‹ L'abbaye et les cloitres de MoissacChapitre 43 sur 154 · LU. — BERTRAND DE MONTAIGUT · texte numérisé non relu

LU. — BERTRAND DE MONTAIGUT

(Bertrandus de Monte-Acuto Aym. de Peyrac et Gall. chr.)

LES ABBÉS RÉGULIERS

Bertrand de Montaigut, fils d'Arnaud, seigneur de Montaigut, dont les grandes possessions s'étendaient dans le Quercy et I'Agenais, était déjà aumônier de l'abbaye de Saint-Théodard, prieur de Castelsarrasin et abbé de Sarlat, lorsqu'il fut nommé a l'abbaye de Moissac dont il devint un des abbés les plus illustres.

A peine en possession de son abbatiat, Bertrand de Montaigut prit ses dispositions pour recouvrer un grand nombre de biens enlevés au monastère. 11 obtint à cet effet du pape Clément IV une bulle donnée à Pérouse aux calendes de février 1265 et adressée au comte de Toulouse pour l'exhorter à rendre à l'abbé de Moissac une partie de la juridiction de la ville, usurpée par Raymond, son beau-père (1). La même année, le même pape fulmina une autre bulle portant que nul ne pourra être élu abbé de Moissac sans l'approbation de l'abbé de Cluny (2).

L'abbé Bertrand s'efforça aussi de faire disparaître toutes les traces que la guerre avait laissées après elle. « A Moissac », dit avec enthousiasme Aymeric de Peyrac, « il refit presqu'en entier tous les bâtiments de l'abbaye, et dans des proportions telles, et avec tant de soin, que ses successeurs seront impuissants à les entretenir dans un bon état de conservation ». Il les pava de beaux carreaux vernissés (3) , et tous ces grands ouvrages, ajoute le chroniqueur, furent faits sans toucher aux revenus du monastère. Il embellit les lieux d'Escatalens et de Boudou, les réunit à la mense abbatiale, et construisit un chàteau-fort dans chacun de ces prieurés, ainsi que dans celui de Saint-Nicolas.

Il éleva encore des édifices à Pinhols (4), à Leyraguet, à Saux : acheta une partie du péage de Malause ; agrandit et fortifia le monastère de Moissac, et l'entoura d'épaisses murailles qui englobèrent dans leur ensemble une tour élevée faisant partie des habitations de la ville (5). C'est probablement la tour de Bidonnent portée sous la lettre I du plan, figure 2, page 10.

Le mouvement intellectuel qui s'était si activement développé dans* les écoles abbatiales, eut, dès le milieu du xnc siècle, un affaiblissement très marqué, principalement pour l'ordre bénédictin. Ses écoles, naguère encore si célèbres, avaient, ou perdu leur ancien éclat, ou même disparu totalement.

(1) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, série G, 538.

(2) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, ^38; — Andurandy, n° 1893.

(?) « De pulcherrimis pictis tegulis fecit pavimenta monasterii ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 166, v°, col. 1. — En décrivant le cloître nous donnerons le dessin de plusieurs de ces carreaux vernissés.

(4) Pinhols ou Finnois était situé près de Moissac, sur les coteaux dominant le Tarn ; l'abbé y avait érigé une chapelle avec une maison de plaisance pour les moines convalescents.

(5) « Post hune Bertrandus de Monteaecuto, vir magne honoris in suis magnis operibus, valde famosus, et spéculum monasterii Moyssiaci in novissimis temporibus, et in ista generacione seu etatc quam premisi {pour praemisi), debuit esse ditissimus secundum opéra que fecit, et que post desolacionem et deslructionem comitum Tholosanorum quas huic monasterio crudeliter et impie fecerant temporibus retroactis. monasterium reparavit, magnos redditus acquisivit, et sumptuosa valde construxit ; privillegia revocavit, et jocalia quam plurima dicto monasterio liberaliter dédit, et sua ediflicia plus reputantur principalia vel regalia quam plebea, et fere singuln dicti monasterii. tam interius quam exterius, reparavit, sive essent prioratus, sive benefficia monasterii prelibati. Prioratum de Scatalenchiis mense sue uniii fecit, et ibidem castrum amenum construxit, et eciam prioratum de Bodorio, et ibidem castrum forte fecit, castrum de S. Nycholao de novo opère ampliavit. et inaltavit edifticia Larrigueti, et de Pinholibus a fundo edifticavit, locum de Saxis émit, et certain partem peagii de Malausa, et insuper quendam notabilem carreriam ville Moyssiaci acquisivit, et monasterium ampliavit. emitque muros et quamdam turrim dicte ville quam in ceptra (pour cejpta) dicti monasterii includi fecit ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 166, r°, col. 1 et 2.

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11 vint cependant un moment où l'on reconnut la nécessité de raviver les anciennes traditions de l'ordre, et l'Eglise, par la voix des pontifes romains, recommanda la fondation de maisons d'études auprès des universités, en imposant même à l'ordre entier, dans quelques-uns de ses membres, la formation universitaire. L'ordre Cistercien prit les devants dans cette œuvre de régénération, et fut bientôt suivi par celui des Bénédictins. Pendant que Citeaux autorisait ses moines (i) à suivre les cours des universités de Montpellier, d'Oxford, de Salamanque, les monastères bénédictins envoyaient leurs clercs dans d'autres universités ou facultés, telles que celles de Toulouse, d'Avignon, d'Orléans, d'Oxford, où l'on vit s'élever différents collèges.

