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avait sauvées de la profanation révolutionnaire, et le lit sceller devant lui avec ses antiques chaînes de fer (i).
Une seule chose manquait à cette imposante cérémonie, qui datera dans l'histoire du monument et de la paroisse dont il sert desplendide église : c'est la lumière du jour qu'on venait, contre tous droits, d'enlever à cette crypte, en enterrant et en murant ses fenêtres, qui ne l'avaient jamais été depuis plus de mille ans. La mort aidant, elles ont été déterrées et démurées depuis ; mais je garde encore au fond de mon âme la profonde et pénible impression que me fit alors notre évêque, lorsqu'encore revêtu de ses vêtements épiscopaux et dans cette crypte de saint Marin plongée dans les ténèbres, il me dit avec un geste énergique :Non, non, Monsieurle curé, cette crypte ne peut pas être privée de ses jours. — Non, Monseigneur, lui répondis-je ; juxtà quod impossibiîe est teneriillum ab eo {id est ab inferno) (paroles de saint Pierre aux Juifs, au sujet de la résurrection de Notre-Seigneur J.-C, Actes, c. 2, v. 24) ; et ici, sans faire aucune personnalité, sans discuter la légitimité, au point de vue du droit naturel comme du droit civil, et même du droit chrétien, de la propriété du jardin voisin, dit jardin de Saint-Marin, nous aurions trop à dire pour rétablir des faits qui ont été complètement dénaturés.
(i) Voir la description de cette cérémonie par le R. Père Rigaud, témoin oculaire (^Semaine liturgique, 3o mai et 6 juin 1869). Ce jour-là, Monseigneur accorda le privilège perpétuel de 40 )ours d'indulgences, qui peuvent être gagnées par la récitation d'une prière quelconque, soit dans la crypte de saint Marin, soit devant les ouvertures qui communiquent par la voûte delà crypte avec la chapelle supérieure.
de r Église Abbatiale de S.-Savin-sur-Gartempe. loi
Nous avons beaucoup à pardonner dans cette triste affaire, et nous pardonnons beaucoup... Que les morts reposent en paix (i) !...
Pourquoi et comment, au xi" siècle, le sarcophage de saint Marin a-t-il été enlevé de sa crypte et transféré derrière l'autel de la chapelle supérieure dédiée alors à la très Sainte Vierge ? C'est ce qu'il me reste maintenant à expliquer. Quand j'inspectai les murailles de la crypte de saint Marin, j'aperçus à différents niveaux, de 3 ou 4 pieds de hauteur, les traces certaines de l'entrée des eaux de la Gartempe dans la crypte, où elles devaient séjourner de temps en temps
(i) Voira ce sujet l'histoire de l'affaire écrite par le trésorier de la fabrique de l'église de Saint-Savin. — Une lettre de notre adversaire au trésorier de la fabrique, en date du 24 novembre 1868. — La sommation faite à notre adversaire, au nom du trésorier de la fabrique, et par le ministère de M« Robin, huissier, en date du 22 décembre i8'î8. — Le procès-verbal des délibérationsdu co«5t'î7 de fabrique daté du 23janvier etdu 22 mai 1870. — Un jugement rendu, il y a quelques années, par le tribunal de Montmorillon, au sujet de la vente du y" lot des terrains du monastère vendus par rÉtat, et touchant le 8« lot acheté par les auteurs de notre adversaire, jugement qui réserve tous les droits que peut avoir l'e^ilise dans ce 7" lot. — Enfin, laissant de côté tout ce qui a été fait dans le passé et songeant à l'avenir, je dis que l'église abbatiale de Saint-Savin, avec tous ses droits, et spécialement avec ses droits de jours de la crypte de saint Marin, donnant, non pas sur, mais sous le jardin voisin, a été dinnée par l'Etat à l'évéque de Poitiers ; l'évéque l'a donnée ensuite à la fabrique de l'église de Saint-Savin, pour en faire l'église paroissiale. Tout ceci s'est fait en 180^, avant la vente des terrains touchant l'église, qui n'a eu lieu qu'en i8og. (Voir l'acte de vente.) On m'a même dit qu'alors, en 1807, les jours de la crypte de saint Marin n'étaient point enterrés, et qu'ils ne l'ont été que depuis la vente des terrains, après 1800. par des nivellements. Tous les droits de l'église de Saint-Savin, qui sont inaliénables ut imprescriptibles, priment donc les droits des acquéreurs des jardins voisins.
