‹ L'abbaye et les cloitres de MoissacChapitre 66 sur 154 · LXXV. — ETIENNE-CHARLES DE LOMÉNIE DE BRIENNE · texte numérisé non relu

LXXV. — ETIENNE-CHARLES DE LOMÉNIE DE BRIENNE

Le dernier abbé de Moissac fut le fameux Etienne-Charles de Loménie, comte de Brienne, qui devint plus tard évêque de Condom, archevêque de Toulouse, puis de Sens. Nommé cardinal, Louis XVI l'éleva plus tard au rang de ministre après l'administration de Calonne.

Les revenus de l'abbaye s'élevaient à cette époque à 114,940 livres et les dépenses à 98,345 livres (2).

Sa nomination fut accueillie avec joie à Moissac, et le conseil de la commune décida dans une délibération du 29 juin 1775, d'adresser, au nom des habitants, toutes leurs félicitations au nouvel abbé (3).

Loménie de Brienne se rendit à Moissac au mois d'octobre de l'année suivante, pour prendre possession de son abbaye et y reçut un accueil des plus chaleureux.

Il établit à Moissac, non loin de l'abbaye, sur l'emplacement occupé aujourd'hui presqu'entièrement par le chemin de fer, une promenade qui porte encore son nom.

En 1776, François de Labroue, qui avait la charge de sacristain, demanda à la Cour la prééminence sur ses collègues à raison de cet office, mais le syndic du chapitre opposa à la demande que les termes de la bulle de sécularisation de l'abbaye mentionnaient onze officiers claustraux sur dix-neuf qui subsistaient encore, qu'à ce moment cette charge n'était plus gérée en titre d'office et que ceux qui l'occupaient à cette époque l'avaient acceptée sans faire valoir cette nouvelle prétention (4).

(1) Arcli. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 584.

(2) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, série G, 603, — Cette même série contient les livres des recettes et des dépenses du chapitre pendant les années 1774 à 1776, qui font connaître les prix des blés, vins et autres denrées, à Moissac. Ainsi le sac de blé vaut 14 livres 4 sous, 15 et 16 livres; la mixture, 13 livres; le seigle, 1 1 livres ; les fèves, 1 1 livres ; le millet, 8 livres environ ; les pois, 1 3 livres ; les graines, 20 livres; le chanvre 25 livres; le vin 25 à 27 livres; la piquette, 4 livres; les agneaux, 2 livres à 2 livres 5 sols.

(3) Lagrèze-Fossat, loc. cit., III, p. 100.

(4) Arch. dép. de Tarn-et-Garonne, G, 584.

Loménie de Brienne jugea à propos, en 1788, de se démettre de ses fonctions d'abbé de Moissac. Le conseil de la commune eut connaissance de cette démission le 2 février; il se réunit aussitôt et délibéra que MM. les officiers municipaux témoigneraient à monseigneur Loménie de Brienne les regrets causés à la population par la perte qu'elle venait de faire et le supplieraient de vouloir bien continuer à leur faire sentir les heureux effets de sa protection (1).

Les événements graves qui survinrent en France au moment de la démission de l'abbé Loménie de Brienne, occupèrent assez la royauté pour l'empêcher de songer à lui donner un remplaçant. Il n'eut pas de successeur, mais le vicaire-général alors en fonctions continua d'administrer l'abbaye jusqu'au moment où l'Assemblée nationale, en supprimant tous les corps religieux, par un décret du 26 octobre 1790, mit ainsi fin à l'existence de l'abbaye de Moissac (2).

Loménie de Brienne prêta, en 1791, le serment de fidélité à la Constitution civile du clergé et devint évêque constitutionnel de l'Yonne. A la lettre de justification qu'il adressa le 30 janvier suivant au pape Pie VI, celui-ci répondit le 23 février par un bref dans lequel il lui reprochait d'avoir déshonoré la pourpre romaine et d'avoir manqué à tous ses devoirs d'évêque (3). Loménie de Brienne donna sa démission de cardinal le 26 mars de la même année, mais sa conduite ne le sauva pas. Le 9 novembre 1793, il fut arrêté par ordre du comité du Salut public , et mis en surveillance dans sa maison. Un peu plus tard on vint l'arrêter de nouveau et le lendemain il fut trouvé mort dans son lit, frappé qu'il avait été d'une attaque d'apoplexie (4).

(1) Lagrèze-Fossat, Etudes historiques sur Moissac, t. III, p. 100.

(2) Lagrèze-Fossat, loc. cit., pp. 100 et 10 1.

(3) Moulenq, Documents historiques sur le Tarn-et-Garonne, p. 337, en note.

(4) Léo Joubert, Diclionn. de biographie, p. 443.

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