LXXIV. — JEAN-LOUIS DE GONTAUT-BIRON
Jean-Louis de Gontaut de Biron, fils de Charles Armand, duc de Biron, maréchal de France, et de Marie-Antonine de Nogent, titré cousin du roi, fut nommé abbé de Moissac en 1716, et de Cadouin en 1723. Il ne prit possession de l'abbaye de Moissac qu'au mois de juin 1722 (2) et rentra ensuite à Paris où il avait son domicile.
Sous son abbatiat, les contestations si souvent soulevées précédemment entre l'abbé, les consuls et le chapitre se renouvelèrent, mais cette fois sans acrimonie, et se terminèrent sans aucune difficulté.
Louis de Gontaut-Biron s'étant plaint de ce que les consuls rendaient la justice au nom de Sa Majesté seulement et non tant au nom du roi que de l'abbé, ainsi que le prescrivait la transaction de 1678, le Conseil politique, extraordinairement réuni, s'empressa de faire droit à sa demande, déclarant qu'à l'avenir il se conformerait à la transaction précitée. La délibération prise à ce sujet fut présentée à l'abbé qui l'approuva et y apposa sa signature (3).
Les difficultés depuis si longtemps pendantes au sujet des réparations de l'église et de ses dépendances se terminèrent aussi par une transaction faite le 4 octobre 1726, sur la médiation de Me de Costa, conseiller en la grande chambre du parlement de Toulouse, choisi comme arbitre. La transaction rappelle celle de messire Jean de Lettes, du 16 mai 1554, les condamnations des héritiers Mazarin, de ceux de La Valette
(1) Arch. défi, de Tarn-et-Gcironne, G, 600.
(2) Courcelles, II, Gontaul-Biron, p. 39, cité par Moulenq, p. 336.
(3) Délibérations de 1722, et notamment celle du 2 août, citées par Lagrcze-Fossat, III, 97 et 98.
et de l'abbé d'Estrades. Messire de Labroue, syndic du chapitre, se reconnaît débiteur de 3,000 livres qui seront employées en réparations ; l'abbé fera celles déclarées nécessaires; il abandonne aux chanoines l'ancien réfectoire que ceux-ci prêtent aux fermiers. Les réparations déclarées urgentes sont celles du chœur, du cloître qui croule, des archives et d'une porte en chêne avec ferrures neuves pour l'entrée de l'église (1).
Un procès d'une autre nature fut soulevé contre les consuls au sujet du droit de préséance ; il fut occasionné par le fait du sieur Delbessou, avocat, maire de Moissac, qui, le 17 avril 1743, dit la requête du chapitre, décida avec trois autres consuls, petits marchands et artisans, de prendre place avant messieurs les chanoines dans une cérémonie qui avait lieu au collège (2). 11 fut vidé le 8 août 1744, par un arrêt du parlement de Toulouse qui accorda au chapitre la préséance sur les consuls (3).
Un peu avant cette époque, en 1720, le chapitre parvint à obtenir du receveur des impositions ecclésiastiques à Cahors de pouvoir s'affranchir du paiement de la somme de 2,100 livres, montant de la taxe, par le versement d'une somme de 12,600 livres en capital (4).
Le 27 novembre 1767, l'abbé de Biron reçut des lettres-patentes du roi, l'autorisant à faire démolir une partie des bâtisses de l'abbaye et de ses dépendances, entr'autres la maison abbatiale inhabitée depuis des siècles, le château de Saint-Nicolas, la maison du prieuré Saint-Sauveur à Castelsarrasin, celle d'Escatalens ainsi que le château et grange (5) du prieuré de Ségur (6). Il obtint aussi en 1768 un arrêt du Conseil d'Etat lui conférant le droit de nommer, alternativement avec le roi (7), le maire de Moissac (8).
En 1773, il se démit de ses fonctions d'abbé et fit signifier sa démission au chapitre de Moissac le 16 juillet de la même année. Malgré cette démission le chapitre lui fit connaître qu'il ne renonçait pas à poursuivre l'instance engagée contre lui au parlement de Toulouse, pour l'obliger à faire à l'église et aux bâtiments les réparations qui lui incombaient (9). Il dut revenir sur sa détermination, car il conserva l'abbaye jusqu'à sa mort qui eut lieu vers 1775.
Nous reproduisons sous la figure n° 32 le cachet de l'abbé Gontaut-Biron tel qu'il se trouve apposé sur une lettre du 3 décembre 1766, par laquelle il approuve le
(1) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 582.
(2) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 552.
(3) Andurandy, n° 75 18, cité par Lagrèze-Fossat, III, 98.
(4) Andurandy, n°s 709 à 1029.
(5) Les granges étaient des fermes, des centres d'exploitation où l'on transportait le produit des terres que les moines travaillaient eux-mêmes et les produits en nature dus par les censitaires de l'abbaye. La plupart des granges avaient été primitivement de petites abbayes qui ne pouvant plus entretenir le nombre voulu de religieux étaient dégradées conformément aux statuts de 11 34 et 1204 (Ange Manrique, Annal. Cisterc, I, 273 et VI, 499). Elles possédaient leur chapelle, leur dortoir, leur réfectoire, etc.
Les Celles, appelées aussi Obédiences, Chaises-Dieu, sont de petits couvents ou cellules établis à la campagne, où des moines réunis au nombre de trois au moins, tout en vivant dans une grande austérité, devaient administrer les biens appartenant au monastère dont ils dépendaient. Si le nombre de moines augmentait, les Celles pouvaient devenir des granges et même des prieurés. Voir du Cange, Gloss., verbo Obedienta.
(6) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 582.
(7) Par un edit de 1 765 , art. 8, le roi s'était attribué la nomination du maire de Moissac.
(8) Lagrèze-Fossat, Etudes hisl. sur Moissac, II, p. 255.
(9) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 582.
LES ABBÉS RÉGULIERS -179
règlement fait par l'évèque de Cahors pour mettre fin à des contestations survenues entre les chanoines et les prébendiers. Par le même acte, il confirme la pension de vin qu'il doit aux chanoines (1).
Fig. 32. — Sceau de Jean-Louis de Gontaut-Biron
Fragment de sceau rond, empreinte sur papier, d'environ 28 millimètres de diamètre. Dessi?7. — Ecusson aux armes : écartelé d'or et de gueules. Supports deux femmes.