SUITE DE LA DISGRACE
Bref du pape Grégoire XVI à l'évêque de Strasbourg. — La sévérité anginente contre la petite société. - Interventioû de Monseigneur Durinet, coadjuteur de Nancy, et du Préfet du Bas-Hhin. Réconciliation. — Six propositions souscrites en i83"). — La rigueur des censures e^t maintenue.— Incidents nouveaux. Soufïrances. — Nouvelles tentatives de conciliation qui échouent à la suite de la publication d'une lettre de soumission. — Départ de l'abbé Bautaiu pour Rome d'après les conseils de l'abbé Lacordaire.
L'Avertissement de Mgr de Trévern avait été par lui envoyée Ronrte, comme nous l'avons dit, pour être soumis à l'autorité souveraine. M. Bautain, qui était en relation avec les personnages les plus haut placés à Paris, s'était adressé à eux avec empressement pour connaître parleur intermédiaire quel accueil on avait fait à Rome à la communication de l'Évéque; et dés le mois de décembre, avant l'arrivée de In réponse de
^3:î l'abbé BAUTAIN,
Rome à Mgr de Strasbourg, l'abbé Baulain apprenait ce qui suit: « Sa Sainteté a pris la résolution de ne proclamer aucune opinion, de n'exprimer aucun blâme, aucune censure publique sur les opinions controversées. Elle se bornera en conséquence à accuser réception à Mgr l'Évêque de Strasbourg des documents qu'il lui a envoyés, et à l'engager seulement de surveiller la propagation de la doctrine qui a éveillé sa sollicitude. » A la suite de cette communication venait un prudent correctif: « Il ne faut nullement interpréter le silence que le Saint-Siège fuge à propos de garder maintenant au sujet des doctrines de M. Bautain comme une preuve de son indifférence ou de sa non-désapprobation de ces mêmes doctrines; et si le saint Père s'est abstenn jusqu'ici de prendre aucune mesure à l'égard de cet ecclésiastique, il ne perd pas de vue son enseignement et sa conduite. » Nous verrons par la suite de quelle sagesse et de quelle charité maternelle Rome a toujours usé envers l'abbé Bautain et ses adhérents.
Le Bref arriva à la fin de l'année. Monseigneur le communiqua à Paris, et ce ne fut qu'au bout d'un mois, vers la fin dejanvier, que l'ayant fait imprimer en latin et en français, il en fît donner communication à l'abbé Bautain. Nous donnons en note le texte latin (1) et nous reproduisons ici la traduction faite à révéché :
(1) Venerabili Fratri Joanni Francisco Mariœ Episcopo Argentoratensi. G.ilîGORlLS P. P. XVi.
Venerabilis Krater.Sall'tkji ktApostolu am Benedictioncm.
SA VIK BT ïJKS CEUVKKS. 233
« A notre vénérable frère Jean-François-Marie Évêque de Strasbourg. »
Grégoire PP. XVI.
« Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.
« Nous avons reçu avec l'expression de votre entière déférence pour Nous, un exemplaire de la Lettre pastorale par laquelle vous avez cru, vénérable frère, devoir donner au clergé et au peuple de votre diocèse un avertissement sur le danger de certaines opinions que leprêtreBautain persiste à défendre avec quelques partisans. Soyez sûr que de notre côté Nous parta-
Accepimus cum tuis ad Nos obseqnentissimis Litteris exempl.fr Pastoralis Epistolae, «luà Tu, Veaerabilis Frater, Clerum Populuinque i^tiu> Eocl siie admonendum cea>^iiisti de periculo quarumilam opiniunum quasFresbvter Bautaia cum nounullis suis asseclis ppupuguare islic nou desiitit. Nos qiiidem ia augustiis, iu quitus Te hanc ob causam esse significas, multam Ciipimus pirlem ; sed bonà siinul spe erigimur tore ut féliciter tandem Tibi, DtjO bene juvaute, quara citissimè coûliugat memordlos viros ie<Jucere adeamdem cum probatis Doctorihus teiiandam ratioiiem. Nec^auè intermittimus la huQc fînem cœlesti eidem lumiuum et misericordiarum Pairi iu bumilitate cordis prece> supplicationesiiue nostras offere. De reliquo, meritis Te, Veuerabilis Frater, prosequimur laudibus, quod de iiegotio illo ad Nos pro tu » ofticio retuleris ; Tibique ipsi siUiJiuai smgularis beiievoleniia; ua-trai impi-nsi-sime coiifirm.inius. Ac û -stri liujus in te auimi pignus adjuDgmius Apostulicam Benedicti'.iieiii. quim Fraeruilaii luaî et imiuibus qnibu^ praics, Clerii-.is Liic sque Fuleultu^, peraimnler imperiimur.
