N° 17. — VISION DE SAINT JEAN
Le sculpteur de ce chapiteau a reproduit deux des prophétiques visions de l'apôtre saint Jean à Pathmos.
L'apôtre un jour fut ravi en esprit : il vit un ange ayant à la main une faux tranchante, et un autre ange s'écria : jetez votre faux et coupez les grappes de la vigne de la terre, parce que les raisins en sont mûrs.
Il aperçut ensuite un cheval blanc portant son cavalier, et les armées célestes le suivaient, montées aussi sur des chevaux d'une éclatante blancheur (1).
Figure 76 Face méridionale
Face méridionale. Le saint vieillard, ayant la tète découverte et une longue barbe, est couché dans son lit. Un ange se dégageant d'un nuage figuré sous la volute de l'angle sud-est, s'avance vers l'apôtre, le saisit par le bras gauche et le réveille pour l'élever en esprit jusqu'au ciel. Les noms des personnages S[anctus] \OU[anne]S — ANG[e]L[a]S, sont gravés, l'un en creux au-dessus du lit, l'autre en relief sur le modillon central du chapiteau.
Face septentrionale. Un ange debout, reconnaissable à la nudité de ses pieds, a
(1) Apocalyp., c. XIV, v. 14 à 18 et c. XIX, v. 1 1 et 12.
ses grandes ailes et à son nimbe non crucifère mais orné sur le bord d'une rangée de perles, a les bras très étalés. 11 tient de la main droite, non pas une faux proprement dite, mais une faucille.
Faces orientale et occidentale. Les armées, dont il est parlé dans la vision, et celui qui les dirige sont représentés sur ces faces par deux cavaliers nimbés et ailés. Ils franchissent rapidement l'espace à en juger par le mouvement des pieds de leurs montures et les plis de leurs manteaux qui flottent dans l'air.
Face orientale Face septentrionale
Tailloir. Les faces du tailloir sont ornées dans leurs milieux et sur leurs angles, de têtes humaines cornues, séparées entre elles par un couple d'oiseaux. Ces oiseaux sont renversés sur le dos, roulés en cercle sur eux-mêmes, s'entre-croiscnt par le cou, se mordent les ailes et accrochent leurs serres aux cornes des têtes humaines.
Seraient-ce les passages suivants, du reste assez obscurs de Y Apocalypse (c. XIX, v. 17. 18 et 21), qui auraient inspiré le sculpteur? La position des oiseaux, renversés sur le dos et comme « soulés » de la chair des méchants, le laisserait supposer : « Alors je vis un ange debout dans le soleil, qui cria d'une voix forte, en disant à tous les oiseaux qui volaient au milieu de l'air : Venez et assemblez-vous pour être au grand souper de Dieu ; pour manger la chair des rois, la chair des officiers de guerre, la chair des puissants, la chair des chevaux et de ceux qui sont montés dessus, et la chair de tous les hommes libres, et esclaves, petits et grands... Et tous les oiseaux du ciel se soûlèrent de leur chair » (et omnes aves saluratœ sunt carnibus eorum).
Au-dessus de ces différentes scènes, et sur la partie plate du tailloir, se développe une bande décorée d'une série de besants, présentant, au haut et au bas de leur point de jonction, une petite feuille lancéolée.
Observations archéologiques. — Dès les xue et xme siècles, les représentations de faucilles reproduisent exactement, comme celle du chapiteau de Moissac, la forme de celles qui sont encore usitées de nos jours. C'est une lame d'acier courbée en demicercle dont le tranchant est placé du côté de la concavité. Au moyen d'une douille, cette lame est emmanchée d'un morceau de bois cylindrique et court. Vers la fin du xii[e siècle, la faucille est quelquefois munie au dos d'un tranchant droit et court (i).