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elles y entrent bien encore aujourd'hui, mais moins fréquemment, et n'y séjournent pas, à cause de Tendiguementdu lit delà rivière par des terrassements qu'on a faits depuis. Lesreligieux de l'Abbaye, voulant préserver le sarcophage de saint Marin de l'envahissement des eaux, prirent le parti de murer la chapelle du tombeau, tout en ménageant dans la muraille lapetite ouverture carrée dont il a été question ; mais, les eaux arrivant par infiltration du sol, la muraille ne pouvait pas en préserver le tombeau ; c'est alors, je crois, que les religieux se décidèrent à enlever le tombeau de saint Marin de sa crypte et à le placer derrière l'autel de la chapelle supérieure.
Transportons-nous maintenant en 1669; les religieux bénédictins de la réforme de saint Maur étaient incontestablement des saints et savants religieux ; mais partageant les préjugés de leur époque, ils dédaignaient ces monuments d'un autre âge et n'estimaient que l'architecture grecque. Ils ne voulaient que du grec, et ce qu'ils ont mis en grec dans notre monument était parfait comme grec ; mais non crat hic locus. C'est
sous l'inspiration de cette idée fausse qu'ils ont dénaturé les parties intérieures de l'église de Saint-Savin ; et tout mon travail a consisté à détruire leurs travaux et à rétablir les choses dans leur état primitif : j'ai été assez heureux pour réussir. Or, voulant mettre à la grecque la chapelle qui couvre la crypte de saint Marin, jusque-là chapelle delà Vierge, comme l'indiquent les fresques qui la décorent, ils ont commencé par l'enterrer à la hauteur de cinquante centimètres ; mais, lorsqu'ils ont voulu placer Tautcl au fond de la chapelle, afin de le surmonter d'un rétable, ils se sont trouvés en face d'un obstacle dont ils ne se rendaient
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pas compte : c'était un sarcophage en maçonnerie dont nous avons trouvé les traces, couvrant toute l'arcature du fond et s'élevant en glacis à 6 ou 7 pieds. Construit avant le crépissage ou Tenduit destiné à recevoir les fresques, puisque sa trace était en creux dans le crépissage, il datait du xi" siècle : d'autant plus que l'inscription placée alors sur le côté droit de la table de l'autel est en caractères de cette époque : Inclitiis m. }'. {(martyr) Marinus hic reqiiiescit. C'est en démolissant ce sarcophage en maçonnerie, pour mettre Fautel au fond de la chapelle, qu'ils ont découvert le tombeau de saint Marin : lapideum et catenulis circwnseptum. En voici le procès-verbal dressé par le sénéchal de Saint-Savin ; j'en ai en main Toriginal :
« Aujourd'hui vingt-deuxième de février mil six cent soixante et dix, nous Jacques Bonnesiat. licenciées droits, sénéchal et juge ordinaire civil et criminel de la ville et chasiellenie de Saint-Savin, à la requête des Révérends Pères Prieur et religieux du couvent de l'abbaye royalle de Saint-Savin, nous sommes tran.sporté avec MM. Baptiste Au;jer, procureur fi jcal de la dite cour, et Hiérosme Poirier, greffier o rdinairc d'icelle, dans l'église de la dite abbaye, où e stant les dits sieurs religieux nous ont conduits dans la chapielle de Saint-Marin, qui est derrière et vis-à-vis le grand autel de ladite abbaye, et qui paraît avoir été soigrieusement gardé, estant encore à présent rei iferm é de quatre grandes pierres encochées les unes, dans les autres, et il y a apparence qu'il y en a encor^i eu dav'antage, et nous ont les dits sieurs religieux dict et faict voir que voulant faire advancer l'autel de; la dite xhapelle proche et contre la muraille, afin q y'elle fût pi' us
