‹ L'abbaye et les cloitres de MoissacChapitre 41 sur 154 · L. — RAYMOND DE MONTPEZAT · texte numérisé non relu

L. — RAYMOND DE MONTPEZAT

(Raymundiis de Monte-Pensato Aym. de Peyrac; Raymundus de Monte-Pezato Gall. chr.)

Raymond de Montpezat était de l'illustre maison de Montpezat en Quercy. 11 avait pris l'habit de saint Benoît dans le cloître de Moissac, d'où il avait été appelé au gouvernement de l'abbaye de Lézat. 11 fut placé à la tête de celle de Moissac, par l'abbé de Cluny, sur la sollicitation de H. prieur et des moines (1) ; sa nomination eut lieu en 1229.

C'est du moins ce que nous apprend la lettre écrite à l'abbé de Cluny pour lui faire connaître l'état de détresse du monastère occasionné par les exactions du comte de Toulouse et du cardinal légat du Saint-Siège (2). Ces exactions et d'autres malheurs survenus, avaient obligé l'abbé défunt à se tenir pendant six ans loin du monastère, pendant que ses religieux errants et exilés traînaient une existence misérable. Dans cette situation, l'église de Moissac ayant besoin d'un pasteur intelligent et économe, le prieur supplia l'abbé de Cluny de lui donner Raymond de Montpezat, recommandable par ses vertus, assez lettré, d'un caractère bon, doux et en même temps ferme et que tout le monde jugeait digne de cette fonction. Il le conjura enfin de procéder promptement à son élection parce que, disait-il, le cardinal ayant coutume d'empêcher qu'on ne nomme sans son consentement aux bénéfices vacants dans l'étendue de sa légation, il est à craindre que, si vous différez, un moissonneur étranger ne vienne avec sa faux faire main-basse sur votre maison et la nôtre.

L'abbé de Cluny s'empressa d'élire Raymond de Montpezat, auquel il enjoignit de se rendre promptement à Moissac. Raymond obéit aux ordres de son supérieur et il n'eut pas plutôt pris le gouvernement de l'abbaye qu'il tourna tous ses soins à rétablir les affaires de la communauté, aussi bien que les circonstances pouvaient le permettre (3).

La même année, Bernard II, abbé de Lézat (4), ainsi que les abbés d'Arles, de Campredon et d'Eysses lui jurèrent obéissance (5).

II. réclama au comte de Toulouse les biens et les droits que son père et lui avaient enlevés au monastère. Ce prince n'ayant aucun égard à sa demande, l'abbé eut recours à la justice du cardinal de Saint-Ange, alors légat du Saint-Siège dans la province; il lui présenta un mémoire dans lequel il exposait tout ce que son monastère avait souffert de la part des comtes de Toulouse. Il suppliait le cardinal de forcer Raymond VII à lui rembourser les tailles et autres impôts qu'il avait mis et levés sur la ville de Moissac, sans le consentement de l'abbé, et en violation de l'accord fait entre celui-ci et Raymond VI; il évaluait ces tailles et impôts à 2,000 marcs d'argent, sans comprendre ceux qui avaient été aussi levés sur les dépendances de l'abbaye.

Le cardinal-légat ne voulant pas ou ne pouvant s'occuper de cette affaire, chargea Grimoald, évêque de Comminges, de l'examiner et de la juger. Dans la lettre qu'il

(1) Gall. christ.; G. Lacoste, Histoire de la province de Quercy, II, 263.

(2) Gall. christ., t. 1, Inslrum., 41, cit. par G. Lacoste, loc. cit., II, 263.

(3) G. Lacoste, loc. cit., t. II, p. 263.

(4) Hist. de Languedoc, nouv. édit., t. IV, p. 490.

(5) Coll. Doat, vol. 1 28, fol. 23 i , et vol. 129, fol. 188.

écrivit d'Avignon à ce prélat le 13 des calendes de janvier 1229 (20 décembre) il lui donna le pouvoir de faire usage de la censure ecclésiastique même contre les personnes qui étant appelées en témoignage, se refuseraient à comparaître, par faveur, par haine ou par crainte (1).

