LVI. — FRÉDOL DE LAUTREC
(Fredolus Aym. de Peyrac ; Fredolus de Lautrice Gall. chr.)
Frédol de Lautrec, d'abord moine de Moissac, puis prieur de Villeneuve de Rouergue, fut nommé abbé du monastère après la démission de son oncle ; il fut institué par une bulle d'Innocent VI, datée de l'an dixième de son pontificat (1361) (1).
Le 22 janvier 1361, Jean Chandos adressa au sénéchal de Quercy des lettres par lesquelles reconnaissant que le roi d'Angleterre remplaçait le roi de France et tenait de ce chef ses possessions de Moissac de l'abbé dudit lieu, il le commet pour faire hommage « attendu que les rois ne le rendent pas par eux-mêmes ». Il confirme en outre, au nom de son nouveau maître les privilèges de l'abbaye (2).
En 1365, une instance assez vive fut soulevée contre l'abbé, par les consuls et les habitants de Moissac, au sujet des droits à percevoir sur les vendanges. L'abbé prétendait que les propriétaires de vignoble ne pouvaient, sans sa permission, entrer leur vendange dans la ville : les habitants soutenaient qu'ils étaient seulement tenus a apporter la dîme au portail des celliers du couvent. Des arbitres furent nommés à ce sujet le 16 du mois d'avril et donnèrent gain de cause aux habitants, mais les obligèrent à prévenir l'abbé en temps utile de l'époque à laquelle ils feraient leurs vendanges. 11 fut décidé que la dîme serait de la douzième partie des récoltes et qu'elle serait exigible même de ceux qui avaient en ville des treilles dont ils faisaient du vin (3).
(1) Gallia christiana, I, col. 170.
(2) Coll. Doat, vol. 127, fol. 1QÇ ; — Arcli. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 545.
(3) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 599.
LES ABBÉS RÉGULIERS
Par une bulle, datée d'Avignon le 2 des nones d'avril 1366, le pape Urbain V, confirmant celles de plusieurs de ses prédécesseurs, dispensa de la juridiction de l'ordinaire le couvent de Moissac (1).
Sous son administration les religieux se plaignirent que le camérier n'avait pas des ressources suffisantes pour leur fournir des vêtements convenables, malgré les dîmes abandonnées à ce sujet par Auger de Durfort en 133 1. Au mois de février 1370 ils adressèrent une requête à leur abbé pour le prier de renoncer au profit de la camérerie à 50 charges de blé et à 50 charges d'avoine qui lui revenaient annuellement sur les revenus du prieuré de Meauzac uni depuis longtemps à ladite camérerie. L'abbé fit bon accueil à cette demande et constitua quelques jours après, le 18 février de la même année, au profit de la camérerie, une pension annuelle de 50 setiers d'avoine, mesure de Moissac (2). Le couvent fit confirmer cette donation par l'antipape Clément VII (3).
Les revenus de l'abbé n'étaient cependant pas considérables, puisqu'après avoir demandé et obtenu en 1363 un délai pour payer les sommes dues pour les services communs à la chambre apostolique de la cour de Rome, il ne put, en 136S, s'acquitter du montant de sa dette. Ayant encouru de ce chef l'excommunication il en fut relevé le 20 novembre 1369, en donnant un à-compte de ce qu'il devait (4).
Frédol de Lautrec vivait encore au mois de juillet 1370, puisque le 18 de ce mois le camérier du Saint-Siège, résidant à Montefiascone, lui accorda un nouveau délai pour s'acquitter du surplus de sa dette (5). Mais il mourut dans le courant de cette même année, étant évêque de Porto (6).