LXIII. — ANTOINE DE CARMAN
(Antonias de Caramanno Gall. chr.) 1485 — 1503
Antoine de Carman, abbé de Bonnecombe et grand prieur de la cathédrale de Montauban, fut nommé abbé de Moissac, par résignation de Pierre de Carman son oncle. Promu par le pape Innocent VIII, il présenta ses bulles apostoliques au chapitre le 20 juillet 1485. Le procès-verbal d'installation nous fait connaître les formalités en
(1) Abbé Fouilhac, Annal. Mss. Il, n° 348. — Bibl. nat. Mss. latin 936?, fol. 179, V, cité par L. Delislo, Le cabinet des manuscrits de la biblioth. impér. I, 524 en note, Paris 1868.
(2) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 547.
usage pour cette cérémonie : le prieur baise les bulles du Souverain-Pontife et les pose sur sa tête en signe d'obéissance; Pierre Gaurelle, notaire, en fait la lecture; l'abbé prête serment de conserver les privilèges de l'abbaye, ses libertés, ses statuts et les règlements de Jean XXII relatifs à ses rapports avec les religieux. Le serment est fait à genoux, devant le prieur, les deux mains sur le missel. L'abbé s'asseoit ensuite sur la chaire abbatiale en levant et en baissant le siège ; il va devant le maître-autel, renouvelle son serment, accorde le pardon à tous les moines qui ont agi contre lui, confirme les officiers claustraux dans leurs charges, reçoit tous les religieux au baisement sur la bouche et ordonne qu'il sera dressé acte de sa prise de possession, ce qui fut fait par Henri Peregin, clerc du diocèse de Rouen, notaire impérial et royal (i).
En montant sur le siège de Moissac, il réunit à ce bénéfice les abbayes de Bonnecombe, du Mas-Grenier et le prieuré-mage de Montauban (2).
Le 4 novembre de l'année de sa prise de possession, l'abbé de Moissac obtint de Jean de Castelnau, évêque et comte de Cahors, des lettres prescrivant aux habitants de Moissac, de la Garde et de Boudou, sous peine d'excommunication, de chômer le jour de la dédicace de l'église Saint-Pierre, et accordant sur le trésor de l'Eglise 40 jours d'indulgence à gagner en la forme habituelle et 10 jours à ceux qui visiteront cette église durant l'octave de la fête, tombant le 3 novembre (3).
Le 14 juillet 1488, il soutint contre les consuls un procès sur le droit de pêche (4) et nomma, le 9 août de la même année, Antoine de Narbonne, moine de Moissac, prieur de Pommevic, à l'abbaye de Notre-Dame d'Arles, en Roussillon, dépendant de l'abbaye de Moissac (5). Le 29 mars 1490, il obtint du parlement des lettres royales pour être maintenu dans le privilège qui lui avait été accordé de ne payer aucun droit pour le sel nécessaire au couvent (6).
Une requête présentée en 1494, par Victor de Marsous, titulaire de la Chantrerie , contre le sieur de Sudrie, vicaire-général du prieuré de Saint-Romain de Fauroux, fait connaître quels étaient les honneurs et les droits du chantre dans l'abbaye de Moissac. Cet acte a une certaine importance parce que les attributions de cette dignité varient à l'infini suivant les chapitres. Parfois on considère cette fonction comme une dignité, parfois comme un office, d'autrefois comme une simple commission.
D'après l'acte précité, le chantre, à Moissac, aux fêtes principales doubles, revêtu de la cape et de l'aube, gouverne le chœur ; nul ne peut, sans l'autorisation du prieur ou du chantre s'y introduire et en sortir. Il indique à l'abbé, comme aux autres religieux, l'office à dire; il conduit la procession tant dans le monastère qu'au dehors. A la grand'messe, il commence l'office, entonne le verset Alléluia, etc.; il offre le calice et l'hostie à l'officiant ; et est chargé de l'instruction des enfants de chœur. Pendant la semaine sainte il lit la Passion et l'office. Le premier au chœur, il doit
(1) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, Ç98.
(2) Gallia crhistiana, XIII, 120.
(3) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 537.
(4) Lagrèze-Fossat, Etudes historiques sur Moissac, t. III, p. 80.
(5) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, citées par Moulenq, loc. cit., p. 326.
(6) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 555.
