XXXVIII. — HUNAUD DE GAVARRET
(Hunaldus Aym. de Peyrac) 1072 — 1085
Après la mort de Durand, les religieux de Moissac élurent pour leur abbé le descendant d'une des plus illustres familles du Midi, Hunaud de Gavarret. Il était fils de Roger (1), vicomte de Gavarret et d'Adélaïde, ou Aladin, veuve en premières noces de Gaston III, vicomte de Béarn.
Les historiens donnent généralement à cet abbé le nom d'Hunaud de Béarn et laissent ainsi supposer qu'il descendait de la famille de ce nom. G'est une erreur d'autant plus manifeste que dans une donation qu'il fit en 1060, en prenant l'habit monastique, il nomme son père Roger et sa mère Adélaïde : « Hanc donacionern facto pro redempcione anime mee et patris mei Rogerii et matris mee Aladeir. Or, comme à cette date il n'y avait aucun vicomte de Béarn du nom de Roger, Hunaud ne pouvait pas appartenir à cette famille (2).
Il était doué de toutes les qualités propres à se faire distinguer dans le monde, ayant un physique agréable et possédant une grosse fortune ; sa probité, sa sagesse et son éloquence lui avaient attiré une grande réputation (3). Mais il sacrifia tous ces avantages temporels pour se consacrer au Seigneur dans l'abbaye de Moissac. Saint Hugues, abbé de Cluny, le prit en affection et en fit son compagnon de voyage pour visiter dans la Gascogne et le Languedoc les monastères de son ordre (4).
L'année même où il se fit religieux (1060), il fonda à Layrac, chef-lieu de la vicomté de Brulhois, dans le diocèse d'Agen, qui lui avait été attribué en partage dans la succession maternelle, le prieuré de Saint-Martin. La veille des ides de juin il céda au monastère de Saint-Pierre, avec ledit prieuré de Layrac, toutes les églises soumises à son autorité, mais à la charge par le monastère d'envoyer tous les ans, à la fête de la Saint-Martin, des députés à Cluny, pour offrir au chapitre, en signe de dépendance, dix sous d'argent. Cette donation signée par Hunaud, le fut aussi par son frère le vicomte Hugues, en présence de leur mère Adélaïde qui, ne sachant écrire, la confirma de vive voix (5).
(1) Catel, Mémoires de Vhistoire du Languedoc, p. 886. — Mabillon, ad ann. 1076, n° 12.
(2) Les expressions dont se sert Aymeric de Peyrac (fol. 160, V, col. 2) en parlant de cet abbé : « Idemque Hunaldus fuit frater domini de Bearnio », ont dû induire les historiens en erreur. Gaston III de Béarn n'était que son frère utérin.
(3) Cartulaire de Sainte-Foi de Movlaas, p. 6.
(4) Hist. de Languedoc, nouv. cdit. , III, 379. — G. Lacoste, Hist. de la -province de Quercy, I, 422.
(5) Donation du -prieuré de Layrac à V abbaye de Cluny. « Jhesu Christo Domino régnante nostro cum eterno pâtre et spiritu sancto, ejusdem Domini nostri incarnacionis anno M" LXII, pridie iduum juniarum, ego Hunaldus in monasterio Moyssiaco coma capitis detonsa, et monachali habiti induto, jussi hanc ces-
Atteint dans ses intérêts d'héritier par cet acte de libéralité, le jeune comte de Béarn Centulle IV (i) s'empara de l'abbé Hunaud son oncle, et, pour se venger, lui fit couper un bras. Cette action violente attira au religieux toutes les sympathies des habitants du pays (2), et pour en conserver le souvenir, on la fit reproduire dans l'église de Layrac, sur une peinture devant laquelle on entretenait continuellement une lampe allumée (3).
