LXX. — FRANÇOIS II DE LA VALETTE-CORNUSSON
François II de La Valette-Cornusson, troisième fils de Jean, marquis de La Valette, baron de Cornusson, coseigneur de Parisot, seigneur de Lestang, sénéchal et gouverneur de Toulouse, et d'Ursule de Loubens de Verdalle, religieux profès de l'abbaye de Moissac, fut sacré évèque de Philadelphie en 1618, et de Vabre en 1622, après la mort de son oncle, dont il était coadjuteur et qu'il avait remplacé à Moissac, ainsi que nous l'avons déjà dit (4).
(1) Abbé Pottier, La tombe de François de La Valette-Cornusson, dans le Bull, de la Soc. arch. de Tarn-el- Garonne, ann. 1889, p. 16.
(2) Arch. défi, de Tarn-el-Garonne, G, 566.
(3) La branche de La Valette-Cornusson est la plus illustre et la plus célèbre de toutes les branches de la famille La Valette-Parisot. Elle se forma par Guilhot de La Valette, seigneur de Cornusson, connu sous le nom de Guillaume de Parisot, marié en 1487 avec Jeanne de Castres, et non avec Catherine de Balaquière, comme l'ont écrit plusieurs historiens. Voir Guirondet, Nobiliaire du canton de Saint-Antonin.
(4) Courcelles, I. La Valette, p. 43. — La Chesnaye-Desbois, Dictionn. de la noblesse. — Guirondet, dans le Bull, de la Soc. arch. de Tarn-et-Garonne, ann. 1880, p. 313.
LES ABBÉS RÉGULIERS
Pendant son abbatiat, il obtint, en 1618, du pape Paul V la bulle de sécularisation qui fut encore retardée par les oppositions qu'elle souleva. Pour prononcer la sécularisation, cette bulle s'appuyait sur les motifs suivants : Communauté du service divin entre les séculiers et les réguliers, dans l'église Saint-Pierre ; manquement forcé à la règle par le fait de la non clôture et de la nécessité de recevoir des soldats et de la noblesse, à cause des guerres contre les hérétiques ; voisinage du marché qui amène les marchands jusque dans l'église pour y traiter de leurs affaires, etc. La bulle dit que l'abbaye est taxée en cour de Rome 4,000 florins.
Le 16 février 1620, les habitants de Moissac, qui jusqu'ici avaient combattu le projet de sécularisation, révoquèrent tous les actes qu'ils avaient faits à ce sujet. Un grand procès s'éleva alors entre le chef général de l'ordre de Cluny, messire Jacques d'Arbouze, d'un côté, qui s'opposait à la sécularisation, et les religieux de Moissac, de l'autre. Les religieux de Cluny se pourvurent devant le grand conseil du roi qui renvoya la cause devant le parlement de Toulouse; les débats furent des plus vifs (1).
A la fin, la sécularisation si longtemps demandée fut ordonnée par une bulle du pape Urbain VIII, en date du 27 février 1625 (2).
Ce document relate que la première bulle fut accordée, à la sollicitation du roi de France, aux religieux et habitants de Moissac, pour des motifs qu'il énumère. Par la teneur de la bulle, les onze officiers claustraux de l'abbaye sont supprimés et deviennent des portions canonicales ; les prieurés dépendant de l'ordre sont convertis en bénéfices séculiers ; l'abbaye est érigée en église collégiale avec menses abbatiale et collégiale distinctes ; la nomination de l'abbaye appartiendra au roi de France, suivant le concordat de Léon X et de François Itr.
Le 12 avril de la même année le Grand-Conseil rendit un arrêt ordonnant une enquête sur la vérité des faits allégués dans la bulle de sécularisation. L'enquête fut faite par Hector de Maries, seigneur de Richebourg, accompagné de Clotmont, commissaire du Grand-Conseil ; elle commença le 18 juillet au château royal. Le rapport constate les agissements du parti opposé à la sécularisation, appuyé par le premier président du parlement de Toulouse, parti qui publia un traité attribué à Tritemius : De flebili statu monachorum. Pour effrayer le peuple, on citait dans ce traité l'exemple des villes de Montauban, de Castres et de Montpellier, atteintes de fléaux, dès que leurs abbayes furent sécularisées (3).
