‹ L'abbaye et les cloitres de MoissacChapitre 8 sur 154 · I. — SAINT AMAND · texte numérisé non relu

I. — SAINT AMAND

(Sanclus Amandus) 638 (?J — 644 (?)

D'après un diplôme donné à Castillon-sur-Dordogne, l'an 844 , par Pépin IL roi d'Aquitaine, saint Amand serait le fondateur de l'abbaye de Moissac et en aurait été le premier abbé (5).

(1) Arch. départ, de Tarn-ei-Garonne, G, 536.

(2) Andurandy, n" 1.

(3) « Et percepi quod, in aliquibus partibus, ecclesie repeiiuntur fundate in honore sancti Clodovei ». Aym. de Peyrac, Chron. L'exagération du chroniqueur est ici évidente, car si Clovis avait été placé dans le cortège des saints, les moines, ainsi qu'il l'affirme dans un passage déjà cité (voir page 23, note 1), n'auraient pas célébré chaque jour une messe à son intention.

(4) Lagrèze-Fossat, Etudes historiques sur Moissac, t. III, p. 497. Paris, 1874.

(5) Voir la copie de cet acte dans YHisioire de Languedoc, nouv. édit., t. II, Chart. et Dipl., p. 218. II y est dit : « Ideo .. . quia vir venerabilis Haugaricus abbas ex monasterio quod dicitur Moyssiacus in pago Caturcino, super flumen quod dicitur Tarnus, quod olim sanctus Amandus abbas in honore sancti Pétri principis apostolorum construxit ». Voir aussi Gall. christ., I, 59 et Aymeric de Peyrac, Chron. fol. 135, r".

LES ABBÉS RÉGULIERS

On a, il est vrai, contesté l'authenticité de ce document du moins dans sa forme actuelle, mais un cartulaire aujourd'hui perdu, qu'ont vu et que citent Mabillon, les auteurs de la Gallia christiana et dom Vaissète, établit le même fait.

Les historiens ne sont point d'accord pour fixer l'époque de cette fondation. Mabillon la fait remonter au règne de Clotaire II (1), qui mourut en 628; dom Vaissète la rapporte au règne de Dagobert Ier (2), par conséquent entre les années 628 et 638; enfin l'abbé Fouilhac la place sous Clovis II, le successeur de Dagobert (638-656). Il s'appuie pour émettre cette opinion sur un auteur de la vie de saint Didier, évêque de Cahors. Cette Vie, reproduite dans un ancien sanctoral tiré des Archives de Moissac, était devenue la propriété, du temps de l'abbé Fouilhac, de M. Joly, chanoine de Notre-Dame à Paris (3). Cette dernière manière de voir, fait remarquer Jules Marion, expliquerait d'une façon plausible comment la similitude de nom égara la tradition locale et l'amena à remplacer le personnage assez obscur de Clovis II, par celui bien autrement connu de Clovis Ier (4).

Aymeric de Peyrac et Andurandy n'hésitent pas de leur côté à placer saint Amand a la tête des abbés de Moissac et à faire remonter son abbatiat au roi Dagobert. Mais il y a contradiction dans leur manière de voir puisque d'après la légende qu'ils rapportent (5) ils revendiquent Clovis Ier pour le fondateur de l'abbaye. Aussi Aymeric de Peyrac essaye de tout concilier en disant que le souvenir des prédécesseurs de cet abbé avait été perdu à la suite des guerres incessantes qui avaient ravagé le pays et de l'oubli dans lequel était tombé le monastère (6). Malgré cela, dans un autre passage de sa Chronique, il ne craint pas d'affirmer de nouveau, en parlant du transport en 1 1 1 2 des reliques de saint Cyprien, que saint Amand est le premier abbé de Moissac (7).

(1) « Hujus [monasterii] originem Choldoveo Magno tribuunt, quœ Chlotario secundo potius tribuenda est. Siquidem a viris laudabilibus Ansberto et Leutado expletum dicitur, Desiderio jam Cadurci sedente, cum paullo ante regiis impensis initiatum fuisset, ut in codice Moisiacensi legitur ». Mabillon, Annal, ord. S. Bened., t. I, p. 358.

(2) Dom Vaissète, Histoire de Languedoc, nouv. cdit. , t. I, p. 702.

(3) Abbé Fouilhac, Annales de la ville de Cahors et du pays du Quercy, Mss. 1" partie, n° 142. — Vita s. Desiderii, cap. xm.

(4) Jules Marion, V Abbaye de Moissac; Dibl. de l'Ecole des Charles, an. 1849, p. 98, en note.

(5) Voir ci-dessus, pages 2 1 et 22.

(6) « Rex Dagobertus inclitus, et sui duces et majores, cum maximo exercitu, contra Vascones irruerunt, qui quidem devenit in partibus ubi sanctus Amandus verbum Dei constantissime predicabat et in Catucensi paguo, in Moyssiacensi cenobio per Clodoveum primum regem Francorum Christianissimum inchoato, reperiit abbatem Amandum, cum quo maximam amiciciam, ex devocione nimia, contraxerat, quem postmodum, ex suis meritis, in episcopum {sic pour episcopatum) Treiacessam evexit, Ansberto abbate ibidem prcffecto. Cui Amando in dicto cenobio presidenti plura munifice condonavit, ex quibus dictum cenobium extitit ampliatum ; memoriam tamen predecessorum Amandi non legimus, quia per quedam tempora in oblivione regum Francorum, et bellis flagrantibus, et regum discordiis, dictum cenobium in pejus devenerat, et, ne acephalum permaneret, alios credimus extitisse dicti loci curam gerentes. Hune auttem (sic) Amandum postmodum legimus spectifice (sic pour spécifiée) nominatum, qui gloriosus in beato collegio aggregatus est Paradisi ex vite merito et bonis operibus ejus, quia a rectitudine régule non deviavit ». Aymeric de Peyrac, Chron., fol. 152, v°, col. 2 et 153, r°, col. 1. Voir aussi Andurandy, n° 6. — Faisons remarquer que le passage du roi Dagobert à Moissac n'est constaté par aucun document historique.

