‹ L'Abbé BautainChapitre 15 sur 64 · EXPOSE DOCTRINAL DE LA QUESTION · texte numérisé non relu

EXPOSE DOCTRINAL DE LA QUESTION

Les six questions et les réponses. — Appréciation du différend. — Les reproches accessoires. — Peines infligées. — Les griefs s'exagèrent et la presse s'en occupe. — Publication par l'abbé Bautain de la Philosophie du Christianisme.

Nous allons exposer d'une manière aussi claire et aussi simple qu'il nous sera possible la question de doctrine sur laquelle a porté le débat. Et nous répétons ici ce que nous avons dit dans l'avant-propos, que notre intention n'est aucunement de renouveler une polémique qui n'a plus d'objet ; nous voulons seulement en indiquer les phases qui peuvent intéresser les personnes qui s'occupent de ces matières.

Voici tout d'abord les six propositions auxquelles Mgr de Trévern avait demandé une réponse précise et catégorique. Nous les reproduisons telles qu'elles se trouvent relatées dans V Avertissemenî; nous omet-

L ABBÉ BAUTAIN, SA VIE Eï SES ŒUVRES. ^17

tons quelques développements des réponses, et les observations de Monseigneur qui les suivent.

« Première question. — Pensez-vous que le raisonnement seul ne suflQt pas pour prouver avec certitude l'existence du Créateur, et l'infinité de ses perfections?»

« Réponse. — Non-seulement je le pense, mais j'ai l'intime conviction, et comme chrétien et comme philosophe, quele raisonnement seul, sans la lumière de la foi, ne peut me donner certitude sur cette première de toutes les vérités. J'en ai la conviction comme chrétien, parce que je crois à la nécessité de l'Église et de son autorité divine pour apprendre ce que j'ignore totalement dans mon état naturel, et ce qu'il est nécessaire que je sache... J'ai la même conviction comme philosophe, car le raisonnement, quel qu'en soit l'objet, part d'une majeure avec laquelle la mineure et la conséquence sont identiques. Pour prouver logiquement la vérité de l'Être créateur et l'infinité de ses perfections, il faudrait donc un principe contenant comme conséquence le principe de tout principe. Où prendre cette majeure? Quel en sera le sujet? Sera-ce la nature?... Les causes secondes, dit-on, supposent une cause première. Oui, mais qu'elle est-elle? Voilà la question... Nous le répétons, il suffit de la raison, mais de la raison éclairée par la parole et la lumière divines, delà raison prévenue par la grâce, pour porter l'homme à

croire en l^Être créateur et à l'adorer (1). Nous nous en tenons sur ce point à la parole de saint Irénée, citée dans l'encyclique de notre saint père, Grégoire XVI : meminerint.. fieri non posse ta sine Deo Deum discamus, qui per Verbum docet homines scire Deum, »

« 2® Question. — Pensez-vous que la révélation mosaïque ne se prouve pas avec certitude par la tradition orale et écrite de la Synagogue et du Christianisme ? »

<i Réponse. — La révélation mosaïque présente deux ordres de vérités : vérités de fait, car elle est l'histoire d'une nation; et vérités divines. 11 suffit de la raison et de son exercice pour justifier les livres de l'Ancienne Alliance sous le rapport historique et pour constater la tradition orale et écrite, conservée d'ailleurs d'une manière merveilleuse et unique par la nation juive dispersée par tout l'univers, et subsistant cependant comme une grande ruine au sein de la société moderne. Quant à la vérité divine ou à la divinité de cette révélation, elle est d'abord un objet de foi, comme tout ce qui est divin, étonne prouvera jamais parleraisonnement seul à un homme de raison sans foi, qu'un livre écrit par la main d'un homme soit un livre divin ayant autorité divine pour tous les hommes. »

(1) L'auteur s'appuie ensuite sur plusieurs passages de Pascal [Pensées. Soumission et usage de la raison.)

