‹ L'abbaye et les cloitres de MoissacChapitre 12 sur 154 · V. — SAINT AMARAND · texte numérisé non relu

V. — SAINT AMARAND

(Sanclus Amarandus) 718 — 720

Saint Amarand remplaça Paterne vers l'année 718. Le nouvel administrateur occupa dignement le poste qui lui était confié et aurait mérité d'être placé à la tête du dio cèse d'Albi. Cette manière de voir n'est pas certaine. On n'en a guère d'autres preuves que l'assertion non motivée d'Aymeric de Peyrac (5), celle des auteurs de la Bibliothèque sacrée (6) et l'existence d'une ancienne église située près d'Albi, sous l'invocation de saint Amarand (Amaranthus), où l'on prétend que le saint évêque avait l'habitude de se rendre pour prier (7).

Il est probable qu'on a confondu l'abbé de Moissac avec saint Amarant ou Amaranthe, évêque d'Albi au 111e siècle, qui fut martyrisé pendant la persécution de Dèce (8).

Les documents historiques, on le voit, fournissent des renseignements peu précis sur la vie des saints Paterne et Amarand. Aymeric de Peyrac cherche à en donner l'explication en disant que si l'on ne célèbre pas leur fête d'une manière solennelle c'est que ces deux saints abbés ne terminèrent pas leurs jours dans le gouvernement de l'abbaye.

Saint Amarand ne devait plus être à la tête de l'abbaye en 721. En effet, le même

(1) Gallia christiana ; Annales ecclesiastici Francoritm ; Chronique ecclésiastique du diocèse d'Auch.

(2) Oihenard, Notitia utriusquc Vasconicc, lum Iberiœ, ium Aquilaniœ, Paris, 1637-1656.

(3) Montlezun, Histoire de la Gascogne, t. I, pp. 323 et 324. Auch, 1846. — Lalanne, Dictionnaire historique, p. 6yo.

(4) « Paternus huic monasterio prcfuit sanctus et gloriosus ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 154, v°, col. 2.

(5) « Amarandus gloriosus et sanctus, et quia in regimine predicte abbacie dicti abbates sanctissimi non clauserunt dics suos, de ipsis non fit célèbre festum in eodem monasterio, sicut si in ipso decessissent. Quare exemplis et virtutibus monasterium predictum germinavit, fructificavit et incrementum fuit. Unde sanctus Amarandus fuit episcopus Treycensis ; sanctus Obertus, Rothomagensis ; sanctus Lotharius (sic pour Lcotadius), Auxitanensis ; sanctus Paternus, Auxitanensis ; sanctus Amarandus, Albiensis ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 154, r°, col. 2.

(6) Chap. xxvni, p. 26.

(7) Fouilhac, Annales de la ville de Cahors et du pays du Quercy, Mss., 1" partie, n° 179. — Guillaume Lacoste, Histoire de la province de Quercy, t. I, p. 256.

(8) Gallia christiana, I. Animad., col. 1. — Histoire de Languedoc, nouv. édit., I, 524, et IV, 656.

LES ABBÉS RÉGULIERS

chroniqueur fait connaître que sous les cinq successeurs de cet abbé, le monastère de Moissac fut plusieurs fois la proie des infidèles. Or, c'est à cette date que les Sarrasins vinrent assiéger Toulouse (i), où ils restèrent environ deux mois. Il est probable que pendant ce laps de temps les riches plaines qui s'étendaient devant eux ne furent pas à l'abri de leurs incursions et qu'ils durent pousser jusqu'aux contrées que bordent le Tarn et la Garonne, tant pour surveiller l'armée que le duc d'Aquitaine pouvait leur opposer, que pour profiter des avantages que leur offrait un pays plantureux et s'emparer des richesses possédées par l'opulente abbaye. Ce serait donc à cette époque (721) qu'on pourrait placer avec probabilité l'abbatiat de Rétroald, et par suite la fin de celui de son prédécesseur.

Sous les cinq abbés qui suivent, le monastère fut presque détruit de fond en comble. Vaincus par Charles-Martel à la bataille de Poitiers (732), les Sarrasins se sauvèrent et, sans être poursuivis, reprirent la route des Pyrénées par le Limousin, le Quercy, l'Albigeois et le Toulousain, pour rentrer dans la Septimanie dont ils avaient conservé la conquête (2). C'est dans leur retraite qu'ils passèrent de nouveau à Moissac. L'église fut incendiée, le trésor pillé, les bâtiments claustraux en partie démolis. Les persécutions de Dioclétien et de Maximien, ajoute tristement le chroniqueur, n'occasionnèrent point des désastres plus épouvantables (3).

Suivant l'auteur d'une ancienne chronique, les successeurs de saint Amarand furent maltraités, ou même martyrisés par les Sarrasins (4) ; l'histoire n'a pu qu'enregistrer leurs noms (5). /

Page 1