C'est à ce sujet que Bertrand de Montaigut fit rebâtir entièrement le prieuré de Saint-Pierre-des-Cuisines a Toulouse, où il établit un collège pour l'étude du droit canonique. Il affecta à ce collège un revenu de mille livres pour l'instruction de douze religieux de son monastère : ces religieux devaient y passer quatre ans et y prendre le titre de bachelier (2). Mais il ne permettait à un moine d'aller étudier que quand un honnête homme s'obligeait à l'entretenir, pendant le temps voulu, de vêtements et de vivres, et qu'il donnait des garanties suffisantes pour le paiement de l'amende encourue en ne tenant point sa promesse (3).

Malgré cette fondation l'abbé avait établi à Moissac des écoles qui avec celles de Cahors passaient pour être les plus célèbres de la région (4). Aussi voyons-nous, en 1278, Béraud de Guiraud léguer, « aux enfants escoliers de Moissac la somme de 20 sols » (5).

Les différends qui existaient depuis fort longtemps entre l'abbé de Moissac et le comte de Toulouse se ravivèrent de nouveau sous Bertrand de Montaigut, et on arriva à des accommodements qui tour à tour furent acceptés puis rejetés parce que les consuls et les habitants de Moissac s'opposaient parfois aux prétentions envahissantes de l'abbé.

Ainsi le 11 septembre 1266 eut lieu à Moissac, par ordre du sénéchal d'Agenais, Philippe de Villa Faverosa, la publication des lettres du comte Alphonse et de Jeanne son épouse qui ordonnaient aux habitants de respecter l'accord fait entr'eux et l'abbé de Moissac (6).

Cet accord était très préjudiciable aux religieux, car il leur enlevait de grandes prérogatives tout en leur imposant de lourdes charges. L'abbé de Moissac prit cependant la détermination de l'accepter. Considérant que les états du comte Alphonse et de la comtesse Jeanne qui n'avaient point d'enfants, devaient, après leur mort, être réunis à la Couronne, il préféra s'arranger avec le comte de Toulouse plutôt que d'avoir dans la suite des difficultés avec le roi de France.

(1) Au début du XIIIe siècle, la législation ecclésiastique paraissait hostile aux études des réguliers en dehors de leurs monastères. C'est ainsi qu'un concile tenu à Paris en 12 13 décrète dans son huitième canon que « celui qui est entré dans un monastère ne doit pas aller étudier dans une école étrangère; il fera ses études dans le monastère même ». Hard., Concil., VI, p. 1 1, 2009.

(2) « Domum studencium S. Pétri de Coquinis noviter edificavit et ibidem instituit XII studentes, et priorem, et eosdem de mille libris reddualibus dotavit, ubi per quator annos studii et ibidem gradum bacalariatus recepi, septem capellanias instituit et dotavit ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 166, r", col. 2.

(3) Arch. déf. de Tarn-et-Garonne, G, 545.

(4) Guill. Lacoste, Histoire de la province de Quercy, t. II, p. 206.

(5) Andurandy, nu 477.

(6) Arch. dép. de Tam-et-Garonne, G, 541.

LES ABBÉS RÉGULIERS 109

L'accord portait entr'autres dispositions : que le comte, la comtesse et leurs successeurs exerceraient seuls le pouvoir militaire à Moissac ; que dans les criées leur nom serait toujours prononcé le premier; que l'abbé, n'ayant aucun droit sur le produit des tailles, ne pourrait s'opposer en aucune manière à leur levée; que le. comte et la comtesse étaient dispensés, pendant toute la durée de leur vie, de faire hommage et de prêter serment de fidélité à l'abbé ; que l'abbé et le couvent renonçaient à l'indemnité de 8,500 marcs d'argent qu'ils réclamaient au comte, et à tous les droits de justice qu'ils percevaient au profit du monastère : que l'obole d'or qui était due au monastère pour le château-fort, le jour de la fête de saint Pierre et de saint Paul, serait offerte, chaque année, par le baile du comte, sur l'autel de l'église abbatiale, mais que le monastère faisait l'abandon de toutes celles qui n'avaient pas été payées jusque là, etc. (1).

En 1267 intervint une transaction au sujet de la justice du lieu et de la juridiction. 11 fut décidé que le baile jugerait les causes de Sainte-Livrade et de Bénes; que celui de l'abbaye connaîtrait celles des gens de ses propriétés avec appel au juge que l'abbé et le comte entretiendraient à frais communs à Moissac; que les produits de la justice de Montesquieu, de Malauze et de Durfort seraient partagés entre l'abbé et le comte (2).