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spacieuse, il avait été nécessaire de défaire un tombeau qui était derrière le dit autel, lequel nous avons vu auparavant estre élevé de terre de six grands pieds, et qui estoit tout massif, soubs lequel après avoir esté défaict il s'est trouvé une grande pierre carrée de deux pieds et demi ou environ, laquelle ayant été levée, nous l'aurions vu par le dessoubs inscrite ; il y a apparence que ce soit des noms de plusieurs personnes, à la fin de chasque nom y ayant presque partoutdes croix (i), estant la dite pierre un peu fendue, soubs laquelle nous aurions trouvé un petit cercueil de pierre de la longueur de deux pieds, et large d'un pied ou environ, avec la couverture aussi de pierre, lequel cercueil est renfermé et lié par les deux bouts, de deux grosses chaînes de fer, dont les chaisnons sont plombés, lequelayant esté ouvert, la couverture s'estant trouvée fendue, nous aurions vu des ossements dans ledit cercueil, lesquels pour la révérence du lieu, et le respect que nous devons aux choses saintes, nous l'aurions fait ouvrir sans y toucher, après les avoir fait voir à André Rancan, raaîire chirurgien de cette ville, qui s'est trouvé à .la dite ouverture, auquel nous avons enjoint d'en dresser son rapport. En suite dequoi ayant visité la grande pierre qui couvrait l'autel de la dite chapelle, nous y avons trouvé au côté droit ces mots esrrits en l(2ttre 5 antiques •.Inclitusm.'r. Marimishic requiescit Dor.it du tout et à la sus-dite requête avons dressé notre présent p rocès-verbal, lequel affirmons en notre âme
( r'; Il est na.T notre sénéchal . Comnnent lui et les personnages c;iii ï'accompa.^naient n'ont-ils pas vu que ces noms séparés par des croix pouv aient être des noms de saints? et qu'ont-ils fait de ces inscriptio QS .'...
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contenir vcriié pour servir et valoir en temps et lieux ce que de raison.
« Fait à SaÏJit-Savin les jour et an que dessus, et tous les dits sieurs religieux avec nous soubsignés. »
Signé : Fr. Bretonneau. F. Louis Halle, prieur. F. François Burin, sous-prieur. F. Vincent Dumas. F. Pierre Forrichon. F. Jean Léotaudy. F. Michel Filère, F. Georges Dasqueme. Auger , procureur de Saint-Savin. Bonestat , sénéchal de Saint-Savin. Poirier, greffier (i).
A la nouvelle de cette découverte, grande joie dans tout le peuple. Les bourgeois du lieu, impatients de voir ces reliques exposées de nouveau à la vénération publique, s'empressèrent de faire écrire au Père général de la Congrégation de Saint-Maur, pour obtenir cette faveur. Voici textuellement cette lettre, écrite aussi par leur sénéchal:
(i) Cette enquête avait été précédée d'une autre, et pour le même objet, le 26 février 1641, faite par Charles de Neuchèse, écuyer, licencié es lois, sénéchal et juce ordinaire de la ville et chàtellenie de saint Savin, au mandement des Révérends Pères dom Bernard de Requin et dom Martin Boischaus , religieux proies; avec MM. Nicolas Belleoux.grefrier d'office, et maître René Michel, substitut du procureur de la Cour ; et encore de M« François Dubois, René Belleoux. Jehan Boussille, Savin de Masse , et autres habitants de la ville et faubourgs de Saint-Savin ; et M« André Armand, commissaire général établi par l'autorité du roipour l'administration du revenu temporel de l'Abbaye ; Frère Jacques Bretonneau, Gauthier, Jevelle et autres...
Le procès-verbal de cette enquête est très embrouillé, et il n'otVre aucun intérêt. (.\rch. de la Préf...)