SA VIE ET SES ŒUVRES. 2i9

« 3« Question. — Qua»t à la révélation chrétienne, je vous demande, si la preuve tirée des miracles de Jésus-Christ, sensible et frappante pour les témoins oculaires^ a perdu sa force et son éclat vis-à-vis des générations subséquentes ? Ne la trouvons-nous pas en toute certitude dans l'authenticité du Nouveau Testament, dans la tradition orale et écrite de tous les chrétiens ? Et n'est-ce pas par cette double tradition que nous devons la démontrer à ceux qui la rejettent ou qui, sans l'admettre encore, la désirent?»

« Réponse. — Oui, certainement, les miracles de Jésus-Christ témoignent de la divinité de sa doctrine, et cette preuve n'a rien perdu, elle ne perdra jamais rien de sa force et de son éclat pour les fidèles jusqu'aux générations les plus reculées. Mais il ne s'agit pas du fidèle qui trouve dans l'enseignement de l'Église et sa divine autorité l'appui inébranlable de sa foi. 11 s'agit de savants païens, d'incrédules, de déistes, auxquels on ne prouvera pas logiquement la divinité de l'Évangile par les miracles, parle témoin gnage des Apôtres qui n'étaient ni trompeurs ni trompés tout en étant hommes. »

« ^^ Question.— Pouvez-vous attendre d'un incrédule qu'il admette la résurrection de notre divin Sauveur, avant de lui en avoir administré des preuves certaines, et ces preuves ne sont-elles pas déduites du raisonnement? »

« Réponse. — Non, je n'attendrai pas d'un incrédule qu'il admette sur ma parole, même la mieux raisonnée, la vérité de la résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je n'essaierai même point de la lui prouver rationnellement, certain d'avance qu'il ne m'écouterait qu'avec indifférence, sinon avec dégoût, car il est incrédule et païen, et par conséquent ne croit pas à la divinité du Verbe fait homme pour le salut de l'humanité. Toutes les preuves déduites, par le raisonnement, du témoignage des Apôtres et de l'Église, ne sont pour la raison incrédule que des témoignages humains, des discours humains, n'ayant ni la vertu, ni Tautorité nécessaires pour imposer la foi. Que reste-t-il donc pour ramener un incrédule à la religion? Il reste tout ce qu'il faut... la grâce... la prière... la vertu de la parole sainte annoncée avec foi et charité si l'incrédule est simple et ignorant; et s'il est savant, incrédule par système, il reste l'appel à ses besoins, à ses misères intérieures, aux contradictions de sa nature, afin que malade il reconnaisse son mal avant d'en accepter le remède. »

« o® Question. — Sur ces questions diverses, la raison ne précède-t-elle pas la foi, et ne doit-elle pas nous conduire à la foi ? »

Xota. — Cette question se trouvait transférée par M. Bautain en tête des autres sous la forme suivante :

« La raison ne précède-t-elle pas la foi dans les questions premières et fondamentales? »

SA VFE RT SKS OEUVRKS. 221

^ Réponse. — Oui, la raison précède la foi, nonseulement dans les questions premières et fondamentales, mais dans toutes les questions métaphysiques et religieuses : elle précède toutes nos connaissances. L'usage de la raison est antérieur à la foi dans Tordre du temps, car la foi vient de l'ouïe, de l'audition de la parole, et la compréhension de la parole n'est possible que par la raison. C'est donc la raison qui admet primitivement le sens de la parole ; et quand elle a un point de départ, un principe, elle déduit les conséquences du principe. Mais ce n^est pas la raison qui crée le principe. Il faut que la parole soit d'ariord adressée à Phomme; il faut que le saint nom de Dieu lui soit annoncé pour qu'il apprenne que Dieu est. Le raisonnement, opération de la raison, ne peut se faire sans l'admission préalable d'un principe qui ne se prouve pas. »

« 6« Question. — Quelque faible et obscure que soit devenue la raison par le péché originel, ne lui resie-t-il pas assez de clarté et de force pour nous guider avec certitude à l'existence de Dieu, à la révélation faite aux Juifs par Moïse, aux Chrétiens par notre adorable Homme-Dieu? »

« Réponse. — Il reste à l'homme déchu et relevé par Jésus-Christ la capacité de recevoir la grâce, le pouvoir d'admettre la lumière divine qui luit dans les ténèbres, et la liberté de la refuser. Il lui reste la faculté d'écouter la parole de la doctrine, d'en

comprendre le sens, d'y adhérer ou de la repousser etc. »

11 n'est pas difficile de reconnaître aujourd'hui le nœud de la question débattue entre l'Évêque et le professeur.