Uat. Roiiiae apud S. Petrum, die 2U Deceaib. an. 183i, Pool. N. A. IV.
Sign. GREGORIUS P. P. XVI.
geons les vives inquiétudes dont Nous vous voyons pénétré. Toutefois un espoir consolant Nous soutient, celui que vous réussirez enfin et au plus tôt, avec l'aide du ciel, à persuader à ces prêtres d'adhérer aux sentiments des docteurs approuvés dans l'Église, k cette fin, Nous continuerons d'offrir d'un cœur humilié Nos prières et Nos supplications au Père des lumières et des miséricordes. Au surplus, Nous n'avons que des éloges à vous donner, vénérable frère, à vous qui avez si bien senti l'obligation de référer une telle affaire à Notre jugement ; ne doutez donc pas de Notre bienveillance particulière, et de l'empressement dont Nous aimons à vous en assurer. Pour gage de ces sentiments. Nous joignons avec effusion de cœur notre bénédiction apostolique pour Votre Fraternité, ainsi que pour votre clergé et les fidèles que vous gouvernez (1).
(1) Le Journal du Haut et Bns-Rhin avait poui* rédacteur priD( ipal M. Paul Kothette, hom-n»' d'espril et de cœur, profonde Jient allarhé à M. Baut'iin qu'il défendat par sa polém que en toute occasion. 11 puhlia le Bref dans son numéro des 9 et lu terrier 1835, av( c une traduction littérale dans laquelle trois passages surtout différaient de leurs analogues' de la traductii>n oflicielle. « Nous ne savons disait* il, quel est le traducteur d»^ révèché, mais il nous semble qu'il s'est plutôt attaché à faire une traduction officieuse que fidèle. On verra que, quelle que soit la Complaisance tou'e paiticulière avec laqutile on a chargé les Cduleufâ dans cette traduction, on n'a pu arriver à t^rce de torturer les mots à eu laue snrtir une condamnatinn. »
Nous reproduisons 1 s ir.iis p issag» s parce que en effet, la traduction de l'évéché force les couleurs ; mais nous n'insistons pas, fct nous omettons tous les développements du journaliste, ayant voulu seulement montrer par cet incideut quelle était la vivacité qui se mêlait à la lutte :
« Rome, à Saint-Pierre, le 20 décembre 1834. De notre pontificat l'an iv.
Signé Grégoire PP. XVI. »
Le 15 février le secrétaire de Tévêché écrivait à M. Bautain : « Monseigneur s'était flatté qu'à la première lecture du Bref, vous et vos amis auriez abandonné les opinions erronées qu'il ne cessait de combattre en vous depuis un an et demi; que, si on ne trouvait pas dans le Bref une condamnation directe des Réponses, c'est que Monseigneur avait cru pouvoir assurer S. S. qu'il suffirait qu'il fut autorisé par Elle à vous dire qu'elle désapprouvait vos principes et votre doctrine pour vous persuader d'y renoncer assurément. Et sa désapprobation est bien marquée par les paroles du Bref. Monseigneur
1. Nos quidem in angustiis, in quibus te, hanc oh causam esse siynificas, muUam capimus partem ; mut à mot: nous prenons une grande part aux embarras dam lesquels vous témoi^^nt^z être pour celte cause. Et on traduit : soyez sûr que de notre côté nous partageons les vives inquiétudes dont nous vous en voyons pénétré.
