‹ L'abbaye et les cloitres de MoissacChapitre 42 sur 154 · LI. — GUILLAUME DE BESSENS · texte numérisé non relu

LI. — GUILLAUME DE BESSENS

(Guilhermus de Bescnx Aym. de Peyrac ; Guillelmus de Bessens Gall. chr.)

Après la mort de Raymond de Montpezat, les moines de Moissac obtinrent de l'abbé de Cluny l'autorisation de nommer leur abbé ; ils élurent Guillaume de Bessens. déjà

(1) Voir Hist. de Languedoc, nouv. édit., t. VI, pp. 748 et suiv.

(2) Il ne faudrait pas croire que ce sceau représente d'une manière absolument exacte la ville de Moissac. Les sceaux, à cette époque, donnaient souvent des dessins assez fantaisistes. Nous ne citerons comme preuve que les nombreux sceaux reproduits par Justel, dans son Histoire de la maison de Turenne, et qui, sous ce point de vue, laissent beaucoup à désirer dans la représentation du célèbre château-fort.

(3) Douët d'Arcq, Collection de sceaux, t. II. tre part., p. 391, n° 5831.

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abbé de Figeac, et qui appartenait à la famille des seigneurs de Castelmayran. Cette élection eut lieu en 1245 (1).

Peu de temps après son avènement, au mois de juillet de la même année, Guillaume de Bessens, choisi comme arbitre, mit fin à un procès existant entre un moine et l'abbé de Belleperche. L'acte passé à ce sujet désigne l'abbé par la lettre initiale de son prénom : « Rcligioso vira et dtscreto W, abbali Moysiacensi, salutem et sinceram in Domino carilatem » (2).

Un fait d'une certaine importance s'était passé à Moissac, quelques mois auparavant. Le 20 mai, les habitants de la localité, réunis dans l'église Saint-Jacques, accordèrent au comte de Toulouse la justice criminelle dans leur ville et lui concédèrent, ainsi qu'a ses successeurs, le droit de créer les consuls quand il lui plairait, de les élever, de les révoquer et d'en augmenter ou d'en diminuer le nombre (3). C'est probablement pour témoigner sa reconnaissance que le même comte, deux ans après, le 14 des calendes d'août 1247, délivra des lettres pour s'engager à ne réclamer aux habitants de Moissac que 500 sous caoursins de taille (4).

L'abbé Guillaume traita le 12 avril 1246, avec Arnaud Othon, vicomte de Lomagne, relativement aux engagements contractés par Raymond.de Montpezat, son prédécesseur, touchant l'honneur de Saint-Nicolas (=;). Le 2 janvier 1248, sur la demande de l'abbé de Campredon, il se transporta dans ce monastère, où l'ordre monastique était gravement compromis (6) , et reçut le 10 du même mois, de l'abbé de Notre-Dame d'Arles, le serment de fidélité (7).

Les religieux de la Daurade avaient renoncé, dès l'année 1241, en faveur de l'abbé de .Moissac, aux droits qui leur avaient été accordés par Grégoire IX, de nommer leur prieur. Les religieux, sans tenir compte de cette renonciation, procédèrent quelques années après, et de leur chef, à une nouvelle nomination. Guillaume de Bessens leur intenta alors un procès qui se termina à son avantage, en 1248. par une sentence prononcée par le cardinal de Sainte-Sabine, commissaire apostolique délégué à cet. effet (8). et qui fut confirmée, en 1250, par Innocent IV (9).

Au mois de juin 124g, nous trouvons une sentence arbitrale rendue par le prieur de la Daurade et l'évêque de Toulouse, en vertu de laquelle l'abbé de Moissac cède a l'évêque les églises de Saint-Jean de Vezères, de Saint-Clar, de Sainte-Eulalie , la chapelle de Sainte-Marie dans l'église de Brignemont, et reçoit en contre-échange les églises de Saint-Pierre de Massan, de Saint-Pierre de Gimel, de Beaumont, de Saint- Martin de Buzet, de Saint-Nauphary, de Meauzac, de Saint-Sulpice, de Villa-Castellane, de Castelmayran et autres (10).

(1) « Post hune Guilhermus de Besenx, anno M" CC° XLV ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 166, r°, col. 1.

(2) Arch. de l'abbaye, citées par Lagrèze-Fossat, toc. cit., III, 54.

(3) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 546. — Lagrèze-Fossat, loc. cit., t. III, p. 449.

(4) Coll. Doat, vol. 127, fol. 66.

(5) Coll. Doat, vol. 129, fol. 304.

(6) Coll. Doat, vol. 129. fol. 712.

(7) Coll. Doat, vol. i 29, fol. 316.

(8) « Hujus tempore fuit cassata electio de priore Deaurate, et de hoc habetur spccialiter bulla et electio ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 166, r°, col. 1. — Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 713.

(9) Andurandy, n° 6081.

(10) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, série G, 588.

LES ABBÉS RÉGULIERS

Les difficultés précédemment soulevées entre les abbés de Moissac et d'Eysses s'étant renouvelées, les parties intéressées convinrent de nommer pour arbitre Guillaume II, évèque d'Agen. Ce dernier, après examen de l'affaire, rendit le 26 juillet 124g, une sentence d'après laquelle les religieux d'Eysses devaient, avec le consentement de l'abbé de Moissac, choisir leur abbé parmi les moines de Moissac, mais que cette élection serait confirmée par l'évêque d'Agen. Cette sentence fut ratifiée au mois de juin de l'année suivante par le pape Innocent IV (1).