Tous ces .accords n'amenèrent point les résultats auxquels on devait s'attendre. D'un côté, les religieux ne pouvant se contenter de la situation qui leur était faite, voulurent se montrer plus exigeants ; ils accusèrent les représentants du comte Alphonse d'usurper la justice, et, sous ce prétexte, n'hésitèrent pas à violer les engagements qu'ils avaient pris (3). D'un autre côté, les habitants de Moissac, voyant l'ambition toujours croissante des moines, protestèrent à leur tour et demandèrent au comte la nullité des conventions établies, en détaillant les droits qu'ils avaient sur la ville et les privilèges accordés au consulat : seul, le comte, disaient-ils, et ses aïeux, de toute antiquité ont droit de haute justice, de glaive et de sang, seul il peut créer les consuls et avoir un viguier. Les consuls seuls, avec le baile du comte, peuvent arrêter les malfaiteurs. En outre ils supplient, avec dignité, la comtesse de remettre les choses en l'état primitif, ajoutant qu'ils sont décidés à s'adresser au roi de Erance si elle ne veille pas à leurs intérêts (-4).

Cette réclamation ne produisit aucun résultat. Les consuls s'attendaient à mieux, mais le comte et la comtesse de Toulouse étant morts à Savone au mois d'août 1 271 , à quelques jours de différence, ils s'empressèrent d'en appeler au roi de France, successeur des comtes de Toulouse, d'après le traité de Meaux. Le 17 septembre de la même année ils lui adressèrent une lettre pour le supplier de les recevoir sous sa domination immédiate et l'inviter à prendre possession de leur ville (5).

A la suite de cette lettre, le roi Philippe-le-Hardi envoya à Moissac, pour prendre en son nom possession de la ville, Guillaume de Cohardon, sénéchal de Carcassonne, son régent et gouverneur pour le comté de Toulouse (6). Philippe-le-Hardi fut reconnu tout aussitôt pour co-seigneur de la ville et abbé chevalier du monastère. A son tour,

(1) Arch. de VHôlel-de-Ville ; Andurandy, n° 252 ; Lagrèze-Fossat, loc. cit., I, 182 et 412.

(2) Arch. défi, de Tarn-et-Garonne, série G, 546.

(3) Arch. de VHôlel-de-Ville ; Andurandy, n° 3833.

(4) Arch. défi, de Tarn-et-Garonne, série G, 546. — Lagrèze-Fossat, loc. cil., t. I, p. 427.

(5) Hist. de Languedoc, nouv. édit., t. X, Preuves, col. 87 et 88.

(6) Hist. de Languedoc, nouv. édit., t. IX, p. 7.

le roi s'engagea à remplir les devoirs qui lui incombaient et chargea, en 1284, le sénéchal de Cahors de rendre à l'abbé et au couvent l'hommage qu'il devait « attendu que les rois n'ont pas l'habitude de le rendre eux-mêmes » (1). En 128g, il envova des lettres pour faire garder les consuls en leurs privilèges (2).

Les droits attribués à la co-seigneurie et à l'abbatiat militaire de Moissac étaient plus importants à la fin de la période que nous venons d'esquisser qu'au moment où Raymond V succéda à Bertrand de Montacès. D'après les titres provenant de l'abbaye, ces droits étaient les suivants :

i° Droit d'exercer le pouvoir militaire.

20 Droit de posséder le château-fort et la place située en avant dudit château, moyennant hommage.

3° Droit de concourir à l'administration de la justice.

40 Droit de recevoir le serment des consuls et de procéder à leur installation. 5" Droit de posséder des prisons.

6° Droit d'imposer des tailles et des quêtes, et d'en percevoir en entier le produit, sans le consentement de l'abbé et du couvent.

70 Droit de percevoir une portion des droits de justice et des confiscations pour cause de forfaiture.

8° Droit de percevoir le produit de la pêche de Pâques fleuries.

q° Droit de traverser gratuitement, dans les barques des nautonniers, le Tarn et la Garonne entre des limites déterminées.

io° Droit de percevoir la moitié des leudes de la ville, la moitié des leudes du marché, et la moitié des leudes de la Garonne.

ii° Droit de percevoir en entier les leudes de guidonage ou de sauf-conduit sur les chemins, les leudes sur le Tarn, et les leudes sur les moulins, les bateaux, le bois de charpente, le blé et les porcs.

12° Droit de percevoir les trois quarts de la leude qui frappait les animaux de l'espèce bovine dans les boucheries de la ville.

130 Droit de percevoir une certaine quantité de vin et de demi-vin sur les menses et les métairies de Saint-Laurent, Chaufour, Saint-Christophe et Viarose.

14° Droit de percevoir une certaine quantité de froment et d'avoine et un droit d'albergie sur les menses et les métairies, ainsi qu'un certain nombre de deniers par porc, a Boudou, Leyraguet, Saint-Laurent, Saint-Christophe, Chaufour, Viaroze et Lizac.

150 Enfin, droit de percevoir le vingtième sur le blé. le vin et le demi-vin récoltés

(1) « Philippus gracia Dei Francorum rex. Notum facimus universis tam presentibus quam futuris, quod cum nobis constet quod ea que habemus et tenemus in villa Moyssiaci et pro villa ac in honoribus Sancti Pétri Moyssiaci pro abbate milite comités Tholosani de monasterio Moyssiacensi in feudum cum homagio tenuerunt et nos etiam recognossimus tenere in feudum predicta ab eisdem abbate et conventu. Sed quia reges Francie non consueverunt altum homagium facere, volumus et concedimus quod racione dicti feudi senescallus noster Caturcensis quicumque pro tempore fuerit in nova constitucione sua ipsi abbati et conventui faciat fidelitatis juramentum, nullo alio mandato nostro. vel heredum nostrorum, super hoc expectato. Quod ut ratum et stabile remaneat in futurum, presentibus litteris nostrum fecimus apponi sigillum. Actum Parisius anno Domini millesimo CC. LXXXIIII''', mensis septembris ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 166, r", col. 2, et V, col. 1.