On dressa un procès-verbal des préliminaires relatifs aux compromis qui devaient être acceptés par les parties. L'abbé avait choisi pour arbitres, l'évêque d'Albi, A. d'Aragon, prieur de la Daurade, et A. d'Escatalens, citoyen de Toulouse, jurisconsulte. Le comte avait nommé pour procureur P. de Martin de Chàteauneuf, par lettres du 10 des calendes (23 octobre) 1231, données à Agde.

Les plaintes de Raymond de Montpezat sont exposées au long dans cet acte. Ce sont des exactions commises par les agents du comte ; des vols, fractures de monastères et d'églises. Les réclamations de Raymond VII, prenant fait et cause pour les habitants de Moissac, incriminent l'abbé et ses moines; ainsi, le célérier doit aux bouchers et marchands de poissons des sommes considérables dont ils ne peuvent avoir paiement ; le couvent a vendu une vigne consacrée à l'Eucharistie, puis l'a reprise; le neveu de l'abbé a enlevé sa cape à une femme ; les moines forcent les héritiers des défunts à leur donner de l'argent et ne veulent pas enterrer les morts avant d'être payés ; les chapelains appelés auprès des infirmiers les laissent mourir sans sacrements et ne les enterrent que moyennant de fortes sommes. Ces doléances furent exposées le 6 des calendes de novembre. Les arbitres assignèrent jour aux parties à Lavaur le 18 des calendes de janvier 1231 (2).

Le comte, qui avait probablement exagéré les causes motivant ses réclamations, n'étant pas sûr d'avoir gain de cause, ne comparut pas et ne se fit point représenter. Grimoald fit citer cinq ou six fois devant lui, suivant les formes légales, l'abbé de Moissac et le comte de Toulouse ; mais voyant que le prince ne se rendait jamais, il le condamna par défaut et adjugea à l'abbé de Moissac tout ce qui faisait l'objet du procès. Cependant l'abbé ayant à lutter avec un adversaire aussi puissant que le comte de Toulouse, il lui était difficile de se mettre en possession et de jouir sans trouble des droits que cette sentence lui accordait; aussi, au bout d'une année il fut obligé de porter plainte à l'évêque de Comminges et de le prier de faire en sorte que son jugement ne demeurât pas sans effet. Le prélat, par déférence pour le comte, chargea le prévôt de l'église de Toulouse de lui parler et de le déterminer à laisser l'abbé de Moissac paisible possesseur. Raymond VII ne voulut rien écouter et ne fit aucun cas d'une seconde sentence que l'évêque rendit en faveur de l'abbé. Un jour, Grimoald ayant rencontré Raymond à Carcassonne, l'entretint de cette affaire et le pria d'accéder à son jugement ; mais le comte se montra inflexible. Alors l'évêque, par une sentence datée de Toulouse du 16 mars 1235, rendue en présence des archevêques d'Auch et de Bordeaux, le déclara excommunié, avec ordre aux évêques de Toulouse, d'Albi, de Rodez, de Cahors et d'Agen, de le faire dénoncer comme tel dans toutes les paroisses de leurs diocèses (3). Quelques temps après, le 9 des calendes de mai 1236, il donna un ordre semblable à l'archevêque de Narbonne et à tous ses suffragants (4).

(1) Biblioth. nat., Armoires de Daluze, vol. 392, n' 618; Hist. de Languedoc, nouv. édit., t. VIII, col. 991.

(2) Arch. dép. de Tarn-et-Garoime, série G, 541.

(3) Hist. de Languedoc, VI, 693, et VIII, col. 991 et 992. — Arch. dép. de Tarn-el-Garonne, série G, 541.

(4) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, série G, 546.

LES ABBÉS RÉGULIERS

Si l'abbé de Moissac retira quelque avantage de cette censure, nous verrons qu'il n'en profita pas longtemps.

