‹ L'abbaye et les cloitres de MoissacChapitre 60 sur 154 · LXIX. — FRANÇOIS Ier DE LA VALETTE-CORNUSSON · texte numérisé non relu

LXIX. — FRANÇOIS Ier DE LA VALETTE-CORNUSSON

François Ier de La Valette-Cornusson , deuxième fils de François, marquis de La Valette, baron de Cornusson, coseigneur de Parisot (6), maréchal du camp des armées du roi, sénéchal et gouverneur de Toulouse, et de Gabrielle de Murât de Lestang (7), était le neveu de l'évêque de Vabre et de Jean de La Valette-Cornusson, grand maître de l'ordre de Malte et de Saint-Jean de Jérusalem. Né au château de Cornusson (8), en 1555, il fut nommé abbé de Moissac, probablement dans les premiers jours de l'année 1590.

Le 9 octobre de cette même année, agissant comme abbé de Moissac, il obtint de la chambre des requêtes du palais de Toulouse, une commission pour assigner les

(1) Arch. dép. de la Haute-Garonne, Prieuré de Rabastens, sommier général, fol. 163, citées par Rossignol, Monographies du département du Tarn, IV, 187.

(2) Laurent Bouchet, Biblioth. ou Trésor du droit français, Paris, 1609.

(3) Lagrèze-Fossat, Etudes hist. sur Moissac, III, 92; — Andurandy, n° 1032.

(4) Gallia christiana, I, Animad., col. 47, xlvii.

(5) François Moulenq, Documents historiques sur le Tam-el-Garonne, p. 332.

(6) Les La Valette-Cornusson appartenaient à la sixième branche des La Valette-Parisot.

(7) Courcelles, I, La Valette, p. 41 ; — De La Chesnaye-Desbois, Dictionn. de la noblesse.

(8) Cornusson, paroisse de la commune de Parisot, canton de Saint-Antonin (Tarn-et-Garonne).

débiteurs qui refusaient la dîme (1) ; et. le 11 janvier 1591, il fit une convention avec les religieux au sujet de la part du vin qui leur revenait (2). Cette convention ne mit point fin aux débats et fut même la cause d'un procès motivé sur la transaction de 1554 passée entre Jean de Lettes et le couvent; cette transaction n'attribuait à chaque religieux qu'une part de vin fort variable puisqu'elle était proportionnelle aux produits. On parvint à la fin à s'entendre, et il fut décidé, le 16 novembre 1596, que la part des religieux serait définitivement fixée à 100 pipes de 12 comportes, mesure de Moissac, soit environ 400 barriques de 230 litres, mesure de nos jours (3).

L'abbé de Moissac renouvela le 8 janvier 1592, l'adhésion donnée par son prédécesseur à l'union au collège des Jésuites de Toulouse du prieuré de Notre-Dame du bourg de Rabastens (4). En 1 594 , il fut condamné par le parlement de Toulouse à rembourser une somme de 80 écus que les consuls de Moissac avaient avancés pour le salaire et les frais de bouche du prédicateur, pendant le carême, l'Avent et les fêtes de l'année précédente (5).

La même année, Bertrand Laborie, issu d'une famille noble de Villeneuve, religieux et chambrier de Moissac, fut élu abbé d'Eysses (6).

Six ans après, le 20 avril 1600, tout l'ordre de Cluny envoya des députés à Moissac pour y faire en chapitre général de nouveaux statuts (7), mais il est probable que ces statuts restèrent à l'état de projet, car l'affaire de la sécularisation revint sur le tapis plus forte que jamais.

François de La Valette-Cornusson s'entendit d'abord avec les consuls représentés par Jean Botail, Jean Larnaudès et Antoine Hérauld, pour obtenir avant tout l'assentiment de la ville. Les religieux accordèrent entr'autres choses : i° que le seigneurabbé donnerait chaque année, pour une chanoinie perceptorale, 100 écus sols, jusqu'à ce que la réduction des chanoines fût arrivée au nombre que fixera la bulle; 20 qu'aussitôt après la sécularisation, serait créé un chanoine théologal: 30 que les religieux devenus chanoines ne pourront habiter en ville, sauf ceux qui y auraient leur famille ; 40 qu'en temps de guerre, l'abbé aurait au couvent une garde à ses frais ; 50 qu'un collège de Jésuites serait fondé, lequel aurait le premier prieuré vacant, valant au moins 300 écus, ou que l'abbé donnerait cette somme pour les gages d'un régent. Le collège portera le nom de : Collegium Comussanum sive Valetense. L'aumône, dite la sagre, sera versée à l'Hôtel-Dieu. Ce traité fut passé le 3 juin 1601.