2. Reducere memoratos viros ad eamdem cum probatis doctoribus tenendam rationem ; mot à mot: ramèneriez personnes ci-dessus désignées à tenir la même méthode que les docteurs approuves. Et l'on traduit : persuader à ces prêtres d'adhérer aui sentiments des docteurs approuvés dans l'Église.
3. De reliquo. meritis te prosequimur laudibus quod de nefjotio illo ad nus pro tuo offlciu, rctuleris ; iiint a m.d : du reste, nous Vous donnons les louanges que vous méritez, parce que, selon voire devoir, vuus nous avez déféré cette affaire. El l'on traduit : au surplus, ni. us n'avons que des élogi s à vous donner, vénérable frère, à vous qui avtz si bien senti l'obligation de déférer une telle affaire à notre juirometit.
s'étonne qu*après une semaine vous gardiez toujours le silence; il désire que vous vous expliquiez au plus lot, et que vous lui mandiez en deux mots si voire intention est de vous conformer ou non à ce que lesaint Père attend de vous. »
L'abbé Bautain répondait le même jour à M. le chanoine secrétaire: « J'ai l'honneur de vous informer que nous connaissions les intentions du Saint Père d'une manière sûre et par l'entremise d'un haut personnage diplomatique, avant que le Bref que Monseigneur a jugé convenable de publier, sans nous en donner aucune connaissance officielle, fût arrivé à Strasbourg. Le bref est la réalisation de ces intentions. Il ne décide rien sur la question controversée qu'il appelle des opinions. Quant au fond de la question, nous attendons, s'il y a lieu, des explications ultérieures du Saint-Siège, auquel nous allons nous adresser directement et sans délai. »
Quelques mois se passèrent sans autre incident : mais le second volume de la Philosophie du Christianisme paraissait, et allait fournir des aliments nouveaux à la discussion.
Pendantcetemps,c'est-à-direle 26 septembre 1835, la doctrine rationaliste d'Hermès était condamnée à Rome; et aussitôt un ouvrage paraissait en Allemagne voulant prouver que la doctrine d'Hermès était précisément la même que celle soutenue parl'évéque de Strasbourg contre le professeur de philosophie de l'Académie. Cet événement ne faisait qu'attiser lefeu.
SA VIE ET SES OEUYRi^S. 237
Cependant la petite société de la rue de la Toussaint s'occupait avec dévouement de l'éducation des nombreux enfants qui lui étaient confiés.
En enseignant dans l'intérieur de la maison le catliéchisnieà leurs élèves, ces messieurs n'avaient pas cru manquera la défense qui Icurétait faite de prêcher.
Le fait parvint un jour aux oreilles de l'évéque et le 5 novembre le Promoteur du diocèse leur écrit, qu'ils doivent savoir que par leur conduite ils encourent î/)50 facto l'irrégularité; que Monseigneur leurréilérait sa défense, etques'ilsne s'y conformaient point, il serait forcé de leur retirer en outre le pouvoir de la Messe. Ils devaient regarder la lettre du Promoteur comme le premier des trois monitoires usités. — On répondit, au premier moment, au Promoteur, en s'appuyant sur le droit canonique, que la lettre ne pouvait élre considérée comme un premier monitoire formel, premièrement parce que le fait délictueux n'était ni spécifié, ni constaté par aucune information régulière; secondement parce que la susdite lettre n'indiquait aucune loi ecclésiastique portant la défense de parler dans une maison particulière sous peine d'mterdiction pour les contrevenants. Cette réponse était une affaire de forme; au fond on était consterné devant une poursuite aussi persévérante.