M. Bautain ne voyait pas le point précis, ou la limite, entre le naturel et le surnaturel dans la raison. Comme philosophe spéculatif, la fausse voie suivie par la science moderne l'avait logiquement amené au criticisme et au subjectivisme de Kant. Son âme droite, affamée et altérée de la vérité avait manqué en mourir. Rendu à la vie par la foi à la Parole révélée, ne voyant autour de lui dans son siècle que ruines scientifiques et morales par suite de l'abandon de la foi, et la raison impuissante, en fait, à les réparer; constatant par expérience combien une parole animée d'une forte conviction religieuse était avidement accueillie, comment aurait-il pu revenir en arriére, et reconnaître à des arguments et à des syllogismes la vertu de conduire l'homme à Dieu son principe et sa fin?

Oh î si l'on avait montré à ce philosophe du xix« siècle ce que la philosophie catholique du moyen-âge enseignait touchant la raison naturelle de l'homme ! si on lui avait dit que la lumière de la raison est une participation de la lumière divine, qu'elle est le lumen dimnitùs inditum, accordé à la créature humaine précisément pour qu'elle puisse s*élever du monde visible au monde invisible.

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puisque, par sa nature, elle participe des deux, et leur sert de trait d'union; si on lui avait dit que, au moment même de la perception sensible, l'intellect actif saisit, comme son objet propre, l'universel dans le particulier, l'être dans les êtres, l'empreinte du Créateur dans ses créatures; et que les premiers principes, apparaissant alors dans l'intelligence, y brillent comme des reflets des idées éternelles, et vont servir de bases à tout raisonnement; ohl sans aucun doute, cette hauteet religieuse philosophie eût compté l'abbé Bautain parmi ses plus fervents adeptes. Et, si l'on eût ajouté, que, aujourd'hui, après le péché : « il a été nécessaire que l'homme fût instruit par la révélation divine, parce que la vérité touchant Dieu,recherchée parla raison, ne serait saisie que par peu d'hommes,aprés un long travail et avec un mélange de beaucoup d'erreurs.» (S.Thomas Sum. Quœst.l, ari. 1.) ohl alors l'abbé Bautain parfaitement rassuré eût tout accordé; et, la part faite à la raison, il eût continué avec joie à donner la foi pour base à son enseignement de la science.

Mais tandis que d'un côté la science laïque ne parlait que de raison autonome, sans aucune dépendance de Dieu, ce que M. Bautain repoussait à juste titre, d'une autre part l'Évêque préoccupé des incrédules insistait sur la force de la raison seule, écartant toute question de nature et d'origine de la raison. 11 n'y avait pas d'entente possible.

En outre de ce désaccord principal sur une question de Psychologie, il y en avait un second sur un

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point tenant à la Logique. M. Bantain dans sa philosophie n'accordait pas à la certitude provenant du témoignage humain le même degré de force qu'à la certitude métaphysique. Sous ce rapport, il reconnut facilement que la certitude ne peut avoir des degrés divers, si elle est certitude; et que les moyens différents,qu'on appelle preuves physiques, ou murales, ou métaphysiques par lesquels on l'obtient avec plus ou moins de facilité,ne chaugentpas la nature du résultat.

Dans V Avertissement de Mgr de Trévern, après les six questiou'ïjSe trouvaient des reproches accessoires qui venaient frapper le professeur de philpsophie : ainsi, celui de préférer la langue française à la latine dans l'enseignement, et d'introduire dans le langage philosophique des mots nouveaux et barbares qui défiguraient la belle langue du siècle de Louis XÏV. Nous ne pouvons nous arrêter à ce sujet qui ne manquerait cependant pas d'intérêt. Mais parmi les griefs secondaires, il s'en trouvait un qui pouvait paraître plus grave. M. Baiitain, douze ans auparavant, dans la Morale de l'ÉcangilP comparée à la morale des philosophes, en parlant des incrédules qui se révoltent contre les miracles, car ils n'admettent point de suspension ou de dérogation aux lois immuables de la nature, leur disait : « les miracles ne sont-ils pas peut-être des manifestations plus éclatantes, des développetnents plus énergiques de ces lois? » Cette phrase était relevée et blâmée : et cependant elle aurait bien pu être jugée avec plus d'indulgence, car