L'abbé Raymond de Montpezat travailla de tout son pouvoir à l'extinction de l'hérésie ; sous son abbatiat deux inquisiteurs de Toulouse, frère Pierre Cella ou Cellani et frère Guillaume Arnaud ou Arnaldi (i) se rendirent à Moissac en 1234, où ils firent brûler plus de deux cents hérétiques, dans une ville qui ne renfermait alors que 8,000 habitants. Parmi les victimes se trouvait Jean de Lagarde(2), de la famille des seigneurs de Montalzat ; il se réfugia à Montsègur, mais pour y être livré aux flammes. Un certain Foulques, de la même localité, crut pouvoir échapper à l'arrêt prononcé contre lui, en prenant l'habit religieux dans le couvent de Belleperche ; cette décision n'empêcha point les poursuites des inquisiteurs ; il se retira alors en Lombardie, et on le brûla par contumace (3).

L'abbé Raymond fut nommé plus tard assesseur de l'Inquisition de Toulouse et contribua à ce titre à plusieurs sentences (4).

Tous ses efforts tendirent ensuite à remettre en vigueur la discipline monastique que les malheurs des temps avaient considérablement relâchée ; cette tâche était des plus délicates à remplir, et à chaque instant l'abbé se heurtait devant de sérieuses difficultés. Ainsi, pour ce qui concerne l'abbaye de Campredon, au diocèse de Girone, il fut obligé d'entrer dans les détails les plus minutieux : en 1230, il détermine l'heure des services religieux de jour et de nuit ; prescrit que les tuniques des religieux seront rondes et fermées, les souliers non pointus; le chapeau de poil de chameau est défendu ainsi que celui de peau d'agneau noir. Sur la prière de l'abbé, il fait, en 1233, une enquête et constate que les mœurs de quelques moines étaient déplorables; que les uns sont voleurs, faussaires, débauchés et n'hésitent pas cependant à dire la messe (5). Il leur donne alors pour abbé P. d'Armau, moine et abbé de Saint Papoul. L'évêque de Girone refuse, en 1234, d'approuver cette élection, ordonne aux religieux d'élire leur abbé parmi eux et P. d'Armau est chassé du couvent. Le pape Grégoire IX est obligé d'intervenir et, par des bulles datées de Latran le 8 des calendes de mai 1241, prescrit à l'abbé de Saint-Antonin de Pamiers de ramener à l'obéissance les religieux de Campredon. Ces derniers ne veulent pas se soumettre et sont excommuniés. Plus tard, par une sentence en date de 1243, ils sont placés sous la dépendance de l'abbaye de Moissac. Malgré de nouvelles protestations, leur abbé P. de Cours passe, la même année, un compromis avec celui de Moissac et fait sa soumission. L'acte fut approuvé par l'évêque de Girone et signé par un grand nombre de religieux auxquels

(1) Pierre Cellani et Guillaume Arnaud furent deux des plus terribles représentants de l'Inquisition au xin" siècle : on les voit exercer leur ministère non seulement à Toulouse et à Cahors qui étaient les centres de leur juridiction, mais encore à Moissac, à Montauban, à Carcassonne. Pierre Cellani, ancien domestique de Raymond VI, fut élu Grand Inquisiteur en 1233. L'excès de son zèle et les plaintes formulées à ce sujet par le comte de Toulouse, déterminèrent l'archevêque de Vienne à lui changer sa résidence et à le renvoyer dans le Quercy. Son compagnon Guillaume Arnaud, natif de Montpellier, qui s'était rendu odieux de tous côtés, fut assassiné à Avignonet, près de Toulouse, le 28 mai 1242. Percin, Monumenta convenius Tolosani. Bouges, Hist. de Carcassonne.

(2) Cathala-Coture, Histoire du Quercy, t. I, p. 205.

(3) Regist. de VInquisit. de Toulouse, cahier II, pp. 72 et suiv.; Percin. Monum. couvent. Tolos.; Guillaume de Puylaui ens, c. 4 3.

(4) Hist. de Languedoc, nouv. édit., t. VI, pp. 688 et 701.

(5) Arcli. défi, du Tarn-et-Garonne, série G, 726.