(2) Arch. défi, de Tarn-et-Garonne, série G, 5 5 1 et 558.

LES ABBÉS RÉGULIERS

sur les terres des habitants de Moissac, mais non sur celles que le monastère faisait cultiver pour son propre compte, moyennant le tiers, le quart ou toute autre partie du produit (i).

Par suite de la réunion à la Couronne du comté de Toulouse, les abbés de Moissac ne prirent pas autant de part que clans le passé aux grands événements politiques de l'éptique ; leur existence ne fut pas aussi tourmentée.

Ce fut sous l'abbatiat de Bertrand de Montaigut que se déroula à Moissac un drame d'une gravité exceptionnelle et qui permet d'apprécier les mœurs barbares de l'époque.

On connaît le rôle immense que joua clans la Société le fondateur de l'ordre des Franciscains. Saint François s'était donné la mission de faire estimer et aimer, au sein du peuple chrétien, la pauvreté évangélique. Il devait donc choisir la pauvreté comme fondement de son Ordre, et la léguer à ses enfants comme l'héritage le plus cher.

Il le fit, et l'Ordre mendiant du patron d'Assise acquit sur son siècle un ascendant prodigieux. Outre son utilité relative à la conversion des Albigeois, il répondait à un besoin général de l'époque. Dans ces temps féodaux, toutes les abbayes étaient riches, tous les abbés grands seigneurs. Les préoccupations du fief et de la puissance temporelle tendaient naturellement à relâcher le zèle, à refroidir la ferveur. Alors on vit des réformes et des modèles de l'antique pauvreté clans ces humbles disciples de saint François, qui allaient pieds nus, prêchant à travers les villes et les campagnes, amis des pauvres, vivant comme eux sur la terre et mourant sur la paille et la cendre. De toutes parts la faveur publique accueillit cet ordre nouveau. Là étaient la vie et le progrès (2).

• Au bruit de leur puissance, consacrée par les protections des Souverains-Pontifes, bien des abbés réclamèrent et s'efforcèrent d'entraver le développement d'un ordre dont la règle offrait un contraste si frappant avec celle qu'ils suivaient. Aussi lorsqu'en 1 27 1 , les Frères mineurs voulurent fonder à Moissac une de leurs maisons, les religieux de la localité protestèrent énergiquement auprès des consuls et d'Hugues Géraldi baile du roi (3). Ils finirent par triompher, mais quelques années après les pères Franciscains revinrent à la charge et eurent cette fois gain de cause. Les consuls et les bourgeois leur achetèrent une maison dans l'intérieur de la ■ville et vers 1290 ils vinrent s'y installer au nombre de douze. En vain les Bénédictins qui voyaient toujours avec répugnance un ordre mendiant s'établir à côté d'eux, firent-ils de nouveaux efforts pour l'en chasser. Ne pouvant y parvenir, ils eurent recours aux moyens les plus violents. Un drame tragique se passa alors à Moissac. Un jour la cloche du couvent des Frères mineurs ne se fit point entendre à l'heure de l'office du matin. On se transporte en nombre à l'église et quel fut l'étonnement de la foule de voir le chœur désert et l'église entièrement saccagée. L'intérieur du couvent était absolument vide. Pendant la nuit il avait été dévasté. Un horrible massacre avait eu lieu et quelques jours après on retrouva les cadavres des douze frères dans le Tarn et jusque dans la Garonne où le courant les avait entraînés (4).

(1) Lagrèze-Fossat, Etudes historiques sur Moissac, t. I, dp. 194 et 105.

(>) A. de Grenade-Saint-Bernard, Gloires monastiques, p. 232. Paris et Toulouse, 185 1.

(3) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, ^86.

(4) Aymeric de Peyrae mentionne le fait mais sans en faire connaître les détails; il s'exprime ainsi : « Ordinem seu conventum fratrum minorum a villa Moyssiaei viriliter expulit, in prejudicium monasterii

A la nouvelle de cet odieux attentat, l'Ordre entier de Saint-François, qui était alors fort puissant, s'émut vivement et assigna devant le pape l'abbé Bertrand de Montaigut. L'abbé Bertrand comparut en personne à l'audience du Souverain-Pontife, et là, en présence du collège des cardinaux, il se défendit par un beau discours sur les bons et les mauvais anges, dont le texte était emprunté au verset 7, chapitre xn, de la deuxième épitre de saint Paul aux Corinthiens : « Et ne magnitudo revelationum exlollat me, datas est mihi stimulus carnis mece Angélus Satance, qui me colaphizet ». Il en tira des conclusions pour sa cause et établit son innocence en prouvant qu'au moment du meurtre il n'était ni à Moissac, ni même dans la province. Il fut absous du crime qu'on lui imputait et renvoyé après avoir reçu de la part de ses juges, les marques les plus flatteuses de leur estime (1).