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<i Monsieur et très Révérend Père,
€ Je me persuade que vous n^êtespasà savoir l'invention des reliques de saint Marin, puisque votre révérend Père Prieur, à qui onena une trèsgrande obligation, m'a fait la grâce de m'y appeler, et de m'en demander le procès-verbal que je lui mis entre main, et lequel je crois quMl vous aura envoyé, afin de recevoir vos ordres pour laiévation des ditesjreliques, que tout le pays attend avec une impatience que je ne saurais exprimer. Je vous en dirai, avec votre permission, le sujet, qui est que de longtemps la dévotion était si grande à la chapelle où l'on a retrouvé les reliques, que de trente à quarente lieues on venait en procession pour y faire sesdévotions, lesquelles ontété signalées par des miracles; et même de notre temps on en a vu plusieurs. Mais comme la dévotion était fort ralentie avant l'heureuse venue de la réforme, Dieu aussi en avait retiré ses grâces, et nous avait caché un trésordont nous étions indignés ; mais depuis que \&s prédications, les catéchismes et les bons exemples de ces Messieurs ont dessillé les yeux de la plupart des personnes de ce pays, et même converti plusieurs hérétiques, il nous a voulu combler de faveurs en nous découvrant les reliques de saint Marin : desquelles, M. et très Révérend Père, je vous supplie de la part de tous nos habitants et circonvoisins, ordonner l'élévation au plus tôt. C'est ce quej espère de votre piété y allant de la gloire de Dieu, et de votre bonté, pour la satisfaction de tout un peuple qui a beaucoup de :{èle pour le,5(3/«?, et dont plusieurs en portent le nom, ce quiles portera, tant par devoirque par inclination, à prier Dieu pour votre prospérité; et moi particulière-
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ment qui n'aurai jamais plus de joie, que quand j'aurai l'occasion de vous faire voir que je suis, et de toute la Congrégation, avec respect, Monsieur et Très Révérend Père, V. (votre) honoré Bonestat, sénéchal de Saint- Savin, le 19 juin 1670. »
A cette lettre le curé d'alors ajouta la suivante :
« Mon très Révérend Père,
( Depuis iroisans que j'ai la charge des sacrements et des fonctions curiales dans la paroisse de cette ville, j'ai remarqué tant de dévotion et de zèle dans nos habitants et circonvoisins envers saint Marin, dans votre église d'ici, plusieurs même m'ayant rapporté qu'ils n'avaient trouvé de plus puissant secours que son intercession auprès de Dieu pour toutes sortes de mala dies, que je me sens obligé de vous dire que, saut meilleur avis, il serait important de faire au plus tôt l'élévation des reliques de ce saint, qui ont été découvertes dès l'hiver dernier. Je crois assurément que Dieu en sera glorifié, les peuples souhaitant cela avec tant de passion que les paroisses de sept à huit lieues à l'entoursont déjà disposées de venir ici processionnellement à cette célébrité ; et leur empressement est si fort que partout où je me trouve on me demande quand cette action se fera, tellement que, suivant leurs bonnes intentions, j'ai pris la hardiesse de vous écrire, pour vous prier de ne pas nous laisser plus longtemps ce trésor caché, et d'émettre les ordres nécessaires pour en faire l'ouverture. Notre ville sera plus fréquentée par le concours des peuples qui viendront en atîiuence de toutes parts, et ce qui est plus considérable, c'est que
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la dévotion des fidèles augmentera de plus en plus. On attend des grâces particulières du ciel à l'élévation de ces belles reliques d'un si grand Saint, pour lesquelles toute la province a particulière vénération. Vous y ferez, s'il vous plaît, réflexion; et dans mon particulier je serai toujours avec respect, mon très Révérend Père, votretrès humble et très dévoué serviteur. — G. Blanchon, prêtre, bachelier en théologie, à Saint-Savin, 20 juin 1670. j)
Sur ces remontrances, le Révérend Père général accorde aux religieux de Saint-Savin d'ouvrir le sarcophage de saint Marin, après avoir obtenu Tagrément de Monseigneur Tévêque de Poitiers, et une permission particulière de lui faire une châsse.
Cette châsse en bois doré, que j'ai encore dans ma sacristie, était plus dans le goût de ces bons religieux que le sarcophage en pierre bardé de chaînes de fer. Après avoir placé Tancienne pierre d'autel sur les chapiteaux de l'arcature du fond de la chapelle et l'avoir soutenueen avant par deux tronçons de colonne, ce qui lui donnait l'apparence d'une table, et ce qui l'a fait prendre par un archéologue assez instruitpour un autel du ix« siècle, ils placèrent leur châsse sur cet autel, appelé depuis autelde Saint-Marin. C'est là que la Révolutionl'a prise pour la vider sur la place publique(i). Quant au vieux sarcophage en pierre, ils l'enterrèrent dédaigneusement avec ses chaînes dans ladite chapelle; c'est là que nous l'avons trouvé ; et c'est de là que nous
(i) Voir, dans la première édition de !a Notice de M. de Longuemar, le dessin de cette chapelle, telle qu'elle était à notre arrivée à Saint-Savin,
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Tavonsdescendu et replacé dans la chapelle de sacrypte, construite pour lui, il y a plus de mille ans (i).
ni. — SANCTUAIRE, CHAPELLES, AUTELS ET LEURS INSCRIPTIONS DE l' ÉGLISE DE SAINT-SAVIN.
