II. — SAINT ANSBERT
(Sanctus Ansbertus, vulgairement saint Ulbert) 663 (?) — 678
Ansbert, connu aussi sous le nom d'Ulbert, deuxième abbé de Moissac (1) , naquit à Chaussy, "village du Vexin ^2), d'une famille noble. Etant chancelier de France, il quitta secrètement la Cour, pour se retirer dans le monastère de Fontenelle (3). Saint Vandrille, qui en était abbé, l'ayant fait ordonner prêtre par saint Ouen, archevêque de Rouen, l'envoya, avec Léotade qui lui succéda, mettre la dernière main à la construction du monastère de Moissac; il aurait agi ainsi, suivant Mabillon et les auteurs de la Gallia christiana (4), d'après les pressantes prières de son ami et parent (?) Didier, évêque de Cahors. Ansbert mérita ensuite d'avoir le gouvernement de cette communauté naissante à laquelle il donna l'exemple de toutes les vertus (5).
On ne connaît point l'époque de sa nomination à l'abbaye de Moissac, mais elle n'a pu avoir lieu avant 663, attendu que c'est à cette date « la septième année du règne de Clotaire III » qu'il prit à Fontenelle l'habit monastique (6).
L'auteur d'une Notice manuscrite sur les abbés de Moissac, notice qui fut rédigée vers la fin de la Révolution (7), attribue à saint Ansbert, mais sans en fournir la preuve, la construction du premier cloître de l'abbaye, qui était « d'une étendue suffisante » ( compétent er), et dont il ne reste actuellement aucun vestige.
(1) VOrdo à l'usage de l'église collégiale et du chapitre de Moissac fixe la fête de saint Ansbert et le qualifie de deuxième abbé du monastère : « Februarius g, sancti Ansberti, ep. Rhotomagensis. II abbas Mossiaci ». Mignot, Etude sur Vabb. de Moissac; Bull, de la Soc. arch. de Tarn-et-Garonne, an. 1873, p. 142.
(2) Le Vexin est une ancienne contrée de la France, enclavée dans les départements de l'Eure, de l'Oise et de Seine-et-Oise ; il se divisait en Vexin français, chef-lieu Pontoise, et en Vexin normand, chef-lieu Gisors.
(3) Cette abbaye, qui portait aussi le nom de son fondateur saint Vandrille, était située près de Rouen.
(4) Mabillon, Ann. ord. S. Bened., III, 3^8; Gall. christ , I, col. 158; Vita S. Desiderii, cap xm.
(5) « Ansbertus fuit dicti loci et cenobii abbas dignissimus et acceptus ; qui pro meritis suis maximus, sanctus postmodum fuit habitus; et, si resenceatur (sic pour recenseaiur) horum duorum predictorum actus, serenissimi reges Francorum, specialem affectionem ad eosdem gerebant et dictum cenobium diligebant tamquam fundatores ipsius pcculiarcs protectores ». Aym. de Peyrac, Chron , fol. 153, r°, col. 1.
(6) Acla Sanctorum, II, 343.
Aymeric de Peyrac commet donc une erreur en affirmant que saint Ansbert fut appelé du temps de Dagobert à remplacer saint Amand comme abbé de Moissac : 0 Rex Dagobertus reperiit abbatem Amandum, .... qucm postmodum, ex suis meritis in cpiscopum (sic pour efiscofialum) Treiacessam evexit, Amberto abbate ibidem prefecto » (fol. 153, r"). Andurandy a suivi les mêmes errements.
Il en est de même de l'auteur de la Vie de saint Didier, lorsqu'il dit que l'abbé Ansbert et Léotade, son successeur, étaient à Moissac sous l'épiscopat de Didier, évêque de Cahors. Ce prélat étant mort en 638 ou 64g d'après certains auteurs, en 654 ou 660 suivant d'autres, Ansbert, qui ne s'est fait religieux qu'en 663, et à plus forte raison son successeur, ne pouvaient pas être à cette époque abbés de Moissac. 11 est probable que l'auteur de la Vie de saint Didier, qui écrivait longtemps après la mort de ce saint, a dû rapporter à son épiscopat l'arrivée à Moissac des abbés Ansbert et Léotade qui n'y seraient réellement venus que quelques années plus tard.
Si on préférait regarder comme erronée la date fournie par les Acta Sanctorum, on ne pourrait pas faire remonter l'abbatiat d'Ansbeit au delà de l'année 648, car c'est à cette date que le monastère de Fontenelle où il s'était fait moine et où il était retiré avant d'aller à Moissac fut fondé par saint Vandrille qui en devint le premier abbé.
(7) Histoire abrégée des abbés et de l'abbaye de Saint-Pierre de Moissac, depuis sa fondation par Clovis jusqu'à la mort du cardinal Mazarin ; manuscrit appartenant à M. de Saint-Paul, à Moissac.
Le saint étant devenu abbé de Fontenelle en 678, pour remplacer saint Lambert qui ■venait d'être élevé sur le siège archiépiscopal de Lyon, laissa sa place à Léotade, son digne confrère.
Saint Ouen étant mort en 683, Ansbert aurait été élu pour lui succéder; il mourut en 698. Son corps, porté à l'abbaye de Fontenelle, où il avait choisi sa sépulture, fut transféré à Moissac, vers l'an 868, sous l'abbatiat d'Andrald (1) ; il fut d'abord placé dans l'église Saint-Martin (2) située dans un des faubourgs de la ville, et ensuite dans celle du monastère. Le calendrier de Moissac et le martyrologe romain placent sa fête au 9 février (3).