L'abbé de Moissac, qui était en même temps seigneur d'Escatalens , jouissait de toutes les prérogatives attachées à ce titre. En vertu de cette qualité il avait le droit d'établir des coutumes clans ce lieu, et le 3 mars 1278 il accorda aux habitants, entr'autres faveurs, le privilège de s'opposer à l'introduction et à la vente dans la ville, et sous peine d'amende contre les contrevenants, de tout vin qui n'aurait pas été récolté sur le territoire dudit lieu (2) ; et en 1280 il ordonna à son juge de dresser dans cette localité des fourches patibulaires (3).

Le 23 mai 1279, le roi de France ayant rendu l'Agenais à la couronne d'Angleterre, en vertu du traité dit d'Abbeville, de 1258, Edouard Ier nomma un sénéchal et le commit pour prêter en son nom à l'évêque d'Agen l'hommage que lui devaient les comtes d'Agenais et pour le recevoir ensuite de tous les vassaux. Ce double serment, dans lequel apparaît comme témoin l'abbé de Moissac, fut reçu dans le couvent des Dominicains le 6 août de la même année (4).

En 1285, le 19 avril, l'abbé Bertrand reçut la visite de Simon de Beaulieu, archevêque de Bourges et primat d'Aquitaine. L'abbé, les moines et une foule nombreuse furent en procession au devant du prélat, bien au-delà de la ville et l'introduisirent au son des cloches et des instruments de musique. Il est à remarquer que Bertrand de Montaigut était revêtu ce jour la des insignes des évèques que les abbés de Moissac avaient le droit de porter, ainsi que nous l'avons déjà dit, en vertu de plusieurs bulles du pape (5).

inchoatum, et cum fuisset citatus coram papa Rome existenti thema incepit coram eo et cardinalibus in sui excusacionem : Datus est michi angélus Sathane qui me collatizet, et pulcherrimc materiam angelorum bonorum et malorum fuit prosequtus, applicans bonos angelos et malos secundum quod materia requirebat, et gratantissime expeditus fuit ». Aym. de Peyrac, Citron., fol. 166, r°, col. 2.

(1) Guill. Lacoste, loc. cit., II, 308; — Marion, toc. cit., p. 133.

(2) « E si sen revengues que vi aportes hom que sos tengut al senhor del tonel e del vi ; et si sendevenia que vi fos vendut avant quel senhor o saubis que sos tengut al senhor daitant cant au ri a vendut lo vi ». Arch. de V abbaye, cit. par Lagrèze-Fossat, 1, 393.

(3) Andurandy, n" 5931.

(4) Rymer, Acia, t. I, p. 873, et t. II, pp. 52, 60, 106 et 134; Monlezun, Hist. de la Gascogne, VI, 301. (ç) « Et postmodum exinde venit (Simon Bituricensis archiepiscopus) apud Moyssiacum ; ubi Abbas et

multi alii venerunt ei obviam bene per unam leucam, qui Abbas Moyssiacensis, prœcessit ad recipiendum Dominum processionàliter ; et fuit Dominus ibidem receptus campanis pulsatis processionaliter ab Abbate induto pontificalibus ornamentis, scilicet capa, mitra, baculo pastorali cum chirotecis, et a conventu dicti loci cum trompis et gaudio magno ». Ste-phani Baluzii miscellaneorum, lib. IV, p. 315. — Veter-analecl., t. II, p. 625, Paris, 1676.

LES ABBÉS RÉGULIERS

Simon de Beaulieu, tout heureux de constater la bonne direction qui avait été donnée au monastère de Moissac et de montrer sa satisfaction, transmit à l'abbé le pouvoir d'accorder des indulgences (1).

L'année suivante, en 1286, le pape Honoré IV confia à l'abbé de Moissac la mission difficile de réformer l'ordre de Grandmont, en Limousin (2). Les moines s'étaient soulevés contre leur prieur Pierre de Cahusac qui voulait les rappeler à l'autorité primitive de la règle ; ils l'accusèrent devant le pape d'être parjure, simoniaque et ignorant. Pierre de Cahusac se rendit tout aussitôt en cour de Rome. Le Souverain-Pontife, convaincu de son innocence, le maintint dans ses fonctions de prieur en chargeant Bertrand de Montaigut, Géraud, prieur provincial des Dominicains de Toulouse, et Raoul Mirabel, doyen de l'église de Poitiers, d'apporter les modifications nécessaires a l'ordre établi par saint Etienne de Muret (3).

Mais déjà bien avant cette époque les différents papes qui s'étaient succédé sur la chaire de saint Pierre n'avaient laissé échapper aucune occasion pour témoigner leur estime à l'abbé de Moissac.

Ainsi, en 1265, Clément IV confirma l'abbé de Moissac dans le pouvoir qui lui avait été accordé par son prédécesseur, en 1243, de conférer la tonsure (4).

