‹ L'abbaye et les cloitres de MoissacChapitre 44 sur 154 · LUI. — GUILLAUME DE DURFORT · texte numérisé non relu

LUI. — GUILLAUME DE DURFORT

(Guilhermiis de Duro-Forti ; Aym. de Peyrac : Gnillelmus de Duro-Forti Gall. chr.)

Apres la mort de Bertrand de Montaigut, le chapitre de Cluny élut à sa place Guillaume de Durfort, doyen de Souillac, et auparavant chantre du chapitre régulier du Vigan. Il était fils de Guillaume Bernard de Durfort, chevalier, chef de la branche de Durfort-Lèobard, et d'Hélène de Castelnau-de-Montratier.

Les religieux de Moissac ne voulurent point reconnaître leur nouvel abbé. Ils le redoutaient comme appartenant à une maison trop puissante qui avait d'anciennes prétentions sur l'abbaye et dont les terres de Durfort, de Clairmont-Soubiroux, Montesquieu et Malauze étaient contigues à celles de leur monastère; ils craignaient qu'il ne sacrifiât les intérêts de la communauté à ceux de sa famille (1).

Le connétable de France jugea alors à propos d'établir un gardien dans le couvent. Les religieux protestèrent, mais ce ne fut que longtemps après que le roi Philippe IV fit droit à leur demande en ordonnant au sénéchal de Périgord de supprimer ce gardien (2).

Au mois d'août 1295, les moines, au nombre de cent vingt (3), assemblés en chapitre, désignèrent cinq d'entre eux pour élire un remplaçant à Bertrand de Montaigut; leur choix tomba sur un certain Pierre de Saviniac (4). L'abbé et le chapitre de Cluny ayant refusé de confirmer cette élection, les religieux se décidèrent à accepter Guillaume de Durfort.

Le 24 février 1296, le nouvel abbé obtint des lettres royales enjoignant aux consuls de lui prêter serment (5), et le mois suivant, Philippe-le-Bel, tout en promettant aux consuls et aux habitants de Moissac de ne point aliéner leur ville, leur permit d'avoir une maison commune pour y tenir leurs assemblées ; il fit cette concession moyennant le paiement annuel d'une obole d'or (6).

(1) Guillaume Lacoste, Histoire de la province de Quercy, t. II, p. 392.

(2) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 542.

(S) Carliilaire de Moissac, III, 217. — Ce nombre d'électeurs est de beaucoup plus considérable que celui qu'on constate aux élections précédentes. Mais comme l'abbaye de Moissac était en lutte ouverte avec celle de Cluny, au sujet de la nomination d'un abbé, il est probable qu'elle avait dû faire un chaleureux appel aux prieurs des environs et des diocèses voisins pour avoir le plus grand nombre possible d'électeurs, et exercer ainsi une pression sur le chapitre de Cluny.

(4) Coll. Doat, vol. 130, fol. 225.

(5) Andurandy, n"s 1902 et 1903.

(6) Coll. Doat, vol. 127, fol. 91.

LES ABBÉS RÉGULIERS

L'année suivante, Guillaume de Durfort se fit accorder de nouvelles lettres prescrivant à Robert, comte d'Artois, d'empêcher de saisir les denrées du monastère de Moissac, pour la guerre de Gascogne, à moins d'y être forcé par une extrême nécessité (1).

Une quittance du 22 juillet 1297 fait connaître qu'il avait donné au Saint-Siège et à la chambre apostolique, tant pour les services communs que pour son élection, 4,181 florins d'or et 40 sols de Cortone (2). Sa fortune était immense. D'après les renseignements fournis à Aymeric de Peyrac les revenus ecclésiastiques des Durfort s'élevaient au moins a cent mille livres et dans ce chiffre n'étaient pas compris ceux que leur donnaient leurs biens propres. Notre chroniqueur nous apprend à ce sujet que l'abbaye de Moissac valait pour le titulaire vingt mille livres (3).

L'abbé Guillaume fut invité par des lettres patentes du 7 mai 1298, a assister le 21 août suivant à la translation des reliques du roi Louis IX, canonisé depuis peu (4), et au mois de mars 1298, il obtint du sénéchal de Quercy une sentence, pour la mise à exécution des lettres royales de 1296 condamnant les Juifs habitant Moissac à sortir de la ville (5). A l'exemple de ses prédécesseurs il recouvra plusieurs églises qui appartenaient anciennement à son monastère et acquit, en 1299, les dîmes de l'église du Moutet que le comte de Périgord voulait s'attribuer (6).

Le 3 des calendes de mai 1301, il reçut une lettre de l'abbé de Cluny, adressée aussi aux autres religieux, lui exposant qu'il n'entend tolérer que le décime accordé au Souverain-Pontife, l'année précédente, puisse acquérir force de loi en l'avenir et lui recommande de ne plus le payer sans son autorisation, conformément aux privilèges de l'ordre (7).