Elevé sur le siège abbatial de Moissac, Hunaud se montra aussi zélé que son prédécesseur pour les intérêts de son monastère et fit tous ses efforts pour essayer de le délivrer de la tyrannie des abbés chevaliers qui y exerçaient une autorité despotique, malgré la démission de Gausbert. Nous voyons, en effet, qu'après la mort de ce dernier, Raymond, son parent, ayant acheté de Guillaume IV, comte de Toulouse, l'avouerie de Moissac, nonobstant les clauses de l'acte de 1063, s'en empara à force
sionis cartam conscribere, cum qua Domino Deo et sanctis apostolis ejus Petro et Paulo, ac loco Cluniaco. et dompno Hugoni abbati, nec non ceteris fratribus si commissis presentibus quoque et futuris quibus me perpétua subjectione convertens subicio. Dono ecclesiam meam que est consecrata in honore S. Martini vocabulo de Alairat, excepta quinta parte que non est mei juris hereditat[is]. Dono autem et alias ecclesias eidem ecclesie subditas, scilicet ecclesiam S. Saturnini in eadem villa et ecclesiam S. Pétri de Casalz, et ecclesiam S. Gervasii de Cirsolz, et ecclesiam S. Saturnini de Firmaq, cum ecclesia S. Vincentii de Presaig. et ecclesiam S. Marie de Mansionilla cum omnibus appendiciis earum que nunc in possessionc illarum videntur haberi vel Deo donante in terris et vineis, silvis, aquis et molendinis, cultis sive incultis, acquirere poterunt. Hanc autem cessionis perpétue donacioncm facio, pro redempeione anime mec et patris mei Rogerii et matris mee Aladeir et fratris mei Hugonis et avunculi mei Saxatonis seu omnium parentum meorum sive omnium fidelium deffunctuorum ita sane ut omni anno in festivitate S. Martini de hiis prefatis ecclcsiis X solidi argenti in Cluniacensi capitulo ante presenciam fratrum in tributo deportantur a fratibus cenobii Moyssiacensis fideli subjectione loci Cluniacensis degentibus ceterisque redibitione predicta ecclesiarum exierint sibi in eodem monasterio Moyssiaco petentis ideo ut omni anno memoria anniversarii patris mei Rotgerii in eisdem locis Moyssiaco, Cluniaco celebriter agatur obtestor autem omnipotem Deum ymo per virtutem omnium sanctorum et per auctoritatem Romane ecclesie et apostolice sedis, ut nemo vivencium, presencium, seu futùrorum, inquietare audeat vel premmat hanc mee donacionis heleniosinam, quod si, presumptu quolibet ingenio vel quolibet occasione a quoeumque vivente fuerit hoc universorum Dei judicio et apostolice sedis presidentis examine ac inscripeione inspecta cencendum constituo firmancium quoque vocabula quibus me présente fîrmata hec donatio fore dignoscitur subt annotare decrevi ego ipso Hunaldus propria manu decrevi, firmavi eciam viva voce Aladeiz, mater mca ; Hugo vivecomes frater meus signavit ; Guarnia Arnal, cognomentor Gualiar, signavit ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 159, vu, col. 2, et fol. 160, r*, col. 1.
fi) Adélaïs, mère d'Hunaud, avait reçu sans doute en dot la vicomté de Brulhois de son frère Bernard Tumapaler, duc ou comte de Gascogne, qui l'avait acquise d'Arnaud, vicomte de Gascogne, puis vicomte de Lomagne et d'Auvillars (J. Noulens, Docum. hist. sur la maison de Galard, IV, 438); en sorte que les droits que pouvait avoir Centulle IV sur cette vicomté, lui provenaient non du chef de son père Gaston III, ainsi que les historiens l'ont généralement prétendu, mais du chef de sa mère Adélaïs. F. Moulenq, Docum. hist. sur le Tarn-et-Garonne, pp. 297 et 298, en note.
(2) Idemque Hunaldus fuit frater domini de Bearnio, et ad partem suam devenit vicecomitatus Brulhentis (sic pour Brulhensis). Et fecit monasterium de Leyraco, et ipsum de dicto vicecomitatu edifficavit, et ipsum maniffice (sic pour magnifice) dotavit, relinquens partem vicecomitatus nepoti suo, cum honore nominis. Propter quod, dictus nepos ipsum injuriatus fuit atrociter valde, ita quod amputavit illi brachium. Et per inhabitores ibidem in magna devocione habetur, propter bona que ecclesie fecit et qui quasi martirium pertulit ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 159, V, col. 2.
(3) « Et audivi a fide dignis quod ibi CLeyraco) est depictus in ecclesia tantum cum uno brachio, quia Iegitur ibi quod nepos suus abstulerat eidem illud brachium pro eo, quia sic dotaverat et sublimaverat predictum monasterium de Alayraco .... audivique ancte dictam picturam ardet semper quedam lampa, et ibi fuit ab olim reputatus devotus ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 160, r°, col. 2. — Voir aussi : abbé Barrère, Histoire religieuse et monumentale du diocèse d'Agen, t. I, p. 264.