Un secours arriva en ce moment à l'abbé Bautain. Mgr Donnet, avec le titre d'évéque deRosa inpartibus venait d'être nommé Goadjuteur de Mgr l'évéque de
238 l'abbé hautain,
Nancy queles circonstances politiquestenaientéloigné deson siège. Mgr le Goadjulenr, à ce que nous croyons, ne connaissait pas personnellement M. Bautain, mais il s'était intéressé à ce professeur de philosophie, à cet homme du monde qui s^était donné à Dieu avec tant d'édification. Il avait peine à croire que la difficulté survenue entre l'Évêque et ces messieurs ne pût aisément s'aplanir. A peine averti du nouvel incident, il acconrutdoncà Strasbourg, s'entretint avec M. Bautain, comprit les raisons qui l'empêchaient de signer, telles qu'elles étaient présentées, les propositions de Mgr de Trévern, et il s'entendit avec ce dernier pour modifier plusieurs expressions des sixarticles. L'abbé Bautain et tous ses amis signèrent alors avec empressement, à la grande satisfaction du charitable intermédiaire, qui repartit après trois ou quatre jours de négociations.
Dès le lendemain Mgr de Trévern se plaignit d'avoir été surpris par la promptitude avec laquelle rafl"aire avait ^té conduite, et trouva nécessaire de modifier encore les propositions souscrites.
Le Préfet du Bas-Rhin, M. Ghoppin d'Arnouville, homme de cœur et de savoir et administrateur tout dévoué à son département, s'était vivement intéressé à l'œuvre de réconciliation. Use mit aussitôt en avant, et rÉvêque l'accepta comme médiateur, non pas au point de vue de la doctrine, mais en vue de la paix. Le préfet obtint facilement l'adhésion des dix jeunes prêtres aux nouvelles modifications. A l'intérêt qu'il portait à leurs personnessejoignaitceluique lui inspirait
une partie considérable de ses administrés que l'estime et la reconnaissanceattachaientàces messieurs, et il fut heureux d'avoir réussi. On signa donc, et l'Évéque annonçait à son clergé la réconciliation en ces termes:
« Chars Goopérateurs, et vous, Frères bien-aimés,
« Nous avons la consolation de vous annoncer que les nuages, trop longtemps interposés entre quelques prêtres et laïques de ce diocèse et nous, sont enfin dissipés. M. Bautain et ses adhérents, en fils soumis et respectueux, ont senti, comme nous, qu'il était plus que temps de mettre un terme à de graves dissentiments sur la doctrine, de s'unir franchement de cœur et d'esprit au centre de l'unité, au premier Pasteurde ce diocèse, et de se jeter dans ses bras paternels qui ne pouvaient plus rester vainement ouverts.
«Dieu, nous l'espérons, daignera bénir et confirmer la sainte et courageuse déterminatian qu'il leur inspire aujourd'hui. Les catholiques l'apprendront avec le sentiment d'une joie vivement goûtée, et rendront grâces avec nous à la Providence de cet heureux événement.
« Donné dans notre résidence de Strasbourg, ce 19 novembre 1835. »
« Signé J. F. M., Évêque de Strasbourg. »
Déclaration.
« Nous soussignésprêtres du diocèse de Strasbourg, désirant répondre d'une manière précise aux six ques-
2':() l'abbé uautain.
lions posées par Mgr Tévêque de Strasbourg dans sa lellre du 30 avril 1834, et reproduites dans son Avertissement du 15 septembre de la même année, déclarons adhérer aux six propositions suivantes, désapprouvant ce qui leur est contraire-, et nous engageant à ne rien enseigner de vive voix ni par écrit qui n'y soit couforuie.
« Le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence de Dieu. — La Foi, don du Ciel, est postérieure à la Révélation; elle ne peut donc pas être alléguée vis-à-vis d'un athée en preuve de l'existence de Dieu.
« La Révélation mosaïque se prouve avec certitude par la tradition orale et écrite de la Synagogue et du Christianisme.