Sur ces entrefaites, le comte de Toulouse mourut à Millau le 27 septembre 1249, au moment où il se disposait à partir pour l'Orient. Par suite du traité de 122g son gendre et sa fille devaient lui succéder, mais ils étaient en Syrie avec le roi. La reine Blanche, chargée expressément de veiller aux intérêts de son fils et d'opérer seule cette transmission de pouvoir, s'acquitta de sa tâche avec promptitude et habileté. Moins de vingt jours après la mort du comte, elle envoya notamment à Moissac trois commissaires pour recevoir le serment de fidélité qui était dû au jeune roi comme successeur de son père Raymond VII. Le serment fut prêté dans le palais abbatial en présence de l'évêque de Toulouse et des abbés de Moissac et de Montauban (2).

Peu de temps après cet événement, le 25 novembre de la même année, l'abbé de Moissac fit dresser un nouvel état de ses réclamations. L'abbé relate que les dommages causés au couvent s'élèvent â la somme de 8,500 marcs, dont il réclame la restitution. Il demande que conformément à une sentence rendue dans le temps, la communauté de Moissac soit tenue de prêter à l'abbé, en sa qualité de seigneur, le serment de fidélité, ce que le comte n'a jamais permis ; que dans les criées qui se font dans la ville, le nom de l'abbé soit prononcé le premier; que le comte soit condamné à donner au monastère toutes les oboles d'or qu'il était tenu d'offrir chaque année pour le château-fort et l'emplacement qu'il occupe. Il réclame enfin la restitution de certains bénéfices dont le comte s'est injustement emparé.

En 1 2 5 1 , l'abbé de Moissac profitant du voyage qu'Alphonse II, comte de Poitiers et frère de saint Louis, faisait dans le Bas-Quercy avec sa femme la princesse Jeanne, fille unique de Raymond VII, leur rappela qu'il était un de ceux désignés par le feu comte Raymond auquel on devait réparer les injures commises ; il leur présenta un mémoire qu'il avait fait dresser en réclamant le montant des pertes et dommages éprouvés par le monastère du fait des derniers comtes de Toulouse (3).

Le jeune comte qui avait essayé de faire casser le testament de feu son beau-père pour s'exempter du paiement des charges qui lui étaient imposées (4), accueillit assez froidement les réclamations importunes de l'abbé. Toutefois, en 1257, il se décida à lui faire quelques légères concessions, lui accorda la moitié de la terre de La Garde dans le Bas-Quercy et lui confirma la donation de la terre d'Escatalens faite autrefois a l'abbé Raymond de Montpezat (5). Il termina aussi des contestations qui s'étaient élevées relativement à la possession des eaux d'Escatalens (6).

L'abbé de Moissac ayant eu aussi quelques difficultés avec l'évêque de Lectoure au

(1) Bibl. nat.. Coll. Doat, vol. 129, fol. 342.

(2) Hist. de Languedoc, nouv. cdit., t. IV, p. 812.

(3) Arch. de V abbaye de Moissac; — Lagrèze-Fossat, loc. cit., I. 382.

(4) Hist. de Languedoc, nouv cdit., t. VI, p. 819.

(5) Lagrèze-Fossat, Etudes historiques sur Moissac, t. III, p. 55.

(6) « Et fecit concordiam aquarum de Scatalenchis ». Aym. de Peyrae, Chron., fol. 166, r", col. 1.

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sujet des églises de Saint-Michel de Varennes (Saint- Michel de la Corneille) et de Saint-Pierre des Poux (Candes), s'en rapporta à Raymond de Caumont, recteur d'Auvillars, qui, par une sentence du n août 1256, fixa les limites des paroisses et des décimaires de ces églises (1).

Galhard de Bessens après avoir abandonné, en 1249, les droits qu'il avait sur l'église de Brignemont, 'légua à l'abbé Guillaume, par son testament en date du 31 décembre 1258, une vigne située à Moissac, au territoire de las Plan/as (2).

Guillaume de Bessens mourut en 1260, avant le 8 du mois de mai et non la veille de l'Assomption comme l'affirment les auteurs de la Gallia christiana (3). Il laissa la réputation d'un religieux jaloux des droits de son monastère et très exact à remplir les devoirs de son état. 11 fut inhumé dans l'église Saint-Pierre (4).

Le sceau de cet abbé est appendu à un vidimus de 124g (voir figure 10).

Sceau ogival de 45 millimètres sur 29.

Légende. — * S\igiUum\ : WILL[e/m]I . ABBATIS MOYZIACE[n]SIS Dessin. — L'abbé debout, vu de face, mitrè, crossé et bénissant de la main droite (5).

Le jour même de la mort de Guillaume de Bessens, le 8 mai 1260, les religieux de Moissac et ceux d'un grand nombre de prieurés en dépendant, donnèrent une procuration à cinq d'entre eux pour procéder à l'élection du nouvel abbé. Leur choix se porta sur Bertrand de Montaigut qui fut installé le 14 du même mois (6).

( 1 ) Coll. Doat, vol. 1 29, fol. 3 5 7. — Andurandy, n" 6584.

(2) Arch. de Tarn-et-Garonne, Saume de Vlsle, cit. par Moulenq, loc. cit., p. 313.

(3) Gallia, chrisliana, I, 268.

(4) Arch. défi, de Tarn-et-Garonne, série G, 596.

(^) Douiit d'Arcq, Collection de sceaux, t. III, p. 10 1, n" 8842.

(6) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, série G, 538; — Coll. Doat, vol. 1 30, fol. 5.

Fi y. 10. — Sceau de Guillaume de Bessens

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