En 1303, l'abbé de Moissac fut nommé conseiller du roi (8j, et, la même année, il eut à lutter contre les consuls de Moissac qui se proposaient d'établir dans leur ville une boucherie communale (9). Enfin le 25 mars 1305, il fit des statuts et des règlements ordonnant au camérier de donner tous les ans à chaque religieux un froc avec son capuce, un manteau et une paire de chaussures (10).

(1) Coll. Doat, vol. 1 30, fol. 225.

(2) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 540; — Andurandy, n° 80.

(3) « Post Bertrandum, Guillermus de Duroforti, demum episcopus Lingonensis ; et audivi a domino de Cappella, de quorum geonologia (sic) descenderat, quod quinque erant de eodem génère habentes C Ma librarum [rendualium, quorum quatuor erant fratres, et quintus erat nepos eorum, scilicet dominus Bonafossus de Duroforti, prior Deaurate Tholose, de quo Petro adhuc tenetur magna reputacio, quem ego sepius vidi ; erat archiepiscopus Kothomagensis ad L™ extimatus, episcopus Lingonensis ad XX"1, abbas Moyisiaci a XX M, prior Deaurate Tholose ad V™. Et audivi ab ore dicti prioris, in Monte Albano ubi obiit, quod ipse, quando studebat Parisius, habebat in portatis [sic) de prioratu Deaurate Vm libras parisienses de communi cursu. Erat hères hospicii dominus Radulphus de Duroforti, cujus hospitium valebat in redditibus annuatim V™ et ultra fuit abbas anno Domini millesimo CCXCVI10 ». Aym. de Peyrac, Citron.. fol. 166, v, col. 2.

(4) Coll. Doat, vol. 130, fol. 231.

(5) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, série G, 596.

(6) Andurandy, n° 6554, cité par Lagrèze-Fossat, loc. cit., III, 62.

(7) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, série G, ^72.

(8) Andurandy, n° 184.

(9) Archives municipales citées par Lagrèze-Fossat, loc. cit., III, 63.

(10) Coll. Doat, vol. 1 30, fol. 268.

Cette même année étant allé à Rome, Bertrand de Got son parent, qui venait d'être élevé sur la chaire de saint Pierre sous le nom de Clément V, le retint pour son chapelain, ce qui résulte clairement des lettres que le Souverain- Pontife adressa à Philippe IV pour appeler son attention sur les lourdes charges qui pesaient alors sur les églises de France (i).

Guillaume de Durfort n'exerça pas longtemps son nouvel emploi. Nommé évêque de Langres le 6 avril 1305, il fut chargé par le pape, peu de jours après, d'aller avec Arnaud d'Aux, chanoine de Coutances, porter sa réponse à une lettre dans laquelle 1-e roi Philippe-le-Bel lui demandait des explications au sujet des dépenses occasionnées aux villes qu'il avait traversées et aux monastères dans lesquels il avait séjourné, en se rendant de Lyon à Bordeaux, avec une suite brillante et des plus nombreuses (2).

Transféré ensuite à l'archevêché de Rouen, il mourut peu de temps après.

Le sceau de cet abbé est appendu sur une promesse de lettre pour le roi, datée de l'année 1301 (voir figure 14) (3).

Sceau ogival de 52 millimètres sur 33.

Légende. — [Sîgillum] FR[a/r]IS : GVILL[e/m]I : DEI GRA[lia abbatis

Moy]S\A[censis]

Dessin. — L'abbé debout bénissant de la main droite et tenant de la gauche une crosse à laquelle est attaché un sudarium. A dextre une clef; à sénestre une fleur-delys. Une autre fleur-de-lys remplit un arc sous les pieds du personnage.

Nous trouvons aussi le sceau du sacristain Bertrand de Falets (Bertrandus de Faleto)

(1) Lagrèze-Fossat, Etudes historiques sur Moissac, t. III, p. 63.

(2) Montlezun, Histoire de la Gascogne, t. III. p. 107.

(l) Douët d'Arcq. Collection de sceaux, t. III, p. 101, n° 8844.

Fig. 14

Sceau de Guillaume de Dukhort

LES ABBÉS RÉGULIERS

sur un acte daté de 1295, par lequel l'abbaye donne procuration pour régler un paiement qui était dû (voir figure 15).

Fig. 15. — Sceau de Bertrand de Falets, sacristain

Sceau ogival de 45 millimétrés sur 29.

Légende. — * S[igillum] B[er]TRANDl P[W[ORIS DE SALV1TATE M0[»1TIS

CORBEL[/i'sJ (1)

Dessin. — Le sceau est divisé dans le sens de la hauteur par quatre arcatures : clans celle du haut, trois personnes sont agenouillées devant une autre; dans la deuxième on aperçoit trois personnages assis et en prière ; la légende de saint Martin figure dans la troisième ; celle du bas abrite un abbé a genoux et priant.

Page 1