Le même pape, également en 1265, déclara dans une bulle que l'abbé et les religieux de Moissac ne relevaient que du Saint-Siège et non des patriarches, archevêques et évèques, et qu'aucun religieux ne pourrait être élu abbé de Moissac sans l'approbation de l'abbé de Cluny (5). Presque en même temps, il exhorta le comte de Toulouse à rendre à l'abbé et au couvent la partie de la juridiction de la ville dont Raymond VII s'était emparé au préjudice du monastère (6) ; en outre, il autorisa le couvent à percevoir des pensions sur divers prieurés pour les appliquer aux besoins de plusieurs officiers claustraux (7).

En 1266, le 3 des calendes de février, il permit à l'abbé de Moissac et à ses moines de recueillir et de posséder les héritages qui leur adviendraient (8) ; peu de temps après, le 3 des ides de mars, il commit l'abbé de Saint-Maurin pour admonester publiquement les usurpateurs et détenteurs des biens ou revenus du monastère, et les excommunier s'ils n'en faisaient point la restitution (9).

En 1274, l'abbé de Montauban, commissaire apostolique de Grégoire X, défendit à l'évêque de Béziers d'appeler en jugement, hors de leur monastère, les religieux de Moissac, contrairement à leurs privilèges (10).

Le 10 des calendes de février 1278, Nicolas III, confirmant les bulles de ses prédécesseurs Alexandre IV, Urbain IV et Clément IV, déclara de nouveau que l'abbaye de Moissac ne relevait que de Rome (11); de nouveau aussi il ordonna, au mois d'avril,

(1) Andurandy, n" 1807.

(2) Célèbre abbaye fondée, dans le diocèse de Limoges, vers Tan 1076, par saint Etienne de Muret.

(3) Gallia chrisiiana. II, 653.

(4) Arcli. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 572.

(5) Andurandy, n° 7 1 ; — Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 538.

(6) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 538; — Andurandy, not 43 et 59.

(7) Andurandy, nos 44 et 45.

(8) Andurandy, n° 46.

(9) Andurandy, n" 47.

(10) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, série G, 572.

(11) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 539 et 573.

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à l'abbé de Montauban, de lancer l'excommunication contre tous ceux qui détenaient les biens de l'abbé et du couvent (i).

Enfin, en 1282, de graves désordres ayant éclaté dans l'enceinte du monastère, les religieux s'étant battus entre eux, ayant désobéi à leur abbé tout en continuant à célébrer les offices divins et ayant encouru pour ces faits l'excommunication, le pape Martin IV autorisa à relever des peines canoniques les moines repentants qui s'étaient livrés à ces voies de fait (2).

Plusieurs différends s'étant élevés de nouveau entre l'abbé de Moissac et l'évêque d'Agen, touchant la juridiction du monastère d'Eysses et l'élection de son abbé, Bertrand de Montaigut passa le 5 mars 1264, une transaction par laquelle on adopta, entr'autres choses, les dispositions suivantes :

Quand l'abbaye d'Eysses viendrait à vaquer, les religieux se rendraient à Moissac pour y élire un abbé du corps et chapitre de Moissac, cette élection serait confirmée par l'abbé de Moissac et le nouvel élu serait béni par l'évêque d'Agen : l'abbé de Moissac aurait droit de visiter et corriger l'abbé et les religieux d'Eysses dans l'enclos du monastère. En outre l'abbé et les religieux de ce monastère garderaient les statuts du Synode et commandements de l'évêque d'Agen, en tant qu'ils ne seraient pas contraires aux privilèges et grâces concédés par le Saint-Siège à l'ordre de Cluny et aux statuts du chapitre dudit Cluny.

L'évêque aurait, tous les ans, dans le monastère, un droit de procuration (qui est l'obligation de le défrayer pendant sa visite), il aurait plein pouvoir pour le spirituel hors l'enclos du monastère, sous la réserve des privilèges exprès de Cluny (3).

Nous énumèrerons encore différents actes de l'administration de Bertrand de Montaigut :

Il donna à fief le 18 mars 1264, à Bertrand, vicomte de Bruniquel, la moitié de la justice et seigneurie de la Salvetat et de la paroisse de Saint-Pierre de Majeuse, sous la réserve de l'hommage et d'une redevance annuelle d'un marbotin d'or (4).

En 1266, Pierre Ondanse abandonna au monastère, mais sous la réserve de l'usufruit en faveur de sa femme Gausbergue, une maison située dans le quartier Saint-Michel et son fief d'Ondanse (5).

L'abbé Bertrand signa au mois de juillet 1266, un acte de paréage avec Alphonse, comte de Toulouse, relatif à l'entière justice et autres droits de la ville de Lagarde, au diocèse de Cahors, et transigea le même mois avec le même comte touchant le droit de justice dans la ville de Moissac: ce dernier lui restitua, le 8 décembre suivant.

(1) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 538; — Andurandy, n° 56.

(2) Coll. Doat, vol. 130, fol. 123; — Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 596.

(3) Manuscrit d'un religieux de la congrégation de Saint-Maur, conservé aux Archives départementales de la Gironde. H. Cartons, Abbayes diverses, cité par A. de Lantenay, L 'Abbaye d'Eysses, pp. 26 à 28.

(■4) Coll. Doat, vol. 132, fol. 2i.

