‹ L'abbaye et les cloitres de MoissacChapitre 52 sur 154 · LXI. — AYMERIC DE ROQUEMAUREL · texte numérisé non relu

LXI. — AYMERIC DE ROQUEMAUREL

( Aymericus de Rupe Maurelli Gall. chr.) 1431 — 1449

Le premier acte d'autorité d'Aymeric de Roquemaurel fut d'obtenir, en 143 1 , du pape Eugène IV, une bulle confirmant l'union, faite sous son prédécesseur, du prieuré de Castelsarrasin à la mense abbatiale (1). Profitant des incidents qui s'étaient produits sous l'abbatiat de Guy de Vayrac, il adressa une supplique au pape lui représentant qu'à cause des épidémies, des inondations et de la stérilité des terres, il ne pouvait plus subvenir à l'entretien des moines qui étaient alors au nombre de trentecinq, si ses ressources n'étaient pas augmentées par l'union et l'incorporation du prieuré de Castelsarrasin qui avaient déjà été décidées par son chef l'abbé de Cluny. L'official de Cahors chargé d'examiner cette affaire ayant fait un rapport favorable, le pape accorda alors l'union demandée.

Pendant son administration, Aymeric de Roquemaurel s'occupa du rétablissement des maisons et des propriétés qui relevaient de son abbaye et qui avaient été ruinées pendant la guerre des Anglais. Il fit restaurer la partie du cloître où se trouvait la fontaine et fit graver sur une pierre les armes de sa famille qui sont trois rochers et un lévrier en chef. Il s'occupa aussi activement de réparer l'église de Moissac, et jugea nécessaire, après avoir terminé les réparations, de dédier de nouveau ce monument. Cette cérémonie eut lieu le 4 novembre 1435 avec la permission de l'évêque de Cahors qui accorda 40 jours d'indulgence (2). Il provoqua même à ce sujet une ordonnance de ce prélat prescrivant aux habitants de Moissac, sous peine d'excommunication, de chômer le jour de la dédicace de l'église (3).

En 1442, il obtint de Charles VII, des lettres datées de Montauban du mois de février, confirmant des lettres de ses prédécesseurs, et libellées contre les consuls qui persistaient encore à établir des boucheries dans la maison commune (4). Le même roi, par d'autres lettres, données également à Montauban, le 11 février de la même année, lui permit d'acquérir dans la sénéchaussée de Toulouse, 50 livres de rente sans payer de droit d'amortissement, afin de soutenir et de rétablir ladite abbaye presque entièrement détruite par l'invasion anglaise (5).

En 1443, ^ ^es règlements pour le monastère d'Eysses au diocèse d'Agen, alors gouverné par l'abbé Guillaume de Lalande : il ordonna à l'abbé de traiter ses religieux avec convenance; de ne point leur porter la main dessus, comme il avait coutume de le faire {sicut als Jieri consuetum). Il ne pourra les punir qu'avec l'assentiment de deux religieux. Les moines ne s'arrêteront point dans les rues pour rire et causer; ils porteront leur capuchon de drap de Floirac ou de toute autre étoffe convenable. Quand l'abbé célébrera les offices divins à l'église de Villeneuve, il doit éviter de crier, de se mettre en colère et de jurer, etc. (6).

Le 20 février 1443, le sénéchal de Quercy, sur une requête de l'abbé de Moissac,

(1) Arch. dép. de Tarn-zi-Garonne, série G, 694.

(2) Gallia crhistiana, I, 143.

(3) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 537.

(4) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 543.

(5) Arch. dép. de Tam-el-Garonne, G, 593.

(6) Arch. dép. de Tarn-el-Garonne, G, 746.

LES ABBÉS RÉGULIERS

révoqua, comme l'avait déjà fait son frère le duc de Guyenne, le privilège accordé par son aïeul aux consuls de Moissac, de juger des causes civiles jusqu'à 15 sols (1). En 1444, il unit à l'office de cellérier le prieuré de Lamothe-Cumont (2), et, en 1447, il fut supplié par l'évêque de Préneste de recevoir avec bienveillance Pierre de Murel, prêtre et moine profès de l'abbaye de Moissac qui, par légèreté, avait quitté l'habit de Saint-Benoît (3).