LES ABBÉS RÉGULIERS
ouverte pour cit. revêtir un de ses frères, Bertrand. Ce dernier prit depuis la qualité d'abbé de Moissac, bien que Guillaume, son père, et Foulques, son oncle, eussent solennellement renoncé entre les mains de l'abbé Durand aux droits qu'ils prétendaient y avoir (i). Une lutte des plus vives s'engagea alors entre l'abbé régulier et l'abbé séculier. Le premier finit par triompher et obtint de Bertrand la confirmation de l'acte de désistement signé par Gausbert de Gourdon dix ans auparavant.
Le 12 des calendes de janvier (21 décembre) de l'an 1073, Bertrand, en présence de l'abbé Hunaud, qu'il qualifie de seigneur, fit une nouvelle démission de ses droits. En jurant sur l'évangile et sur les reliques de l'église abbatiale, il promit de ne plus faire revivre à Moissac des abus pareils à ceux dont il s'était rendu coupable, et de rester fidèle jusqu'à la mort à l'abbé et aux moines. Mais il est à constater que dans l'acte qui fut dressé à ce sujet, il n'est pas dit qu'il renonce à son titre d'abbé chevalier, ainsi que semblent l'insinuer les auteurs de YHisioire de Languedoc (2).
Pendant son administration, l'abbé Hunaud fit des acquisitions de la plus haute importance :
A des époques qu'on ne peut déterminer il se rendit propriétaire des églises de Saint-Clair, de Saint-Mammet et de Saint-Pierre de Murât (3).
Isarn, évêque de Toulouse (1071-1105) lui abandonna l'église de Castelsarrasin ; mention de cette donation est faite dans une bulle d'Alexandre III, de 1162 (4).
En 1073, il devint possesseur de biens considérables en la paroisse Saint-Michel (5), et Raymond avec sa femme Adélaïde lui donnèrent le lieu et l'église de Lagardelle (6).
Dans le courant de la même année, Bernard, comte de Besaudun, Bérenger et Pierre de Pierrepertusse, leurs femmes et leurs enfants, unirent à l'abbaye de Moissac celle de Cubières soumise à leur autorité (7).
Le 4 des nones de novembre 1073, Odalric, sa femme et ses fils, Dieudonné surnommé Cabocut, clerc, et d'autres personnes, font l'abandon de tout le fief presbytèral qu'ils possédaient dans l'église de Saint-Fructueux (8).
(1) Histoire de Languedoc, nouv. édit., t. III, p. 379.
(2) Histoire de Languedoc, nouv. édit., t. V, p. 603. — Coll. Doat, vol. 128, fol. 106.
(3) « Post hune, dominus Ilunaldus qui regebat abbaciam ut abbas Moyssiaci anno Domini millesimo LXXXIII", tempore Gregorii VII pape, et hic quam plurimas ecclesias et abbacias quasdam et multa alia bona dicto monasterio acquisivit, et monasterium Cluniacense quorum memoriam sub paucis exprimam in summa pro majori parte, et fuit causa quod ecclesia S. Stephani Tholose fuit facta regularis, ut infra submictam ; primo acquisivit abbaciam S. Maureni in diocesi Agennensi, abbaciam S. Saturnini Tholose. Arularum diocesis Elnensis, S. Petrila ecclesiam de Petrosa, S. Ruffinc, S. Mameti, S. Saturnini in loco qui dicitur Currat, S. Matfredi in Brinchilden loco, S. Martini de Christiniaco, S. Michaelis in Agennesio, ecclesiam Sancti Clari, S. Stephani de Montescot, et dictus Hunaldus, secundum textum donacionis, preerat maxime multidini monachorum monasterii Moyssiaci, S. Pétri de Murato, ubi ibidem continctur de maxima multitudine in quadam alia littera donacionis, ecclesiam de Lestannar, et est in Vasconia, predictas ecclesias, predictus Hunaldus acquisivit, opérante eciam sanctissimo Hugone abbate Cluniaci, cujus congrégations Cluniaci et cjusdem abbate fuerunt dona predicta et plures alie ecclesie et bona fuerunt nobis acquisita tempore dicti Hunaldi et eciam tempore dicti Durandi abbatis et episcopi Tholosani ultra predicta superius specifieata et fere omnia cooperacione predicti S. Hugonis et congregacionis prelibate ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 1 58, V, col. 1 et 2.
(4) Lagrèze-Fossat, loc. cit., t. I, p. 316.
(ç) Arch. départ, de Tarn-et-Garonne, G, 60g.
(6) Andurandy, n° 604.