« La preuve de la Révélation chrétienne tirée des miracles de Jésus-Christ, sensible et frappante pour les témoins oculaires, n'a point perdu sa force et son éclat vis-à-vis des générations subséquentes. Nous trouvons cette preuve dans la tradition orale et écrite de tous les chrétiens. C'est par cette double tradition que nous devons la démontrer à ceux qui la rejettent ou qui, sans l'admettre encore, la désirent.
«On n'a pas le droit d'attendre d'un incrédule qu'il admette la résurrection de notre divin Sauveur, avant
de lui en avoir administré des preuves certaines, et ces preuves sont 'déduites de la même tradition par le raisonnement.
c L'usage de la raison précède la Foi, et y conduit l'homme parla Révélation et la Grâce. »
6". « La raison peut prouver avec certitude l'authenticité de la révélation faite aux Juifs par Moïse et aux chréliens par Jésus-Christ.
« Strasbourg, le 18 novembre 1835.
Suivent les signatures (1).
Le jour même de la signature des propositions, le Préfet écrivait à Monseigneur, avec tout le respect qui était dû à ce Prélat : « Veuillez me permettre, Monseigneur, devons exprimer les désirs du premier magistrat du département. Le public a les yeux sur TOUS et sur moi ; il sait que le Prélat a dicté les conditions de la soumission de M. Bautain et de ses amis, et que j'ai pris une part active dans cette œuvre d'édification; il est convaincu de la franchise de celte soumission ; il ne saurait douter de la sincérité du pardon; il appelle de tous ses vœux une réconciliation complète et sans réserve, pensant avec raison que toute cause de désunion ayant cessé, votre posi-
(1) Strasbourg, de 1" imprime rie de L. F. Le Roux, impr. de i'evêché.
lion respective doit être ia^même qu'avant les douloureux évéuemetits dont il faut désormais effacer le souvenir. Du fond de mon âme je partage ces sentiments Qobles, généreux, charitables ; j'unis sincèrement mes vœux à ceux du public pour qu'il en soit ainsi, et je supplie Votre Grandeur d'y avoir égard dans l'intérêt même de la religion. Je prie instamment et au nom du ciel Monseigneur de rendre sans restriction aux prêtres qu'il rappelle près de lui pour les instruire, les pouvoirs qu'il leur avait remis et dont sont investis tous les prêlres du diocèse. J'ose garantir qu'ils n'en abuseront jamais... etc. »
Monseigneur lui répondait le 20 novembre : « J'ai chargé hier mon Promoteur de passer dans la rue de la Toussaint pour autoriser deux des élèves de M. Bautain à expliquer le catéchisme du diocèse dans les deux écoles dirigées par eux. Quant à la chaire et au confessionnal, il n'y faut songer qu'après les études préliminaires. Pour instruire les autres, il faut l'être soi-même; il faut posséder soi-même la saine et véritable doctrine; et quand on a eu le malheur d'avoir commencé par en sucer une mauvaise, il faut du temps pour s'en défaire et la remplacer par la bonne. Je conseillerais donc à nos messieurs de s'y mettre au plus tôt; il s'agit pour eux d'étudier le dogme et la morale. Nos séminaristes y emploient quatre années, et n'en font pas une bien grande provision. Autrefois nous ne sortions de Sorbonne qu'après huit ou neuf années pour la seule dogmatique. Mais il n'est plus question de ces hautes études. »
« Nos messieurs parcourront plus rapidement les quatre volumes de dogmatique et les deux volumes de morale qui se voient au Séminaire ; il faut les étudier en latin qui est la langue de FÉglise et de tout homme élevé dans les collèges. Je conseillerais de consulter M... et M..., et de les prendre pour guides. 11 faudra soutenir des examens sur les traités de la Religion, de l'Église, et sur les autres, quand on les aura bien étudiés. »
« Il sera du plus grand avantage de faire marcher à côté de cette étude, la lecture du nouveau et admirable recueil, La raison du christianisme : elle est du plus grand intérêt, faite pour élever l'âme, orner à la fois le cœur et l'esprit, et porter au plus haut degré l'ecclésiastique capable de sentir ce qui a été écrit de plus sublime par les premiers génies des trois derniers siècles. »
« Je conseille de ne pas se presser, d'approfondir; de se nourrir des grands auteurs recueillis dans cette collection : deux années d'application suivie pourraient suffire; et je réponds qu'en paraissant ensuite dans la chaire, un prêtre doué de belles dispositions jetterait un éclat prodigieux, et produirait un bien infiai dans le monde, bien au delà de tout ce qu'on y voit aujourd'hui. »
Par un post-scriptum, Monseigneur chargeait le Préfet de recommander à ces messieurs l'humilité.
