurions mieux terminer cette notice que par le récit de la consécration de l'autel majeur de Saint-Savin par Mgr Pie, évêque de Poitiers.

« Il y a huit jours, lisait-on dans la Semaine liturgique àtPo'w'itï s du. 14 mai 1876, deux Pères Franciscains venaient ouvrir le jubilé dans la petite ville de Saint-Savin ; et déjà l'empressement des lidèles à venir entendre la parole de Dieu dépasse toutes les espérances: juste récompense d'un zèle et d'une abnégation audessus de tout éloge; indice certain d'une bonne vo-

(i)LcR. Père dom F. Chamard a trouvé dans un manuscrit du x« siècle, de notre Bibliothèque nationale, l'origine vraie de notre saint Marin : c'est un martyr vendéen du iii» siècle. Nous donnerons en supplément sa légende et l'histoire de sa crypte.

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lonté qui, au temps de Pâques, portera ses fruits (i).

« Dimanche matin, les cloches de l'antique basilique annonçaient, par un joyeux carillon, la première grande fête du jubilé. Mgr l'Evéque venait consacrer le nouvel autel, ou, pour mieux dire, l'autel primitif, très heureusement restauré, de cette église, vieille de dix siècles, tant de fois dévastée et tant de fois relevée, belle aujourd'hui, et majestueuse comme aux beaux temps de sa jeunesse.

« Quede souvenirs se pressente l'envi autour de ces murailles élevées à la gloire de nos martxrs par la main victorieuse de Charlemagne ! Cette superbe colonnade, pareille à une longue avenue d'arbres gigantesques, cette voûte en berceau qui déploie sur nos tètes ses admirables peintures, et conduit l'œil émerveillé jusqu'aux profondeurs de l'abside, ont retenti pendant mille ans des chants de la prière. Là vécurent des générations de savants et de saints ; c'est de là qu'ils partaient pour réformer ou fonder nos plus célèbres abbayes, entre autres Saint-Martin d'Autun et l'immortel Cluny.

« Et tandis qu'à l'intérieur du cloître régnait la paix si chère aux fils de saint Benoît, quel trouble au dehors! quels bruits de guerre! Ce colosse de pierre aux contreforts puissants, cette tour gigantesque dont la flèche hardie se perd dans les nues, ont vu s'agiter à leurs pieds les Normands, les Anglais, les Huguenots, tous les ennemis de notre belle France. Tour à tour ravagés et livrés aux flammes, la foi de nos pères a

(i) Grâce à Dieu et au zèle de nos saints Religieux, ces fruits de salut ont été produits, et au delà de toutes nos espérances. — P.-A. L.

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toujours su les relever. Ainsi en est-il aujourd'hui. Aux splendeurs d'autrefois, la rage révolutionnaire avait fait succéder la tristesse des ruines ; et voici que les statues des Saints, les cryptes protondes, les autels antiques, tout a été restauré avec autant d'intelligence que de zèle ; et le digne pasteur de la paroisse peut assister aujourd'hui avec une légitime fierté au couronnement de ses travaux.

«Une foule immense, accourue non seulement de la ville, mais aussi des paroisses voisines pour assister à cette auguste solennité, remplit littéralement la vaste basilique. La vue d'une foule chrétienne, unie dans le même temple, dans la même foi, dans la même prière, inclinée sous la même bénédiction du Pontife, c'est toujours un spectacle qui dilate le cœur ; et quand nous considérions les rangs pressés de cette foule, son recueillement pendant les longues heures de Taciion liturgique, notre àme émue se demandait si le spectacle de la première consécration avait été plus beau et plus touchant, en ces âges de foi où saint Benoît d'Aniane venait gouverner la noble abbaye.

« Ainsi nous marchons sur les traces de nos pères; et si les clameurs des ennemis de Dieu reprochent à notre foi de n'avoir plus la vie, à défaut d'autres preuves nous pouvons montrer nos églises sortant de terre comme les fleurs au printemps avec une rapidité que n'ont pas connue les époques lesplus chrétiennes. Lapides clamabunt : leurs pierres parleront pour nous dans les siècles à venir. La pierre de cet autel, où la main du Pontife ascellécemaiin les reliques des martyrs^ elle est làbrillante, consacrée par l'onctionde l'huilesainte; et, comme aux âges passés, il y sera le centre vénérable et sacré de toutes les parties de cette splendide église. »

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