(7) Histoire de Languedoc, nouv. édit., V, 600. — Coll. Doat. vol. 128, fol. 102.
(8) Arch. départ, de Tarn-el-Garonne, G, 570. — Coll. Doat, vol. 128, fol. 1 12.
Le 5 novembre de cette même année, l'abbé Hunauld fut un des signataires de l'acte d'union de l'abbaye de Lézat, dans le diocèse de Toulouse, a celle de Cluny, union consentie sous la condition que les abbés de Cluny auraient la nomination de l'abbé (i).
En 1074, Arnaud et Adhémar, vicomtes de Bruniquel, et Pons, leur frère, abandonnent l'église Saint-Saturnin de Sieurac, en Quercy, sur la rivière d'Aveyron, qu'ils possédaient par droit héréditaire ; ils cèdent en outre, en môme temps que le cimetière, le baptistère, le fief presbytéral, et les décimes appartenant à la sacristie de l'église, autant de terres qu'il en faut pour bâtir une grande ville (2).
En 1076, Garcias Arnaud, Bertrand de Lagarde et sa femme donnent au monastère l'église de Saint-Martin de Cristinag, située alors dans le diocèse d'Agen, sur le fleuve de Garonne (3) ; et Arnaud de Brunemont, Bella sa femme et leurs enfants, la moitié de celle de Saint-Michel, en Agenais (4).
En 1077, on trouve la donation effectuée à la prière des religieux, par Guillaume IV, comte de Rouergue, de diverses possessions situées à Gandalou, paroisse de la commune de Castelsarrasin (5).
En 107g, Bernard, comte de Bezaudun ( Bisuldiniencis) , cousin de l'abbé Hunauld, cède et soumet à l'abbé et au couvent de Moissac, l'abbaye de Notre-Dame d'Arles ou d'Arules, près de Céret, au diocèse d'Elne ; l'abbaye de Saint-Pierre de Campredon, au diocèse de Gironne en Espagne; et celle de Saint-Paul de Valoles (de Valle Olei), au diocèse de Narbonne (6).
La même année, Gausbert Grimard ratifie la donation faite aux religieux de Moissac par Bernard d'Aigrefeuille , d'un alleu dans le diocèse de Cahors, en la paroisse de Saint-Urcisse (7).
En 1080, Foy, vicomtesse de Narbonne, donna l'église de Sermur et plusieurs autres domaines situés aux bords de l'Aveyron, dans le diocèse de Rodez (8) ; et l'année suivante, la vicomtesse de Brulhois, l'église de Manson ville (9).
Cette même année 1081, Bernard, surnommé de Narcès, du consentement de sa femme Pétronille et de ses enfants, se donne au couvent de Moissac pour être reçu moine et abandonne, en échange, l'alleu qu'il avait au pays de Quercy, en la paroisse de Saint-Aurélien, au lieu dit de la Belur (10).
En 1082, l'abbaye reçut le monastère de Saint-Maurin au diocèse d'Agen (11); et, en 1083, l'église de Villematier (12) ; celle de Saint-Maffre ou de Bruniquel, cette
(1) Histoire de Languedoc, nouv. édit., t. V, col. 599.
(2) Histoire de Languedoc, nouv. édit., V, 604. — Coll. Doat, vol. 128, fol. 1 14 et 117.
(3) Andurandy, u° 6791. — Coll. Doat, 128, fol. 120 et 123.
(4) Coll. Doat, vol. 128, fol. 128, fol. 126.
(5) Andur., art. 42, n° 604. — Coll. Doat, vol. 128, fol. 129. — Raymond Ier, comte de Rouergue, avait donné par testament à ses fils Raymond et Hugues le château de Gandalou, à la condition de le transmettre après leur mort à l'abbaye de Moissac (Hist. de Languedoc, nouv. édit., V, 246).
(6) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 526. — Hist. de Languedoc, nouv. édit., III, 396.
(7) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, Ç70.
(8) Andurandy, n° 5373. — Hist. de Languedoc, nouv. édit., III, 426. — Coll. Doat, vol. 128, fol. 133.
(9) Andurandy, n° 6456.
(10) Coll. Doat, vol. 128, fol. 160 et 164. (1 1) Andurandy, n° 6819.
(1 2) Andurandy, n03 602 et 5631.
LES ABBÉS RÉGULIERS
dernière provenant des vicomtes de Bruniquel et Armand et Adémar (i) ; et l'église de Saint-Cirice qui appartenait à Bernard Guillaume, dit de Arriols, à Charles et Raymond Bernard de Fenels (2).