Raymond de Montpezat accorda le pardon et qui à leur tour s'engagèrent à oublier que les habitants de Campredon avaient tenu dans cette affaire le parti du monastère de Moissac. Cet acte fut cependant insuffisant pour rétablir dans le couvent l'ordre et la régularité des mœurs. Nous verrons dans la suite que le successeur de Raymond de Montpezat visita le couvent en 1248 et qu'il eut à lutter contre plusieurs abbés qu'il fut obligé de déposer tant à cause de leur conduite privée que de leur administration (1).

Nous avons déjà dit qu'une des grandes préoccupations de Raymond de Montpezat en arrivant à Moissac fut de se faire reconnaître et d'exiger le serment de fidélité des abbayes et prieurés soumis à son monastère, qui tendaient à l'indépendance ou que les évêques tâchaient de ramener à leur juridiction.

Vers 1236, Bernard, abbé de Lézat, lui contesta le droit d'élire l'abbé de ce monastère, mais à la suite d'une enquête faite à ce sujet, les prétentions de l'abbé Bernard furent repoussées (2).

Au nombre des monastères qui affichaient une certaine indépendance, se trouvait l'abbaye d'Eysses, dont les religieux étaient tenus de choisir leur abbé parmi les moines de Moissac, sous l'approbation de l'abbé. En 1243, une élection devant avoir lieu, l'évêque d'Agen, à la tête d'une forte armée, avait enfoncé les portes du monastère d'Eysses et exigé, par ce moyen d'intimidation, un serment de fidélité des moines (3). Informé de ces faits, Raymond de Montpezat lança une sentence d'excommunication contre l'abbé Bertrand Jordan qu'on venait d'élire d'une façon irrégulière. Celui-ci n'en tint aucun compte et l'abbé de Moissac en référa à Rome. Innocent III, par une bulle datée d'Anagni, des nones d'octobre l'an premier de son pontificat (1243), ordonna à l'abbé de Saint-Antonin d'examiner l'affaire et de faire exécuter la décision qu'il croirait devoir rendre (4).

L'abbé Raymond, de son côté, s'étant rendu en personne à Eysses, les religieux finirent par se soumettre, avouant qu'ils s'étaient rangés contre leur gré à l'avis de l'évêque d'Agen ; ils déclarèrent que cet évéque avait pénétré chez eux par violence pour y faire la visite, nonobstant les oppositions des religieux ; qu'il ne voulut donner aucun délai pour délibérer et prévenir l'abbé de Moissac : et qu'il certifia ne vouloir point sortir, dut-il aliéner tous ses revenus, et même son anneau, son bâton et sa mitre. Au surplus tout en prêtant serment à ce prélat, ils s'étaient réservés de ne porter aucun préjudice aux droits de l'abbé de Moissac (5).

Ces exemples suffiront pour montrer toutes les difficultés qu'avait à surmonter l'abbè de Moissac dans l'exercice de ses fonctions.

Le comte de Toulouse, pour échapper à l'excommunication prononcée contre lui, et dont les» conséquences étaient redoutables à une époque où les sentiments de foi se montraient aussi vifs que les mœurs étaient rudes et violentes, se décida à la fin à rendre à l'abbaye de Moissac divers fiefs qu'on lui réclamait. Relevé par le pape, en 1238, de l'excommunication lancée contre lui, il accepta en principe les bases d'un arrangement avec le monastère. A trois reprises différentes des arbitres furent nom-

(1) Arch. dép. de Txrn-et-Garonne, G, 726.— Coll. Doat, vol. 129, fol. 258, et vol. 130, fol. 248.

(2) Andurandy, n° 6276.

(,3) Arch. déf. de Tarn-et-Garonne, série G, 744. (4; Coll. Doat, vol. 129, fol. 280.

(5) Bibl. nat. Coll. Doat, vol. 128, fol. 236, et vol. 129. fol. 221.

LES ABBÉS RÉGULIERS

mes, mais sans pouvoir mener à bonne fin cette entreprise, si bien que rien n'était encore décidé, lorsqu'en 1249 la mort vint surprendre Raymond VII à Millau (1).

