LXXI. — JULES MAZARIN (cardinal
Le cardinal Jules Mazarin, premier ministre de France, succéda à François II de La Valette-Cornusson ; il reçut en commende l'abbaye de Moissac peu de temps après la mort de son prédécesseur, mais n'en prit possession qu'au mois d'août 1646. Les meilleures relations paraissent avoir existé entre cet abbé et le chapitre.
Mazarin donna à l'église collégiale le magnifique buffet d'orgues qui la décore encore, et sur lequel il fit graver ses armes ; il accorda aussi au chapitre 3,000 livres pour diverses réparations (1).
En 1652, le chapitre de Moissac procéda de son chef et sans l'autorisation de l'évèque diocésain, à la translation des reliques de saint Cyprien. Alain de Solminihac qui occupait alors le siège épiscopal de Cahors. s'émut de ces prétentions et adressa à la date du 7 novembre, aux agents généraux du clergé de France, une lettre pour dénoncer cet empiétement sur ses droits. Il dit dans cette lettre que si le chapitre ne lui a pas demandé l'autorisation nécessaire, c'est qu'il était convaincu qu'elle ne lui serait pas accordée par le motif que les véritables reliques du martyr de Carthage ne se trouvaient point à Moissac (2).
Nous ne savons pas la suite qui fut donnée à cette lettre, toujours est-il qu'en 165.4, les ier, 3 et 4 du mois de mai, Alain de Solminihac vint visiter l'église Saint-Pierre de Moissac. L'évêque, après avoir accompli le cérémonial d'usage, recommande aux chanoines de vivre exemplairement, et visite chacune des chapelles, dont il donne la description, ce sont : celles desservies par le curé de Saint-Michel, où est la réserve, celles de Saint-Jean, de Saint-Crespin , de Saint-Joseph, de Sainte-Luce, de Saint-
(1) Andurandy, n°s 1394 a 1488, cité par Lagrèze-Fossat, loc. cit., III, 94.
(2) Lettre de Mgr Alain de Solminihac, évéque de Cahors, aux agents généraux du clergé de France : « Messieurs, vous verrez par la copie d'une lettre enclose dans ce paquet la grande entreprise du chapitre
de la ville de Moissac contre l'autorité épiscopale, de laquelle je veux faire plainte à Messeigneurs les Prélats, ce que j'ai voulu différer jusqu'à ce que j'aie le témoignage que je demande ou aux vicaires-généraux de Lyon, ou aux chanoines de l'église métropolitaine, si le corps de saint Cyprien, martyr, évèque de Carthage, que Bède et Adon de Vienne disent avoir été transmis d'Afrique à Lyon, est dans l'église métropolitaine. Je pense que le certificat peut être donné par les chanoines; s'il est dans une autre église, ce sont les vicaires-généraux qui le doivent donner. Ainsi ne sachant en quelle église reposent ces reliques, je vous envoie ma lettre sans suscription, vous priant de la remettre comme vous jugerez, ou aux vicairesgénéraux ou aux chanoines de l'église métropolitaine de Lyon. Et parce que c'est une affaire de grande importance et conséquente pour l'Eglise de Dieu, je pense qu'il serait à propos qu'il vous plût d'ajouter un mot de lettre à la mienne pour obtenir ce certificat, et, l'ayant obtenu, faire rapport de cette affaire à Messeigneurs les Prélats, à la première assemblée que vous convoquerez; et prendre leurs ordres là-dessus pour me les faire savoir, lesquels je suivrai ponctuellement. J'appris par les députés de Moissac que les chanoines de ce chapitre avaient consulté à ïolose s'ils pouvaient faire cette translation sans moi, et que leur conseil leur avait dit qu'ils ne le pouvaient faire; cependant ils ont passé outre, connaissant bien que je ne la ferais pas, étant assuré qu'ils n'ont aucun témoignage que ce soient les reliques de ce grand saint Cyprien, martyr, évêque de Carthage. Je crois que vous vous comporterez en cette rencontre avec le soin et l'affection que mérite une affaire de telle importance, ce qu'attendant, je demeurerai, Messieurs, votre très humble et très affectionné serviteur. De Merquez, ce 7 novembre 1652. Alain, év. de Cahors. » Archives du chapitre de Cahors, liasse 10, n° 26. Copie communiquée par M. Dugué.
LES ABBÉS RÉGULIERS
Raymond, de Saint-Christophe, des Cinq-Plaies, de Saint-Biaise, de Notre-Dame des Neiges, de Saint-Cyprien, fermée d'une cloison de bois et où sont les reliques de ce saint renfermées dans une riche châsse d'argent, que la ville de Moissac a fait faire et qui coûta mille livres; dans la sacristie, il trouve « une quantité de vieilles antiquités », plusieurs reliquaires anciens et artistement faits, entr'autres un de cuivre doré, en forme de tête, avec une ceinture autour, entrelacée de filets d'or et d'argent; l'inscription qui y est gravée relate la nature de la relique : « Caput gloriosissimi martyr is Cypriani, doctoris inclyti Carlaginiensis archiepiscopi ». Il constate aussi l'existence d'un vieux bréviaire dans lequel il y a huit leçons avec les réponses de l'office de saint Cyprien, celle d'un ancien missel de velin couvert de l3mes d'argent doré, avec un crucifix en relief, les images de la Vierge et de saint Jean d'un côté, et de l'autre le Père-Eternel entouré de quatre anges (i).