Ce fut aussi à cette époque (1083) que Gausbert II restitua à l'abbaye, sous la réserve des deux tiers des dîmes, l'église de Lapeyrouse située près du lieu appelé aujourd'hui Lafrançaise, que son père Gausbert Ier de Castelnau s'était fait donner en fief par l'abbé Durand et l'évêque de Cahors, en retour de services rendus (3).
Ce fut à la même époque, en 1083, qu'eut lieu la cession de l'abbaye de Saint-Sernin de Toulouse, et c'est à l'instigation de l'abbé Hunaud qu'on y établit des chanoines réguliers ; voici dans quelles circonstances :
Les chanoines de Saint-Sernin qui venaient d'embrasser la règle de saint Augustin eurent quelques démêlés avec Isarn , évêque de Toulouse, et son chapitre, au sujet de la juridiction. A l'insu de leur évêque, ils s'adressèrent au pape Grégoire VII, qu'ils avaient mis dans leur intérêt, en lui représentant que leur église était immédiatement soumise au Saint-Siège et en offrant de payer annuellement dix sous de redevance à l'Eglise romaine. Ils lui portèrent plainte, en même temps, contre les religieux de Moissac qui, soutenus par Guillaume, comte de Toulouse, leur avaient enlevé une église donnée par Amé, évêque d'Oleron. Le pape fit un accueil favorable à leur demande ; il manda au comte et à l'évêque de Toulouse, ainsi qu'a l'abbé de Moissac, de ne plus inquiéter les chanoines de Saint-Sernin qui étaient sous son autorité immédiate, mais de leur rendre justice et au besoin même de protéger leur communauté.
Isarn, se voyant dans la nécessité de s'incliner devant cette décision, trouva cependant un expédient pour soumettre à son autorité l'église de Saint-Sernin. De concert avec le comte de Toulouse, il cède à l'abbé de Moissac, ainsi qu'à celui de Cluny, l'église de Saint-Sernin pour y établir des religieux, sous la réserve de certains droits tant pour lui pour quç pour le chapitre de la cathédrale.
L'abbé Hunaud accepta cet arrangement et il fut convenu que désormais il y aurait à Saint-Sernin des moines de l'ordre de Cluny, gouvernés par un prévôt sous l'autode l'abbé de Cluny. De son côté le comte Guillaume prit l'engagement de protéger ces moines et de ne jamais les inquiéter dans la possession des domaines de son église « quand même le pape ou son légat useraient de l'excommunication pour l'y obliger ».
Sur le refus des chanoines de céder la place, le comte les chassa de sa propre autorité et leur substitua les moines. Les chanoines expulsés se réfugièrent auprès de l'évêque de Cahors qui leur donna asile dans son palais épiscopal ou dans le prieuré du Vigan.
Cette affaire fit beaucoup de bruit. Les légats du pape, l'archevêque de Narbonne, saint Hugues même, ainsi que les principaux du pays, improuvèrent la conduite du comte de Toulouse. Ce dernier, rentrant enfin en lui-même, reconnut l'injustice qu'il avait commise ; cédant surtout aux conseils de l'évêque de Cahors, son parent, il rappela à Toulouse les chanoines qui reprirent possession de leur église. Ce rétablissement eut lieu le 10 des calendes d'août (23 juillet) de l'année 1083. Guillaume fit
(1) Gall. christ, et Andurandy, n° 5240.
(2) Coll. Doat, vol. 128, fol. 167.
(3) Arch. départ, de Tarn-et-Garonne, série G.
dresser un acte à ce sujet; rejetant la faute sur l'abbé de Moissac qui l'avait dirigé dans cette affaire, il témoigna son repentir et s'engagea par serment à devenir le protecteur des chanoines (i).
Peu de temps après, Hunaud s' étant retiré dans son prieuré de Saint-Martin de Layrac qu'il avait fondé, y mourut en 1095; ^ Y fut enseveli (2).
11 avait fait son testament en 1073 '1 Par cet acte> ^ léguait 30 sols à Bertrand, abbé séculier, établissait différentes donations et fondait dans son monastère une messe perpétuelle, la veille de la fête de Saint-Michel (3).
Se basant sur un passage de la Chronique d'Aymeric de Peyrac , on attribue à cet abbé les sculptures qui décorent le porche de l'église. Nous reviendrons sur ce sujet dans le chapitre consacré à la description de ce monument.