Un an avant son décès, en 1244, l'abbé de Moissac voyant toute la peine qu'il avait pour faire le bien, complètement découragé de n'avoir pu réussir clans un grand nombre de ses entreprises, voulut rendre l'abbaye de Moissac à l'abbé de Cluny. Il invoquait surtout son grand âge qui le mettait dans l'impossibilité d'administrer une église si importante. Sa démission ne fut point acceptée, et le digne abbé dût encore conserver, jusqu'à la fin de ses jours, la direction de l'abbaye.

Nous citerons encore quelques actes de l'administration de l'abbé Raymond :

En 1232, il fonda un hôpital a La-Pointe, dans la paroisse de Saint-Pierre de Boudou, à la jonction du Tarn et de la Garonne (2).

Le 7 octobre 1236, Bernard Cébrias lui fit une autre donation sur l'hôpital de La- Pointe, et fut nommé administrateur de cet asile (3).

Le 12 avril 1237, il acquit de Bertrand de Castille, du frère et de la sœur de ce dernier, tous les droits qu'ils avaient sur la boucherie de Moissac (4).

En 1240, il reçut le serment de fidélité du nouvel abbé nommé à Eysses (5).

Les papes Grégoire IX et Innocent IV faisaient le plus grand cas de l'abbé Raymond ; ils lui envoyèrent plusieurs bulles pour agir contre les évèques de Narbonne, de Toulouse, de Rodez, d'Albi, d'Agen, de Périgueux, de Clermont et de Sarlat qui avaient usurpé des dîmes de l'abbè et du couvent (6) ; ils ordonnèrent même à l'abbé de Candeil, au diocèse d'Albi, de défendre aux archidiacres de se saisir des fruits des prieurés de l'abbaye de Moissac (7).

Le 4 des calendes d'octobre 1243, après avoir auparavant confirmé l'abbé Raymond dans tous les privilèges octroyés par ses prédécesseurs, Innocent IV l'autorisa à se servir de la mitre, de l'anneau, des gants, sandales et dalmatique épiscopale, et a donner la bénédiction solennelle toutefois hors la présence d'un évêque ou d'un légat, et le 24 des calendes du même mois il lui concéda le pouvoir de donner, sa vie durant, la tonsure et les deux ordres mineurs aux moines de son monastère qui voudraient s'engager dans la milice cléricale (8).

Ce fut sous son administration qu'Innocent IV, en 1244 et 1245, confirmant une bulle de Grégoire IX, son prédécesseur, exempta de la juridiction de l'ordinaire les religieux de l'ordre de Cluny et les membres en dépendant (9).

(1) Archives de V Hôtel-de-Ville de Moissac; Andurandy, nos 26, 12-3, 124, 125 et 271.

(2; Bibl. nat., Coll. Doat, vol. 129, fol. 191 : « Ego R. sum fundator hospitalis pauperum juxta stratam publicam quœ ducit ad Sanctum Jaccbum (Saint-Jacques de Moissac), in quo hospitale recipio in fratres Stcph., etc.... Verum, si propter impetum vel alias domum prenominati hospitalis labi vel dissolvi contingat, ita quod idem locus aptus ad reficiendum non esset, alium aptum locum in eodem alodo beati Pétri (église de Boudou) teneor ego et successores mei tenebuntur assignare et dare, ad reficiendum et construendum dictam domum commodius quam possimus in eadem vicina juxta stratam, existentibus tamen omnibus conditionibus supradictis ».

(3) Andurandy, n° 3826.

(4) Coll. Doat, vol. 129, fol. 225 ; — Andurandy, n" 320.

(5) Gall. christ., t. II, col. 937.

(6) Andurandy, n"s 24, 25 et 34.

(7) Arch. déf.. de Tarn-et-Garonne, série G, 538.

(8) Bibl. nat., Coll. Doat, vol. 129, fol. 2^8; — Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 572.

(9) Arch. déf>. de Tarn-et-Garonne, G, 573.