D'accord avec les consuls, l'abbé de Moissac et les religieux sollicitèrent alors la sécularisation. Dans un mémoire rédigé à cet effet, ils déclarent qu'ils vivent sous la règle du grand patriarche de l'Occident, saint Benoît, « règle plus divine qu'humaine », très souvent modifiée par les souverains-pontifes, et qu'en 1555, ils recoururent au pape Paul IV qui leur donna une règle analogue à celle des chanoines réguliers T

(1) Arch. dép. de Tarn-el-Garonne, G, 599. — Le nouvel annotateur de la Gallia chrisliana commet donc une erreur en affirmant que cet abbé n'a possédé Moissac qu'en 1 597.

(2) Andurandy, n° 1205. *

(3) Lagrèze-Fossat, loc. cit., III, 92 et 93.

(4) Rossignol, Monographies communales du département du Tarn, IV, 188.

(5) Géraud Maynard, Notables et singulières questions de droit écrit, I, 33, cité par Moulenq, loc. cit.^

(6) A. de Lantenay, V Abbaye d'Eysses, p. 44.

(7) Andurandy, n" 15015, cité par Lagrèze-Fossat, III, 93.

LES ABBÉS RÉGULIERS

dont ils ne différent que par' l'habit (1). Mais ce n'était qu'au bout de quelques années qu'on devait faire droit à leur demande.

François de La Valette fut nommé évêque de Vabre, après le décès de Thomas De Cauro et sacré au mois de Janvier 1600.

En 1614 le Rouergue le députa à l'assemblée des Etats-Généraux, avec mission de porter la parole devant le roi Louis XIII (2). « Le langage ferme dont il se servit », dit le docteur Géraud, « n'est pas ce qui nous a le moins étonné à une époque trop regardée par les auteurs superficiels comme un temps de despotisme, où il n'y aurait eu selon eux qu'un maître et des courtisans. La France fut toujours le pays de la liberté «(3).

Ses infirmités ne lui permettant plus de suffire aux besoins de son diocèse, il demanda et obtint, en 1618, comme coadjuteur, son neveu qui suit, et qui l'avait déjà remplacé à Moissac en 1610; il mourut en 1622 au château de Cornusson où il s'était retiré et fut inhumé dans l'église paroissiale de la localité.

Fig. 26. — Tombeau de François 1er de La Valette-Cornusson

Son tombeau fut mis à découvert le 27 juin 1889. Nous en donnons [le dessin sous la figure 26.

Fig. 27. — Détail du tombeau de François Ier de La Valette-Cornusson

Le cercueil offre l'aspect d'une auge quadrangulaire à couverture plate ; sa longueur est de 2 mètres 8 centimètres; sa largeur, à la tête, de 55 centimètres, et aux pieds, de 30.

(1) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G.

(2) Courcelles, I, La Valette, pp. 41 et 43. — La Chesnaye-Desbois Diclionn. de la noblesse. — Guirondet, Notices biographiques, dans le Bull, de la Soc. arch, de Tarn-et-Garonne, ann. 1880, p. 313. — Documents historiques sur le Rouergue, II, 390.

(3) Géraud, Mémoire sur l'abbaye de Vabre.

Deux feuilles de plomb constituent le couvercle ; elles sont décorées d'une croix formée par treize plaques du même métal, coulées dans un même moule et présentant comme motif un vase qui repose sur une tige élevée, accosté de rinceaux terminés par une fleur à cinq pétales. La figure 27 donne le dessin de l'une de ces plaques (1).

Nous reproduisons aussi (figure 28) le sceau de cet abbé ; il se trouve sur un titre de l'office de cellérier, délivré le ier mai 1591 par Jean Brunet son vicaire-général, à frère Antoine de Felzins, religieux du couvent de Maurs au diocèse de Saint-Flour (2).

Fig. 28. — Sceau de François Ier de La Valette-Cornusson

Sceau rond de 44 millimètres, empreinte sur papier.

Dessin. — Ecusson aux armes : parti, au 1, de (gueules), au gerfaut (d'argent), la patte dextre levée, qui est de La Valette-Parisot (3) ; au 2, de (gueules), au lion (d'or), armé et lampassé d'argent, qui est de Morlhon-Sauvensac ; le tout surmonté d'une mitre et d'une crosse.

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