Après avoir été prieur-mage de la cathédrale de Montauban, il fut élu, en 1445, évêque de cette ville, en remplacement de Bernard de Laroche qui venait de mourir. Odon, abbé de Cluny, l'autorisa, le 29 octobre 1445, à accepter cette nouvelle fonction dans laquelle il fut confirmé par deux bulles du pape, l'une du 16 novembre, l'autre du 16 janvier suivant (4).

En prenant possession de l'évêché de Montauban, Aymeric de Roquemaurel n'abdiqua pas son abbaye; il la retint en commende jusqu'à sa mort, ou bien suivant une charte de l'année 1447, il en fut administrateur perpétuel (5). Ainsi en 1445, il donna à son église abbatiale un beau reliquaire en vermeil marqué de ses armes; en 1448 et 1449(6), il jugea à propos d'ouvrir de nouvelles enquêtes sur les actes et sur la conduite de l'abbé et des religieux de Campredon. Cette enquête montra, comme les précédentes, que rien n'avait été changé dans l'abbaye. On déposa que le prieur Bernard Front vivait en compagnie de mauvaises gens (es diffamât que fasia companya ab catanys), qu'il courait de nuit aux danses, et donnait asile chez lui à des filles de joie; des accusations tout aussi graves pesaient sur d'autres religieux (7).

En 1448, nous trouvons mentionné un acte qui mérite d'être relaté à cause de sa bizarrerie et qui nous fait connaître l'existence parmi les agents consulaires d'un « exorciseur du temps ». C'est une quittance de deux livres pour le travail fait l'année précédente par celui qui était chargé de cette fonction (S).

Aymeric de Roquemaurel mourut à Moissac le 16 octobre 1449 et fut inhumé dans l'église abbatiale (9).

(1) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, série G, $49.

(2) Gall. chr., I, col. 170.

(3) Andurandy, n" 191 5, cite par Lagrèze-Fossat, III, 76.

(4) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 596; — Le Bret, Hist. de Montauban, I, 202.

(5) Actum reformationis per modum aprisœ agitatum coram honorabili... viro D. Petro Valette monacho et pitanserio monasterii B. Marice Virginis Deauratse Tholosœ... pro reverendo in Christo pâtre domino Aymerico de Rupemaurello, divina et sanctae sedis apostolica; gratia Montis-Albani episcopo et abbatiiu Moissiaci perpetuo administratore ». Gall. chr., t. I. Instrum., p. 42.

(.6) Généalogie de Faudoas, p. 203.

(7) Arch. dép. de Tarn-el-Garonne, série G, 728.

(8) « Plus e pagat a mossen Peyre Delmatel per lo travailh que avia mes lan passât per esconjurar lo temps, monta... 11 lioras ». Coll. Ooat, vol. 127, Cartulaire de Moissac, fol. 267 à 275, cité par Lagrèze- Fossat, II, 462.

Les fonctions d'exorciseur du temps étaient distinctes de celles de carilloneur ; ces dernières consistaient simplement à sonner les cloches en temps d'orage afin de préserver de la grêle les fruits de la terre : « Jeu Anthoni Hebrard, sacrista del mostier, desobs signât, confeci avec realmen resebut, de senher Peyre Bigora, borsie de la présenta vila, per Tan presen, la soma de doas lioras tornesas a me degudas, per promesa a me fâcha per messiurs los cossols de la présenta vila, per tenir redretz {en bon étal) los sens (les cloches) et cordas et batalhs (les ballants) per toca per lo be de la terra. Fact aldig moustie lo XII de desembre mil Vc XXVII ». Arch. de l'Hôtel-de-Ville, vol. I, comptes du trésorier de la communauté, exercice 1527-1528, fol. 21, v°, citées par Lagrèze-Fossat, t. II, p. 465.

(9) Gallia christiana.

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