IOO

Mais la plus importante des bulles délivrées à l'abbaye de Moissac, fut celle de Grégoire IX, datée du 15 des calendes d'août 1240. Le Souverain-Pontife déclare mettre le monastère sous sa protection spéciale, veut que l'ordre monastique y subsiste à jamais et confirme l'abbé dans la possession de la ville de Moissac, de ses dépendances et d'un grand nombre d'abbayes, d'églises, de chapelles et de domaines ; elle nous fait connaître qu'à cette époque, l'abbaye de Moissac avait des possessions dans onze diocèses différents et que parmi ses possessions elle comptait quatre grandes abbayes, trente-cinq prieurés et un très grand nombre d'églises (1).

Raymond de Montpezat vivait encore le 5 avril 1245, puisqu'a cette date il acquit de Jean de Maureg, devant maître Pierre d'André, notaire, certains droits sur les

(1) Cette bulle a été insérée dans la Gallia chrisliana et clans les Etudes historiques sur Moissac par Lagrèze-Fossat (tome III, pp. 458 à 463). Nous allons nous borner à relater 1 enumcration qu'elle donne des bénéfices de l'abbaye en 1240, renvoyant au chapitre suivant pour établir l'identification des noms de lieu et leur situation géographique :

Diocèse de Cahors : La ville de Moissac, avec les églises de Saint-Michel et de Saint-Jacques ; les oratoires de Notre-Dame du Port, de Guileran, de Saint-Ansbert ; l'hospice de La-Pointe; les églises de Saint- Ansbert, de Saint-Laurent, de Saint-Christophe, de Viarose, de Saint-Pierre de Boudou, de Saint-Martial, de Saint-Etienne de Lizac, de Lagarde-en-Calvère, de Saint-Pierre de Bioulc ; les prieurés de Duravel, de Pescadoïres, de la Salvetat-Majuze ; l'église de Boysse; les prieurés de Caussade, de Bruniqucl, de Lapeyrouse, de Cos ; les églises de Saint-Martin, de Saint-Vincent d'Autejac, de Sainte-Livrade, de Saint-Amand de Lourcinade, de Saint-Martin de Montauré, de Saint-Marie (de Laclive?), de Saint-Pierre de Cazes-Mondenard, de Saint-Sernin de Léribosc, de Saint-Jean de Perges, de Saint-Sernin et de Saint-Pierre de Tissac. de Saint-Pierre de Bruyères, de Sainte-Marie de Froilo, de Cougournac, de Grate-Combe, de Saint-Loup de Malause, de Saulx, d'Ardus, de Saint-Sulpice, de Saint-Maurice; les châteaux de Durfort, de Montesquieu, de Malause, de Bruniquel, de Puycornet.

Diocèse de Toulouse ; Le monastère de Sainte-Marie de la Daurade ; le prieuré de Saint-Pierre-des-Cuisines ; l'hôpital de Bernard Manarder ; l'abbaye de Saint-Pierre de Lézat ; les prieurés de Saint-Jean de Conquêtes et de Buzet; l'église de Roquesérière et son château ; le prieuré d'Escatalens avec les églises de Saint-Sernin de Rogonag, de Saint-Julien et de Saint-Jacques de Fromensard ; les prieurés de Lagardelle. de la Salvetat de Caraman, de Saint-Martin de Meauzac, de Saint-Gervais de Sérignac, de Saint-Léofaire, de Castelsarrasin avec les églises du Saint-Sauveur et de Saint-Germain; les églises de Sainte-Marie de Lobaresses, de Villematier, de Sainte-Rustice (pour de Saint-Julien de Finham), de Corduba, de Bessens, de Montbartier, de Castelmayran.

Diocèse de Lectoure : Le monastère de Saint-Geniès ; les prieurés de Gazanpuy, de Saint-Nicolas de la Grave ; les églises de la Sainte de Blanquet, de Saint-Clar de Varennes, de Sarraciago, de Flamarens, d'Alcion, d'Auriol, de Saint-Martin, de Saint-Cirice, de Saint-Hilaire, de Saint-Sernin de Mansonville.