La question des droits de visite de l'évêque de Cahors fut de nouveau agitée sous l'abbatiat du cardinal Mazarin et trois avocats de Paris : Montozon, Champion et Cassis redigèrent un mémoire sur les droits et exemptions de l'abbaye de Moissac. Ce mémoire constate deux états dans l'abbaye, le premier, de l'an 506 au xne siècle, où elle suit la règle de saint Benoît, ayant 1,000 religieux ; le second, du xue siècle à l'année 1626, époque de la sécularisation. Le conseil conclut que le chapitre est exempt de l'ordinaire, attendu que, dans le premier état, l'abbaye est de fondation royale et que toutes les églises dans ce cas sont exemptes de la suprématie de l'évêque, lequel y aurait perçu les droits de chrême, visite, procuration, ce que les rois ont voulu éviter: que dans le second état, unie à Cluny, elle participe à tous ses privilèges et que la sécularisation, ayant lieu en faveur des couvents, n'avait pu modifier cette position (2).
En 1660, le cardinal Mazarin approuva une délibération de la communauté de Moissac du 16 août de cette année décidant l'établissement à Moissac de la congrégation des Pères de la Doctrine chrétienne, et au mois de février de l'année suivante Louis XIV adressa des lettres-patentes autorisant cet établissement et rappelant la délibération prise à ce sujet dans laquelle on prie les Révérends Pères d'accepter le collège de la ville pour y instruire la jeunesse (3).
Le cardinal Mazarin mourut le 9 mars 1661. Dix jours après, on célébra dans l'église Saint-Pierre une cérémonie funèbre en sa mémoire, à laquelle assistèrent le sénéchal de Quercy (4) Saint- Alvère , les consuls de la ville et tous les officiers de la juridiction (5). -
Le sceau de cet abbé est apposé sur un consentement donné le 18 mai 1660, pour l'union de la chapellenie de Sainte-Marthe et du prieuré de La Salvetat-Caramang à la mense capitulaire, par suite d'une délibération du chapitre qui avait uni
(1) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 574.
(2) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 574.
(3) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 586.
(4) Par un arrêt du parlement de Toulouse, en date du 23 décembre 165 1, le siège de sénéchal de Quercy fut tranféré à Moissac, Histoire de Languedoc, nouv. édit., XIII, g.
(5) Archives de V abbaye, citées par Lagrèze-Fossat, loc. cit., III, 94.
ces bénéfices à ceux du camérier et de l'infirmier, conformément aux bulles des papes Paul V et Urbain VIII (i).
Sceau ovale de 45 millimétrés sur 40, empreinte sur papier.
Dessin. — Ecusson aux armes : (d'azur) à une hache (d'argent) futée (d'or), environnée d'un faisceau de licteurs (de même) lié (d'argent) ; à la fasce de (gueules) chargée de trois étoiles (d'or) brochant sur le tout; l'écusson surmonté du chapeau de cardinal.
Messire Regnaud, abbé de Cluny, de Bonnecombe, de Vauluisant, de Saint-Wast, etc., cardinal d'Esté, protecteur des affaires de France à Rome, qualifié cousin par le roi, fut nommé abbé de Moissac, en 1661, après la mort du cardinal Mazarin.
Pendant tout le cours de son abbatiat, il eut avec le chapitre des procès permanents, affichant des prétentions le plus souvent injustes. Il sollicita et obtint d'abord, le 16 juillet 1663, des lettres-patentes du roi portant évacuation au Grand-Conseil de toutes les causes qui intéressaient l'ordre de Cluny (2).
Le chapitre ayant réclamé sur le dividende que le chanoine, délégué pour représenter l'abbé absent, recevait comme les autres, bien qu'il n'assistât pas habituellement au service religieux, l'affaire fut portée devant le Grand-Conseil. Celui-ci rendit un arrêt le 15 novembre 1668 portant que l'abbé avait le droit de nommer un chanoine pour résider auprès de lui, et que ce socius domini, qui était alors Balthazar de Chambon, ne serait privé de son droit d'assistance que lorsqu'il ne résiderait pas auprès du seigneur-abbé et qu'il ne serait pas présent aux offices du chapitre (3).
Il eut aussi un autre procès au sujet des réparations qu'il était tenu de faire à l'église abbatiale et à ses dépendances. Le devis de ces réparations montait à la somme
(1) Arch. dcp. de Tarn-et-Garonne, G, 563.
(2) Andurandy, n° 53, cite par Lagrèze-Fossat, loc. cil., III, 95.
(3) Arch. défi, de Tarn-et-Garonne, G, 567 ; — Andurandy, n06 552 et 553.
Fig. 29. — Sceau du cardinal Mazarin, abbé de Moissac