‹ L'abbaye et les cloitres de MoissacChapitre 122 sur 154 · N° 62. — SAINT MARTIN DE TOURS · texte numérisé non relu

N° 62. — SAINT MARTIN DE TOURS

Saint Martin de Tours était encore soldat lorsqu'un jour d'hiver il rencontre, aux portes de la ville d'Amiens, un pauvre à moitié nu et demandant l'aumône. Martin n'avait rien à lui donner, mais il tire son épée, divise son manteau en deux et en laisse une moitié au malheureux.

Figure 162 Figure 163

Face méridionale Face occidentale

Dieu voulut récompenser la charité de son serviteur ; il lui apparut la nuit suivante, vêtu de la moitié du manteau qu'il avait donnée, disant aux anges qui l'environnaient : « Martin, qui n'est encore que catéchumène, m'a couvert de ce manteau. »

Ayant dans la suite adopté la vie religieuse, il ressuscita, dans le monastère de Ligugé qu'il avait fondé près de Poitiers, un néophyte mort avant d'avoir reçu le baptême. Ce monastère fut le premier établissement de ce genre qui fut construit dans les Gaules, aussi saint Martin est-il regardé chez nous comme le fondateur de la vie monastique. A ce titre, les religieux de Moissac lui devaient un souvenir; ils ont reproduit dans le cloître les deux faits que nous venons de relater.

Face méridionale. Un édifice quadrangulaire, surmonté d'un toit à quatre versants et

renforcé aux angles de quatre tours, représente la ville d'Amiens aux portes de laquelle le futur disciple du Christ rencontre le malheureux qui lui demande l'aumône.

Face occidentale. Saint Martin, dont le nom MARTINVS est gravé sur le modillon central au sommet du chapiteau, partage son manteau avec le malheureux mendiant. Sur la large lame de son épée se trouve la suite de l'inscription : DIR[z'm]IT \[este\M. Martin partage son manteau.

Face septentrionale. Le Christ, nimbé et les pieds nus, étale le manteau de Martin que soutiennent deux anges nimbés et ailés.

Figure 164 Figure 165

Face septentrionale Face orientale

Face orientale. Le corps du catéchumène qui vient de mourir repose sur un grabat. Un moine est à ses pieds ayant encore à la main droite le bâton qui a dû servir à le porter. A gauche se trouve saint Martin tenant dans les mains une croix et un livre de prières ; il demande à Dieu avec ferveur la résurrection du jeune clerc.

Tailloir. Le tailloir présente sur chaque face deux griffons ; sur les côtés Nord et Sud ils mordent deux colombes ; sur les côtés Est et Ouest ils tombent avec fureur sur deux animaux fantastiques roulés en cercle et qui se mordent eux-mêmes l'une des pattes postérieures.

Au-dessus se développe une inscription, en belles lettres capitales, qu'on doit commencer à lire par le côté occidental :

MARTINVS ADHVC CATECVMINVS MAC ME VESTE CONTEXIT HIC MARTINVS : ELECTVS DEI PONTIFEX

Observation. — Saint Martin n'était pas encore évêque lorsqu'il accomplit le miracle que rappelle la face orientale ; c'est donc à tort que l'inscription lui donne le titre de prélat.

No 63. — ARABESQUES

Des arabesques disposées sur un seul plan étalent capricieusement leurs tiges et leurs feuillages sur les surfaces du chapiteau.

Figure 166

Des larges feuilles, réunies latéralement deux par deux, s'épanouissent au milieu de leurs rameaux sur le tailloir. Elles sont surmontées d'un ornement en dents de scie.

No 64. — LA SAMARITAINE

Jésus, fatigué d'une longue course, s'est un jour arrêté sur le bord du puits de Jacob. Il est seul; les disciples sont allés à la ville de Sichar chercher des provisions. Une femme de Samarie arrive pour puiser de l'eau ; Jésus lui demande à boire et s'entretient avec elle. Apparaissent les disciples, ils sont étonnés de trouver le Maître parlant avec une femme (1).

On voit sur les faces septentrionale et orientale, Jésus, accompagné d'un ange,

(1) S. Jean, c. IV, v. 1 à 27.

debout devant la Samaritaine qui saisit la corde du puits et l'attache au seau. Sur la face orientale, les disciples, au nombre de trois, reviennent de la ville, portant des pains marqués au centre d'un petit triangle ; ils lèvent la main pour montrer leur

Figure 167 Figure 168

Faces méridionale et orientale Faces méridionale et orientale

ètonnement en voyant le Maître causer avec une femme, car dans les mœurs orientales on n'adresse jamais la parole à une femme quand elle est seule. L'entrée de la ville de Sichar occupe la face méridionale.

Page 1