Diocèse d'Agen : L'abbaye d'Eysses; les prieurés de Masquières, de Pommevic; les églises de Goudourville, de Saint-Amans de Tayac, de Saint-Hilaire de Verdegas, d'Engayac, de Castellus, de Saint-Loup et- de Christinag.

Diocèse de Rodez : Le monastère de Saint-Jean de Frigor ; les prieurés de Villeneuve et de Sermur.

Diocèse d'Albi : L'église Sainte-Marie de Senouillac ; le prieuré de Sainte-Marie de Rabastens avec les églises de Sainte-Marie de Castres, de Lapeyrusselle, de Saint-Amans, de Saint-Jean de Bobole, de Blaunac, de Puyrimalle ; les prieurés de Ségur et de Lapeyrière avec les églises de Saint-Pierre et de Saint- André.

Diocèse de Périgueux : Les prieurés de Sédilhac, de Cénac ; l'église de Domme. Diocèse de Clermont : Le prieuré et la localité de Bredon.

Diocèse de Narbonne : Les prieurés de Cubières, de Saint-Paul de Fenouillet, de Sainte-Marie de Sallèles, de Saint-Martin.

Diocèse d'Elne : L'abbaye de Sainte-Marie d'Arles.

Diocèse de droite, en Catalogne : Le monastère de Saint-Pierre de Campredon.

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cabes (chutes d'eau) de Guilaran (i), mais il mourut peu de temps après et fut enseveli en l'église Saint-Pierre, dans un sarcophage qui existe encore et dont nous donnons le dessin sous la figure 7.

On ne connaît pas la place primitive de ce tombeau; il se trouvait avant 1790, dans le déambulatoire de l'église, au-dessous de l'inscription relatant la dédicace de l'édifice ; on le voit aujourd'hui dans une des chapelles latérales à gauche en entrant.

Mesuré extérieurement il offre comme dimensions, en longueur 2m 05 , en largeur om 68, en hauteur om 77. 11 est en marbre de Saint-Béat et présente comme décorations la plus grande analogie avec celui de saint Léotade à Auch, que nous avons figuré et décrit à la page 31 (2). Sous le monogramme du Christ on remarque en plus un vase sur les bords duquel deux colombes viennent se désaltérer, symbole de la douceur et de l'union chrétienne (3).

Ce tombeau, tant par sa forme que par ses ornements, le faire de la sculpture et la nature des matériaux employés, nous paraît contemporain de celui de Léotade et appartenir par conséquent au vne siècle. Sur ce sarcophage, comme sur celui d'Auch, des ornements imbriqués occupent la face postérieure et les côtés du couvercle.

(1) Arch. déf>. de Tarn-et-Garonne, G, 604; — Andurandy, n° 1978.

(2) Ces deux tombeaux offrent comme dessin la plus grande analogie avec celui qui a été découvert par Grellet Balguerie en 1867, à l'hospice de Lavaur. Description d'un tombeau du VIe siècle, découvert dans le département du Tarn. Albi, 1876, gr.

(3) Ce tombeau a été décrit par M. Blant, Sarcophages chrétiens de la Gaule, p. 121. — Voir aussi Jules Momméja, Bull, archéol. du Comité des travaux historiques, an. 1893, p. 41 3.

Ce beau monument n'a donc pas été fait spécialement pour Raymond de Montpezat, mais on a dû l'utiliser pour renfermer les restes de ce saint abbé. On peut se demander quel était le nom du personnage auquel il était primitivement destiné. Lagrèze- Fossat pense, et probablement avec raison, que du moment que ce tombeau paraît avoir été fait en même temps que celui de saint Léotade, il pourrait bien avoir contenu les reliques de saint Ansbert, le prédécesseur immédiat de Léotade dans la chaire abbatiale de Saint-Pierre à Moissac (i).

L'histoire nous a laissé ignorer une partie de la vie de Raymond de Montpezat, mais le peuple a conservé le souvenir de ses vertus et l'appelle encore aujourd'hui « saint Raymond ».