Le Préfet en recevant cette réponse à ses instances fut profondément ému et contristé, pour ne pas dire plus, et il n'hésita pas à se rendre auprès du Prélat
2't\ i/ARBÉ HAU'IAIN,
et à lui exprimer d'une manière très-vive ses impressions. Il obtint, les jours suivants, que ces messieurs pourraient exercer les pouvoirs ecclésiastiques bornés aux enfants de leurs écoles.
Quant à M. Bautain, en lisant la lettre au Préfet, il étaitnavré.Nousavionsdroit, disait-il, d'attendre quelque signe de bonté, au lieu de cela il nous poursuit de ses rigueurs. N'est-ce pas une dérision de soumettre à deux années d'étude des hommes qu'il a ordonnés prêtres,etqu'il a examinés lui-même, etdontquelquesuns ont passé deux années dans sa propre maison sous l'influence de sa parole? Et à qui les renvoie-t-il pour étudier? à des hommes qui se sont hautement déclarés leurs ennemis, et dont cent fois il a déprécié la science. Il veut que nous suivions l'enseignement de son Séminaire, dont il nous a dispensés comme ne valant rien. Si aujourd'hui nous ne savons rien, et si nous avons tout à apprendre, pourquoi nous a-t-il faits prélres? Pourquoi nous a-t-il laissés prêcher et confesser pendant six ans?
Mgr deTrévern, qui a vaitun très-bon cœur,manquait évidemment de l'expérience que donne le maniement des hommes. Émigré presqu'aussitôt après avoir fait des études théologiques brillantes, il avait passé la partie active de sa vie à l'étranger, dans l'attente des événemenis; et, de retour en France à la Restauration, il avait été élevé à l'épiscopatsans passer par l'épreuve pratique du ministère. Il voyait les choses théoriquement, et s'étonnait avec une sorte de naïveté des difficultés que la réalité de la vie rencontre à chaque pas.
Quant à la réconciliation entre Monseigneur et M. Bîîutnin, annoncée par la publication de la circulaire épiscopale, il y avait un malentendu au fond, et le voici. M. Bautain avait signé les propositions très-sincèrement, parce que les modifications obtenues par Mgr Donnet étaient suffisantes aux yeux de sa conscience pour sauvegarder la part de le foi que, à tort ou à raison, il regardait comme une base nécessaire aux arguments de la raison pour s'élever jusqu'à Dieu (1). Mgr de Strasbourg de son côté, en consentant à changer quelques expressions, croyait n'avoir rien changé à sa pensée première, et entendait recevoir de ces messieurs une rétractation complète de leurs idées, un changement radical de leurs convictions.
Le malentendu ne tarda pas à se dévoiler. Deux journaux, qu'il est inutile de nommer, publièrent au commencement de décembre des articles dans lesquels on accusait méchamment l'abbé Bautain el ses amis de changer d'opinion selon les circonstances, et par des vues d'intérêt ou d'ambition. On tomba dans le piège, et on eut la fatale imprudence de répondre aux deux journaux : que Mgr de Strasbourg n'avait
(l) Voici quelles étaient aux veux de M. Bmtain les modifications importantes qui se trouvaient faites aux propusilioos formult-es par l'Kvê iue en 183'* :
1. Dins la première proposition on ne disait plus le raisonnement seul ; et on [le parlait plus de 1 infiuité des perfections divines pouvant être découvertes par la rai-on.