Par une étrange coïncidence, sept ans après, la peste se répandit dans la ville de Moissac et commit d'épouvantables dégâts.
Le procés-verbal dressé par Hector de Maries constate qu'il entendit soixante témoins. 11 rapporte que les religieux font l'office au chœur, pendant que les prêtres séculiers le disent dans la nef, et les deux parties sont si voisines que le recueillement en est troublé. Il ajoute que des dévotions ont lieu même pendant la nuit aux chapelles Saint-Ferréol et Sainte-Marthe ; que les religieux n'ont pas de clôture dans le chœur, qu'ils n'ont pas de jardin et sortent en ville où les enfants les poursuivent en criant : « Au moine! Au moine! » Pour obvier à ces inconvénients, ils revêtent l'habit séculier
(1) Arch. défi, de Tarn-et-Garonne, G, 575.
(2) De Barrau, Documents historiques ; — Cabrol, Généalogie des Valette, citations de Guirondct, Xotices biographiques.
(3) Arch. défi, de Tarn-el-Garonne, G, ^75.
et portent même des armes à cause des Huguenots, quand ils vont en ville ; qu'ils ne mènent aucune vie monastique, vendent, achètent, échangent des biens comme personnes séculières. Pierre Mezamat, recteur de la Bastide Saint-Pierre, complète ces renseignements en faisant connaître que les religieux sont de si bas-âge qu'ils ne peuvent connaître la discipline monastique et paraissent plutôt chanoines que moines par la résignation qu'ils font de leurs prébendes ; il a vu un religieux de dix-huit ans établi maître des novices, à la suite d'un échange de bénéfices, et maintenu en cet office par le sénéchal de Lauzerte. Charles de Belin, curé de Saint-Clair Lectourois, dit qu'il a vu les moines mêlés au public dans ladite église et dans la chapelle du chapitre où ayant été chargés de les haranguer, suivant d'anciens statuts, il les vit assis à côté des femmes « faisant riseries et disant paroles grandement scandaleuses ». François Pons, docteur, avocat à Lauzerte, rapporte que pendant ses études à Moissac, les moines étaient toujours insultés par le peuple et se battaient souvent avec des particuliers; ils ont chevaux et chiens, ne portent ni tonsure, ni vêtement religieux (i).
A la suite de cette enquête, la bulle de sécularisation fut enfin fulminée le 21 avril 1626 et procès-verbal en fut dressé le 29, par l'official de Cahors Géraud de Carcavy. Le même jour, en présence du peuple, l'official donna le surplis aux religieux et leur fit dépouiller l'habit régulier ; il célébra une messe du Saint-Esprit à laquelle assistèrent l'abbé en habits pontificaux et les consuls en robe (2). Quelques mois après, le 18 octobre, le chapitre rédigea ses statuts qui furent approuvés cinq jours plus tard par messire Simon de Popian, évêque de Cahors (3). Dès ce moment la vie régulière cessa dans l'abbaye de Moissac.
Après la sécularisation de l'abbaye il y avait, à Moissac, onze officiers claustraux. Les offices supprimés furent ceux de cellérier, éteint après la mort de Jacques de Chambon, décédé, sans résignation, en octobre 1639 ; de camérier, après le décès de Jean de Laborie, arrivé le 20 avril 1653 ; d'infirmier, par le consentement de M. de Chamberet ; de chantre, éteint en 1654 par la mort de Balthazar de Lavergne ; de souschantre, qui disparut en 1674 après la mort de Pierre Régis; d'hospitalier, dont Pierre de la Raffinée fut le dernier titulaire en 1653 ; d'hostalier, que Jean de Bigorre fit disparaître volontairement ; et celui de prévôt, qui fut supprimé à la suite d'un accord avec François de Marcillac (4).
En 163 1, le prieuré de Cénac, du diocèse de Sarlat, fut annexé à la mense capitulaire, par suite d'une cession du sous-chantre qui en était prieur (5).
