LXVII. — LOUIS DE LORRAINE (cardinal
Louis de Lorraine, cardinal de Guise, du titre de Saint-Thomas in Passione depuis 1553, possédait déjà les abbayes de Saint-Denis, de Fécamp, de Saint-Remy et de Pelle-Montier, lorsque Jean de Lettes lui céda celle de Moissac.
Cette cession dut être faite dans les premiers mois de l'année 1556, car la veille des
(1) Perrin, loc. cit., p, 181, cité par Moulenq, p. 330 ; — Gallia christiana.
(2) Guill. Lacoste, loc. cit., IV, 105.
(3) Le Bret, Histoire de Montauban. Voir aussi sur ce prélat : Camille Daux, Histoire de l'église de Montauban, t. I.
(4) Arcli. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 567.
LES ABBÉS RÉGULIERS
ides de juin le pape Paul IV lui adressa une bulle dans laquelle il lui rappelait que le tiers du bénéfice qu'il venait d'ajouter à ceux qu'il possédait déjà, devait être donné à la fabrique de l'église, pour réparations, achats d'ornements et aumônes (i).
Un acte rédigé en 1557, par le syndic de Moissac contre l'évêque de Montauban, constate qu"il y avait à ce moment cinquante religieux dans l'abbaye (2).
En 1560, l'abbé de Moissac fut obligé de faire ouvrir une enquête au sujet des mœurs des religieux de Campredon. Après avoir excommunié les moines dissolus, il se vit contraint de requérir le pouvoir civil en vertu des lettres de l'official de Girone. Les accusations portaient surtout sur les frères J. Libra, cellérier, Daniel Calleff, infirmier, et Barthélémy Forgues, sacristain. D'après des témoins ces religieux étaient déjà corrompus quand ils entrèrent au couvent ; ils sont devenus voleurs, portent épée et cuirasse. J. Libra a un jour poussé l'audace jusqu'à faire le siège du couvent des religieuses, ce qui occasionna une enquête du juge royal; il a battu un prêtre en pleine place. Les religieux ont tiré la couleuvrine du couvent et lancé des bombardes sur des passants (3).
Vers cette époque, un différend éclata entre Louis de Guise et les consuls, ceux-ci affirmant qu'ils avaient le droit de désigner chaque année le prédicateur du carême pour l'église Saint-Pierre. Le prédicateur du carême étant à cette époque et depuis très longtemps à la charge de la communauté, on comprend parfaitement cette prétention des consuls; cependant le procès fut vidé contre eux par un arrêt du parlement de 1570 (4).
Cette même année 1570, Pierre de Fezembat, vicaire-général de l'abbé de Moissac, rendit une ordonnance prescrivant aux religieux de ne sortir de l'abbaye qu'en habit régulier (5).
Le 17 février 1574, un accord fut passé entre le chapitre de Moissac et Armand de Laverhe, pitancier. Le pitancier avait le droit de profiter des trois vingtièmes du produit des œuvres pies qu'il percevait; il avait une stalle au chœur et voix au chapitre; il possédait une maison en jouissance. Par. l'acte précité Armand de Laverhe abandonne les fruits de sa charge pour n'en conserver que les honneurs (6).
Mais une affaire d'une haute , importance vint bientôt préoccuper d'une façon sérieuse l'abbé et les religieux de Moissac.
Vingt ans de lutte avaient sinon ruiné du moins sensiblement diminué les ressources financières du royaume. Pour en créer de nouvelles, Henri III, en 1576, envoya à Rome, avec une mission secrète, l'évêque de Paris Pierre de Gondy, qui était tout dévoué à la Ligue. Il s'agissait d'obtenir du pape Grégoire XIII l'autorisation d'aliéner des biens ecclésiastiques pour une valeur de 50,000 écus d'or de rente annuelle. Le prélat chargé d'affaires réussit dans sa négociation et le pape, par une bulle datée du 18 juillet, accorda l'autorisation demandée, rappelant que le roi, dont les finances sont
(1) Arch. dép. de Tam-et-Garonne, G, 580; — Andurandy, n° 1495. « Si vero communis inibi mensa fuerit, tertia pars omnium et singulorum fructuum, reddituum et proventuum primo dicti monasterii in restaurationem illius fabrice et ornamentorum emptionem vel fulcimentum seu pauperum alimoniam sit dispensata ». Arch. de l'abbaye, cit. par Lagrèze-Fossat, loc. cit., III, 90.
(2) Arch. dép. de Tam-et-Garonne, série G, 681.
(3) Arch. dép. de Tarn-el-Garonne, série G, 729.
(4) Archives de l'abbaye, citées par Lagrèze-Fossat, loc. cil., III, 90. (<$) Arch. dép. de Tarn-el-Garonne, série G, 583. <6) Arch. dép. de Tarn-el-Garonne, G, 567.
épuisées, ému des maux qui menaçaient la religion, demande l'aliénation de quelques biens ecclésiastiques, afin de se créer des ressources.
La bulle, adressée en même temps aux cardinaux de Bourbon, de Guise, et d'Esté, aux évêques de Saint-Papoul et de Paris, et à deux chanoines, Tun de Chartres et l'autre de la Sainte-Chapelle de Paris, fut lue en plein parlement, qui refusa d'approuver une clause portant « que la distraction des biens du clergé se ferait même contre le gré des possesseurs, et nonobstant leur opposition ». Néanmoins elle fut enregistrée le 7 septembre ; la somme de 50,000 écus fut répartie entre les divers diocèses de France, et celui de Cahors eut à payer 1,560 écus.
Dans cette répartition, l'archiprêtre de Moissac et de Lauzerte fut taxé d'un demi-ècu de rente, l'abbé de Moissac de 48 écus, le cellérier d'un écu et demi, le sacristain d'un écu, l'infirmier d'un écu et demi, l'aumônier d'un écu, l'ouvrier d'un écu, le camérier et le pitancier d'un demi-écu chacun, le chantre d'un écu et le chapitre de trois écus.
Malgré la réserve faite par le parlement, les commissaires du roi procédèrent à des ventes judiciaires toutes les fois qu'ils rencontrèrent de la résistance. Ceux qui étaient subdélégués pour le diocèse de Cahors, ayant adressé à Henri III une plainte au sujet d'une inégalité dans les taxes, obtinrent, par lettres datées de Blois le 15 mars 1577, une remise dont le quart fut spécifié à 134 écus 10 sols (1).
Il n'en est pas moins vrai que dès le 10 mars 1578, toutes les rentes de l'aumônier du monastère de Moissac étaient vendues judiciairement et que les années suivantes on aliéna de la même manière et successivement celles de l'abbé, du cellérier, du chantre, du sacristain et de l'infirmier (2).
Est-ce à titre de faible compensation que le roi, le 4 juillet 1578, crut devoir adresser au couvent des lettres de sauvegarde, ainsi que l'avaient fait plusieurs de ses prédécesseurs ? (3).
L'année même où eurent lieu toutes ces ventes forcées, le cardinal de Guise céda l'abbaye à son parent Charles de Lorraine. Il avait été nommé archevêque de Reims en 1575 et fut assassiné à Blois par ordre d'Henri III, le 23 décembre 1588, en même temps que son frère Henri, duc de Guise (4).