LXIV. — ANTOINE DE NARBONNE
(Antonius de Narbonne Gall. chr.) 1508 — 15 19
Antoine-Pierre de Narbonne, fils de Gabriel de Narbonne, seigneur de Salelle, de la branche des seconds barons de Talleyrand, et de Germaine de Sèvres (1), d'abord moine de Moissac, puis prieur de Pommevic et abbé de Notre-Dame d'Arles (2), fut nommé abbè de Moissac par le chapitre.
L'abbé de Cluny qui n'avait pas été consulté s'opposa à cette élection, se basant sur la bulle du pape Clément IV du mois de février 1265, portant que nul ne pourra être élu abbé de Moissac sans l'approbation de celui de Cluny, mais Jules II, s'appuyant sur deux autres bulles déjà citées de ses prédécesseurs, Clément VI et Nicolas II, déclarant que l'abbaye de Moissac ne relevait que de Rome, débouta l'abbé de
(1; La Chesnaye-Desbois, Dictionn. de la noblesse, dern. édit. Quelques auteurs prétendent qu'il était tils de Jean de Narbonne et de Sybille de Caraman, mais ils le confondent avec un autre Antoine de Narbonne qui fut abbé d'Aniane de 1 494 à 1 =; 1 6.
(2) Hist. de Languedoc, nouv. édit., t. IV, p. 590.
LES ABBÉS RÉGULIERS
Cluny de son appel par une bulle des ides de mars 1508, et l'élection d'Antoine de Narbonne fut ainsi confirmée (1).
Quatre ans après, en 1 5 1 2 , l'abbé de Moissac eut un procès avec le couvent, devant le sénéchal de Quercy, au sujet des dégradations commises dans les bois de Roques (2), les forêts de Courbieu (3) et d'Escatalens, par des inconnus auxquels il en avait donné l'administration, au lieu de la confier, suivant les règlements, à deux religieux de l'abbaye (4). La même année il eut un autre procès au sujet d'un arrêt du parlement, portant que l'abbé devait consacrer aux réparations de l'abbaye le tiers des revenus de ses bénéfices (5).
Mais nous arrivons à une époque ou une révolution importante allait s'opérer dans l'Eglise. Une période glorieuse s'ouvrait pour la France. François Ier venait de monter sur le trône et de remporter la célèbre bataille de Marignan (15 15). On sait que le résultat de cette mémorable victoire fut la conquête du Milanais achevée en moins d'un mois. Le roi de France et le pape Léon X étant à Bologne au mois de décembre passèrent le fameux Concordat par lequel François I" abolit la Pragmatique-Sanction et accorda les Annates au pape qui lui concéda en échange le pouvoir de nommer directement aux évèchés et aux abbayes de son royaume. Cet accord enleva aux églises de France la plus belle de ses prérogatives ; elles eurent beaucoup de peine à s'y soumettre. C'est alors que les abbés commendataires s'introduisirent dans toute l'Eglise, contribuant pour une large part à la ruine future de tous les monastères. Ces dignitaires, en effet, ne considérèrent, pour la plupart, les abbayes que comme de riches bénéfices dont ils s'évertuèrent à recueillir le plus de revenu possible. A partir de ce moment njus n'aurons plus à enregistrer des donations en faveur de l'abbaye de Moissac.
Antoine de Narbonne fut le premier dans le diocèse de Cahors à manifester son improbation en résignant, en 1 5 16, son abbaye à son neveu Jean de Narbonne, entre les mains du pape, sans avoir demandé le consentement du roi. François I" refusa d'accepter cette résignation, et punit immédiatement cette transgression au Concordat en ordonnant de saisir tous les revenus de l'abbé de Moissac (6). Cette saisie détermina Antoine de Narbonne à retirer sa résignation, mais il n'était plus à la tète de l'abbaye en 15 19, ainsi que nous le verrons à l'article suivant. D'après le père Anselme il mourut le 28 octobre 1521 (7).
Vers la fin de son abbatiat s'agitait encore le différend soulevé par l'abbé de Cluny au sujet de l'indépendance de l'abbaye de Moissac. Ce procès dura encore pendant de nombreuses années et ne fut réellement terminé qu'en 1618, après la sécularisation de l'abbaye (8).
(1) Arch. déj>. de Tam-et-Garonne, G, 539.
(2) Le bois de Roques est situé dans la paroisse de Saint-Christophe, commune de Moissac.
(3) La forêt de Courbieu n'existe plus; elle était située sur les bords du ruisseau de Courbieu, au pied du plateau de Saint-Béarn, commune de Castelsarrasin.
(4) Andurandy, n" 5058, cité par Lagrèze-Fossat, loc. cit., III, 82.
(5) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 580.
(6) Archives de l'abbaye et Gall. chr., citées par Lagrèze-Fossat, III, 82 ; — G. Lacoste, loc. cil., IV, 40.
(7) P. Anselme, Hisl. des grands officiers de la Couronne, VII, 771 ; — La Chesnaye-Desbois, Dictionnaù de la noblesse.
(8) Andurandy, n<" 7328 à 7337.
Le sceau de cet abbé est apposé sur une collation de l'office d'ouvrier (i) délivrée le 23 juillet 1509, en faveur de frère Antoine de Gauléjac. L'acte relate la prise de possession par la remise momentanée de l'anneau abbatial aux mains du titulaire (2).
Fig. 23. — Sceau d'Antoine de Narbonne
Sceau ogival de 9 millimètres sur 6. Légende. — [Sigillum AnflONNIVS . DE . NARBONA . ABBAS . MOISIAC[e;isw]
Dessin. — Sous de riches arcatures, Dieu le Père, assis, bénissant de la main droite et tenant de la gauche un globe surmonté d'une croix, est entouré de saint Pierre et de saint Paul. Au-dessous, sous un arc de cercle, un écusson écartelé aux armes de l'abbé, surmonté d'une mitre et d'une crosse.