SA VIF ET SKS CKUVBKS. 25."S

elle était diibitative,etpoiivait d'ailleurs être appuyée par des paroles de saint Augustin et d'autres Pères. On voit du reste clairement, en étudiant à distance la vive discussion qui divisa Mgr de Strasbourg et l'abbé Bautain, que si on put reprocher à ce dernier un manque de justesse sur la distinction entre le naturel et le surnaturel que l'Église maintieutavectant de sûreté et de sens profond, Mgr de Trévern de son côHé était bien étranger au mouvement et aux erreurs des esprits du xix siècle, ainsi qu'à leurs besoins. 11 y avait là réellement un malentendu bien plus qu'une scission, et ou déplore les douloureuses conséquences de ce désaccord.

Le coup qui frappait l'abbé Bautain était terrible, car V Avertissement qui condamnait ses doctrines était envoyé à Rome et communiqué à tout l'Épiscopat de France. M. Bautain était mis an ban de l'Église, ou au moins signalé comme un novateur dangereux. Dix jeunes prêtres honorés jusque-là par la faveur de leur Évéque étaient tout à coup privés de tout pouvoir d'instruire et de diriger les nombreux fidèles qui étaient heureux de s'adresser à eux. A cette heure ils étaient condamnés comme ignorants et insubordonnés à leur Évêque, presque comme schismatiques.

M. Bautain n'était pas seulement affligé, il était surpris en même tetnps, car les discussions verbales qui avaient eu lieu jusque-là semblaient um* affaire privée entre l'Évêque et lui. Monseigneur lui avait

:3i2') l'abbé hautain,

demandé en dernier lieu des réponses écrites aux questions qu'il avait formulées ; M. Bautaio les avait données de bonne foi et sans penser qu'elles auraient d'autre suite. Quelques mois s'étaient passés, en effet, sans aucun incident, lorsqu'il vit ses réponses publiées, condamnées, suivies d'une quantité d'observations que Monseigneur crut devoir y ajouter. C'était comme un coup de foudre le plus inattendu. Le retrait de la position de ces messieurs au petit séminaire était une conséquence logique du mécontentement qu'éprouvait Monseigneur pour l'esprit de leur enseignement; mais V Avertissement portait condamnation de la Philosophie du professeur de V Académie, ce qui semblait une circonstance étrangère au débat. Le professeur était prêtre, il est vrai, et comme tel, justiciable de son Évêque ; mais n'auraitil pas fallu qu'il eût professé en chaire quelque erreur contraire à la foi catholique pour s^'attirer une pareille mesure?

Quoiqu'il en soit, on se relira en silence et soumis à la sévérité du traitement que l'on subissait. Mais il arriva ce qui est naturel en pareille circonstance : les discours envenimèrent le différend ; on outrait les opinions dans les deux sens.

D'une part on accusait M. Bautain de vouloir exclure entièrement la raison des choses religieuses, et de tomber ainsi dans le fanatisme; on l'accusait encore denier les miracles comme signes de l'intervention divine, et de détruire ainsi une des preuves les plus

éclatantes de la divinité de Jésus-Christ. Il protesta énei giquement conlre de pareilles erreurs, et fît remettre à l'Évéque une déclaration expresse sur ces deux points.

D'autre part, la force convaincante que Mgr de Trévern attribuait au raisonnement était ou semblait poussée jusqu'au point de devoir produire la foi dans les âmes, indépendamment d'une grâce spéciale et prévenante. Alors la question changeait de face, et M. Bautain pouvait craindre de trouver l'erreur des semi-pélagiens contenue dans le rationalisme de l'Avertissement. Et ce fut là ce qui affermit la résistance passive qu'il opposa à l'autorité de son Êvêque.