(5) « Et ab aital covent que quant demesissa Gausbergua séria desanad que tornes al mostier la sua maisou de la carrera de Sant Miquel queste ab la maiso den esteve de Lalanda, e la disnairada de la terra c de la vinha de Ondansa qu'Esteve a lo fief an de Blanc, Aquestas très honors sobredichas devo tornar al mostier, que sias de tôt embarc après que demesissa Gausbergua sera desanad ». — Le fief d'Ondanse était situé au-delà du ruisseau de Cérat, au lieu dit Lespagnette, mais dans le vallon de Pissevieille (Andurandy, p. 400, cité par Lagrèze-Fossat, I, 306).

LES ABBÉS RÉGULIERS

les biens de Leyraguet et de Bessac, que le comte Raymond avait fait fermer pour la chasse, au préjudice du monastère (i).

En 1270, il obtint de Barthélémy, évêque de Cahors, des lettres enjoignant aux consuls de Moissac de lui prêter le serment accoutumé, sous peine d'excommunication qui, à défaut- d'obéissance, sera publiée à Moissac par les chapelains (2). Le 17 avril de cette année il céda à l'évêque de Cahors les deux églises de Sainte-Marie et de Saint-Ouen à Caussade, et reçut en contre-échange d'autres églises situées pour la plupart dans la juridiction de la communauté de Moissac (3).

En 1 27 1 , des commissaires chargés de juger des différends survenus entre l'abbé et le comte de Toulouse, rendirent une ordonnance confiant à l'évêque de Toulouse et à Giles Camelin le soin de régler l'hommage dû à l'abbé et prescrivant de chasser les excommuniés du Consulat et les Juifs de la ville (4).

En 1274 et 1285 le roi Philippe III délivra des lettres de sauvegarde au couvent de Moissac « attendu qu'il a été fondé par les rois ses prédécesseurs » (5). Le 13 décembre de la même année 1274, Naude, femme de Raymond de Lagarde, abandonne en faveur de l'abbé tous ses droits sur le territoire de Pinhols (6).

En 1276, le mercredi fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste, de nouvelles lettres vnues de Paris confirmèrent tous les droits d'hommage et de fidélité dus à l'abbé. Ces lettres furent envoyées à la supplique de Bertrand de Montaigut qui avait expliqué la coutume ancienne, disant que seuls Raymond VI et Alphonse de Poitiers n'avaient pas rendu l'hommage : le premier, parce qu'il était excommunié et faisait la guerre au roi de France ; le second, par suite de dispenses accordées sous la réserve qu'elles ne tiraient point à conséquence (7).

Au mois d'août de la même année l'abbé Bertrand obtint du roi Philippe d'autres lettres mandant aux sénéchaux de Toulouse et de Rodez de s'opposer aux violences que lui faisaient les évèques de ces deux localités. La plainte de l'abbé portait qu'un grand nombre de maisons relevant de l'abbaye de Moissac sont souvent envahies par des clercs de ces diocèses; que plusieurs fois les sénéchaux l'ont empêché de défendre ces maisons avec ses hommes ou avec ses amis; que beaucoup de ces prétendus clercs sont homicides, voleurs, et ne peuvent établir qui leur a donné la tonsure, l'ayant souvent prise d'eux-mêmes (8).

Le même roi lui adressa d'autres lettres, en 1280, mettant les consuls de Moissac sous la juridiction des abbés, comme les autres habitants (9).

Au mois d'avril 1285, Pierre Dupont et sa femme Alaïs abandonnent tous leurs biens d'Escatalens et se donnent eux-mêmes au couvent (10).

En 1286, Bertrand de Montaigut excommunia Bernard de la Roca qui avait été

(1) Coll. Doat, vol. 130. fol. 35 et 49, citée par Moulenq. toc. cit., p. 314.

(2) Arcli. dép. de Tarn-et-Garonne, série G, 544.

(3) Andurandy, nos 3444 à 3447.

(4) Arch. dép. de Tarn-el-Garonne, G, 544.

(5) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 553.

(6) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 571.

(7) Arch. dép. de Tarn-el-Garonne, G, 544.

(8; Coll. Doat, vol. 1 30, fol. 89; — Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 542.

(9) Arch. dép. de T arn-et-Garonne, G. s î i •

(10) Arch. dép. de Tarn-el-Garonne, G, 699.

u6 L'ABBAYE ET LES CLOITRES DE MOISSAC

nommé abbé d'Eysses par la simple autorité de l'évèque d'Agen, et sans avoir fait confirmer son élection par l'abbé de Moissac (i).

Le ier avril 1287, l'abbé Bertrand donne à fief à Pierre de Gontaud la moitié de la terre de l'Isle, au terroir de Picard (2).

Sur sa demande, le sénéchal de Toulouse ordonne, en 1290, à Durand Rebouth, châtelain de Castelsarrasin, de garder l'abbaye de Moissac que le roi avait mise sous sa protection (3).

L'abbé Bertrand de Montaigut jouissait à la cour de la plus haute considération et avait la réputation d'un jurisconsulte habile, très versé dans la pratique des affaires. Le roi le nomma, en 1277, son conseiller privé (4) et en 1287, son président au Parlement de Toulouse (5). En 1283 il avait été chargé, avec Eustache de Beaumarchais, sénéchal, et Etienne de Martel, juge-mage de Toulouse, de la rédaction des coutumes de cette ville (6).

