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N° 9. — DAVID ET LES MUSICIENS SACRÉS

Après avoir fait transporter à Jérusalem l'arche d'alliance qui était dans la maison d'Obédédom, David forma, pour les cérémonies du temple, des chœurs destinés à chanter les louanges de Dieu. Les noms de plusieurs des musiciens qui les composaient nous ont été conservés par la sainte Ecriture (1).

Le roi et quatre d'entr'eux : Asaph, Eman, Ethan et Idithum sont ici représentés :

Face méridionale. David est assis sur un tapis qui recouvre un siège dont les quatre montants se terminent par une patte d'animal. Conformément aux descriptions de la Bible (2) il est vêtu d'une tunique et de ïèphod, retenu sur la poitrine à l'aide d'un

Ci) Paralip., Liv. I, c. II, v. 6; c. XV, v. 1 à 25 ; c. XVI, v. 1 à 7, 41 à 42.

{ 2) « Et David saltabat totis viribus ante Dominum. Porro David erat accinctus cphod lineo ». Reg., Lib. II,

ornement appelé le rational. Un ample manteau ilotte sur ses épaules. Le roi-prophète a placé un pied sur un large escabeau, l'autre est appuyé contre la base d'un instrument de musique, aujourd'hui complètement mutik, probablement une harpe, ainsi que le laisse supposer l'inscription :

D[«w]D CITAR[om] P[er]CVTIEBAT IN DOMO D[owi]NI

Devant le roi, Asaph pince des deux mains les cordes d'une lyre dont le corps

Figure 55 Face méridionale

sonore est très développé dans le bas. Il est désigné par ces mots gravés sur deux lignes : [m]VC HPASA LIRA. Les deux premiers de ces trois mots sont écrits au rebours et les lettres ont été tracées à l'envers ; ils doivent être lus de droite a gauche : ASAPH CV[m] LIRA.

Face orientale. Le musicien qui suit Asaph sur la face orientale, Eman, pince un instrument triangulaire à cordes verticales. C'est la rote, ainsi que le désigne l'inscrip-

c. VI, v. 14. « Porro David erat indutus stola byssina.... David autem indutus crat ephod linco ». Paralip., Lib. I, c. XV, v. 27.

L'Ephod était une ceinture que portaient les prêtres hébreux. Prenant derrière le cou et par dessus les épaules, elle venait descendre par devant, se croisait sur la poitrine, et servait ensuite à ceindre la tunique en faisant le tour du corps.

tion placée également sur deux lignes : NAME CVM ROTA, dont le premier mot doit aussi se lire au rebours : EMAN : CVM ROTA.

Face septentrionale. Ethan, un autre maître de la musique du temple, frappe avec la main un instrument ressemblant à une grosse caisse. Il est d'une grande légèreté, car il le tient avec beaucoup d'aisance. C'est le tympanon, comme le dit l'inscription : ETAN CVM TIMPHANO (pour timpano).

Face occidentale. Le dernier musicien représenté est Idithum. C'est un joueur de cimbales qui exécute une danse en s'accompagnant de son instrument dont les deux hémisphères sont aujourd'hui brisés, mais que désigne suffisamment l'inscription : ET IDITVN CVM CIMBALIS.

Figure 56 Face orientale

Tailloir. Des quadrupèdes et des oiseaux fantastiques, enlacés deux à deux par le cou, se mordent les pattes et la queue.

Observations. — Les instruments de musique reproduits sur ce chapiteau méritent d'être étudiés avec soin.

L'instrument triangulaire, dont se servait le roi David, était appelé chez les Hébreux, Kinnor, mot rendu dans la traduction des Septante par psaletorion, indiquant un instrument pour accompagner le chant. Sur le chapiteau, il est désigné sous celui de citara, que nous avons traduit harpe, parce qu'on reconnaît encore la forme de cet instrument dans les quelques traces laissées par la sculpture. Il convient de remarquer que s'il y a eu un instrument auquel on donnait simplement le nom de cithare, dès le commencement du christianisme, ce mot était un terme générique qui servait à désigner indifféremment tous les instruments à cordes. C'est ainsi qu'on appelait cithara anglica,

cithara barbara, cilhara leutonica, des instruments qui ne se ressemblaient point et dont le nom germanique se latinisait sans doute difficilement (1).

La lyre était, chez les Grecs et les Romains, l'instrument à cordes par excellence. Il y en avait de plusieurs formes et dont les cordes étaient plus ou moins nombreuses. La forme de celle que tient Asaph est sensiblement celle du violon, sans échancrures sur les côtés. Cet instrument est à deux ouies qui occupent le milieu de la table sur laquelle sont fixés trois cordiers distincts, dont deux seulement, ceux des extrémités, sont posés a la même hauteur. Il n'est plus question de la lyre à dater du xmc siècle et ce n'est qu'avant cette époque que les poètes en font mention (2).