La publication et la diffusion de VAvertissement,et la notoriété qu'avait d'ailleurs M. Bautain, expliquent suffisamment le bruit que l'événement produisit dans la presse religieuse de l'époque. Les Revues qui s'occupaient de philosophie publièrent des articles sur la question débattue. M. Bautain fut attaqué et défendu par de nombreuses brochures. Il serait aujourd'hui sans intérêt de retracer cette polémique. Nous rappellerons seulement queMonseigneur crut devoir rédiger une Exposition des principaux dogmes chrétiens pour les élèves de son séminaire afin de les mettre en garde contre les doctrines qu'il réprouvait.

Ce fut alors que l'abbé Bautain se décida à imprimer la Philosophie du Christianisme, dont les deux volumes se suivirent à peu d'intervalle dans le courant de l'année 183o. Cette publication, la première

œuvre importante de philosophie de M. Bautain, reproduisait la correspondance réelle qui avait eu lieu entre le professeur et ses premiers disciples pour répondre aux difficultés qu'ils lui exposaient souvent par écrit plutôt que de vive voix. Plusieurs de ces lettres avaient paru déjà en 1830, sous le titre de Motifs de conversion de plusieurs Juifs, Mais au moment où la doctrine du professeur de Strasbourg était si vivement attaquée, on crut utile de donner au public la correspondance complète. L'abbé de Bonnechose s'en fit l'éditeur, par une Introduction remarquable; et il faisait précéder les lettres par le récit de la conversion des trois premiers disciples écrite par eux-mêmes (1). Tous les disciples à ce moment où on attaquait leur maître, auraient voulu publier une notice sur les causes et les moyens qui les avaient réunis autour de lui, mais on jugea plus prudent de modérer cette ardeur.

Nous croyons devoir extraire de l'introduction quelques lignes qui montrent les sujets principaux de la correspondance:

« On y verra traitées, » disait l'abbé de Bonnecbose, a les questions les plus intéressantes sur l'état présent et futur de l'homme dans ses rapports avec Dieu et avec la nature ; l'origine et l'autorité de rÉglise; le mystère de la Sainte-Trinité, fondement de la doctrine chrétienne; les vicissitudes phi-

(1) Ces trois notices portent les noms: d'Adéodat (Théodore Ralisbunae) : d'Eudore (Isidore Goschlei ) ; et de Julien (Jules Level).

SA VIE KT SKS CBUVRKS. 229

osophiqiiesde rhnrnanité; la liberté de Thomme; le dogme du péché originel; la rédemption : tels sont les sujets principaux dont le développement remplira les deux volumes de cette correspondance. Elle rendra témoignage aussi de la méthode employée dans son enseignement par le professeur de philosophie de Strasbourg. On n'y trouvera point de discussion, point de débat établi, point d'arguments qui se croisent et qui, en agitant l'esprit, ne lui laissent ordinairement que l'inquiétude et la perplexité.Telle n'est point la manière dont procède M. Bautain en instruisant ses disciples. »

« Il expose d'abord les vérités sous leur forme la plus simple, et ensuite il les développe et les explique de manière à en manifester les rapports, l'ensemble et l'unité. Il déploie ainsi successivement la magnifique économie de la Religion Chrétienne; et pour en faire mieux ressortir Tévidence, il appelle à son secours toutes les connaissances naturelles ; il montre au moyen des analogies qu'elles lui fournissent, la correspondance et l'union du monde supérieur avec le monde inférieur qui en est le symbole, où l'idéal se manifeste sous des formes sensibles, où les choses visibles racontent les invisibles, où le terrestre révèle le céleste, et l'numain glorifie le divin. Il fait voir enfin comment les dogmes chrétiens sont les formules les plus parfaites des lois universelles de l'homme et du monde, et justifie ainsi dans l'intelligence ce que le besoin du cœur avait admis [)ar la foi. »

Ce livre de la PfiUoàophie du Christianisme ^t s^en^

sation en France et à l'étranger. L'Université de Tubingue envoya à l'auteur un diplôme d'honneur de Docteur en sa Faculté de Théologie. Mais à Strasbourg, comme nous le verrons bientôt, son apparition aggrava la situation déjà si tendue où se trouvait l'abbé Bautain.

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