En 1278, une bulle du pape Nicolas III avait prescrit à tous les abbés des monastères relevant de Cluny, de se rendre tous les deux ans au chapitre général de l'ordre où « sans exception de personnes, ils devaient être censurés sur les manquements à la règle de saint Benoît, pour le profit de leurs âmes et la conservation de l'ordre » (7). Les Archives de Cluny constatent qu'en 1278 et 1283, l'abbé de Moissac s'excusa de ne pouvoir remplir cette obligation (8).

Bertrand de Montaigut mourut en 1295 dans son château ou maison de plaisance qu'il avait fait construire au sommet du coteau de Boudou (9). A toutes les vertus qui peuvent rendre un ecclésiastique recommandable , il réunissait les qualités de l'orateur et le savoir d'un homme expérimenté pour la connaissance du droit civil et du droit canon (10).

(1) Gall. chr., t. II, col. 937, 938.

(2) Coll. Doat, vol. 130, fol. 157.

(3) Andurandy, cité par Moulenq, loc. cit., p, 315.

(4) Mémoires de T1 Académie des Sciences de Toulouse, 7e série, t. IV, p. 291 ; — Hist. de Languedoc, nouv. cdit., IX, 1155.

(=;) Hist. de Languedoc, nouv. cdit., t. IX, pp. 1 29 et 133.

(6) Lafaïlle, Annales de Toulouse, I, 13; — Hist. de Languedoc, nouv. édit., IX, 94.

(7) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 538.

(8) Gallia christiana.

(9) « Obiit anno Domini millesimo CC nonagesimo quinto, in Castro de Bordorio, quod ediflicaverat ipse ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 166, v°, col. 2. Le chroniqueur dit, il est vrai, quelques lignes auparavant, en parlant de cet abbé (fol. 166, V, col 1) : « Idemque Bertrandus fuit abbas Moyssiaci anno Domini millesimo CCLXI et rexit XXVII annis » ce qui fixerait à l'année 1288 l'époque de sa mort. Mais il y a ici forcément une erreur de date dans la copie qu'on possède de la Chronique tnoissaguaise, car les documents cités prouvent qu'à des époques postérieures à cette date, Bertrand de Montaigut exerçait le gouvernement de l'abbaye.

Oo) Aymeric de Peyrac fait ainsi l'éloge de cet abbé : « O abbas sume felicitatis ac tocius prudencic fulgore clarissime discipline studiis eiuditissime in magnis operibus edifficiorum amplissime nobilis generis animi vigore preexcellens tuo conlapso ccnabio restauracionis beneficium et multimode prcstiti de cujus vigore sumpsimus audaciam pariter et augmentum nullus qui gravia cxterminia resarcisset tibi perinvenitur fama divulgante sumptuosa per te edifficia, non onnino posse successores tuos reparare predixisti. O vir religiosissime, in operibus potentissime, posteris cxcmplum benefaciendi prestitisti; publiée asserere necesse est quod ex copiosa animi tui virtute predicta magnalia processerunt affectare in nimium tuis precibus ut dictum cenobium jam multipliciter in utraque collapsum in melius refformaretur et quasi mortuum respiraret qucd dubito prolixiosi tempore expectandum eciam sic taliter périclitante. Spero laborum ac meritorum tuorum particeps regni celestis per divinam clemenciam es affectus et in celestibus cum bcatis ascriptus ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 166, v°, col. 1 et 2.

LES ABBES REGULIERS

Nous trouvons le sceau de cet abbé, appendu à un accord passé au mois de juillet 1266, avec Alphonse, comte de Poitiers (voir figures 11 et 12) (1).

Fig. 11 et 12. — Sceau de Bertrand de Montaigut

Sceau ogival de 55 millimètres sur 35.

Légende. — * s' frTs BERTRANDI DÏ GRA ABBATIS MOYSSIACENSIS (Sigillum fratris Bertrandi, Dei gratia, abbatis Moysiacensis). Dessin. — L'abbé vu de face, mitré, «crossé et bénissant de la main droite, accosté de deux clefs posées en pal, le panneton en haut.

Contre-Sceau

Rond de 22 millimètres.

Légende. — * S' B'TRANDI DNI . PAPE CÂPLLI' (Sigillum Bertrandi, domini pape capellani). Dessin. — Buste de saint Pierre nimbé, vu de face, tenant une épée de la main gauche et une clef de la droite.

Une charte de 1295 nous donne aussi le sceau de l'abbé Ugon, sacristain de l'abbaye de Moissac (voir figure 13) (2).

Fig. i]. — Sceau d'Hugon, sacristain de l'abbaye

(1) Douct d'Arcq, Collection de sceaux, t. III, p. 101, n° 8843.

(2) Douct d'Arcq, Collection de sceaux, t. III, p. 167, n" 9315.

u8 L'ABBAYE ET LES CLOITRES DE MOISSAC

Sceau ogival de 48 millimètres sur 28.

Légende. — * S[igillum\ VGONIS PRIOR1S MOZYACENSIS

Dessin. — Sous une niche gothique, saint Pierre assis, tenant les clefs de la main droite et un livre de la gauche.

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