La rote est un des instruments de musique du moyen âge qui ont le plus exercé la sagacité des archéologues. Plusieurs, trompés par la fausse étymologie qu'ils ont attribuée a son nom, en la faisant dériver de rota ou rotare, lui ont supposé une forme ronde ou l'ont prise pour la vielle de nos jours. Ce nom dérive du mot germanique chrotta, dont on a supprimé le signe d'aspiration ch, comme on l'a fait dans beaucoup de noms qui avaient la même origine (3).

Du Cange rapporte un passage du commentaire de Notker, moine de Saint-Gai au xc siècle, sur le Symbole d'Athanase, et dans lequel il est dit que « la rotta est l'anti-

(1) E. de Coussemaker, Essai sur les instruments de musique, dans les Annales archéologiques, III, p. 87. et VII, pp. 241 à 250.

(2) E. de Coussemaker, dans les Annales archéol., t. XVI, p. 99.

(3) E. de Coussemaker, dans les Annales archéol., t. III, p. 152.

Face septentrionale

Face occidentale

que psaUerium, lequel avait la forme du délia grec et était garni de dix cordes, mais que les nombres des cordes ayant augmenté et la forme ayant été modifiée, cet antique instrument a reçu le nom barbare de rotta » (r).

Ce texte est précieux, parce que sa description s'accorde avec la représentation de cet instrument sur le chapiteau de Moissac, dont le sculpteur a reproduit la forme et a donné le nom. Au surplus, il est facile de constater qu'au moyen âge on distinguait fort bien la rote de la harpe, du psaltérion, de la vielle et des autres instruments à archet ou à cordes pincées ; on en trouve de nombreuses preuves dans les poésies de cette époque (2).

Les instruments de la famille du tambour, c'est-à-dire ceux composés d'un corps creux en forme de cylindre et recouvert aux ouvertures d'une peau tendue, sont fort anciens. Le tambour primitif avait la forme que nous lui connaissons, mais le corps de l'instrument était en bois au lieu d'être en cuivre (3). Isidore de Séville, qui en donne la description, l'appelle symphonia. Suivant le même auteur, le tympanum était un instrument du même genre, mais recouvert, seulement d'un côté, d'une peau ou de cuir : sa forme était celle d'un crible et il n'avait que la moitié de la grandeur du tambour (4).

Le tympanon ne se prêtait ni à la poésie ni au chant; son rythme saccadé, son frémissement sonore, convenaient mieux à la danse. Les Gestes de Louis VII dépeignent sous des couleurs bien peu flatteuses les résultats obtenus par cet instrument : « Clamabant. et ululabant et lalrabant sicut canes. Tympanis et nacariis et aliis similibiis instrumentis horribiliter resouabant » (5).

11 est bien a regretter que l'instrument dont joue Idithum soit mutilé au point de ne pouvoir en saisir la forme, car il nous aurait fait connaître ce que l'on désignait au xnc et au xme siècles sous le nom de cimbales. En effet, du ixe au xvme siècle, cymbalum a souvent signifié, tantôt une cloche, clochette ou grelot, ou un instrument fait de l'assemblage de ces pièces, graduées pour former une gamme, tantôt un triangle à anneaux (6). Ainsi, à la fin du x 1 11e siècle, Durand de Mende nous apprend que, dans les monastères, il y avait six sortes de cloches et que celle du cloître était appelée cymbalum (7). Les auteurs du dictionnaire de Trévoux, quand ils parlent de l'objet appelé de leur temps cymbale, entendent toujours qu'il s'agit du triangle.

Toutefois, il convient de remarquer que sur le chapiteau de Moissac, la position donnée au musicien qui a ses bras étendus, laisse supposer, avec une certaine probabilité, qu'il ne pouvait se servir que de deux instruments d'airain ou d'argent creux, en forme d'hémisphère, à bords un peu évasés, dont on jouait en les frappant l'un contre l'autre, comme les cymbales modernes.

(1) Glossaire, verbo Rocta.

(2) « Devant eux font le jugleor chanter,

» Rotes et harpes et violes soner ». Le Roman de Garin. Mss.

(3) F. de Coussemaker, loc. cit., t. IV, pp. 100 et 1 o 1 . — Le musée de Toulouse possède un tambour composé de deux cercles de bois entrant l'un dans l'autre; celui sur lequel la peau est tendue est biseauté, et le vélin est fixé au moyen de petits clous. Viollet-Ie-Duc, Dict. du mobilier, t. II, p. 310.

(4) « Tympanum est pellis vel corium, ligno ex una parte extensum; est enim pars mediae symphonias in similitudinem crebri. Tympanum autem dicitur, quod médium est, unde et margaretum médium tympanum dicitur, et ipsum. ut symphonia, ad virgulam percutitur n.Isidoro lib. 2. Orig., cap. 2, cité par Coussemaker.

(5) Gesta Ludovici VII, Régis, cap. 8. Du Cange, Glossaire.

(6) Voir des citations à ce sujet dans le Glossaire de Victor Gay, au mot cymbale.

(7) Durandi, Ralionale divinorum officiorum, lib. I, cap. IV, de Campants, n" il.

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