(7) « Translatum est (corpus s. Cypriani), in eadem diocesi, in abbaciam regalem que nuncupatur Moyssiacus, a Clodoveo primo rege Christiano Francorum in honore apostolorum Pétri et Pauli antiquitus edificatam, a beato Amando episcopo, qui primus in eodem monasterio abbas extitit administrator traditus ». Aym. de Peyrac, Chron., fol. 161, r°, col. 2.

Saint Amand, fils de Sérenus (i) et d'Amantia, naquit vers l'an 594, probablement sur les bords de l'Océan, au Nord de la Charente, en face de l'île de Ré, où se trouvait un monastère dans lequel il se retira dés sa plus tendre jeunesse, renonçant ainsi aux brillantes destinées qui lui étaient réservées dans le monde. Admis plus tard dans le clergé de la ville de Tours, il se rendit à Bourges et y resta reclus pendant quinze années. Au bout de ce temps il fit un pèlerinage à Rome et y fut ordonné, en 628, évêque régionnaire (2), avec mission de prêcher la foi aux infidèles. Retournant alors dans son pays, il commença avec le plus grand succès à convertir les peuples et à fonder des monastères. Dagobert Ier, auquel il avait eu la hardiesse de reprocher les désordres de sa vie privée, l'ayant exilé de ses Etats, il se retira chez les Basques et les Navarrais. Le roi, revenu à de meilleurs sentiments, le rappela bientôt après, pour le prier de conférer le baptême à son fils Sigebert. Obligé, vers 647 ou 649, d'accepter l'évêché de Maëstricht, il exerça ses nouvelles fonctions pendant trois ans, au bout desquels il se démit avec l'autorisation du pape Martin Ier, après avoir désigné saint Ramacle pour son successeur. Retiré sur la fin de ses jours dans le monastère d'Elnone, il mourut en 675 selon les uns, en 679 selon les autres, après avoir dicté son testament à Baudemont, abbé de Blandin (3).

Saint Amand paraît bien avoir été le premier abbé de Moissac, mais on peut se demander s'il a pu pendant longtemps s'occuper en personne de son administration à laquelle on ne peut fixer aucune date. Andurandy dit bien qu'il a gouverné le monastère pendant 59 ans, de l'année 574 en l'année 633(4), mais c'est une simple assertion qui ne repose sur aucune preuve. La fête de ce saint était célébrée à Moissac le 6 février (5).

Faisons remarquer que d'après Aymeric de Peyrac (6), l'abbaye fut placée dès l'origine sous le seul vocable de saint Pierre et non sous ceux de saint Pierre et de saint Paul, comme l'ont énoncé plusieurs auteurs, trompés peut-être par une bulle de Grégoire IX, dont nous parlerons plus loin, et qui renferme cette erreur.

(1) C'est par erreur que les auteurs de VHistoire de Languedoc font de Sérenus, père de saint Amand, un duc d'Aquitaine. Voir à ce sujet, dans la nouvelle édition de cet ouvrage, les observations de M. Aug. Molinier, t. I, p. 647, note 2 ; p. 709, note 1 ; t. II, p. 189, note 5.

(2) L'évcque régionnaire était un missionnaire évangélique avec le caractère épiscopal, mais sans siège particulier auquel il fût attaché, afin qu'il pût aller prêcher et faire les autres fonctions du saint ministère partout où l'Esprit de Dieu et le besoin des peuples le conduiraient. A de Lantenaye, YAbbaye d'Eysses, p. 30, en note. Bordeaux, 1893.

(3) Acta Sanlorum, I. Vita S. Amandi.

« Saint Amand a joui d'une telle célébrité dans le Nord de la France que sa vie a été le sujet d'un grand nombre de travaux au moyen âge. Ecrite à une époque fort ancienne, presque contemporaine de l'évêque, elle a été retravaillée au neuvième siècle par un moine, nommé Milon, et au douzième par Philippe, ami de saint Bernard ...

» Quant aux rapports de saint Amand avec lé Midi, ils sont des plus restreints, au moins d'après la Vie du septième siècle, et c'est dans la fameuse charte d'Alaon qu'il faut aller chercher tous les détails que les Bénédictins ont réunis sur ce point ». Histoire de Languedoc, nouv. édit., t. I, pp. 707 et 708, note de M. Aug. Molinier. — Voir aussi, au sujet de la charte d'Alaon, même ouvrage, t. Il, p. 189, note du même auteur.

(4) Andurandy, Répertoire, n° 6.

(5) Acta Sanctorum, I. Vita S. Amandi.

(6) Aymeric de Peyrac, Cliron., folio 1 3, recto.

LES ABBÉS RÉGULIERS

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