Le nom des chanoines est relaté dans un acte du mois de juin 1628, en vertu duquel le chapitre de Saint-Pierre et la communauté font le vœu d'offrir à saint Cyprien, patron de la ville, une châsse en argent, afin qu'il intercède auprès du Tout- Puissant pour faire cesser l'épidémie qui sévissait avec la plus grande intensité (6).
(1) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 576.
(2) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 57*5.
(3) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 584.
(4) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 567.
(5) Andurandy, nos 7229 à 7241.
(6) Les malades étaient si nombreux, qu'à un moment les ressources pour les soigner firent complètement défaut. Le Conseil politique délibéra alors que les consuls et les syndics se transporteraient avec un notaire dans les maisons où, par suite de la peste, il ne resterait plus que des orphelins, qu'ils pénétreraient de gré ou de force dans ces maisons, y feraient des perquisitions et se saisiraient de l'argent qu'ils
LES ABBÉS RÉGULIERS
Ce curieux document a déjà été publié par M. Duguè, dans le Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, année 1888.
L'administration de François II de La Valette-Cornusson est encore connue par différents procès qu'il eut à soutenir contre les religieux, l'évêque de Cahors et les consuls de Moissac.
Le premier procès était la suite des difficultés soulevées par les transactions faites par ses prédécesseurs et le couvent; il dura de 1624 à 1630(1). En 1627, l'abbé fut condamné à faire à l'église abbatiale des réparations qui paraissaient urgentes : n'ayant pas voulu les exécuter, il y fut contraint par un arrêt du parlement de Toulouse en date du 15 février 1630, fixant ces réparations à la somme de 3,000 livres, et autorisant au besoin de saisir, pour ce motif, les revenus de l'abbaye. L'abbé fit à ce sujet une opposition, mais quelques années après, le 12 septembre 1645, ^e sieur Delong, conseiller au parlement, rendit une ordonnance prescrivant aux officiers du roi de faire exécuter, par tous les moyens, l'arrêt de 1630 (2).
Le deuxième concernait le droit de visite que l'évêque de Cahors voulait exercer sur l'église abbatiale. Le 2 février 1634, l'abbé de Moissac obtint des lettres royales portant défense à l'évêque de Cahors de s'ingérer en l'administration dudit monastère, et le 4 du mois suivant, il fit opposition contre une ordonnance surprise au parlement de Toulouse permettant à l'évêque de Cahors d'enfoncer les portes du chœur, dans le cas où les religieux refuseraient de le recevoir (3). Ce procès se termina par une transaction, passée le 7 septembre 1688 (4).
Le troisième procès avait pour objet les droits et les devoirs seigneuriaux, si souvent contestés à l'abbé et au couvent par la communauté qui s'efforçait de s'affranchir en toutes choses de leur domination et de faire déclarer la ville et son territoire du domaine de la Couronne. Ce procès fut vidé, du moins pour le moment, par un arrêt du Conseil, en date du 16 juin 1643, maintenant François de La Valette dans la moitié de la justice en paréage avec le roi et confirmant son droit de percevoir l'obole d'or du juge royal (5).
Cet abbé, en l'absence de Bernardin de Corneillan, évêque de Rodez, présida à une assemblée des Etats du Rouergue, tenue à Villefranche en 1636, et à celle du clergé de France, tenue à Melun en 1644. Il mourut au château de Saint-Izaire le 20 décembre de la même année et fut enterré, suivant le désir manifesté dans son testament, dans l'église cathédrale dédiée à Notre-Dame du Rosaire (6).
y découvriraient, après avoir dressé un procès-verbal dans lequel ils s'engageraient, au nom de la communauté, à rembourser plus tard aux ayants droit les sommes saisies. Lagrèze-Fossat, Etudes historiques sur Moissac, II, 403. Voir aussi Archives de Moissac, Livre des contrats, fol. 164, 256, 300 et 304.
(1) Andurandy, nos 1243 et 1243, cité par Lagrèze-Fossat, III, 93.
(2) Arck. défi, de Tarn-et-Garonne, G, 580.
(3) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 573.
(4) Andurandy, n°! 673 à 709.
(<$) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 552.
(6) L. Guirondet, Nobiliaire du canton de Saint-Antonin ; — De La Chesnayc-Desbois, Dictionnaire de la noblesse; — Cabrol, Annales de Villefranche.