LES ABBÉS RÉGULIERS 149
en sortir le dernier. Quand le tonnerre gronde, quand le temps est mauvais, de jour comme de nuit, son devoir est d'être le premier à la procession et de chanter les litanies. A la messe des morts, il psalmodie les psaumes et le Reciemplor animarum. Il mange au réfectoire avec les enfants, le diacre et le sous-diacre ; fait dire les grâces par l'hebdomadier ; garde les livres et antiphonaire, doit les garnir de cordons, planches, fermoirs, clous, etc., en un mot veiller à leur parfait entretien (1).
Suivant un arrêt du parlement de Toulouse de 1493, la nomination du recteur de Buzet, près de Toulouse, fut attribuée à l'abbé de Moissac (2).
Le 18 juillet 1494, le roi Charles VIII, usant des droits de la couronne (3), qui lui permettait de faire entretenir en chaque abbaye un homme lai, ordonna à l'abbé de recevoir, de nourrir et de vêtir, comme s'il s'agissait d'un moine, et sans exiger aucun service, un certain Jehan Lecler, âgé de 55 ans, ancien valet de pied de feu la reine-mère ; voulant qu'en cas d'opposition de la part du couvent, le temporel en soit saisi pour faire une pension suffisante à son protégé (4).
Des lettres royales datées du 16 septembre de la même année, lui maintinrent le privilège, contesté par plusieurs curés, de percevoir dans les églises dépendant du monastère, les offrandes et le droit dit de barroul (5).
Vers la même époque, l'abbé de Moissac, aidé par son frère le vicomte de Caraman. s'empara de vive force du Mas-Grenier. Il en resta le maître, à la suite d'une bulle qui fut délivrée en sa faveur par le pape Jules II (6), malgré les efforts des religieux, et ceux de Jean, cardinal de Sainte-Sabine, et de Jean de Castanha ou de Castaing, religieux de Montmajour, tous deux pourvus de provisions. Cette résistance l'exaspéra, et jusqu'à sa mort, il s'attacha à vexer et a maltraiter les religieux de ce monastère (7). Il délégua en 1495, le frère Jean de Saint-Supéry pour la visite des églises et chapelles relevant de l'abbaye (8); reçut en 1 501 , de Pierre Filhol, lieutenant du baile, l'hommage de l'obole d'or (9), et mourut au château de Montricoux, le 14 décembre 1507 (10), après s'être démis la même année en faveur de son frère Bernard, de l'abbaye du Mas-Grenier.
Les Archives départementales de Tarn-ct-Garonne , série G, liasse 598, conservent le sceau de cet abbé; il est plaqué sur une nomination, datée du 17 décembre 1495. de
(1) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, série G, <$66.
(2) Andurandy, n° 5534.
(3) Ce droit singulier existait encore au xvit° siècle : Jacques d'Ausillis, capitaine du château de La Réole. fut pourvu parle roi Louis XIII, « d'un moinelay ou monacal au -prieuré de La Réole », qu'il résigna, le 215 octobre 1629, en faveur de Pierre de Latour, soldat au régiment des gardes, en la compagnie d'Emmanuel de Timbrone, seigneur de Cactels et de Valence, sous le bon plaisir de Sa Majesté. Minutes de Boyer, notaire à Valence, citées par Moulenq, Docum. Iiist. sur le Tarn-et-Garonne, pp. 326 et 327, en note.
(4) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, série G, 568; — Andurandy, 565.
(5) Andurandy, n" 429, cité par Lagrèze-Fossat, III, 81.
(6) Jouglar. Monog. du Mas, Pclyptique, p. 191.
(7) Histoire de Languedoc, nouv. édit., t. IV, p. 590.
(8) Andurandy, n° 1942.
(9) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 545.
(10) Histoire de Languedoc, nouv. édit., t. IV, p. 590.
frère de Saint-Exupéry, dit de Miramont, infirmier, pour visiter les prieurés, églises, châteaux et dépendances de l'abbaye.
Fig. 22. — Sceau d'Antoine de Carman
Fragment de sceau ogival de 8 centimètres sur 6.
Légende. — .... ANTHONIVS DE CARAMAYNO .... MOYSIACI
Dessin. — Sous deux arcatures gothiques, saint Pierre et saint Paul debout et nimbés; au-dessous l'abbé debout, tenant une crosse, entre deux écus écartelés aux i et 4 à un lion ; aux 2 et 3 à deux fasces.