L'église de Saint-Savin a dix autels: le maître-autel, un autel dans chacune des deux cryptes, un autel dans chacune des sept chapelles symboliques (les sept sacrements), dont cinq entourent le sanctuaire, comme d'une splendide couronne. Le sanctuaire est orné de dix colonnes aussi symboliques (les dix commandements de Dieu) ; il porte sur les arcatures de ces colonnes un bandeau de petites fenêtres romanes, rapprochées les unes des autres, et dont les verrières sont comme les rubis, les saphirs et les émeraudes. Eh bien ! les religieux du xvii"^ siècle avaient en quelque sorte déchiré ce gracieux bandeau, en confectionnant, avec trois de ces petites fenêtres romanes, une grande fenêtre ogivale dont la pointe allait percer le fond de la voûte supérieure; elle n'existe plus; mais on peut en voir le dessin dans la première édition de M. de Longuemar sur l'église de Saint-Savin.
Les cinq chapelles de l'abside, par le biais de leurs autels, de leurs murailles, de leurs fenêtres et de leurs voûtes, semblent faire effort pour se cintrer autour d'un point fixé au milieu du sanctuaire. Ses colonnes elles-mêmes ne sont pas éloignées également les unes
(i) Voir, aussi au sujet de l'authenticité de notre relique de saint Marin, le rapport fait et adressé à Monseigneur Pie par l'abbé Fortin, ancien curé d'.\ngles (1869).
des autres, mais de façon à ne pas masquer ni les chapelles, ni leursentre-deux. ^architecte a donc voulu qu'il y eût harmonie entre le sanctuaire et les chapelles, et par là il a fait de cette tête d'église, où il n'y a pas un seul plein et où tout est à jour, un ensemble admirable. Eh bien, les restaurateurs de 1845, par une muraille construite entre les colonnes à la hauteur de sept pieds, avaient isolé complètement le sanctuaire des chapelles ; c'est en modifiant cet état de choses que nous avons rétabli l'harmonie voulue incontestablement par l'architecte.
Tous les autels de Saint-Savin sont du xi« siècle : je veux dire leurs tables, puisque c'est moi qui les ai reconstruits sur leurs anciennes bases. Après avoir enterré les chapelles, les religieux du xvii" siècle les avaient déplacés et collés contre la muraille du fond ; excepté Tautel du bras de croix sud, parce qu'il leur était utile comme appui d'un rétable grec; il est donc resté seul à sa place du xi« siècle. Ces tables d'autels, conservées jusqu'à aujourd'hui, ont des inscriptions du XI* siècle fort intéressantes, indiquant les reliques qu'elles contiennent, et par conséquent la vénération qu'on doit avoir pour elles; mieux lues qu'autrefois, je vais les donner toutes, en commençant par celle de Tautel du croisillon sud. Je regrette de ne pouvoir le faire avec les caractères de l'époque (i).
(1) Voir sur ces inscriptions un travail de M. Ledain. — Bulletins de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 3" trimes'rc de
de l'Eglise Abbatiale de S.Savin-sur-Gartempc. i i i
i" Autel du croisillon sud.
Altaris pollet. (in honore) Sanctorum Pétri, et Pauli\ miserere tiiis\ Gofredo Giraldo\ Josberto \ me fecit ;
« Cet autel a du pouvoir en honneur des saints Pierre et Paul. Ayez pitié des vôtres, Gofredus Giraldus; Isembert m'a fait. »
Derrière cet autel, on voit un sarcophage en pierre qui paraîtrait remonter au moins au xi» siècle; l'une de ses extrémités est enfoncée dans la muraille ; l'autre est soutenue par deux colonnettes du xiii" siècle; il a la longueur d'un sarcophage ordinaire, mais il n'est pas creusé de façon à recevoir un corps humain. Une petite ouverture pratiquée sur le côté le ferait prendre pour un grand reliquaire.
2'' Autel de la première chapelle en entrant dans le