La légende a attribué divers miracles à Raymond de Montpezat, 'pendant sa vie et après sa mort ; elle a consigné un fait analogue à celui que produisit, en Espagne, Bernard Calvoin (Bernardus de Calvo), son contemporain. Nous en trouvons le récit dans une Histoire abrégée des abbés de Moissac (2).

Il y est dit que pendant l'administration de Raymond, la grêle ravagea, un jour d'orage, toutes les vignes qui entouraient l'abbaye. Désolés de ce désastre et persuadés que le saint abbé leur rendrait ce qu'ils avaient perdu, les habitants de Moissac lui apportèrent deux ou trois grappes de raisin, échappées au fléau dévastateur ; celui-ci les bénit, les fit jeter dans les trois grandes cuves du monastère et se mit en oraison pour que le Dieu qui donne l'accroissement les bénît à son tour. Au bout de quelques instants, par un prodige inoui, les cuves regorgèrent de vin, et les pauvres de la ville vinrent au plus tôt emplir leurs vaisseaux vinaires. On vit même, comme complément de la merveille, une colombe s'abattre sur chacune des cuves et becqueter la vendange bouillonnante (3). Or, comme sur le sarcophage de l'abbé Raymond se trouve au-dessous du monogramme du Christ une coupe clans laquelle viennent boire deux colombes , on n'a pas manqué de dire qu'elles étaient là pour rappeler ce grand miracle. Erreur d'autant plus manifeste, que ce tombeau, ainsi que nous l'avons déjà dit, est de l'époque mérovingienne, par conséquent de beaucoup antérieur à la mort de l'abbé de Moissac et qu'on voit cet emblème sur une foulé de monuments religieux.

Un dicton populaire a conservé a Moissac le souvenir des cuves et du miracle, et pour exprimer une capacité spacieuse, on dit encore : Grand comme les tonnes de saint Raymond. Le peuple invoque ce saint contre les fièvres et les affections douloureuses de la tète. Cette croyance remonte à une époque éloignée, car Aymeric de Peyrac dit que de son temps, ceux qui étaient atteints de ces maladies se transportaient a son tombeau et s'y plaçaient dessous pour obtenir une guérison complète (4). C'est ce qui explique la présence des chapiteaux sur lesquels il repose ; ces chapiteaux devaient être élevés sur deux colonnes qui maintenaient ainsi le sarcophage à une certaine hauteur.

(1) Lagrèze-Fossat, Etudes historiques sur Moissac, t. III, p. 249.

(2) Cette histoire est manuscrite et appartenait à M. Hippolyte de Saint-Paul. Elle a été copiée par M. de Cardaillac son grand-père, dans les documents d'un procès agité, en 1532, entre Jean de Narbonne, abbé de Moissac, et quelques-uns de ses moines.

(3) Citât, de M. l'abbé Calhiat, dans le Bull, de la. Soc. arch. de Tarn-el-Garonne, an. 1869, p. 116.

(4) « llujus beati viri miracula in quodam libro diffuse leguntur comprehensa, et fuit vir mire devocionis et sanctitatis, et sub tomba ejus marmorea. gravi langore febrium fatigati, sanitatem corporum reportant, piis meritis ejus ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 166, r°, col. 1.

LES ABBÉS RÉGULIERS

Une charte datée du mois d'avril 1243, par laquelle les consuls et les habitants de Moissac jurent de garder la paix conclue entre saint Louis et le comte de Toulouse Raymond VII (janvier 1243) (1), nous donne le sceau de la communauté (voir figures 8 et 9).

Fig. 8 et g. — Sceau communal de Moissac

Sceau rond de 60 millimètres.

Légende. — * SIGILLVM : COM[wJVNI CONSILIO : MOf y<si\.\Sl Dessin. — La ville fortifiée de Moissac (2).

Contre-Sceau

Légende. — * SIGILLVM : DE : VICO : SANfcJTI : PETRI Dessin. — Ecusson en forme de bouclier, à la croix de Toulouse, accosté de deux clefs, les pannetons en haut (3).

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